Comment Sébastien Lecornu peut-il s'en sortir ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:57OuverteÉludée
Sébastien Lecornu prend la parole parce qu'Emmanuel Macron lui a demandé, si l'on peut dire.
- 2:59OuverteÉludée
La colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Prendre les jeunes au sérieux, c'est important.
- 4:16OuverteÉludée
Qu'est-ce qu'il va pouvoir annoncer fin octobre ? Puisqu'il y a des annonces qui vont tomber.
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Est-ce qu'on peut se demander s'il n'y a pas eu une petite volonté de dramatisation ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:37PrésentateurFait
« Carburant, crise agricole, intérêt de la dette, toutes ces calamités qui nous inquiètent. »
- 6:15PrésentateurChiffre
« Le déblocage de 10 millions de barils de gazole, qui appartiennent aux stocks stratégiques. »
- 6:22PrésentateurChiffre
« Ça allait faire baisser le prix à la pompe de 12 à 18 centimes sur un litre. »
- 9:53PrésentateurChiffre
« Avec un déficit de 5% maximum. »
Temps de parole
- Invité37 %
- Invité 234 %
- Présentateur25 %
- Invité 33 %
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Ne doutons pas de nous-mêmes. Nous avons des ressources dont nous n'avons pas suffisamment conscience. Notre jeunesse, nos entreprises, petites comme grandes, nos capacités de production d'électricité, je le disais, notre agriculture, notre diplomatie, notre armée, nos forces vives. Appuyons-nous sur elles pour sortir de nos difficultés.
Et
j'appelle clairement à l'unité.
C
'était le Premier ministre il y a un petit peu moins d'une heure en direct de Matignon. Sébastien Lecornu ne veut pas donner le sentiment qu'il est totalement dépassé par les événements. Il a donc pris la parole ce soir au sujet de la crise des lycéens, mais pas seulement. Carburant, crise agricole, intérêt de la dette, toutes ces calamités qui nous inquiètent. Le Premier ministre n'a pas fait vraiment beaucoup d'annonces, mais on va quand même les débriefer dans les grands esprits. Ce rencontre avec vous, Christophe Barbier, éditorialiste. Bonsoir. Et vous, Émilie Zapalski, éditorialiste et communicante politique, fondatrice de l'agence Émilie Conseil. Bonsoir.
D'abord, Christophe Barbier, Sébastien Lecornu prend la parole parce qu'Emmanuel Macron lui a demandé, si l'on peut dire.
Oui, on a cru comprendre que la réunion tenue à l'Elysée, au cœur des événements, a été quand même un cadrage un peu vif pour les ministres concernés. C'est vrai que cette intervention de Sébastien Lecornu est très tardive. Voilà presque deux semaines que le mouvement a commencé, au moins dix jours qu'il tient le haut du pavé. On pouvait attendre une prise de parole du Premier ministre plus précoce, d'autant que les autres ministres concernés ne sont pas des politiques. Philippe Baptiste à l'enseignement supérieur, Édouard Jeffrey à l'éducation nationale, même Laurent Nunez, ils sont élus nulle part. C'est lui, le Cornu, l'élu. Il aurait dû parler un peu plus tôt.
Il a été occupé par le pape d'abord et par le budget ensuite. Mais enfin, c'est un peu tardif. Il a tenu des propos qu'un étranger qui ne connaîtrait pas la fonction du Premier ministre aurait pu croire une intervention présidentielle ce soir. Ça
ressemblait
tellement à
l'éducation
d'Emmanuel Macron. Et d'ailleurs, c'était la première fois qu
'on
voyait notre Premier ministre installé comme ça, filmé comme ça. Ça ne lui était jamais arrivé. Il était toujours sur le péron de Matignon. Donc quelque chose de très bref, un exercice qu'il n'a pas l'air de trop apprécié. C'est vraiment le anti-héros de la communication. Lui, il ne communique que vraiment quand il est obligé. Là, on sent bien qu'il a été pressé par Emmanuel Macron. Et je pense qu'en effet, moi, je dirais un petit peu différemment. Il avait pris la parole, mais exclusivement sur la partie violence. Et donc, ça pêchait véritablement. Et dans le vocabulaire qu'il a utilisé, nous devons écouter la jeunesse. Personne ne peut ne pas entendre...
