Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France - 29/11
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BFM Politique en compagnie, comme chaque dimanche, d'Edwige Chevrillon pour BFM Business et de David Ducan pour Le Parisien, notre invité, le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand. Bonjour, merci d'être avec nous. Je voudrais que nous commencions avec ces manifestations qui ont eu lieu un peu partout dans le pays. Hier, opposition notamment à l'article 24 de la proposition de loi sécurité globale, entre 130 et 500 000 personnes. Selon les sources, ma question est simple, est-ce qu'il faut supprimer cet article 24 ?
Cet article 24, il a déjà été enterré par le gouvernement. Déjà. Cet article 24, il faut bien voir une chose, c'est qu'à l'origine, il y a une demande qui est totalement légitime. Moi, je ne veux pas être dans un pays où on peut traquer les policiers et les gendarmes sur Internet et où on peut les ficher. Il n'en est pas question. Il y a aujourd'hui déjà des outils, il faut les appliquer. Et je pense même qu'il faut aller plus loin pour protéger ceux qui nous protègent, les policiers, les gendarmes. Mais il y a aujourd'hui des outils sur le cyberharcèlement.
Vous pouvez modifier ce texte sur le cyberharcèlement en indiquant que, notamment, quand on s'en prend à des forces de l'ordre, aussitôt il y a comparution immédiate, comparution immédiate. Et on peut doubler, notamment, les sanctions, les peines pour tous les agents publics et aller beaucoup plus loin, notamment pour les forces de l'ordre, sans oublier d'ailleurs les pompiers, quand je parle des agents publics.
Et puis, il y a aussi un texte qui arrive, la loi sur le séparatisme, qui, dans un de ses articles, permet justement de lutter plus efficacement contre le cyberharcèlement, même si, à titre personnel, je pense que, de toute façon, sur les réseaux sociaux, il faut tout changer aux règles de protection de la vie privée.
Vous parlez de comparution immédiate. A votre place, la semaine dernière, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, a dit qu'il n'avait donc pas modifié la loi 1881 sur la liberté de la presse, mais le code de procédure pénale, justement, pour que les comparutions immédiates des non-journalistes soient possibles.
Qu'est-ce qu'il attend pour donner, alors, dans ces conditions-là, une instruction à l'ensemble des parquets de France, à l'ensemble des magistrats ? Qu'est-ce qu'il attend ? Il était là la semaine dernière, qu'est-ce qui s'est passé depuis ? De toute façon, regardons bien les choses. Regardons bien les choses. Il y a une demande légitime, et on voit la façon dont tout s'est passé. C'est du travail d'amateur. Le président de la République avait dit « Soyez fiers d'être des amateurs », avait-il dit à ses ministres et à sa majorité. C'est du travail d'amateur.
Être capable, sur un sujet comme celui-ci, avec une demande aussi légitime, d'ajouter une crise politique à la crise sanitaire que nous connaissons, à la crise sécuritaire, oui, c'est du travail d'amateur. Mais ne cherchons pas 36 responsabilités. Le responsable de tout cela, c'est le président de la République. C'est lui qui avait fait cette promesse en recevant les syndicats de policiers, mais ils n'ont pas regardé quelle était la bonne façon d'apporter garantie et protection aux policiers et aux gendarmes. Et ce n'était certainement pas en s'appuyant sur la loi, sur la presse, mais en s'appuyant bel et bien sur le code pénal. Elle est là, la bonne réponse.
Travail d'amateur, vous dites, Xavier Bertrand. Et puis, il y a la réalité du terrain. On a vu dans le journal présenté par Philippe Godin, à l'instant, des images hallucinantes. Place de la Bastille, un policier roué de coups, un autre, un policier qui, à l'inverse, donne un coup de pied à un manifestant déjà inanimé au sol. Nous sommes dans une situation de violence totale, finalement, à chacune des manifestations qui se déroulent dans notre pays. Qu'est-ce qui cloche, Xavier Bertrand, à vos yeux ? Et qu'est-ce qu'il faut faire pour que l'on puisse à nouveau cohabiter en France ?
La réponse sécuritaire et la réponse judiciaire, les deux étroitement liées. Cette hyper-violence, elle ne date pas d'hier. Elle est là depuis des années et des années. Et il faut même voir, on l'avait vu à l'occasion des lois El Khomri, qu'on avait vu, justement, déjà énormément de violence dans les manifestations. On pensait que le paroxysme avait été atteint au moment de la crise des Gilets jaunes, pardon, de ce que les Black Blocs avaient fait de cette crise des Gilets jaunes. Là, quand on voit ces images, ce lynchage, notamment de policiers, ce n'est pas la première fois. Combien d'interpellations ? Combien y aura-t-il de condamnations ?
Et derrière, combien y aura-t-il de mandats de dépôt ? Parce que ceux qui s'en prennent, que ce soit des commerces, mais ceux qui s'en prennent, notamment aux policiers, aux gendarmes, ceux-là ne doivent pas rester en liberté. Le code pénal est clair. Qu'est-ce que l'on attend pour appliquer la loi ? Je pense que c'est une question de volonté politique, mais il faut aussi avoir le courage de voir aujourd'hui que dans notre pays, cette hyper-violence ne peut pas devenir la règle. La police, la gendarmerie sont là pour protéger la République, l'État de droit. Si on ne protège pas ceux qui nous protègent, à une condition bien sûr, qu'ils soient irréprochables dans l'exercice de leur fonction.
C'est le corollaire. On reparlera de ça dans un instant.
Xavier Bertrand, je ne sais pas s'il est amateur ou pas, en tous les cas à vos yeux du moins, Jean Castex annonce la création d'une commission pour tenter de sortir de cet impasse. C'est une commission qui permettrait de réécrire ce fameux article 24. Il a suscité lire des parlementaires. Est-ce que vous comprenez lire des parlementaires ou vous pensez qu'effectivement, c'est une voie de sortie de proposer cette commission ?
Évidemment, de toute façon, vous connaissez l'adage. Vous voulez enterrer un dossier, créer une commission. C'est Clémenceau qui disait ça. C'est exactement ce qui est en train de se passer.
Pour vous, c'est une manière d'enterrer le dossier ?
Évidemment. Mais le problème de la protection des policiers et des gendarmes reste posé. Et je pense d'ailleurs, je pense d'ailleurs, moi, cela fait partie des sujets sur lesquels je travaille. Nous devons aujourd'hui bien apporter des garanties sur la déontologie, sur le respect de la déontologie et sur la protection des policiers et des gendarmes. On parle aujourd'hui des réseaux sociaux. Mais allons plus loin. Il y a quelque chose qui est en train de se développer, que nous ne savons pas ou que nous n'imaginions pas possible, hormis dans des films. C'est les menaces qui pèsent sur les policiers et sur leur famille.
