Gabriel Attal : "Pas une seule voix pour le RN"
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Au lendemain du premier tour des législatives, dans une dizaine de minutes, la parole à la porte-parole du Rassemblement National. Laure Lavalette est tout de suite le ministre des Comptes Publics, député à l'REM dans les Hauts-de-Seine, candidat ensemble à sa réélection. Bonjour Gabrielle Attal. Bonjour. A l'issue de ce premier tour, vous êtes à seulement 20 000 voix devant la NUP. C'est le plus faible score remporté par une majorité présidentielle à des législatives sous la Ve République. Question simple ce matin, êtes-vous déçu ?
D'abord, ce n'est pas la fin des élections législatives. Je vous rappelle qu'il y a un deuxième tour. Donc c'est compliqué de tirer des conclusions sur le résultat, en l'occurrence de la majorité présidentielle, sur un premier tour des élections législatives. Ensuite, je rappelle qu'on est dans des circonstances inédites aussi. C'est la première fois qu'un président de la République, sous la Ve République, est réélu hors cohabitation, en ayant une majorité. Donc évidemment qu'il y a un match, évidemment qu'il y a un débat. Et ce deuxième tour, il va permettre une clarification. Parce qu'il y a plusieurs projets.
Moi, ce que je veux dire ce matin, c'est qu'on porte un projet qui est profondément républicain, là où la NUPES, le Rassemblement National, à bien des égards, s'éloignent de la République. Qu'on porte un projet qui est profondément européen, là où la NUPES, le Rassemblement National, veulent in fine sortir de l'Union Européenne. Qu'on porte un projet de libération de notre économie, tourné vers l'emploi, la rémunération au travail, là où vous avez en face des projets qui sont des projets de ruines économiques du pays, qui ne sont pas financiers.
Gabriel Attal, on va parler des projets. Oui, mais je pense que c'est important. Bien sûr, évidemment. Bien sûr, mais juste une question encore sur les résultats d'hier. En 2017, après la présidentielle, la majorité présidentielle avait fait 32% des suffrages au premier tour. Vous êtes aujourd'hui à 26%, c'est quasiment 7 points de moins. Comment vous l'expliquez ?
Écoutez, il y a un certain nombre de candidatures qui ont été portées. Il y a un contexte, encore une fois, je vous le dis, qui est différent. On a pour la première fois un président sortant qui a été réélu hors cohabitation. Maintenant, les élections, moi je ne veux pas laisser penser aux personnes qui nous écoutent que les élections sont terminées. On est, pour ce qui est de la majorité présidentielle, présent au deuxième tour dans trois quarts des circonscriptions. Trois quarts des circonscriptions, à peine moins qu'en 2017.
Vous comparez avec les scores de 2017, comparons peut-être aussi, s'agissant de la NUPES, avec les scores qu'ils ont fait cumuler au premier tour de la présidentielle, ou en 2017, pour les différents candidats, les différents partis de la NUPES qui étaient candidats, ils sont nettement en baisse aussi.
Mais il faut quand même analyser les choses. C'est l'usure du pouvoir, ce sont les polémiques des derniers jours, l'absence de campagne, la campagne de votre camp pour les législatives a été au mieux discrète, au pire disent certains, léthargique, à tonne. Ipsos indiquait hier que les Français vous reprochent de ne pas avoir fait campagne avant le premier tour. Est-ce que vous leur donnez tort à ces Français ? Ou pour le dire autrement, est-ce que vous en prenez aussi votre part ?
Moi je ne donne jamais de leçons aux Français. Non mais on vous demande d'en tirer. Et ensuite, ce que je dis, c'est que quand vous avez la moitié des membres du gouvernement qui sont candidats dans une élection, on ne peut pas dire que le gouvernement, que la majorité ne se jette pas dans la campagne.
On les a entendus.