Enfin, il y avait un moment, il disait exactement ce qu'il a fait pendant 2-3 semaines. Parce que ça date depuis 17 septembre, quand même.
Moi, il
est tout premier,
oui.
Et en plus, c'est un mauvais signal. Moi, j'ai l'impression qu'il y
a
un copier-coller avec ce qu'Emmanuel Macron a fait pour les Gilets jaunes. Je ne les regarde pas, je ne les vois pas, je ne les considère pas. Il y a le feu, il y a la violence. Et tout d'un coup, je les regarde. C'est un mauvais signal, quand même, donné. C'est-à-dire que c'est quand il y
a
la violence qu'on commence à ouvrir les yeux et à commencer à parler et à se concerter. Parce que là, il nous fait un petit grand débat dans les écoles, en tout cas dans les lycées.
Le
temps d'échange avec les journées banalisées. Vous disiez, ces mots, la colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Prendre les jeunes au sérieux, c'est important. Il faut répondre à leurs demandes. Il n
'a
pas défendu les forces de l'ordre, mais si, un peu quand même. Il a dit qu
'elle
n'avait pas d'instruction pour affronter les jeunes. Il y
a
un petit peu de justification. Peut-être que c'est Emmanuel Macron qui a justement, lui aussi, été un peu choqué par les images et qui craint les répercussions de ces images sur l'opinion publique ?
Oui, bien sûr. On voyait bien qu'il y avait une inadéquation entre ce que la police faisait, elle considérait qu'elle devait le faire, et puis la population qui était au milieu. Alors évidemment, les casseurs profitaient de ce bouclier humain, si j'ose dire, que ce sont les lycéens pour commettre les exactions. Mais la réponse de la police montrait bien que les outils, les méthodes ne sont pas tout à fait adaptés. D'ailleurs, on a senti un ministre de l'Intérieur un peu désemparé. Il suspend l'usage des
grenades. Il y
a un côté quand même un peu gêne du côté de la police. Néanmoins, il a tenu cette ligne quand même de la fermeté. Tout comme il a tenu une autre ligne de fermeté, il n
'y a
pas d'argent. Il n
'y a
pas d'argent, les finances publiques. Il en a profité pour essayer de contraindre ou de convaincre les oppositions de voter son budget. Et donc, on voit bien que c'est un Premier ministre qui est démuni pour la réponse qui avait été celle faite aux Gilets jaunes, à l'époque 17 milliards. Là, les lycéens en réclament 10. On ne sait pas trop pourquoi 10 d'ailleurs. Mais non, il n
'y a
pas d'argent. Il n
'y a
pas d'argent. Il y
a
déjà 1,2 milliard dans le budget prévu. Il n
'y aura
guère plus.
Alors, qu
'est
-ce qu
'il
va pouvoir annoncer fin octobre ? Puisqu'il y a des annonces qui vont tomber. Oui,
alors ce qui est bien,
c'est qu'il y a des annonces qui vont tomber. Parce que jusqu'à maintenant, on nous parlait juste d'une loi supplémentaire, casseurs-payeurs, qui allait arriver très très vite. Donc, c'est quand même un équilibre dans le type de mesures à apporter. Moi, je crois qu'en effet, les images, elles ont pu être violentes pour les uns et les autres, pour Emmanuel Macron, mais pour une partie de la population, qui semble-t-il, en plus, soutient globalement quand même le mouvement des lycéens. Donc, ce n'était pas tenable indéfiniment. Et son autre argument, qu'il a recité d'ailleurs dans son allocution, de dire qu
'il
y
a
des influences politiques, en gros, de charger la France insoumise, d'exciter tout le monde, de souffler sur les braises, ça ne prend pas totalement. Parce qu'on voit bien que, comme il l'a dit, les demandes sont quand même légitimes. Je pense qu'il
y a
des parents, il y a des familles qui voient bien qu'il
y a
un problème au lycée et que, donc, les demandes que font les lycéens au milieu de toute cette violence qu'ils ne provoquent pas forcément, eh bien, ils sont bien là. Je ne
suis
pas sûre qu'ils puissent apporter des réponses concrètes parce qu'en effet, le budget est quand même assez contraint. Mais déjà, commencez à écouter la jeunesse. Parce que, quand on parle de LFI, je suis désolée qu'on en pense du bien ou du mal, c'est à peu près le seul parti politique qui s'intéresse à la jeunesse, qui en parle. Les autres parlent plutôt aux personnes plus âgées. Pourquoi ? Parce que c'est les personnes qui votent et on fabrique souvent les politiques publiques par rapport aux personnes qui votent. Donc, il y a ce souci de commencer à s'intéresser à la jeunesse, de voir quels sont leurs problèmes, leurs problématiques.
