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interviewLa France insoumise (sur YouTube)· 26 septembre 2025 46 minAutoproduit

Antisémitisme/islamophobie : regards croisés | #Amfis2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour, bon après-midi à toutes et à tous. Bienvenue à cette conférence sur les regards, les approches, les perspectives autour de la lutte contre l'antisémitisme et l'islamophobie. Je suis Daniel Obonau, député de Paris, membre du groupe de la France insoumise depuis 2017.

Je suis également Merci. Je suis également Je suis également membre de la commission des lois à l'Assemblée nationale. La commission commission des lois.

Non, il y a pas il y a pas vraiment de quoi parce que la commission des lois justement je voulais dire c'est c'est la commission qui traite de beaucoup de sujets dont on va parler ici en fait qui devrait les traiter et et mieux les traiter qu'elle ne le fait. sur les questions de justice, police, droit et liberté fondamentale. Euh et donc depuis cette année, à l'initiative de notre groupe parlementaire, je suis présidente du groupe d'études sur le racisme et les discriminations raciales ou ou religieuses euh qui euh a produit plusieurs plusieurs auditions que je vous invite à aller voir sur le site de la Nassemblée nationale.

Je suis très heureuse d'être entourée par les trois intervenantes qui vont introduire cette discussion qui est essentielle pour nous à à la France insoumise dans le cadre de ces amphi 2025. C'est euh une thématique, vous avez, si vous êtes là depuis euh jeudi euh peut-être déjà eu l'occasion de participer à l'atelier que nous avions animé avec euh Iman sur race, racisme et antiracisme. Il y en a eu un autre sur la question de l'islamophobie, sur la question de l'antitiganisme.

Et donc la thématique de la lutte contre le racisme, l'analyse des mécanismes, des dynamiques dans nos sociétés de du racisme est une thématique pour nous centrale et stratégique et particulièrement sur ces deux questions, sur ces deux formes de racisme que sont l'antisémitisme et et l'islamophobie dont il nous semblait en s'inspirant très largement de l'ouvrage de Resizia Ibrahim euh sur justement les parallèles, les similitudes que l'on peut euh analyser et dont on peut tirer des enseignements entre ces deux formes de racisme dans le contexte de la France de 2025 euh où euh pour mettre en perspective euh ces deux ces deux euh questions de l'antisémitisme et de l'islamophobie à front renversé disent aussi de la stratégie des classes dirigeantes, c'est-à-dire en donnant l'apparence sur la question de l'antisémitisme de mener la lutte institutionnelle, on va dire la plus vocale, la plus active euh et à contrario sur la question de l'islamophobie, le dénié euh l'un et l'autre l'une et l'autre attitude euh des pouvoirs dominants et de ce gouvernement en particulier euh ne servent en vérité qu'à alimenter euh directement l'islamophobie parce que c'est un outil politique, mais aussi l'antisémitisme. Et c'est c'est un des éléments qui nous semble important euh dans euh les raisons pour lesquelles nous nous voulions faire cette discussion, c'est justement de montrer comment au-delà des des apparences et surtout du discours dominant, c'est bien aujourd'hui les pouvoirs, les gouvernements et des forces politiques qui alimentent l'antisémitisme en alimentant et en produisant l'islamophobie et qui a un enjeu justement à approcher ces deux formes de racisme et de manière manière plus générale, le racisme comme une structure, un système qui s'alimente mutuellement, dont les formes s'alimentent mutuellement et donc l'exigence absolue de notre part qui portons la nécessité de lutter contre le racisme, d'éradiquer ses formes d'oppression comme d'autres formes d'oppression dans le cadre de notre stratégie d'unification du peuple et d'unité populaire, de comprendre l'interaction, les interactions qu'il y a entre ces deux formes et les interactions qu'il y a dans les stratégies euh de division euh autour de l'antisémitisme et de l'islamophobie et donc d'envisé la lutte de manière convergente dans entre entre ces différentes formes. Je vais sans plus tarder laisser la parole à nos nos brillantes intervenantes que je remercie énormément d'avoir accepté de participer à cette conférence, de nous éclairer de leur analyse, expérience, expertise et qui vont chacune avoir un premier propos liminaire euh et qui permettra ensuite je pense de donner des bises des éléments peut-être de réaction de des accords euh dans le dans le débat que nous allons avoir maintenant.

Et donc sans plus tarder, je vais laisser la parole à à Karima Dirche qui est historienne, spécialiste des judaïsmes maghrébains de l'histoire coloniale et des questions migratoires. Vous travaillez Karim depuis longtemps sur les processus historiques de marginalisation et de minorisation et également vous vous êtes intéressé au aux polarisations post-colonial en France sur l'islam et leurs héritages impériaux. Et euh donc vous allez je crois nous éclairer euh sur les dynamiques particulières à ces population juives et musulmane musulmane en contexte français contemporain et ce qu'on peut apprendre de cette longue et riche histoire.