Ça, si vous voulez que demain et après-demain, ils puissent continuer à assumer leur mission, on leur doit cette protection et que l'on indique aussi à celles et ceux qui se permettent quand un policier...
Mais l'article 24 se voulait peut-être une réponse.
Non, ce n'est pas seulement ça, madame. C'est que vous avez aujourd'hui des policiers, même dans leur vie privée, ils sont harcelés quand ils font des courses avec leur famille et qu'ils croisent des délinquants ou d'anciens délinquants. Ils se font menacer. Qu'est-ce que vous dites à vos enfants ? Comme me l'a dit notamment un policier à Compiègne, comme me l'ont dit aussi les pompiers, quand vous avez peur pour vos proches. Mais qu'est-ce que vous leur dites à eux ? Vous leur dites quoi alors ? Qu'il faut qu'on les rende dans leur vie privée comme dans l'exercice de leur fonction. Ils sont irréprochables. Alors dans ces cas-là, s'ils sont irréprochables, on doit les protéger à 150%.
Y compris dans leur vie privée.
Et que l'on comprenne bien comment Grande-Bretagne
qu'on ne s'attaque pas à un policier parce qu'il vous protège. Donc vous faites ça comment ?
Avec un nouveau texte de loi ?
Il faudra de toute façon un nouveau texte où vous posez clairement, si vous voulez réconcilier, enfin réconcilier, n'oublions pas, que l'immense majorité des Français est derrière sa police et derrière sa gendarmerie.
Oui mais en quoi votre texte serait différent par exemple de cet article 24 ?
Parce qu'il ne s'appuierait pas, je vous l'ai dit tout à l'heure, il ne s'appuierait pas sur le texte sur la liberté de la presse qui donne en plus le sentiment qu'on s'en prend à la liberté d'expression mais qui s'appuie bel et bien sur le code pénal. Ou alors dites-moi, pourquoi c'est dans le texte sur les séparatismes et pourquoi sur le cyberharcèlement, je crois que c'est Marlène Schiappa qui l'avait déposé à l'époque, il faut renforcer ce texte parce qu'on leur doit une protection.
Alors ces manifestations interviennent évidemment dans un contexte particulier de tension qui a été accentuée par les vidéos diffusées du passage à tabac d'un producteur de musique dans le 17ème arrondissement de Paris par des policiers. Quatre d'entre eux sont en garde à vue, trois que l'on a vues sur la vidéosurveillance, un qui a lancé une grenade lacrymogène à l'intérieur du bâtiment, il y aura d'ailleurs, je le précise, une conférence de presse du procureur aujourd'hui à 17h à suivre sur BFMTV. Quelle a été votre réaction, Xavier Bertrand, lorsque vous avez découvert ces images ?
Comme chacun. Il n'y a pas un Français qui, en voyant ces images, n'ait pas été choqué. Comment pouvez-vous regarder ces images sans être pris d'un malaise profond ?
Le président de la République a dit « Elles nous font honte ».
Vous partagez ce sentiment ? Je vous l'ai dit, mais il n'y a pas une personne qui peut voir ces images sans être profondément choquée, sans ressentir ce sentiment de malaise. Et beaucoup de policiers, avec qui je me suis entretenu depuis quelques jours, m'ont dit que c'était également leur sentiment. Et le ministre de l'Intérieur a eu la bonne réaction en indiquant que dès que les enquêtes seront faites, très clairement, il proposera la révocation.
Oui, mais à chaque fois, il y a quand même un sentiment de répétition. Brebis galeuses, cas isolés, nous verrons à la fin de l'enquête. Est-ce qu'il n'y a pas un problème structurel dans notre police nationale ? Est-ce qu'il y a du racisme au sein de nos forces de police ? Est-ce que ces questions peuvent être posées ?
Et vous les posez-vous, Xavier Bertrand ? Je les pose, mais il y a aussi des réponses. Ceux qui sont racistes n'ont pas leur place dans la police nationale, la police républicaine de notre pays. Ceux qui se livrent à des actes odieux n'ont pas leur place. Mais vous parlez de répétition, les images que nous avons vues tout à l'heure. Il n'y a pas un phénomène de répétition ? Avoir nos policiers massacrés, nos policiers quasiment lynchés, si les collègues n'interviennent pas, il se passe quoi ?
Ce n'est pas parce que les Black Blocs se comportent mal que les policiers auraient la légitimité à mal se comporter.
Ce n'est pas du tout le raisonnement. Qui vous dirait cela ? Et certainement pas moi. Mais les Black Blocs, il faut les mettre hors d'état de nuire. C'est-à-dire que quand il y en a qui sont pris, je suis désolé, ce n'est pas un rappel à la loi, ce n'est pas du sursis, ce sont des peines de prison ferme.
Même chose pour les policiers qui sont pris, Xavier Bertrand ?
La justice n'est pas à géométrie variable.
Non, mais on sait qu'il y a eu des condamnations, des condamnations administratives. La prison, c'est rarissime pour les policiers.
Mais en fonction des faits, il ne me semble pas que l'inspection générale de la police nationale, comme l'inspection générale de la gendarmerie nationale, soit particulièrement clémente. On va pouvoir vérifier avec cette affaire en l'espèce. Mais nous savons d'ores et déjà que chaque année, il y a des radiations qui sont prononcées. Vous savez, l'expression que l'on entendait à une certaine époque, les bœufs-carottes, c'est parce que ceux qui passent entre les mains de l'IGPN savent bien que ça n'est certainement pas quelque chose de commode. Et c'est normal, parce que justement, on a affaire des personnes qui sont rendues responsables, coupables de faits particulièrement graves.
Mais justement, Xavier Bertrand, l'IGPN, beaucoup remettent en cause son efficacité et son indépendance. Est-ce que, selon vous, des responsables politiques, par exemple la sénatrice Madame de la Gontry, récemment, le disait, il y a ce débat en ce moment. Est-ce qu'il ne faudrait pas qu'une instance indépendante soit chargée des enquêtes sur les faits reprochés aux forces de l'ordre, aux policiers ou aux gendarmes ?