C'est eux qui, demain, feront ou pas des enfants, feront ou pas la croissance et l'activité économique. Donc, il y a déjà ce regard-là, un peu temporaire, parce qu'il va y avoir la campagne politique qui va arriver. Il a
parlé d'ailleurs des angoisses de cette génération Covid. C'était si étonnant. On n'avait pas encore entendu ces arguments. Alors, on le disait, il n
'y a
pas eu d'annonce réelle de mesures sur ce dossier-là. En revanche, il a évoqué aussi la crise du carburant, avec les prix, évidemment, à la pompe qui atteignent des niveaux très importants. Et une mesure très concrète, c'est le déblocage de 10 millions de barils de gazole, qui appartiennent aux stocks stratégiques. Et il a même estimé que ça allait faire baisser le prix à la pompe de 12 à 18 centimes sur un litre. Alors, on avait un spécialiste tout à l'heure, un Nicolas Golbert, qui trouvait ça un petit peu optimiste. Mais en fait, c'est ce qu'on a à offrir aujourd'hui. C'est ce qui ne coûte pas grand-chose, en fait, pour le moment.
Oui, ça ne coûte pas grand-chose. Il
n'y
a pas tellement d'autres moyens d'intervenir. On a du mal à rétablir la paix dans le golfe à nous tous seuls. On
l'avait
déjà fait, de libérer des stocks stratégiques. Je crois que c'était 14 millions de barils à l'époque.
C
'était au mois de juin, je crois.
Oui,
oui.
Et puis,
il
y avait eu, dans le temps passé, dans des moments de pénurie aussi, notamment parce que les raffineries étaient bloquées, ce genre d'initiatives. Là, ça a
l
'air d'être une politique plus profondément choisie. Bon, il y a l'aspect prix et l'espérance de voir le tarif baisser en mélangeant du gazole acheté pas cher avec du gazole acheté plus cher. Il faudra surveiller les distributeurs et leurs marges quand même. Et puis, il
y
a cette idée, ces stocks servaient en cas de pénurie. Et
puis, nous
avons décidé un usage nouveau. Comme si, désormais, l'idée d'utiliser les stocks stratégiques comme manœuvre fluctuante, comme outil pour faire bouger les prix, allait être la politique couramment menée. Attention, tout de même, alors on voit bien qu'il n
'y a
plus d'argent dans les caisses, qu
'on
ne peut pas baisser les taxes. Mais le risque de pénurie, il n
'est
pas nul. On ne sait pas ce qui peut se passer en matière géopolitique ou même en blocage social dans le pays. Il ne faut pas non plus déshabiller Pierre pour remplir le réservoir de pôle.
Même si aujourd'hui, le pétrole sort du Moyen-Orient. On a vu même que les exportations étaient supérieures au niveau d'avant la crise.
Mais à un coût visiblement plus élevé.
À cause du transport.
Rusé. Et puis, avec aussi, sans doute, des marges au passage pour une partie des métiers concernés. Moi, je ne comprends pas très bien pourquoi on n'arrive pas à faire autre chose qu'une usine à gaz pour protéger les plus modestes dans le cas où, justement, l'essence flambe en matière de prix. Je pense qu'on a déjà eu cet événement qui est arrivé précédemment. C'est aussi la raison des gilets jaunes avec l'augmentation de la taxe carburant pour financer la transition écologique. On n'arrive pas à faire un système qui fait que ceux qui, globalement, peuvent se permettre des centimes de plus pour le plein continuent à payer.
