MACRON - PHILIPPE : LE DIVORCE | UN MACRONISTE PUR JUS POUR PILOTER LA RÉFORME
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Est-ce qu’il faut aujourd’hui reculer l’âge légal qui est aujourd’hui à 62 ans ? Je ne crois pas. Les faits sont têtus.
On ne s’est pas mis d’accord du tout sur un scénario de sortie de crise. On a aujourd’hui un Premier ministre qui se retrouve isolé. Ils n’avaient aucun mandat pour le faire, aucun.
Moi j’en ai ras-le-bol du concours Lépine. Ce gouvernement va réussir à nous créer énormément de régimes spéciaux. Moi je trouve qu’il faudrait, oui, une trêve de Noël.
On a fait des trêves de Noël y compris pendant la guerre. Emmanuel Macron et Édouard Philippe qui s’affrontent à fleurets mouchetés sur le projet de réforme, la nomination du successeur de Jean-Paul Delevoye, Laurent Pietraszewski, un ultralibéral. On en parle tout de suite dans le numéro 57 du P’tit coup de Bourbon.
Comment rebondir ? Au lendemain d’une manifestation qui a confirmé que la mobilisation ne faiblissait pas depuis le 5 décembre, le chef de l’État cherche à reprendre la main. La CFDT, pourtant favorable à la réforme à points, a rejoint le mouvement.
En cause, l’instauration d’un âge pivot dans le projet de réforme des retraites. Le gouvernement compte donc reprendre la proposition du rapport du Haut commissaire qui consiste à instaurer au-dessus de l’âge légal un âge d’équilibre avec un système de bonus - malus. Un âge que le Premier ministre a fixé à 64 ans.
Pour Emmanuel Macron, il n’est pas question de laisser la centrale syndicale s’installer durablement dans l’opposition à la réforme. La base pourrait y prendre goût. Hier matin, l'Elysée a donc fait savoir que le chef de l’État était ouvert à “une amélioration possible autour de l’âge pivot”.
Comme nombre d’observateurs Marine Le Pen y voit une comédie de dupes. Franchement c’est cousu de fil blanc depuis le départ, tout le monde a compris que lorsque le Premier ministre a évoqué cet âge pivot, c’était en quelque sorte pour faire rentrer la CFDT dans la grève, puis retirer l’âge pivot et faire retirer la CFDT de la grève pour pouvoir effondrer en fait la contestation contre cette réforme des retraites. C’est une technique de négociation dans les grandes entreprises quand on fait des fusions acquisitions je suis pas très étonnée qu’Emmanuel Macron ait utilisé cette méthode.
Mais c’est une manoeuvre, au sens pur du terme c’est une manoeuvre. La dirigeante du Rassemblement national n’a pas complètement tort. D’autant qu’Emmanuel Macron chantait une tout autre chanson au mois d’avril dernier : Il y a le fameux sujet de l’âge légal.
Est-ce qu’il faut reculer l’âge légal qui est aujourd’hui à 62 ans ? Je ne crois pas. Je ne crois pas pour deux raisons.
La première, elle est un peu directe, c’est que je me suis engagé à ne pas le faire. Et puis la deuxième raison c’est que tant qu’on n’a pas réglé le problème du chômage dans notre pays, franchement ce serait assez hypocrite de décaler l’âge légal. Quand aujourd’hui on est peu qualifié, quand on vit dans une région qui est en difficulté industrielle, quand on est soi-même en difficulté, qu’on a une carrière fracturée, bon courage déjà pour arriver à 62 ans, c’est ça la réalité de notre pays.
Alors on va dire “non non il faut maintenant aller à 64 ans”, vous savez déjà plus comment faire après 55 ans, les gens vous disent “les emplois c’est plus bon pour vous”, c’est ça la réalité, c’est le combat qu’on mène. On doit d’abord gagner ce combat avant d’aller expliquer aux gens “mes bons amis travaillez plus longtemps !”.
Il parle bien, hein ? Pour un peu, ce serait le meilleur opposant à sa propre réforme. Comment cette histoire d’âge pivot est-elle arrivée sur le tapis ?
Il y a certes une part de manœuvre. Mais pas seulement. L’âge pivot est une concession présidentielle au MEDEF qui refuse toute autre solution pour financer les retraites.
En particulier une hausse des cotisations. C’est également une concession à la droite en général. En premier lieu, au Premier ministre qui est issu de ses rangs, ne l’oublions pas.
Aux Républicains, ensuite. Le groupe LR est résolument hostile au système à points. En revanche, il réclame depuis longtemps un recul de l’âge de la retraite.
Tout le monde sait très bien que aujourd’hui les retraites ne sont pas en équilibre, tout le monde sait très bien qu’en 2025 le gouffre sera très fort, donc il faut reculer l’âge de la retraite. On peut l’appeler “âge pivot”, on peut l’appeler “recul”, on peut l’appeler ce que l’on veut mais les faits sont têtus. En emballant les deux mesures, la retraite à points et le recul de l’âge de départ, dans un seul paquet, Emmanuel Macron espérait bien s’assurer la neutralité de la droite, voire un vote confortable en faveur de son projet.