La question de l'indépendance, c'est la question aussi de l'autorité de ceux qui composent l'IGPN. Est-ce que vous en faites un corps réellement respecté à l'intérieur de la maison ? Mais comment voulez-vous juger des faits si vous ne connaissez pas le métier, si vous ne connaissez pas l'intérieur ? Il n'y a pas d'esprit, il n'y a pas d'esprit de clan qui protégerait, ou alors il n'y aurait pas de condamnation, ou alors il n'y aurait pas de décision qui sont prises. Mais c'est certainement dans l'administration le corps qui est le plus contrôlé. Vous allez me dire, c'est certainement normal parce que c'est là où on est le plus en contact. Mais ne laissez pas croire qu'il y a une impunité.
Ni chez les policiers, ni chez les gendarmes. Parce que le problème que nous avons aussi, c'est qu'on doit aussi aller beaucoup plus loin que de voter juste des textes. C'est qu'aujourd'hui nous avons des policiers et des gendarmes qui sont confrontés à une hyper-violence. Les conditions d'interpellation sont très différentes. La formation a besoin d'être complètement revue. Nos policiers et nos gendarmes sont confrontés à des situations qu'on n'imaginait pas, voilà, quelques années. Donc ça doit peser sur le recrutement, mais sur la formation initiale, mais aussi sur la formation continue, sans même oublier la question de l'équipement. Mais vous savez...
Rien n'a changé pour vous au niveau de l'IGPN. Tout va bien.
Cet instance accomplit sa mission de manière satisfaisante. Je ne vais pas être l'avocat de l'IGPN,
mais je veux dire qu'il y a toujours un travers que nous avons. On ne regarde pas comment est constitué ce corps, quelles sont ses décisions. Et quand il y a des décisions qui sont graves, moi j'en ai parlé avec des policiers, notamment qui ont siégé dans des commissions et qui ont eu à prononcer, certains me l'avaient dit, des radiations. Ils voient bien ce que ça représente. Ils ne le font pas le cœur léger.
Mais ce que je veux aussi vous indiquer aujourd'hui, c'est que nous ne réussirons pas, dans un pays comme le nôtre, confrontés à de tels problèmes de sécurité, s'il n'y a pas une confiance de l'ensemble de la population vis-à-vis de sa police et de sa gendarmerie, mais s'il n'y a pas aussi le sentiment pour ceux-là, qui sont les défenseurs de la République, qu'ils ne sont pas protégés quand ils exercent leur mission de façon irréprochable. Edwige ?
Les policiers qui déconnent seront sanctionnés. Ce sont les propos qui ont été prononcés par Gérald Darmanin au 20h de France 2 pour justifier ce qui s'est expliqué, du moins ce qui s'était passé. Ça a beaucoup choqué notamment l'avocate du producteur qui a été tabassée. Est-ce que ce sont des mots que doivent prononcer un ministre, à forcerie un ministre de l'Intérieur ?
Je ne suis pas l'avocat de Gérald Darmanin, je ne serai certainement pas son procureur. J'aurais des reproches à lui faire s'il n'avait pas pris cette décision, s'il n'avait pas annoncé l'autre jour directement qu'il proposerait à l'issue de l'enquête la révocation. Là, il aurait failli sa mission, ça n'a pas été le cas. Mais il faut aussi qu'on arrête de le rendre responsable de tout, des tensions dans le pays, parce qu'il l'a depuis quelques mois. Le seul qui soit là depuis le début de ce quinquennat, c'est le président de la République. C'est lui qui a fait ses choix précédents de ministre de l'Intérieur.
C'est lui, on le voit bien, qui sur ses sujets n'est toujours pas à l'aise sur ses questions. Donc le seul responsable de tout cela, c'est Emmanuel Macron, dont on sait bien, même depuis ce débat du second tour de la présidentielle, que ces sujets de sécurité, la protection des Français, ça n'est pas dans son ADN.
À vos yeux, Xavier Bertrand, est-ce qu'il est fragilisé aujourd'hui à vos yeux ?
De qui me parlez-vous ? Je parlais du président de la République.
Moi, je parlais du ministre de l'Intérieur.
Non mais attendez, je ne vois pas pourquoi aujourd'hui, vous me demandez ce que je pense de Gérald Darmanin, je viens de vous le dire très clairement. S'il n'avait pas pris ses décisions, il l'aurait certainement été. Il a pris ses décisions.
Est-ce que c'est une politique de ministre de l'Intérieur de droite ?
Il faut un président dans ces cas-là de droite. Un président d'une droite qui soit aussi emprunt de justice. Le choix de la justice, c'est ça qui est important. Aujourd'hui, on a quoi ? Un président de la République caméléon qui, au fil des circonstances, change d'avis et d'attitude. Où est la sincérité ?
Vous savez, vous l'avez entendu, c'est une accusation, ça dépend de quel côté du bord de l'échiquier politique on se trouve. Mais à gauche, on dit, voilà, Emmanuel Macron fait une politique de droite et il a nommé Gérald Darmanin à Beauvau parce que c'est quelqu'un qui va être dur, qui va mener une politique de droite, sécuritaire de droite.
Et on a eu la preuve avec une majorité parlementaire qui s'est fracturée.
Mais elle vous convient, en tout cas, la politique de Gérald Darmanin ? Si demain vous étiez élu, ce qu'il fait pourrait vous convenir ?
Si le président de la République...
Il pourrait être votre ministre de l'Intérieur.
J'aurais une politique totalement différente de celle d'Emmanuel Macron. Notamment en matière de sécurité, en matière de justice, en matière de lutte contre l'immigration clandestine, en matière de lutte contre le terrorisme islamique. Totalement différente.
Un dernier mot, puisque les personnes, souvent, sont importantes, en tout cas dans la chaîne hiérarchique. Est-ce qu'il y a un problème avec le préfet de police, l'Allemand, à Paris ?
Je connais bien Didier Lallemand. Je l'ai eu comme préfet dans mon département. C'est pour ça que je vous pose la question. Je ne l'aurais pas nommé. Pourquoi ? Préfet de police de Paris. J'aurais fait un autre choix. Je connais un peu la préfectorale. J'aurais fait un autre choix que Didier Lallemand comme préfet de police de Paris. Il n'est pas Marcel Grimaud, le préfet de police de Paris, en 68, qui veut.
Et quels sont ses problèmes ?
Je pense que je vous en ai assez dit.
Xavier Bertrand, reste avec nous. Dans un instant, nous allons revenir. Nous parlerons notamment Covid, évidemment. Le vaccin, la course est lancée. Et on attend une communication dans la semaine. Un, de la Haute Autorité de Santé. Deux, du gouvernement qui doit détailler son plan à venir pour la vaccination des Français. A tout de suite. La suite de BFM Politique avec Xavier Bertrand qui est notre invité ce midi. Xavier Bertrand, les magasins ont rouvert hier. Beaucoup le sont encore aujourd'hui. Situation exceptionnelle, ouverture exceptionnelle. Est-ce que le gouvernement a trop attendu pour les rouvrir ?