À vous la parole Karim. Bonjour à toutes et à tous et merci d'être si nombreux, ça fait toujours très plaisir. Merci beaucoup Daniel pour cette introduction.

Alors moi, je vais peut-être faire quelque chose, comment je dirais en bonne historienne que je suis tracé un peu le cadre historique justement de ces relations entre juifs et musulmans dans la France d'aujourd'hui. Et ces relations entre juifs et musulmans ont une histoire, une histoire qui plonge en fait dans l'histoire coloniale et une histoire qui plonge aussi dans une histoire de l'autre côté de la Méditerranée qui est la rive sud de la Méditerranée et les pays du Maghreb. C'est je vais partir je vais partir de alors évidemment je vais partir du 7 octobre 2023 bien évidemment puisque ce moment cet événement a fait en sorte que ces relations entre juifs et musulmans ont été sous tension.

Vous savez que ce moment-là a réveillé des émotions très vifes chez les juifs et musulmans en France qui ont fait craindre justement l'émergence je dirais de tension. Euh on dirait presque alors c'est un terme que j'aime pas beaucoup intercommunautaire mais plutôt interreligieuse. Et on a bien vu même que sur le terrain de l'interreligieux le dialogue qui est construit depuis très très longtemps en France a été éprouvé mais fondamentalement éprouvé et altéré par des lectures très différentes de cet événement.

Et l'onde de choc était absolument immense puisque le traumatisme d'pogrome et de l'extermination des juifs d'Europe a refait surface et les destructions massives et ces dizaines de milliers de victimes à Gaza qui se sont donnés à voir quasiment en direct euh ont entraîné une impuissance, une colère, une indignation très forte du côté je dirais pas que musulman bien évidemment, mais en fait on a bien vu une polarisation qui a été extrêmement différente là-dessus et moi je il Il faut s'interroger, il faut s'interroger pourquoi cet événement a eu un impact aussi fort chez les citoyens français de confessions juive et musulmane et un imp un impact qui a été plus intense qu'ailleurs en Europe et dans le monde. Pourquoi en fait ? Posons-nous la question.

Ben déjà, il y a un premier élément d'explication qui est tellement évident qu'on finirait presque par les par l'oublier. C'est-à-dire que la France est aujourd'hui le pays d'Europe qui héberge et abrite et concentre les plus fortes communautés musulmanes et juives d'Europe. Ça c'est un premier élément.

C'est extrêmement important de le dire. Alors dans le mot communauté, comme je disais, je j'aime pas trop ce mot. le met entre guillemets mais en même temps il est bien commode parce que il est bien commode mais en fait comme vous le savez très bien il est très impropre euh à décrire la diversité des modes d'appartenance et d'identification à des personnes qui se reconnaissent comme juifs et musulmanes entre nous si je vous demande ça c'est à chacun d'entre vous serez bien ça serait bien compliqué de de répondre comme ça de façon très simple euh la deuxième chose qu'il faut aussi dire c'est qu'on a en France donc les citoyens français confession musulmane sont issues dans leur écrasante majorité donc des descendants et descendants donc des migrations algériennes, tunisiennes, marocaines euh qui ont suivi l'indépendance de ces différents pays.

Quant aux juifs vivants en France, la très grande majorité de ces juifs appartiennent également sont proviennent également de ces mêmes pays du Maghreb au moment des indépendances des pays. C'est-à-dire qu'aujourd'hui en France, on a des citoyens français, des citoyens musulmans et juifs qui ont en partage un héritage commun, une histoire commune, le même espace Algérie, Tunisie, Maroc, des langues communes, le berber et l'arabe qui ont vécu les mêmes expériences coloniales et migratoires même si ces expériences-là, elles ont eu des conditions spécifiques à chacun. Et il faut pas oublier mais malheureusement c'est assez terrible parce qu'il y a un déni fort en fait.

Moi je suis aussi enseignante à l'université, je fais beaucoup d'interventions auprès de public beaucoup plus large. À quel point cette histoire elle est méconnue ? Alors elle est méconnue, oubliée, méconnue, disqualifiée, on ne sait pas trop mon Je vais essayer de mettre quelques mots pour pouvoir décrypter avec vous justement cette histoire commune des juifs et des musulmans de France.