Quant à la CFDT, les stratèges de l’Élysée se faisaient fort de trouver un arrangement. Le conseiller spécial sur le dossier, Philippe Granjeon, n’est-il pas un ancien de la CFDT, époque Nicole Notat ? Mais voilà, Laurent Berger a déjoué tous les calculs en claquant la porte sitôt l’allocution du Premier ministre terminée.
La douche froide ! Coup de théâtre ce lundi. On apprenait qu’une quinzaine de députés de LaREM venaient de rencontrer discrètement le patron de la CFDT, histoire de recoller les morceaux.
Parmi ces parlementaires, Jean-François Cesarini. Oui c’était des contacts qu’avait une député qui s’appelle Stella Dupont et qui avait des contacts avec Laurent Berger, elle a trouvé ça effectivement pertinent de se voir, de parler. On ne s’est pas mis d’accord du tout sur un scénario de sortie de crise, on a essayé d’échanger sur des pistes qui pourraient nous convenir et faire consensus pour justement sortir de l’impasse.
L’idée c’est de se dire qu’aujourd’hui on voit bien que le MEDEF ne bougera pas sur les cotisations patronales et salariales, ils diront “bah non vous voulez donner du pouvoir d’achat aux français donc s’ils veulent cotiser plus pour leur retraite évidemment ça va impacter leur pouvoir d’achat. Vous voulez quoi ? Baisser les retraites ?
Non si on baisse les retraites c’est socialement inacceptable de baisser les retraites aujourd’hui dans ce pays.” Donc le seul point c’est dire “il faut travailler plus” et c’est ce que dit l’exécutif, c’est ce que dit une grande partie aussi de la droite, c’est à dire “il faut travailler plus”. Nous on dit “oui mais il y a peut-être plusieurs manières de travailler plus, il n’y a pas qu’une seule manière de travailler plus, C’est pas que un âge pivot à 64 ans, fixe, qui permettrait de travailler plus.
Peut-être qu’on peut le faire autrement, parce que la vraie injustice aujourd’hui, c’est que si je pars au même âge que vous à la retraite, je pars avec la même pension que vous mais que j’ai 8 à 10 ans d’espérance de vie d’écart parce qu’on n’a pas fait le même métier, parce que je ne suis pas cassé de la même manière alors là il y a une profonde inégalité. Donc peut-être qu’un âge pivot oui, mais pas un âge pivot, pareil égal pour tout le monde, et Laurent Berger a tweeté ça hier, “un âge pivot pour tous est inacceptable” je suis assez d’accord avec lui. Je pense qu’aujourd’hui quand on a des écarts d’espérance de vie, et je précise en bonne santé, je ne parle pas de l’espérance de vie des Français, l’espérance de vie à partir de 65 ans par métier, et en bonne santé, là on peut peut-être arriver à trouver des choses qui sont plus justes.
C’est l’esprit de la réforme. Un âge d’équilibre qui varierait selon les métiers et la pénibilité… Pour une réforme qui prétendait supprimer les régimes spéciaux, cela ne manque pas de sel. Cette formule de compromis sera-t-elle suffisante pour faire revenir la CFDT dans le giron gouvernemental ?
Hier soir, au sortir des premiers entretiens entre les syndicats et le Premier ministre, il apparaissait de plus en plus que Matignon n’est pas prêt au compromis réclamé par l’Élysée. En revanche, cette rencontre entre des députés de La République en marche et Laurent Berger fait hurler la droite. On a surtout un Premier ministre qui est pris en étau par sa propre majorité, avec un patron du groupe La République en marche et des députés qui organisent en catimini dans leur coin un échange avec le leader de la CFDT alors même qu’il fait tout pour déjuger le Premier ministre sur l’âge pivot.
Nous on veut pas de reculade, l’âge pivot c’est déjà une reculade par rapport à l’âge légal alors si demain on abandonne toute mesure sur l’équilibre financier du système de retraites, c’est la fin de la réforme. On a aujourd’hui un Premier ministre qui se trouve isolé face à sa majorité et face à des députés qui n’en veulent pas parce qu’ils viennent de la gauche et qui défendent des convictions de gauche. Du coup, pour calmer le jeu, le patron du groupe des marcheurs, Gilles Le Gendre s’est empressé d’expliquer qu’il ne s’agissait pas d’une mission officielle.
Certains collègues ont pris l’initiative d’organiser cette rencontre, je suis satisfait de voir qu’ils ne se sont pas installés en instance de négociation, et ça c’est très bien parce qu’ils n’avaient aucun mandat pour le faire, aucun et certainement pas du groupe. Du côté de l’opposition, on pointe la confusion qui accompagne le projet gouvernemental. Écoutez moi j’en ai ras le bol du concours Lépine, voyez, ça a commencé avant l’intervention du Premier ministre, on imaginait que ça puisse s’arrêter après, ça continue.
Chacun a son opinion, son idée, la fait valoir, on ne sait toujours pas où on en est. Moi ce que je sais, c’est qu’il n’y a besoin, en aucune manière, de mesure paramétrique, de mesure d’économie. Ce que dit le COR, c’est que le déficit qui se fait jour est d’abord le fait des décisions du gouvernement, ils créent le trou et puis ils lèvent les bras en disant “il y a un trou il y a un trou”.