C'est surtout que j'aimerais que le gouvernement publie les éléments scientifiques sur lesquels il a fondé son choix. Parce que depuis décembre que nous sommes rentrés dans cette gestion de la crise du Covid, les différents choix qui ont été pris par le gouvernement. Vous voulez dire mars ? Décembre a dit Mme Buzyn. Décembre a dit Mme Buzyn. Décembre 2019. Ça fait donc quasiment un an. Sur quelles études ils se fondent ? Le dernier avis du Conseil scientifique date de fin octobre. Le président de la République s'est exprimé la semaine dernière. Sur quoi il s'est basé pour prendre ses décisions ? C'est ça que j'aimerais savoir. Parce que quels sont les... Pardon, est-ce que vous dénoncez
l'opacité des échanges qui conduisent à ce type de décision ou la nature même de ces décisions ?
Il y a un problème de méthode. La méthode, si vous voulez gagner la confiance, c'est la transparence. Et la méthode également, c'est la décentralisation au maximum de l'application des décisions.
Ça, c'est ce qui était l'objectif initialement ?
Ce n'est pas le choix qu'a fait Mme Buzyn. Jean Castex avait parlé du couple maire-préfet qui a volé en éclats sur l'affaire des commerces. Vous imaginez déjà ce thème ? Commerce essentiel, non essentiel ? Il y avait un reportage autre jour à la télévision où une grand-mère veut acheter un pyjama à ses deux petits-enfants et l'un qui a deux ans, l'autre qui a quatre ans. À deux ans, elle peut lui acheter, à quatre ans, dans le même magasin, elle ne peut pas lui acheter. C'est la question du bon sens. Et donc, ce que je voudrais savoir dans la méthode qu'a choisie le président de la République, c'est qu'il y ait enfin, enfin, non plus cette opacité, mais cette transparence.
Quelle est la donnée scientifique qui vous fait dire qu'un hypermarché de 6000 mètres carrés peut accueillir 750 personnes en même temps et que la cathédrale d'Amiens, la plus grande de France, où est la dimension scientifique qui vous fait dire que les stations de RER sont ouvertes, mais qu'une station de ski avec des remontées en plein air soit fermée ? C'est peut-être pas essentiel. Vous faites plus qu'interroger. Là, vous émettez un avis en creux. Mais c'est le problème du bon sens qui fait défaut. Si vous voulez que les gens aident à des mesures comme celle-ci... Le bon sens dans une pandémie, ça n'a pas tellement lieu d'être. C'est la donnée scientifique qui doit primer.
Alors qu'on les donne ? Expliquez-moi, au nom de quelles considérations scientifiques je suis président de la région, des Hauts-de-France, les cantines des lycées sont ouvertes avec parfois jusqu'à plus de 500 jeunes, mais aussi les adultes, les professeurs, le personnel et que les restaurateurs, aujourd'hui, sont toujours fermés alors qu'ils appliquent justement les règles.
Parce que l'objectif, c'est de limiter les déplacements, de limiter les rassemblements et que les cantines des lycées, on a besoin de l'éducation, on a besoin d'instruction et il faut que les gens puissent manger quand ils vont au lycée.
Alors il faut dire la vérité dans ces cas-là que c'est à géométrie variable.
Bien sûr, puisque l'objectif, c'est de limiter les déplacements et que là où on ne peut pas faire autrement parce que l'instruction est indispensable pour nos concitoyens et pour notre pays, on maintient effectivement la cantine. Les restaurants administratifs,
les restaurants d'entreprise, eux sont ouverts ? Vous ne pouvez pas avoir dans une crise comme celle-ci qui dure un deux poids deux mesures. Ce n'est pas possible.
Donc il faut ouvrir les bars, les restaurants et les hôtels si j'entends bien ce que vous dites.
Mais vous savez ce qu'ils nous demandent les restaurateurs ? Ils ne nous demandent pas de les aider financièrement pour demain, ils demandent qu'on les aide à ouvrir. Ce ne sont pas des gens qui demandent l'aumône ou des subventions, ils veulent pouvoir travailler.
Mais est-ce qu'aujourd'hui vous pensez que vous estimez que vu le niveau de contamination, il est possible d'ouvrir les bars, les restaurants ?
Je le dis, je le dis, dans différents... Oui, oui. Avec un protocole sanitaire qui soit encore renforcé s'il est établi qu'on a besoin de le faire. Mais ils veulent travailler. Mais c'est vrai, des cafés, des hôtels, les hôtels, qui sont bien souvent les oubliés, les restaurants, tout le secteur de l'événementiel. Donc nous savons pertinemment qu'il n'y a qu'à partir du moment où il y aura un traitement, un vaccin, qui sera dispensé à une très large partie de la population au moins 30 ou 35 millions de Français, que nous pourrons retrouver une vie beaucoup plus normale. Mais en attendant...
Vous les ouvrez quand même, les restaurants, même si il n'y a pas de vaccin. Je viens de vous dire... Oui, oui, d'accord. Mais alors dans ces cas-là,
qu'on me fasse fermer les cantines de Mélissé ? Qu'on fasse fermer les restaurants... Pardon, que j'avais vers... que l'on fasse fermer... Excusez-moi. Juste, que l'on fasse fermer les restaurants administratifs. Ça ne peut pas être du deux poids, deux mesures. Mais comment c'est ça le véritable enjeu ?
Comment fait-on pour lutter effectivement, efficacement contre une pandémie qui est nouvelle, qui a surpris tout le monde, y compris la communauté scientifique, dans le monde entier, à de très très rares exceptions près, et parfois pas tout le temps dans des pays qui ont le même régime que nous, c'est-à-dire une vraie démocratie ? Soit on ouvre tout le monde, soit on ferme tout le monde, c'est ce que vous nous dites. On peut comprendre que des gens aient besoin de travailler, mais comment est-ce qu'on lutte efficacement ?
Attendez, nous caricaturons pas. Non, c'est pas une caricature. Qu'est-ce que je viens de vous dire ? Les données scientifiques. Qu'on nous donne les données scientifiques. Elles sont connues. Ah bon ? Oui. Vous savez exactement quels sont les cas, les incidences de cas. La seule étude que nous avons, c'est une étude internationale de Stanford, et notamment qui sur les restaurants ? Les restaurants aux Etats-Unis n'ont rien à voir avec les nôtres. Vous avez une climatisation qui est généralisée, et vous le savez que c'est la question de l'air, de la purification de l'air, qui est l'un des critères de la diffusion. Comme dans mes cantines. Comme dans les restaurants d'entreprise.