Quand vous avez sur la moitié des membres du gouvernement, ça vous fait sourire, c'est bien. Quand on dit qu'ils sont au deuxième tour de cette élection, tous les membres du gouvernement, les 15 qui étaient candidats, sont au deuxième tour et pour la quasi-totalité en tête, on ne peut pas dire que ce soit un désaveu. Maintenant, on peut peut-être aussi interroger certains qui ont passé toute cette campagne à expliquer que ça permettait d'élire un Premier ministre sur le fait qu'ils ont peut-être aussi dévitalisé cette campagne et le sens de ce scrutin.
Alors, on va poser la question différemment. La majorité absolue, ce matin, n'est pas acquise pour Ensemble. Est-ce que vous allez mettre la première cette semaine dans l'entre-deux-tours ? Là aussi, vous souriez, mais est-ce que vous allez faire campagne ?
D'abord, la majorité absolue est largement plus probable pour Ensemble et pour la majorité présidentielle que pour d'autres coalitions, les autres coalitions. Je le disais, on est au deuxième tour dans trois quarts des circonscriptions. J'entendais hier soir la NUPES revendiquer d'être au deuxième tour sur plus de 500 circonscriptions. Ils sont en réalité au deuxième tour dans 380 et quelques circonscriptions. Donc voilà. Alors, sur les chiffres, puisque vous parlez des chiffres,
hier soir, Manuel Bompard de la France Insoumise vous accusait, enfin accusait Gérald Darmanin d'avoir manipulé les résultats pour annoncer qu'Ensemble était en tête avec 21 000 voix de plus. Il vous reproche d'avoir minimisé les voix de la NUPES. Vous répondez quoi ce matin ? Il parle même de triche. Ils remettent systématiquement en cause tous les chiffres.
Qu'il s'agisse des élections, on se souvient de Jean-Luc Mélenchon en 2017. Qu'il s'agisse de notre économie, quand il y a de la croissance, ils la remettent en cause. Le taux de chômage, ils disent que ce n'est pas vrai alors que nos entreprises cherchent à recruter. Là, en l'occurrence, ils remettent en cause encore les chiffres. C'est une spécialité chez eux.
En fait, il s'appuie sur le fait que le ministère de l'Intérieur n'aurait peut-être pas pris en compte les divers gauches ultramarins, les Outre-mer et la Corse notamment, qui sont soutenus par la NUPES et qui siégeront avec la NUPES.
Mais alors, je ne suis pas ministre de l'Intérieur. En revanche, pour m'être enseigné sur ce sujet, puisque j'ai entendu ces déclarations, ce qu'il me semble, c'est que quand vous regardez l'accord de la NUPES et les candidats qu'ils ont investis officiellement, il n'y avait pas de candidats Outre-mer. Et en Outre-mer, il y avait, dans chacune des circonscriptions, une pluralité de candidats de gauche dont plusieurs, il me semble, se revendiquaient de la NUPES. Vous dites que les chiffres sont transparents, croyez-les, ayez confiance.
Je dis que ce qu'il me semble, c'est que les chiffres comptabilisés comme candidats NUPES sont les candidats qui avaient été investis ou qui s'étaient déclarés en préfecture selon la NUPES. Pour la majorité présidentielle, vous avez des exemples aussi. On a certains candidats qui venaient d'autres partis politiques, qui ne se sont pas déclarés en préfecture ensemble, qui ne sont pas comptabilisés dans les chiffres ensemble. Mais encore une fois, on a vu hier soir la soirée commencer avec la NUPES, Jean-Luc Mélenchon, qui expliquait qu'ils étaient en tête en nombre de voix. Ça n'est pas le cas. Qu'ils étaient présents en deuxième tour dans plus de 500 circonscriptions. Ça n'est pas le cas.
Ils sont nettement derrière.
Jean-Michel Blanquer battu plusieurs ministres et figure de la Macronie en balottage défavorable, comme Amélie de Montchalin, largement devancée par Jérôme Guège dans Lesson. Comment l'expliquez-vous, le recevez-vous, ça ?
