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interviewrtl-fr· 15 juin 2026 9 min

Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique, est l'invitée d'Anne-Sophie Lapix

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

L'invité d'RTL Soir Notre grande invitée dans RTL Soir est la ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hélanf, bonsoir. Bonsoir, Madame la Fixe. Alors on a beaucoup parlé ici des attaques commerciales de Trump sur nos exportations, de sa volonté de taxer nos vins, nos fromages, mais on n'a pas vu venir un sacré coup bas. Ce week-end, Washington a décidé de couper le dernier modèle d'intelligence artificielle de la société anthropique, de l'interdire aux étrangers. C'est une déclaration de guerre, de guerre de l'IA ?

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Anne Le Hénanff

Alors, moi je ne commenterai pas la décision des Américains et de l'administration Trump évidemment. Par contre, la décision qu'a prise le président Trump prouve une chose, et une chose que je partage, que nous partageons avec lui. C'est que l'intelligence artificielle aujourd'hui est devenue un enjeu de puissance économique, de puissance technologique et de puissance géopolitique. Le numérique aujourd'hui est un outil de diplomatie et on doit le prendre comme tel. Et ça nous conforte, ça me conforte, sans rentrer dans la passion, dans la réaction, qu'il faut que nous continuions à faire pas à pas ce que nous sommes en train de construire pour l'Europe.

1:08
Présentateur

Alors, on va en parler, mais d'abord on va essayer de bien comprendre ce qui se passe et les conséquences de la décision de l'administration Trump. Beaucoup de Français connaissent Anthropik parce qu'il se sert de son assistant Claude. La conséquence de cette coupure, c'est que les particuliers, les entreprises qui travaillaient avec Claude n'auront pas accès aux versions les plus évoluées.

1:26
Anne Le Hénanff

C'est ça ? C'est exactement ça. C'est-à-dire que là où auparavant ils avaient accès de manière assez libre à des outils, à des applications proposées par Anthropik, cette société mondialement connue et que beaucoup de Français connaissent et utilisent, eh bien dorénavant on ne pourra plus l'utiliser en Europe par exemple, mais aussi bien en Asie, en Afrique et dans d'autres parties du monde.

1:44
Présentateur

En France, c'est coupé partout parce que déjà Anthropik ne pouvait pas faire la différence entre ses propres salariés étrangers ou américains pour qu'ils l'ont coupé partout. Concrètement, il y a des entreprises françaises, des PME qui se sont retrouvées coupées dans leur élan, dans leur développement ce matin.

2:00
Anne Le Hénanff

Disons qu'ils ne peuvent plus utiliser cette application jusqu'à, j'imagine qu'Anthropik, l'annoncée, puisse revoir avec l'administration la possibilité de le rouvrir dans les conditions de sécurité optimales parce que c'était avant tout un sujet de sécurité nationale, c'est comme ça que ça a été présenté. Alors sur cette décision, je vous dis, moi je préfère finalement rassurer vos éditeurs sur ce qu'on fait en européen. Justement, c'est réduire ces dépendances technologiques.

2:28
Présentateur

Oui, mais alors je comprends que vous essayez de rassurer et on va voir quelles sont les solutions. Mais vous parlez effectivement de l'argument américain qui est celui de la sécurité nationale. Les deux nouveaux modèles développés par Anthropik, Fable 5 et Mythos 5, sont tellement puissants qu'ils sont dangereux. Et il y a des garde-fous qui en réalité sont faciles à contourner. C'est ça la raison pour laquelle l'administration américaine a dit stop. Sachant que les garde-fous, ça concerne des domaines aussi stratégiques que la cybersécurité et les risques d'attaques biologiques ou chimiques.

Là, tout d'un coup, avec ces mots-là, on réalise ce qu'on peut faire avec l'IA et à quel point ça peut être dangereux et un instrument d'attaque et de guerre.

3:08
Anne Le Hénanff

C'est pourquoi l'IA, il ne faut pas le laisser, ce n'est pas le Far West. L'IA, il faut l'accompagner, c'est la position de la France, c'est la position de l'Europe. Certes, nous souhaitons soutenir notre écosystème pour les aider à se développer et donc favoriser l'innovation en matière d'IA en Europe, mais également de réguler, c'est pour ça qu'il y a un règlement au niveau européen qui s'appelle le RIA qui permet de donner un cadre.

Et nous, notre position, c'est justement d'éviter ce genre de situation avec nos propres opérateurs, nos propres acteurs européens et avec une IA qui met l'humain au cœur des décisions des entreprises, une IA transparente, une IA éthique et qui respecte l'environnement. C'est les garde-fous, nous en Europe, on les a. Donc je dirais que je suis assez sereine en ce qui me concerne en tant que ministre française de l'IA puisque nous, on ne fait pas les choses de manière débridée, extrêmement libérale. On a un cadre, on est très attaché à l'innovation mais aussi à la protection.

4:05
Présentateur

On a un cadre, on a des garde-fous mais il faut dire aussi qu'on est beaucoup moins avancé que les Américains. On investit beaucoup, beaucoup moins d'argent et il y a vraiment un véritable écart de niveau. On va entendre notre éditorialiste François Langlais ce matin, il expliquait un petit peu les conséquences d'une décision américaine sur notre écosystème français-européen. Écoutez.