Alors sur la question des... Donc vous voyez, le deux poids deux mesures, aujourd'hui, il est tout simplement pas acceptable, pas compréhensible. Hier, c'est la journée où tous les commerces sont devenus essentiels. Non mais vous voyez, cette différence entre commerce essentiel et non essentiel. Juste pour être clair, vous avez dit...
Excusez-moi, vous au pouvoir, Xavier Bertrand, vous dites, je publierai les données scientifiques à ma disposition, et en fonction de ces données-là,
je prendrai des décisions. Tout à fait. Il est un moment où il fallait fermer, c'était évident, pour ne pas voir nos services de réanimation, nos services hospitaliers, nos professionnels de santé qui ont fait un boulot surhumain, surhumain, submergé. Personne n'aurait accepté cela. Mais ce n'est pas au passé, pardon, mais ce n'est pas au passé. Si demain on rouvre, ce sera pareil après demain. Mais attendez, si le président de la République a annoncé, et il a eu raison de le faire, un calendrier, et un calendrier qui nous éclaircissait l'avenir, c'est parce qu'il sait bien qu'il pouvait le faire. Mais moi, ce que je voudrais, c'est qu'on rende les choses transparentes.
C'est comme quand vous avez aujourd'hui le gouvernement qui rencontre les dirigeants des partis politiques. Plutôt que de leur dire voilà ce que l'on sait, et vous, vous en pensez quoi ? Il faut présenter les différents scénarii sur la table. En disant, voilà les options, couvre-feu, l'allègement du confinement et quelle est votre position, qu'on ait un vrai débat transparent. Cela fait des mois et des mois que ça dure. Dans la méthode qui a été choisie, il n'y a pas cette transparence. Dans la méthode qui a été choisie, on reste sur la centralisation. Et ça vous donne aussi autre chose. C'est que vous savez du coup la bureaucratie qui prend le pouvoir.
Quand vous avez un responsable d'une grande enseigne de grande distribution, on me disait hier qu'ils ont eue, 50 préfets qui dans des départements différents sont venus inspecter les rayons. Il n'y a pas autre chose à faire.
Xavier Bertrand, parlons des cultes. Il y a un peu moins d'une heure, nous avons appris la décision du Conseil d'État. Le Conseil d'État demande au gouvernement de revoir sa copie. Jean Castex, à trois jours pour trouver une autre solution, je rappelle que nous étions sur une jauge à 30 personnes pour les lieux de culte, il va falloir reprendre sa copie. C'est-à-dire mettre un système qui dépend de la surface,
finalement, du lieu de culte. Non, ne perdez pas de temps. Tout ça, c'est un travail d'amateur, encore une fois. Le président de la République prend une décision, le lendemain, l'Élysée fait savoir qu'on n'avait pas bien compris et dans la journée, le Premier ministre dit non, non, ça reste comme c'était. Non, mais c'est du travail d'amateur, encore une fois. Et là encore, je vous l'ai dit tout à l'heure, mais c'est vrai pour...
C'est un dimanche particulier, c'est le dimanche de l'Avent pour les catholiques, les protestants, mais je pense aussi aux autres religions qui, sans cette décision du Conseil d'État, auraient été encore des jours et des jours à se réunir à 30 sans tenir compte de la superficie. Là, encore une fois, il y a les principes, des principes fondamentaux qui sont la liberté, la liberté de culte, et puis il y a juste aussi du bon sens. Je vous ai dit la cathédrale d'Amiens, la plus grande de France, 30 personnes.
Est-ce que ce n'est pas un peu méprisant de qualifier les ministres, le Premier ministre, le président de la République d'amateur ? Jean Castex, lorsqu'il était votre directeur de cabinet au ministère de la Santé, était-il déjà un amateur ? Vous faites le reproche
à Emmanuel Macron ? Parce que c'est lui qui les a traités d'amateurs. Vous ne vous rappelez pas de cette phrase ?
Soyons fiers d'être des amateurs avec le lancer il y a quelques mois. Alors, est-ce qu'il est un amateur ou pas ? Je ne sais pas. Bruno Le Maire, notamment, le confirme dans les colonnes de nos confrères du Parisien que pour les entreprises, notamment, il y a un plafond dans le cadre du plan de soutien du Fonds de Solidarité qui sera porté à 200 000 euros. Est-ce que vous diriez que Bruno Le Maire est un amateur ? Est-ce qu'il faut pour défendre, pour soutenir les entreprises est un boulot d'amateur ?
Bruno Le Maire, c'est le seul ministre qui a un dialogue avec les présidents de région parce que nous avons la compétence économique. Le seul, avec Agnès Pagni et Runafe, dans son ministère à Bercy pour essayer quoi ? De trouver des solutions ensemble et d'être plus efficace. Donc, nous avions notamment une conférence téléphonique pas plus tard que vendredi où je lui ai demandé notamment à ce que sur la question de l'indemnisation pour la période qui s'est déjà écoulée, qu'on soit dans une logique d'une véritable indemnisation. On a aujourd'hui, très clairement, une partie du chiffre d'affaires.
La vraie question, c'est la perte d'exploitation qui a été subie et pas seulement au mois de décembre, depuis le début de l'année. Vous avez ensuite la question des congés payés. Il faut la régler. Il faut la régler.
Le cas du chômage partiel, ça pose un problème aux entreprises, effectivement.
Exactement. Il faut la régler. Et puis, vous avez des charges qui sont en permanence repoussées devant nous. Il y a un moment où il faut dire que pour les très petites entreprises, il faudra que ce soit annulé. Je viens de vous dire, ne cherchons pas, encore une fois, à faire des raccourcis. Je vais vous dire, lui, on arrive à travailler avec lui. Par contre, ce que je lui ai demandé également, c'est que sur toutes ces questions d'indemnisation, pour que ce ne soit pas seulement de l'argent public, qu'il va falloir aussi aller chercher ceux qui sont bien cachés depuis le début de la crise. Les assureurs. Ah ! Les assureurs.
Que proposez-vous là-dessus ?