D'abord, je redis ce que je disais. Sur les 15 membres du gouvernement candidats aux législatives, vous en avez 13 qui sont en tête, pour la plupart assez nettement, et 3 qui sont en deuxième position, enfin 2 en deuxième position, aucun qui a été éliminé. Ça me semble quand même important. Ensuite, il y aura un match au deuxième tour dans un certain nombre de circonscriptions. Il y aura une campagne, il y aura un débat national et local. Jean-Michel Blanquer, grande figure du premier quinquennat. Il a fait un choix courageux de se présenter pour une première fois à une élection législative, dans une circonscription difficile. Il n'est pas au deuxième tour. C'est la vie politique.
Moi, je veux dire ma solidarité et mon amitié à Jean-Michel Blanquer. Je suis sûr que sa voix, d'une manière ou d'une autre, continuera de peser dans le débat public.
La règle reste la même. Les ministres battus devront quitter le gouvernement. Ah ben oui, je pense qu'il n'y a pas de changement.
Encore une fois, je ne suis plus porte-parole du gouvernement, pour le coup. Mais il me semble que c'est la règle qui a été fixée par l'Elysée. Et je ne vois pas de raison que ça change.
La première ministre, Elisabeth Borne, a appelé les forces républicaines à se rassembler autour du projet des candidats de la majorité, seuls à porter un projet de cohérence face aux extrêmes. Cette phrase, vous le savez, a beaucoup fait réagir. Est-ce que vous mettez la NUP et le RN dans le même sac ?
Ce que je dis, c'est qu'on a toujours été très clair, effectivement, vis-à-vis des extrêmes. Et que vous avez, sur un certain nombre de points, des sujets d'inquiétude, de dangerosité, du côté de la NUP comme du côté du RN. Les deux nous conduiraient à une sortie de l'Union européenne. Les deux sont tournés vers un alignement derrière certains régimes autoritaires, notamment la Russie. Les deux veulent nous isoler et nous fragiliser à l'international. En nous faisant quitter l'autre.
Je vous écoute, vous les mettez de dos à dos.
Non, je vais venir, je vous dis là qu'il y a des points.
Les deux sont limites avec la République.
Je vous dis qu'il y a des points d'inquiétude qu'on retrouve derrière ces deux coalitions, ces deux candidatures sur la question économique, budgétaire aussi. Il y a des motifs d'inquiétude.
Vous citez tous les sujets là. L'économie, l'Europe, les valeurs universalistes ou pas ?
Après le fait que vous avez du côté du RN un projet historique porté par ce parti d'extrême droite qui est un projet d'exclusion, de rejet, de haine de l'autre, notamment pour des raisons religieuses ou pour des raisons d'origine. Évidemment, je ne dis pas que tous les candidats de la NUPES ont un projet semblable. Évidemment. Mais vous pouvez avoir parmi les candidats de la NUPES certains, effectivement, dont nous considérons qu'ils sont assez loin des valeurs de la République.
Il y a 59 du LRN contre NUPES où vous n'êtes pas qualifié. Dans ces 59 circonscriptions, quelle va être la consigne de vote ?
Alors, la consigne de vote est très claire. Pas une seule voie pour le Rassemblement national. Ça, c'est la première chose. Et ensuite, on renvoie à nos candidats au niveau local, aux militants de la majorité présidentielle au niveau local, le soin de juger si le candidat de la NUPES, en l'occurrence, se retrouve dans les valeurs de la République ou pas ? Et s'il ne se retrouve pas dans les valeurs de la République, vous faites quoi ? À ce moment-là, on laisse les électeurs trancher.
Donc, pas de consigne de vote dans certaines circonscriptions. Ce sera au cas par cas.
Oui, mais la réalité, c'est que ce n'est pas pareil entre Valérie Rabault, ancienne députée socialiste, qui est quand même d'une clarté absolue sur les questions de valeurs de la République, et puis une candidate dont le suppléant ou la suppléante a été condamnée pour avoir agressé des forces de l'ordre. Ou certains candidats qui ont tenu des propos sur la laïcité, qui sont vraiment à rebours des valeurs universalistes de la France.
