🔴 Direct - Discours de Mathilde Panot en réponse à F. Bayrou à la tribune de l'Assemblée nationale
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
le courage du dialogue. Je vous remercie. Merci beaucoup, Monsieur le Président Attal. Merci beaucoup. La parole est à Madame Mathilde Panot, Présidente du groupe La France Insoumise.
Présidente, Ministres, Collègues, Monsieur le Premier Ministre, comment pourrions-nous vous faire confiance alors que vous faites confiance à Emmanuel Macron ? Ce jour est historique. Pour la première fois en Ve République, un gouvernement tombe à la suite d'un vote de confiance. Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est pas seulement vous, mais votre politique et le monde qu'elle défend qui doivent être défait. Car, Monsieur le Premier Ministre, vous n'êtes qu'un visage du sursis que le Président a souhaité accorder à sa politique, le dernier visage d'une politique illégitime et obstinée.
Incapable de susciter la moindre adhésion dans le pays, vous vous enférez dans une succession de chantage mensongers. Il y a deux ans, Monsieur Attal menaçait la réforme des retraites ou la faillite. L'année dernière, c'était le budget ou la panne des cartes vitales. À présent, l'austérité ou la mise sous tutelle du FMI. Monsieur le Premier Ministre, vous ne laisserez derrière vous que le risque d'une crise financière à force d'en agiter le spectre sur toutes les télévisions du pays. Pour vous, le futur n'existe pas, car vous sentez bien que vous appartenez au passé. Impopulaire, minoritaire, détesté, le macronisme ne gouverne plus que par la peur. Vous étiez pourtant si sûr de vous.
Jamais un pouvoir ne s'était donné autant de mal pour passer en force sa politique. 49-3 en série, combine constitutionnelle, brutale répression des mouvements sociaux, piétinement de l'opposition, dissolution du Parlement, déni du résultat des élections, reconduite des perdants au gouvernement. Tant d'efforts pour gouverner seul contre tous, et vous voilà déploré un déficit que vous avez vous-même creusé. Votre numéro de prophète de pacotille n'amuse plus personne. Notre groupe parlementaire se félicite de n'avoir jamais adhéré à un seul de vos budgets qui nous ont conduits dans le mur. Nous ne partageons pas votre diagnostic et encore moins vos remèdes.
Les spéculations hasardeuses du Mozart de la finance nous ont coûté mille milliards de dettes supplémentaires. Alors que les besoins en santé, en éducation, en services publics, en investissement dans la bifurcation écologique ont explosé, vous avez privé la puissance publique de recettes précieuses. Vous avez appauvri l'État et affaibli les services publics. Vous avez baissé l'impôt sur les sociétés, supprimé progressivement les impôts de production, supprimé l'impôt de solidarité sur la fortune, mis à sac le financement de la sécurité sociale et arrosé les transnationales de plus de 200 milliards d'aides publiques chaque année sans aucune contrepartie.
Les drogués à la dépense publique portent un nom, le MEDEF, et vous gouvernez à ses côtés. Depuis 8 ans, vous avez fait du capitalisme financier le plus grand assisté de la République. Les 500 plus grands détenteurs de patrimoine de ce pays vous remercient. Ils ont doublé leur fortune en 8 ans. Et vous promettez les larmes et la sueur à tout le reste du pays. Quelle indignité ! Hausses historiques des défaillances des petites et moyennes entreprises, fermetures d'usines, taux de chômage à la hausse, avalisation d'un accord humiliant avec les Etats-Unis, la fable des gestionnaires raisonnables autoproclamés a assez duré.
Vous voilà à demander aux salariés de travailler deux jours fériés gratuitement. Supprimer deux jours fériés pour voler 4 milliards d'euros aux travailleurs, soit l'équivalent du montant de l'impôt de solidarité sur la fortune que vous avez supprimé. Voler deux ans de vie avec la retraite à 64 ans ne vous a pas suffi. Il fallait, pour gaver ceux qui avaient déjà tout, priver ceux qui n'avaient rien, de la tranquillité même de ce rien.
Vous resterez dans l'histoire, comme cette oligarchie rapace qui ne supporte pas que les gens puissent profiter des petits bonheurs de la vie, consacrer du temps à soi, aux siens, aux autres, jardiner, pouvoir aller au restaurant ou en week-end, admirer la mer ou un ciel étoilé. Oui, aujourd'hui est un jour de soulagement pour des millions de Français. Soulagement que vous partiez, M. le Premier ministre, après vos mensonges face au scandale Bétharam qui a mis des générations d'enfants en danger. Soulagement de ne plus avoir comme ministre de l'Intérieur un homme qui parle comme pétain de français de papier et qui hurle à bas le voile.
Soulagement que vous emportiez dans votre chute votre projet de budget cruel et injuste qui visait à dépouiller le peuple de France. Car vous n'êtes pas seulement une imposture, mais un danger pour le pays. La violence de votre politique s'abat dès le berceau. Plus de 2000 enfants naissent, vivent et meurent dans la rue aux côtés des 350 000 sans-abris du jamais vu depuis l'après-guerre. Notre taux de mortalité infantile est l'un des plus élevés d'Europe. La maladie du scorbut que l'on croyait enrayée depuis un siècle atteint aujourd'hui de jeunes enfants.