Justement. Les assureurs. Parce qu'il faut le voir, l'attitude de certains assureurs et pas un seul assureur, mais de différents assureurs, c'était de dire, notamment à des commerçants, à des indépendants, et notamment à des restaurateurs, non, non, vous n'êtes pas couverts, et de s'assurer, en plus qu'il y ait des avenants au contrat pour 2021, pour écrire noir sur blanc, qu'il n'y ait pas le risque pandémie et pour éviter des recours en justice. Cette attitude-là est inqualifiable.
Donc, soit le gouvernement réussit à obtenir des assureurs qu'ils financent réellement une bonne part des pertes d'exploitation de ce secteur, soit il faudra faire voter au Parlement, en urgence, une taxation d'un secteur qui a aujourd'hui plus de... sur l'ensemble de ce secteur, en France, je crois que c'est plus de 15 milliards d'euros des mois 2018 ou 2019. Il faut leur prendre une partie pour pouvoir financer. Ce n'est pas seulement à l'argent public de pouvoir financer cet ensemble. Où est l'effort de guerre des assureurs ? Important. Il n'est pas là. Et je le dis d'autant plus qu'ils sont en train de déclencher... Vous connaissez bien.
Oui, enfin, moi, j'étais plutôt un assureur de campagne qu'un dirigeant de groupe d'assurance, mais je connais bien leur fonctionnement. Les voitures n'ont pas roulé pendant des semaines et des semaines et des mois. Et puis, il y a les primes qui vont augmenter. Elle est où ? La transparence également. Donc, on a besoin que tout le monde soit sur le pont, que tout le monde fasse preuve de solidarité. Mais je dis également ce que je demande au ministre de l'Économie et des Finances, c'est de leur dire soit vous financez, soit on trouve le moyen de vous faire financer. Et je pense qu'il faut aussi aller jusqu'au bout.
Les restaurateurs, notamment, l'événementiel, aujourd'hui, ce n'est pas de l'argent qu'ils veulent. Ils veulent pouvoir travailler à l'avenir. Et il faut leur permettre de le faire avec des conditions sanitaires, qui soient irréprochables. Mais il faut bien voir qu'autrement, à la sortie de cette crise, on ne va pas retrouver la même France. Moi, je ne veux pas d'une France, je ne veux pas des autres France où je n'aurai plus des centres-villes avec moins de commerce, moins de centres-bourgs avec moins de commerce. Je n'ai pas envie que la seule librairie de France ce soit Amazon.
Donc, c'est-à-dire que le secteur du livre, il va falloir lui permettre aussi de lutter avec de meilleures armes face à Amazon. Est-ce que vous trouvez normal qu'Amazon, pour un centime, il vous envoie votre livre et que pour les autres, ce soit le tarif postal ? Demain et après-demain, il faut leur permettre de lutter avec des armes plus égales. Ou alors, le visage de la France sera foncièrement différent.
Et ça, je ne le veux pas. Ils vont être nombreux, nos concitoyens, à prendre cette crise en pleine figure. Parmi eux, il y a peut-être deux catégories qui vont souffrir peut-être encore davantage. Les jeunes, les indépendants. Sur ces deux sujets-là, est-ce que le gouvernement en fait suffisamment, selon vous ?
Non, il faut faire davantage parce qu'aujourd'hui, quand vous êtes indépendant, commerçant, artisan, travailleur non salarié, je n'oublie pas non plus les micro-entrepreneurs, là, quand vous n'avez rien, c'est rien du tout. Il y avait aussi une promesse qui avait été faite de mettre en place pour eux un système d'assurance chômage. Début novembre, il y avait, je crois, 750 dossiers qui avaient été acceptés alors qu'ils sont des dizaines de milliers à avoir déjà dû fermer.
C'est la raison pour laquelle, dans la région, on a mis en place un système où s'ils perdent leur activité, nous leur permettons de devenir en formation, un système d'indemnisation, formation, mais aujourd'hui, ce qu'ils veulent, ce n'est pas forcément retrouver un autre boulot, c'est qu'on les aide à tenir, c'est qu'on les aide clairement à tenir. Vous savez, tous ceux qui étaient à leur compte, tous ceux qui sont sur le fil du rasoir avant la crise, aujourd'hui, sont dans des très grandes fragilités. Et la question qui se pose pour certains, c'est le boulot, mais c'est aussi le frigo. Comment vous remplissez votre frigo ?
Et vous voyez, si on autorisait à réouvrir, plutôt que de verser des aides publiques pour dire, vous êtes fermés, ce qui est normal d'ailleurs d'indemniser assez, c'est une fermeture administrative, plutôt que de dire, vous restez fermés, je vous indemnise, c'est vous pouvez rouvrir et cet argent-là, nous pourrions l'utiliser pour aider ceux qui ont aujourd'hui vraiment peur pour l'avenir et ceux qui ont du mal à remplir leur frigo. C'est là aussi. Je fais une proposition dans la région des Hauts-de-France, mais je la lance plus largement. Il y a beaucoup plus de gens qu'on ne l'imagine qui ont du mal à remplir leur frigo.
Hier, c'était la journée nationale de collecte des banques alimentaires. Les Restos du Coeur ont rouvert cette semaine avec plus d'inscriptions. Dernière journée d'ailleurs aujourd'hui, toujours encore. Je lance un appel, j'ai déjà pris contact avec des leaders de la grande distribution pour que nous puissions aller plus loin que la loi sur le gaspillage alimentaire qui a été votée à l'initiative de différents parlementaires, de différentes sensibilités, M. Garraud, M. Decolle, c'était l'idée d'arrache d'arimbage.
C'est de dire aujourd'hui, vous faites plus de 400 mètres carrés, vous devez avoir un accord avec une association alimentaire, on connaît les grandes fédérations qui sont reconnues pour le faire. Ce que j'ai demandé, c'est qu'on fasse davantage, qu'il y ait peut-être une nouvelle journée de collecte nationale qui soit organisée. Et je ne demande pas ça seulement pour les autres. Dans la région des Hauts-de-France, on a décidé de verser 300 000 euros, ce n'est pas dans nos compétences, je l'assume, mais je pense qu'on ne peut pas laisser les gens comme cela et notamment beaucoup de jeunes, vous avez raison, pour pouvoir leur permettre d'avoir plus de fonds et donc plus de moyens.
On a notamment, avant mi-décembre, on réussira à récupérer 400 000 litres de lait dans une seule partie de la région pour pouvoir donner. Et ce que je demande, c'est à l'ensemble de ceux qui sont dans l'agroalimentaire, dans la grande distribution, de nous aider à pouvoir faire cette solidarité. Ceux qui peuvent, ceux qui peuvent, il faut que l'on donne davantage, il faut que l'on soit davantage solidaire parce que cette misère qui monte, vous savez, les pauvres sont déjà là et là, il n'y a pas de vaccin contre la pauvreté. Ça fera partie clairement des priorités des semaines et des mois qui viennent.