Il faut savoir aussi que cette histoire, cet héritage commun a produit une culture judéo mususulmane qui s'est maintenue sur près de 14 siècles et dont le le souvenir ne subsiste que auprès de quelques témoins. C'est un monde, ce monde judéo-musulman maghrébain a quasiment disparu et ce monde a partagé plein de choses en fait, des traditions, des littératures populaires, des langues comme je disais, mais des répertoires musicaux, la cuisine, toute une série d'imaginaires et toute une série de composants culturels qui ont composé ces identités là au monde judéo musulmans du nord de l'Afrique. Je ne dis pas que cette histoire a été idylique.

Je ne suis pas que cette histoire a été absolument idéale. C'est une histoire, une coexistence qui s'est déroulée dans les heures et malheurs de l'histoire sur la longue durée. Donc si je résume, l'islam de France est d'origine maghrébine dans sa grosse majorité et le judaïsme en France est aussi en très grande majorité d'origine maghribine.

Je rappelle que quand les juifs du Maghreb sont quand ils sont pas partis en Israël, ils sont arrivés en grande en en masse en France, ils sont venus redynamiser un dynamisme français un peu moribon, un peu faiblard démographiquement et a redonné de la vitalité au judaïsme français. Et je rappelle aussi que ce judaïsme et cet islam donc de France qui a ses origines euh euh maghrébine a cet héritage là qui est un héritage aussi de la colonisation française et que la colonisation française a eu un effet très très important, un apocte majeur dans le bouleversement des relations judé musulmanes. Et c'est cette histoire là de bouleversement, cette histoire d'héritage qu'on va retrouver en France et qui est vraiment un enjeu pour moi qui me semble absolument phénoménal puisqu'en fait nos dirigeants politiques n'ont pas été suffisamment soit ils sont incultes, soit ils ont décidé que cette histoire n'est pas importante parce qu'en fait quand il y a eu cet événement aussi grave du 7 du 7 octobre plutôt que de monter en fait les citoyens les uns et les autres et de construire un loin un lien citoyen on devait être tous ensemble derrière cette horreur qui est arrivé et cette horreur qui n'est que le résultat d'un processus de colonisation sur la longue durée ne l'ont pas fait alors que là nous avons quelque chose qui aurait pu justement permettre de enfin moi j'y crois je suis peut-être un peu naïve mais peut-être un destin commun je le je continue à le croire mais il y a quelque chose de très très important justement dans cet héritage commun qui aurait pu être mobilisé pour construire d'autres narratives d'autres récits et d'autres récits en tout cas sur cette citoyenneté Donc ce que je veux dire c'est que outre la colonisation cette relation entre juifs et musulman elle a eu à subir des impacts très très fort en fait de d'événements géopolitiques énormes.

Je vais pas vous faire un cours du 20e siècle hein, on est bien d'accord mais en fait voyez bien que ce 20e siècle entre les deux guerres mondiales, entre la création de l'État d'Israël, entre la guerre froide, les nationalismes arabes, la décolonisation, les guerres israélo-arabes, les départs des Juifs vers la France et vers Israël, tout cela a produit des mutations de fond, des accélérations de l'histoire, mais aussi, je dirais, des déflagrations, des dynamiques, mais aussi des turbulences et des grandes violences. justement dans cet espace- là qui l'espace France, Maghreb, Moyen-Orient. Et euh ces relations-là, quand ces relations judéo musulmanes avec ces migrations très importantes de la fin des années 50 et 60, elles vont se réarticuler, se transformer dans l'espace français qui est l'espace d'accueil.

Euh et euh aussi c'est cet espace français va lui aussi être impacté, je tiens à vous dire aussi par toute une série d'événements internationaux. Je vous prends juste un exemple qui est celui donc de la guerre des 6 jours en 1967. Je pense que on est quelques-uns à penser que c'est vraiment euh l'événement qui annonce les éléments futurs de la radicalisation progressive des positions des uns et des autres. le soutien majoritaire des Maghrébains de France à ce moment-là, à la fin des années 60, à la cause palestinienne.

Je rappelle que c'est quand même un soutien qui s'est transmet aux générations plus jeunes et qui est une des composantes majeures de la culture politique donc de ces générations là, donc de ces générations de français d'origine maghrébine. Ça c'est quelque chose qui est très important. Ça a pas empêché effectivement au cours de ces années d'avoir des alliances formées entre des militants d'extrême gauche, maoistes juifs et étudiants musulmans radicaux.

Mais euh il y a eu un engagement conjoint à la fois pour dénoncer le racisme autour de la question palestinienne et de porter un discours très critique envers l'État d'Israël. Et on va voir que justement ce discours très critique envers l'État d'Israël va être interprété et on le sait, on nous le répète, c'est devenu cette espèce de rhtorique absolument insupportable comme étant justement non plus de l'antitionnisme mais de l'antisémitisme. Et on le retrouve mais ça sa traçabilité véritablement depuis les années 60.