Et ceux qui en ont besoin pour travailler, qui ne peuvent pas assumer ce surplus de prix, soient un peu protégés. Je ne comprends pas comment l'État ne soit pas un peu plus souple, plus flexible pour commencer à utiliser ça, parce qu'on va en avoir besoin. Si on veut financer la transition écologique, on ne pourra pas faire payer tout le monde de la même façon. L'État n'est pas encore assez agile pour faire face à des crises comme ça qui se répètent. Tout
le monde ne profite pas de l'aide aux grands goulers.
Tout à fait,
c'est pour tout le
monde.
Ça permet de ne
pas
dépenser toutes les sommes qui devaient être engagées. Il a également évoqué la crise agricole, dont il a peur, a priori. Peut-être que d'ailleurs, il n'avait pas vu venir les lycéens et il s'attendait plus à une explosion de colère du côté du monde agricole. Oui,
l'attention du pouvoir. La nôtre aussi, d'ailleurs, était sur les usagers du carberon. On se demandait si les gilets jaunes n'allaient pas revenir. Il y
a
le rendez-vous du 17 octobre. Et sur les agriculteurs. Les agriculteurs vont sortir là, dans quelques jours, quelques semaines, de la période où ils sont encore très au champ, très à la tâche. Ils vont rentrer dans la période où, généralement, ils peuvent manifester en 2024. Ça avait été en décembre et surtout en janvier 2024. Là, il a senti en effet ce risque-là. Il n
'a
pas fait d'annonce très concrète. Il va y avoir un travail de fond pour des lois, des aides. Mais là, on a senti plus l'inquiétude du Premier ministre que des solutions. N'oublions pas que le moment fort de la campagne présidentielle, ça sera en février, le salon de l'agriculture. Rendez-vous obligé. Si la France agricole est en colère, entre désespoir et rage, c'est tout le paysage démocratique qui se rate.
Alors justement, est-ce qu'on peut se demander s'il n'y
a
pas eu une petite volonté de dramatisation
?
Il a fini par évoquer le budget qu'il va devoir faire adopter avec un déficit de 5% maximum.
Est
-ce que présenter ce tableau, prendre la parole, ce n
'est
pas une manière de mettre la pression pour qu
'on
soutienne son budget ?
Oui, il a fait un peu tous les volets qu'il pouvait détailler. Énergie, lycéen, agriculture, pour montrer qu'en effet, les crises se multiplient. On ne peut pas répondre à toutes les attentes avec un budget et un déficit qui est terrible en ce moment. Je ne suis pas sûre que ça permette de calmer les uns et les autres parce que les agriculteurs, ils sont face à quelque chose qui est très compliqué. Il y
a
le sommet de l'élevage aussi.
Je
pense que déjà, on va entendre des voix un petit peu crier. Je pense qu'il faut concrètement pouvoir s'attaquer au fur et à mesure à tout ça. C'est déjà bien qu
'on
puisse en parler. Les agriculteurs, ça ne date pas d'hier, la crise. Et on a l'impression qu'on ne leur répond pas complètement.
Il y a des petites lois. Il y a
la loi du plomb, il y a les lois agricoles. Mais il y a besoin d'un changement véritablement de paradigme pour les aider. Et pour l'instant, on n'y est pas.
Je
l'ai trouvé néanmoins habile dans son adresse aux partis d'opposition à la veille du débat budgétaire. Quand il en appelle au patriotisme de chacun, quand il rend hommage à ceux qui l'ont passé, ont mis l'intérêt général au-dessus de leur conviction, on sent l'appel du pied pour qu'en effet, il y ait un budget. Alors, ça ne sera pas forcément les mêmes. L'an dernier, il a donné beaucoup aux socialistes, notamment la suspension de la réforme des retraites, pour qu'ils ne votent pas la censure. On voit bien que cette année, on a des signes pour que le Rassemblement National, à travers l'adage de Marine Le Pen, je préfère un mauvais budget à une absence de budget.
Laisse passer le budget, en attendant de le corriger s'il gagne les élections, mais laisse passer le budget.
Merci beaucoup, Christophe Barbier et Emile Zapalski, d'être venus débattre dans les Grands Estils.