Je le fais dans la région mais je voudrais que ce mouvement soit national et je sais que beaucoup répondront à cet appel.
Xavier Bertrand, pour accompagner le plus de Français possible, elle a été labellisée quoi qu'il en coûte, ce sont les mots du président de la République. Dans le Parisien, aujourd'hui, Bruno Le Maire répète qu'il n'y aura pas de hausse d'impôt. J'ai deux questions en une, c'est très simple. Est-ce que c'est tenable de rembourser tout ça sans hausse d'impôt, selon vous ? Est-ce que, comme Bruno Le Maire, vous pensez que la seule solution, en tout cas la solution principale, c'est la réforme des retraites ?
Alors la première des choses, c'est que vous pouvez dire qu'il n'y aura pas de hausse d'impôt mais il faut présenter une stratégie claire de rétablissement de nos dépenses publiques. Pas sur un an, pas sur deux ans, sur beaucoup plus de temps que cela mais il faut aussi dire clairement comment on fera pour qu'il n'y ait pas d'impôt. La deuxième chose, la réforme des retraites, vous connaissez ma position, je crois que c'est aussi sur votre plateau, je l'avais déjà défendu, à la crise sociale, à la crise politique, à la crise sanitaire, à la crise sécuritaire.
Ce gouvernement, aujourd'hui, n'a ni la force, ni la confiance des Français, ni le sens de la justice pour mener une véritable réforme des retraites. Donc ce n'est pas pour l'instant. Il en faudra une. Je voudrais que l'on parle
du vaccin maintenant pour la Covid-19, Xavier Bertrand. Trois candidats vaccins sont en lice. Candidats vaccins, c'est l'expression pour un vaccin qui n'est pas encore autorisé être sur le marché. La France pourrait commencer à vacciner en janvier, ce sont les mots du gouvernement qui va d'ailleurs dévoiler sa stratégie la semaine prochaine, après lundi, donc demain, un avis de la Haute Autorité. Le défi est colossal. Xavier Bertrand, est-ce qu'on est prêt ? Selon vous ?
Moi déjà, pour être clair, moi je suis pro-vaccin. Je ne fais pas partie des personnels prioritaires, mais j'entends bien le moment venu quand ce sera possible me faire vacciner. J'ai beaucoup de proches qui le feront également. Ceci étant, je demande là également la transparence. Qu'on nous explique entre les deux stratégies vaccinales, l'ARN messager et l'autre qui sera déclarée. L'ARN messager, c'est le vaccin qui aujourd'hui, pour expliquer les choses, tient la corde. C'est celui qui est les deux premiers. Pfizer, Moderna. Et il y a ensuite d'autres procédés de vaccination sur des méthodes qui sont plus connues, plus anciennes.
C'est notamment ce que proposera Sanofi qui seront sur le marché. Ce que je demande au gouvernement, c'est la stratégie complète. Le président de la République n'a pas parlé l'autre jour des soignants comme prioritaires. Je pense que la Haute Autorité de Santé précisera bien que les soignants sont aussi prioritaires et que très vite, tous ceux qui contribuent à notre sécurité et également à l'activité économique pourront en bénéficier. Donc, transparence sur les priorités, sur les effets secondaires et aussi une transparence sur la logistique. Nos voisins allemands ont déjà établi tout un plan de vaccination.
À la tête d'une région, comme beaucoup de collectivités, j'aimerais être rapidement mis dans la boucle de savoir comment on devra coopérer. Pour l'instant, parce qu'on vous a appelé pour en parler. Le directeur général de l'ARS m'a expliqué que sur le procédé Pfizer, il avait déjà demandé à l'État de pouvoir avoir les fameux super congélateurs. Mais il faut aussi nous dire, le président de la République a dit, ça sera fin décembre que ça commencera, les quantités. Parce qu'il faut commander largement et là, je le dis, vous savez que je suis un opposant, mais personne ne devra reprocher au gouvernement s'il a commandé large et très large.
En revanche, il faut commencer dès maintenant une campagne d'adhésion à l'idée du vaccin parce que vous vous protégez, vous protégez les autres. Et c'était, je crois, dans la presse ce matin, une soignante qui dit me faire vacciner, c'est aussi l'occasion de serrer à nouveau ma mère dans mes bras. Ça veut donc dire, quand on sera vacciné, si une large partie de la vaccination l'est, c'est fini les masques. On retrouvera la vie d'avant, la vie sociale et on pourra retrouver l'ensemble de nos activités comme avant. Donc je pense qu'il faut communiquer positivement et ne pas le rendre bien évidemment obligatoire.
Alors ça, le président de la République a fermé la porte. Vous êtes passé très très vite sur un point que je pense qu'il est nécessaire de préciser. Lorsque vous listiez les catégories prioritaires pour être vaccinés, vous avez mis en avant le secteur économique, le travail,
les soignants, les personnes vulnérables et de savoir à quel moment... Non, mais vous ne l'avez pas dit. Si un ministre de la Santé, je ne pouvais pas les oublier. Les précisions n'étaient pas inutiles. De toute façon, ces précisions-là vont certainement être données par la Haute Autorité de Santé.
Ce que l'État doit nous dire très rapidement, c'est justement quelles sont les quantités disponibles de quels vaccins et aussi que l'on puisse effectuer le suivi parce que si vous avez notamment deux doses de vaccins à passer, être sûr du suivi, des délais et là, il y aura un formidable travail d'assurance maladie et on ne peut pas connaître à nouveau le fiasco des masques, l'échec des tests et de l'application StopCovid. Là, on n'a pas le droit de se louper là-dessus parce que c'est le vaccin, le succès du vaccin et de la vaccination qui fera qu'on repassera à notre vie d'avant.