Adrien Quatennens, lui, dénonce les faux-semblants de la réforme : Avec la valeur du point et l’âge pivot, ce gouvernement va réussir à nous créer énormément de régimes spéciaux. Ils vont faire autant de régimes spéciaux qu’il y aura de générations, voilà la vérité de ce qui va se produire. Donc vous voyez bien que l’argument de l’universalité c’est juste, disons, le produit d’appel, l’emballage pour faire passer un cadeau qui est bien empoisonné.
Que va-t-il se passer pendant les fêtes ? Le MoDem, qui fait partie de la majorité présidentielle, réclame une trêve. Autant croire au Père Noël !
Moi je trouve qu’il faudrait, oui, une trêve de Noël, il faudrait même qu’avant la fin de la semaine il y ait un accord pour dire que les syndicats disent “oui on stoppe la grève puisqu’il va falloir travailler ensemble, il va falloir maintenant négocier”. Appel relayé, curieusement, par Marine Le Pen, en dépit de son soutien affiché au mouvement de grève. On a fait des trêves de Noël, y compris pendant la guerre, bon alors on n’est pas en guerre et par conséquent il serait intelligent et humain d’ailleurs, d’effectuer une trêve.
Le machiavélisme a ses limites. En jouant sur tous les tableaux, le président de la République s’est pris les pieds dans le tapis. Et voit se coaguler contre lui un front inédit qui va de Matignon au plus radical des militants de Sud.
Ce n’est pas rien. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, pas moins de 16 ministres et secrétaires d’État ont démissionné du gouvernement. Un record sous la Ve République.
Près de la moitié a été contrainte de démissionner en raison d’indélicatesses supposées ou avérées. Comme Jean-Paul Delevoye… Gilles Le Gendre a été invité à commenter ces départs lors de sa conférence de presse hebdomadaire : Toutes ces affaires sont différentes. Ça fait 16 départs.
Toutes ces affaires sont différentes, voilà. Donc vouloir les réunir dans une addition commune n’a à mon avis aucun sens politique. Bref, circulez, il n’y a rien à voir.
Hier, on a appris que la Haute autorité pour la transparence de la vie publique a décidé de saisir la justice pour la dizaine d’omissions de Jean-Paul Delevoye dans sa déclaration d’intérêts. Un peu plus tôt, dans la nuit de mardi, son successeur au gouvernement a été désigné. Il s’agit de Laurent Pietraszewski, député LaREM du Nord.
Ancien cadre du groupe Auchan, il s’était fait remarquer en 2002 pour avoir prononcé la mise à pied d’une employée du rayon boulangerie, déléguée CFDT, à cause d'une erreur de 80 centimes sur la commande de deux viennoiseries. La salariée avait été convoquée au commissariat et placée en garde à vue. Membre du Conseil d'orientation des retraites (COR), Laurent Pietraszewski était jusqu'ici VIP au sein du groupe parlementaire de la République en marche, c’est-à-dire coordinateur des députés ambassadeurs de la réforme des retraites.
C’est lui qui était pressenti pour être le rapporteur du projet de loi. En 2018, il a été rapporteur sur les ordonnances réformant le Code du travail. Ce qu’on a appelé la loi travail 2.
Chargé d’en assurer l’évaluation avec l’intéressé, le député socialiste Boris Vallaud porte un regard très contrasté sur le personnage : Oui vous avez raison de dire que en effet on a eu des désaccords et nous avons encore des désaccords sur les réformes qui ont été accomplies. Il est, j’allais dire, un député zélé du libéralisme, voilà, avec la conviction sans doute de bien faire, mais enfin ils finissent par mal faire et par faire du mal. Je suis co-rapporteur d’application avec Laurent Pietraszewski, en tout cas jusqu’à ce qu’il soit rentré au gouvernement, des ordonnances de madame Pénicaud.
Des ordonnances qui sont censées renforcer le dialogue social et dont à ce stade on peut dire qu’elle l’a affaibli. Adrien Quatennens, lui, préfère souligner le caractère paradoxal de cette nomination au gouvernement : Laurent Pietraszewski était le rapporteur de la loi travail. Je vous demande de bien vous souvenir que la loi Travail c’est cette loi qui a précisément cassé une règle commune, cassé un régime universel, le code du travail qui s’appliquait à tous pour faire en sorte qu’il y ait autant de régimes spéciaux qu’il y a d’entreprises et que tout se négocie entreprise par entreprise.
Donc si vous voulez c’est un peu fort de café, celui qui était chargé de se faire le relai à l’Assemblée de la destruction d’une règle commune au profit d’une multitude de règles différentes, vient aujourd’hui nous vendre soi-disant un régime universel. Non. Merci d’avoir regardé cette émission.
Vous êtes de plus en plus nombreux à nous suivre. On se retrouve le 10 janvier, puisque l’Assemblée et le Sénat ferment leurs portes pendant les fêtes. Et pour nous soutenir, c’est par là.
Édouard Philippe