Il est tout à fait possible que demain, l'IA soit traitée comme la bombe nucléaire après la guerre, c'est-à-dire mise sous le contrôle exclusif de l'État dans quelques pays, pour sortir de cette dépendance, il faudrait faire un gigantesque effort de recherche, d'innovation du même ordre que celui qu'a fait la France du général de Gaulle pour se doter de l'arme nucléaire alors que l'Amérique et l'Union soviétique en disposaient déjà. Est-ce qu'on y est vraiment prêts ? Alors, est-ce qu'on y est vraiment prêts ? Ce ne sont pas les mêmes budgets, ça se compte, c'est 100 fois plus les budgets investis par les États-Unis.

5:02
Anne Le Hénanff

Écoutez, lorsque le Président de la République, Emmanuel Macron, lors du sommet pour l'IA de Paris en février 2025, a annoncé 109 milliards d'investissements, les investissements dont il parlait, effectivement, ne sont pas des investissements français uniquement, même pas que européens. Nous, la France, on est prêts à accueillir des investisseurs étrangers. Par contre, il faut créer pour cela, pour gagner en autonomie stratégique, technologique, et qu'on soit aussi dans la course à l'IA, parce que c'est tout ça l'enjeu. Il faut avoir des infrastructures. Et nous, nous souhaitons créer une filière IA en Europe.

C'est ce à quoi on travaille avec la Commission européenne, avec nos amis des 26 autres pays de l'Europe, pour créer cette puissance IA qui pourrait être compétitive par rapport à l'IA à l'américaine ou l'IA à la chinoise. Mais il ne faut qu'un seul champion européen, il faut que toute l'Europe se mette à investir dans Mistral,

5:59
Présentateur

puisque c'est notre champion français.

6:01
Anne Le Hénanff

Exactement. C'est ça que vous voulez faire. Exactement. Vous m'enlevez les mots de la bouche, parce que Mistral, aujourd'hui, est considéré comme le champion européen qui a la capacité de grandir encore pour devenir un champion mondial. C'est ce que nous faisons. On peut très bien imaginer que sur un autre secteur, ce soit un champion d'un autre pays.

Et en tout cas pour l'IA, la France, elle est dans la course, mais parce qu'on a pris des décisions très importantes d'investissement, création d'une filière IA avec des infrastructures et notamment des data centers que nous construisons et avec des procédures simplifiées, dites fast track, c'est-à-dire pour aller plus vite, pour les raccorder, que ce soit dans les régions Hauts-de-France ou dans la région parisienne. Mais il y a beaucoup de pays étrangers qui utilisent Mistral.

6:47
Présentateur

Ce n'est pas un phénomène uniquement français, voire peut-être un peu européen, mais on dit souvent que les clients de Mistral, ce sont aussi ses investisseurs.

6:58
Anne Le Hénanff

Alors en fait, Mistral, il grandit très très vite. Quand vous voyez la valorisation de Mistral aujourd'hui, moi je me déplace pas mal en Europe, je vais voir mes homologues. Mistral a des partenariats déjà avec de nombreux pays européens. Les Indiens s'intéressent à Mistral, le Canada également. Donc Mistral est en pleine croissance. C'est justement par les dispositifs d'accompagnement voulus par l'État que nous arriverons à en faire un champion mondial. Mais Mistral est pris vraiment au sérieux par ses compétiteurs américains. Donc il faut qu'on continue à le faire grandir. Il faut que la France positionne comme le pays leader en matière d'IA en Europe et dans le monde.

ont oeuvre en ce sens, que ce soit au niveau du public, avec les politiques gouvernementales, mais au niveau du privé aussi, qui a un rôle à jouer par la puissance de la commande qu'ils ont avec des acteurs de l'IA. Sinon, à tout moment, les Américains, ou peut-être les Chinois, pourront non débrancher ? Alors le fait de... on en parle régulièrement. Alors les Chinois, c'est autre chose. Vraiment, en termes d'IA aujourd'hui sur le territoire européen, c'est vraiment les Etats-Unis, les Américains qui sont très présents. On a été, je dois le reconnaître par le passé, on essaie de combler cette dépendance, mais on a été un peu à la traîne sur le cloud, par exemple.

Nous ne souhaitons pas vivre la même chose avec l'IA. On a tous les acteurs qu'il faut, une politique volontariste, l'écosystème est derrière cette politique. Donc moi, je suis très confiante que, honnêtement, l'Europe, la France, on soit dans la course de l'IA. C'est une question essentielle pour notre propre autonomie. Merci beaucoup, Anne Le Hénanf, ministre déléguée

8:34
Présentateur

chargée de l'intelligence artificielle et du numérique. Dans un instant, on retrouve la petite bande de RTL Soir. L'info spéciale Coupe du Monde qu'on a failli manquer, ce sera la première star de ce mondial, un canard mexicain. La Tentation Culture, c'est une série de TF1 sur l'histoire vraie d'une enfant adoptée qui n'était pas vraiment une enfant. Enfin, le petit phénomène des maguesselles va nous donner un peu d'air grâce au ventilateur de plafond. A tout de suite.

Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique, est l'invitée d'Anne-Sophie Lapix — Anne Le Hénanff · Pourquijevote