Xavier Bertrand, on s'approche de la date du Brexit. Il y aurait beaucoup de choses à dire mais il y a un sujet qui est au cœur de l'actualité, c'est la question des migrants et il l'est depuis plusieurs années. Je voudrais rappeler les choses à nos téléspectateurs. Il y a les accords du Touquet. Les accords du Touquet stipulent que la frontière anglaise est chez vous. Elle est à Calais. On a déplacé la frontière de l'autre côté de la Manche. Le Brexit, ça change quoi ? Est-ce que ça change quelque chose ? Est-ce que demain, vous pourriez dire aux Anglais « Moi, je ne gère plus ce passage,
c'est à vous de gérer votre frontière ». La frontière est chez vous. Le Brexit ne change rien. Moi, c'est la position que je défends. Ce n'est pas celle du gouvernement, ce n'est pas celle du président de la République. C'est de dire aux Anglais que s'ils ne changent pas leur politique migratoire et s'ils ne sont pas plus efficaces dans cette politique-là, on leur rend leur frontière. Et vous allez voir que du jour au lendemain, ça va changer. Aujourd'hui, les Anglais nous font un chèque de temps en temps pour nous dire « Vous gardez la frontière, des migrants passent ». Mais moi, je n'ai jamais vu un migrant revenir d'Angleterre parce qu'ils les gardent tous.
Ils les font bosser avec un lance-pierre et ça leur va très bien comme ça. Et les problèmes sont pour nous. Même si aujourd'hui, le problème n'est plus le même. Quand j'avais été élu à la tête de la région, j'avais pris un engagement sur la fameuse jungle de Calais où il y avait 9000 personnes. Nous en avons aujourd'hui 700-900 qui sont exploitées par des passeurs dans des conditions indignes. Et derrière, avec Natacha Bouchard, nous avions obtenu de Bernard Cazeneuve le démantèlement de cette jungle de Calais. J'aimerais que le gouvernement aille jusqu'au bout. Le ministre de l'Intérieur est très engagé là-dessus.
J'aimerais que le ministre de la Justice le soit également, encore une fois, sur l'application des peines, notamment vis-à-vis des clandestins et des passeurs parce que les gens qui viennent ici, vous savez, ils ne sont pas arrivés à Calais par hasard ni à Grande-Sainte. Ils attendent de passer en Angleterre. Ils ont été rançonnés par des passeurs. Mais sauf que du côté français, il y a des actions. Du côté britannique, ils laissent faire. Et ça, ce n'est pas acceptable. Une ou deux questions plus politiques,
s'il vous plaît, pour terminer cette émission. Vous aviez dit cet été, encore ce matin, que vous vous prépariez à l'élection présidentielle. Est-ce que vous êtes candidat à l'élection présidentielle ?
Je l'ai dit. S'y préparer, ça ne suffit pas. J'essaye de trouver des solutions dans ma région pour les gens de la région et j'apporte également des solutions, des propositions au niveau national. Mais vous savez, j'aurais très bien pu ne pas dire la vérité, rester dans ma région, dire aux gens de la région « je serai candidat, tout va bien, je resterai là » et puis quelques mois après, faire le contraire. Ce n'est pas ma conception. Je préfère dire les choses. Dites les choses du coup, est-ce que vous voulez être ou pas ? Écoutez, vous voyez un peu toutes les questions que vous nous avez posées tout à l'heure ? Oui. Vous pensez que c'est vraiment le moment ?
D'ailleurs, je vois même avec votre sourire que vous n'attendez pas forcément de la vérité. Non mais Xavier Bertrand, vous venez de me dire
« je préfère dire la vérité » et je vous repose la question
et vous n'y répondez pas. Je ne comprends pas. Parce que le moment n'est pas venu d'annoncer sa candidate. Mais c'est sans doute
le moment de le dire maintenant. Le sujet n'est pas là. C'est sans doute le moment.
J'ai aujourd'hui 6 millions de personnes que je dois protéger au maximum face à cette crise. Xavier Bertrand. Et je le dis aussi sur tous ces sujets-là, on doit tous être concentrés sur les priorités. Les priorités, c'est quoi aujourd'hui dans notre pays ? Mais ça changerait quoi ? Vous disiez aux gens des Hauts-de-France « oui, je suis candidat, mais je continue de travailler pour... » Ils le savent bien que réélu, « je veux être candidat ». Mais ce n'est pas nouveau. Je dois l'avoir dit déjà dix fois. Il y a une question importante. Je vais juste terminer. Xavier Bertrand. La priorité, c'est sortir de cette crise du Covid.
Lutter contre le terrorisme islamiste et lutter également contre la pauvreté. Xavier Bertrand. C'est ça les priorités aujourd'hui.
Xavier Bertrand. Vous vous posez sans doute la question peut-être. Les lecteurs de droite, pourquoi ils voteraient Bertrand au lieu de Macron ?
Parce que ça sera foncièrement différent. Mais c'est-à-dire ? Mais j'aurai l'occasion de le dire. Sur la question de la justice, l'esprit de justice, c'est-à-dire sur se sentir à nouveau vraiment en sécurité, vraiment protégé, pas avec des demi-mesures. Ça veut dire également autour du travail, ne pas oublier seulement, ne pas penser seulement au premier de cordée, mais penser aussi à ceux qui travaillent et qui n'arrivent pas à s'en sortir. Et puis c'est une politique d'aménagement du territoire radicalement différente où il n'y a pas que pour ceux qui réussissent et les métropoles.
Vous savez, la France c'est un pays dans lequel vous n'avez pas le droit de laisser des gens sur le bord de la route. Et il n'y a pas que ceux qui réussissent qui ont de la chance dont il faut s'occuper. Il faut s'occuper de tout le monde.
Xavier Bertrand, si les Républicains organisent une primaire après les régionales, est-ce que vous y participeriez ?
Je l'ai déjà dit. Vous n'êtes plus le monde des Républicains. Les primaires, c'est pas mon truc et je pensais que tout le monde en était largement revenu des primaires. Et je pense que c'est le cas. Tous les partis politiques qui ont fait les primaires, on a vu que ça ne leur n'aurait pas porté chance. Et je ne veux pas de filtre entre les idées, propositions que je peux faire et le peuple. Pas de filtre. J'ai beaucoup de respect pour ma famille politique. Parti politique, ils peuvent avoir leur rôle, mais pas de filtre, un contact direct et un lien direct. Vous voulez dire qu'il peut y avoir deux candidats à droite ou non vous ? Je vous ai dit que je croyais beaucoup au bon sens.
Edouard Philippe, c'est un beau candidat à droite ?
Je ne vais pas vous passer en revue l'ensemble des candidats. On n'en a pas de temps. Vous savez, je voulais que vous disez une chose. J'ai été porte-parole de Nicolas Sarkozy. J'en étais très fier. Aujourd'hui, je suis porte-parole au moment où je vous parle des 6 millions d'habitants de la région et porte-parole de personnes d'autres.
Merci beaucoup, Xavier Bertrand, d'avoir été notre invité
ce midi dans BFM Politique. Edwige, David, merci.
On se retrouve dimanche prochain.
Xavier Bertrand