Vous n'avez pas dépensé un centime pour protéger les enfants des violences sexuelles et ce, alors que trois enfants par classe seraient victimes d'inceste. Vous n'avez rien fait pour démarchandiser le secteur de la petite enfance. Pire, Mme Berger a copiné avec les lobbies des crèches privées. Rien non plus pour ces milliers d'enfants en situation de handicap privés de scolarisation à la rentrée, faute d'accompagnatrices. Le macronisme est une fabrique de maltraitance infantile, mais à vous suivre, ces enfants-là n'avaient qu'à hériter. C'est ce qu'Emmanuel Macron avait oublié de préciser. Avec vous, l'argent ne ruisselle qu'à la naissance, sur les bien-nés.
Vous avez fait de la France une société de caste archaïque où l'héritage concentre 60% du patrimoine national. Comme au XIXe siècle, les 10% des plus riches concentrent 80% des actifs financiers et professionnels. Mais comment vous en vouloir ? Vous en faites partie. Pour être dans ces gouvernements très courts mais très sélects, il faut posséder au minimum trois logements. Il faut de préférence être millionnaire, comme c'est le cas de 22 de vos ministres qui ont généralement hérité de leur fortune. 104 millions d'euros, c'est le patrimoine cumulé des ministres au pouvoir. La vérité de votre politique se trouve là. Mais vous n'êtes pas les seuls.
L'extrême droite, votre assurance vie, apprend beaucoup de vous. La Lepénie, qui a refusé par huit fois de voter la censure de votre gouvernement et qui a empêché la discussion de la destitution d'Emmanuel Macron, la Lepénie pactise désormais avec les grands patrons. Elle promet que son programme raciste maintiendra les fondamentaux d'Emmanuel Macron. Voilà que se dessine la ligne de partage dans les grands choix qu'auront à trancher notre pays. Celui que nous proposons est connu.
Diplomatie non alignée au service de la paix, relance de l'économie par la consommation populaire, justice fiscale, nouveaux droits, investissement dans la bifurcation et l'adaptation écologique, passage à la VIème République pour mettre un terme au pouvoir d'un seul au détriment de tous. En face du macronisme à l'extrême droite, tous s'accordent sur la destruction des conquêtes sociales, les politiques climaticides, le statu quo sur la Vème République, le tout sécuritaire et le consensus islamophobe. L'alliance entre Macronie et le Péni contre le progrès social humain a trouvé sa synthèse au ministère de l'Intérieur.
En un an, Bruno Rotaillot aura trouvé plus de temps pour tweeter sur chaque député insoumis que pour réagir au meurtre par l'extrême droite d'Abou Bakar Sissé, de Hichem Miraoui ou de Djamal Benjabala. Gesticulation introuvable quand il s'agit d'un défilé de néo-nazis, de l'agression par les fascistes du compagnon d'un député, d'une chasse aux personnes noires en creuse ou encore des 70 féminicides perpétrés sous son mandat. La ruine que vous avez produite n'est pas uniquement économique, elle est aussi morale. A l'international, la voix de la France ne porte plus. France diplomatie a laissé place à France incantation.
L'abominable génocide perpétré par l'armée israélienne à Gaza ne rencontre aucun obstacle du côté de la France qui vient encore de livrer des dizaines de millions d'euros d'armes à un État dirigé par des criminels de guerre. Plus de 60 000 morts, dont un tiers d'enfants, 40 000 enfants blessés dont la moitié est handicapée à vie et toujours aucune sanction contre leur bourreau. Soyez humains si vous voulez être original, plus personne ne l'est, disait le poète Max Jacob. Aujourd'hui, ce n'est pas seulement un gouvernement qu'il nous faut renverser, mais un monde fondé sur l'inhumanité, la brutalité sociale et l'absence de solidarité.
Vos ricanements quand une femme atteinte du cancer vous reproche la loi du plomb. Votre morgue, vos calculs byzantins pour vous maintenir coûte que coûte, les Français n'en peuvent plus. Monsieur le Premier ministre, personne ne doute que le Président fera surgir mille avatars pour vous succéder. Ah, messieurs Darmanin, le Cornu et tous ceux dont les appétits s'aiguisent à mesure que les places dans le radeau se libèrent, sachez que vous êtes les non-génériques d'une politique avec laquelle les Français veulent rompre. D'ailleurs, les génériques sont généralement moins chers que les originaux. Quant à vous, vous ne valez plus rien. Nous alertons solennellement.
Tous ceux qui tenteront de sauver le soldat Macron tomberont avec lui. Les insoumis ne se vendront jamais pour une place dans des ministères. Monsieur le Premier ministre, vos passages en force ne passent plus. Ils atteignent leur apogénée au colonial à l'encontre de nos concitoyens d'outre-mer. Le grand nombre s'est mis en mouvement. Rien ne l'arrêtera. Ni le GIGN ou le RAID déployé en Guadeloupe, ni la CRS-8 envoyée en Martinique, ni encore l'armée en Kanaki-Nouvelle-Calédonie. Saccager les conditions de vie de ceux qui souffrent sans qu'ils opposent une résistance, c'est fini. Vous avez raison d'avoir peur. Le dégoût suscité par votre politique s'est donné rendez-vous le 10 septembre.
Ce jour agit comme un formidable encouragement à l'action. Le mouvement aura obtenu une victoire avant même son commencement, la chute de votre gouvernement et la défaite de votre budget. A présent, il ne reste plus beaucoup d'options aux portionnées de l'Elysée. Le président ne souhaite pas changer de politique, alors il nous faudra changer de président. Ne lui en déplaise en cette rentrée, la souveraineté populaire revient à la mode, le dégagisme aussi. Partez aujourd'hui, monsieur Bayrou, Emmanuel Macron vous suit de près. Le peuple s'impatiente, il a tout un monde à inventer.
Je vous remercie, madame la présidente Pannot.
Mathilde Panot