Mais vous en appeliez, il y a six semaines, après le premier tour de la présidentielle, vous en appeliez aux valeurs de la République, et vous en appeliez aux voix de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle pour... Disiez-vous, à l'époque, sauver la République contre l'extrême droite ? Vous disiez, nous avons des valeurs communes avec Jean-Luc Mélenchon, et six semaines après, vous en appelez aux mêmes valeurs pour défendre la République contre Jean-Luc Mélenchon. Vous comprenez que c'est un peu étonnant, pour le moins contradictoire.
On appelait les assalamés aux électeurs. Aux électeurs de gauche qui avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon. On n'a jamais appelé à des accords d'appareil dans le cadre de l'élection présidentielle. Encore une fois, maintenant, ce que je veux dire, c'est que c'est quand même moins de 10% des duels de deuxième tour qui sont concernés. Il ne faudrait quand même pas résumer le second tour de cette élection à ces duels, puisque dans l'écrasante majorité des cas, c'est un candidat de la majorité présidentielle, un de nos candidats, face à la NUPES, ou face au Rassemblement National.
Gabriel Attal, ces scores en demi-teinte pour vous, à ce stade, au lendemain du premier tour, l'abstention record, est-ce que ça va vous pousser à repenser le programme que vous voulez appliquer pendant le second quinquennat ? Est-ce qu'il faut, par exemple, revenir sur la retraite à 65 ans ? Ou au contraire, dire, là, dans la semaine qui vient, on va la faire le plus vite possible ?
Alors, d'abord, il faut qu'on tire tous des enseignements, je dis tous, c'est toutes les formations politiques, de l'abstention. Elle est à peu près du même ordre qu'aux élections législatives il y a 5 ans, mais elle est élevée.
Encore plus.
Et évidemment, on voit bien que l'enjeu démocratique, il reste devant nous. C'est la raison pour laquelle le président de la République veut lancer le Conseil National de la Refondation et un travail transpartisan avec l'ensemble des formations politiques pour rénover nos institutions, précisément pour répondre à cet enjeu de l'abstention.
Ensuite, sur le projet, on a vu au moment de l'élection présidentielle, notamment après le premier tour, où il y avait un message assez clair, assez fort, qui avait été lancé, notamment par les jeunes, sur la question de l'environnement, que le président de la République avait annoncé, un projet qui allait plus loin sur la question de l'environnement, dans un discours à Marseille qui était important. Donc, on a tenu compte de ce message qui avait été envoyé au premier tour de l'élection présidentielle.
Il nous reste 10 petites secondes. Hier soir, dans son discours que vous avez dû écouter, Jean-Luc Mélenchon vous accuse d'avoir un agenda caché public et de vouloir augmenter la TVA pour, je le cite, que la France revienne aux 3% des déficits imposés par Bruxelles. Il a raison de dire ça ou c'est fake news ? Comme toujours.
Honnêtement, on parlait tout à l'heure de leur problème avec les chiffres. Ça ne se fonde sur absolument rien. On a toujours été très clair sur le fait qu'on ne voulait pas trouver, évidemment que non. On ne veut pas augmenter les impôts. On veut même continuer à les baisser. On a un programme de baisse d'impôts. En face, vous avez la France insoumise, la NUPES, qui ont un programme de 330 milliards de dépenses supplémentaires par an. supprimer le quotient familial, le quotient conjugal. Tous les gens qui nous écoutent, qui ont des enfants ou qui sont mariés, verraient leurs impôts augmenter du fait de cette mesure.
Nous, on est très clair, on a montré ces 5 dernières années qu'on n'augmentait pas les impôts, même qu'on les baissait. La taxe d'habitation a été subiérée. Merci, Gabriel Attal. 80% des Français et le sera pour les 20% restants l'an prochain.
Merci, Gabriel Attal, ministre des Comptes publics, député à l'REM dans les Hauts-de-Seine, candidat à sa réélection.
Gabriel Attal