On on le voit très bien. Et il faut savoir aussi que ces relations là entre juifs et musulmans en France, alors c'est bien de se décentrer un peu de la France, c'est qu'elles sont éprouvées également par ce qui se joue bien évidemment Palestine en Israël mais par toutes les ondes de choc en fait de boulirement géopolitiques internationaux. Je vous rappelle quand même, il y en a eu pas mal.

Révolution iranienne, guerre d'Afghanistan, les guerres du golf, le 11 septembre 2001, les intifada palestiniennes, elles vont vraiment aussi être ces relations entre juifs et musulmans de France être très éprouvé parce qu'il va se jouer en France à partir des années 80, les répercussions des attentats de la rue Copernic, de la rue des rosiers en 1980, en 1982, tous les débats sociétaux autour de l'islam, alors l'islam en France ou l'islam de France France avec l'affaire l'affaire je rappelle pour les plus vieux dont je suis l'affaire du voile de Craille en 1989 et puis et puis évidemment avec une accélération une espèce d'hystérisation de ce qui va se jouer bien évidemment avec les attentats sanglants qui ont été commis au nom de l'islam dans les années 2010. Alors, tout ce que je viens d'évoquer donc depuis les la fin des années 60 va catalyser, je dirais un siècle de divergence politique du conflit entre, je dirais juif et musulmans. Je ne vous ai pas parlé effectivement de comment la France s'est conduite par exemple en Algérie et a fait cette espèce de de de sélection très claire en accordant aux juifs d'Algérie la citoyenneté française en 1870 et en laissant les musulmans dans un statut de subalternité.

Je rappelle que le mot musulman dans l'Algérie coloniale, ce n'est pas un terme pour désigner un fait un une religion ou une pratique religieuse, mais le terme musulman destine un statut subalterne de subalternité, c'est-à-dire un statut donc de citoyen de seconde zone. Il est très intéressant de voir comment ce terme-là dans l'imaginaire colonial français aujourd'hui est réactivé aujourd'hui. Quand on parle des des citoyens français, on ne dit de confessions musulmanes.

Avant, on disait immigré. Moi, dans ma génération, on disait des Arabes et aujourd'hui, on dit musulmans. Et moi, quand j'entends le terme musulman, ça me donne un petit coup de chair de poule parce que je me dis que quand même ce terme-là, c'est pas un terme neutre, mais c'est un terme évidemment idéologiquement extrêmement puissant.

Donc tout cela va contribuer, je dirais, à intensifier les identités religieuses en les opposant et on va voir justement aussi une intensification des retours ou des allégances à des identités nationales. Pour un certain nombre de juifs de France, on assiste à une identification de plus en plus forte à Israël clairement. Euh là, on voit bien comment ça a switché, ça a basculé pendant très longtemps.

Les pays d'origine, même s sont partis dans des conditions très particulières, rester des espaces de référence ne le sont plus. Et pour une composante des musulmans en France, on assiste à un retour aux identités nationales d'origine, je rappelle, avec le rôle très très actif des pays comme l'Algérie et le Maroc sur le contrôle de ce qu'ils appellent encore leur diaspora. Ça c'est intéressant aussi ce terme diaspora pour des gens qui sont quasiment tous des binationaux euh en France.

Donc pour terminer parce que je vais pas être plus longue, on m'a accordé un petit peu de temps, mais je pensais que c'était important de de mettre ce cadre-là. Je dirais que si les divergences politiques sont très profondes au sujet du conflit israélo-palestinien, c'est le religieux qui devient pour la majorité d'entre eux le discriminant identitaire premier et parfois avec des dérives complètement délirantes. Quand on on va amalgamer judaïsme, sionisme et que ça se nourrit de représentations antisémites, c'est absolument euh délirant.

De la même façon, la figure du musulman va devenir progressivement celle de l'adversaire puis de la menace dans un contexte bien évidemment de violence et d'actes terroristes qui ont été commis en France et dans le monde. Comme je le disais tout à l'heure, je dirais que ces deux représentations réellement entre le juif sioniste, tout ce qu'on veut et entre le musulman, la mena, celui qui s'intègre pas et cetera. Je veux dire, ils hypothèquent tout dialogue.

Ils instaurent un climat de suspicion, de fragilité. Je vous rappelle que quand même l'islam, c'est la deuxè religion de France dont on ne retient que les expressions néofondamentalistes euh qui sont supposées représenter l'ensemble des musulmans de France. D'ailleurs, sa surreprésentation dans le débat politique rend acceptation apaisée dans le paysage religieux français.

Et cette acceptation de l'islam est en permanence conditionnée par cette question récurrente. L'islam est-il compatible avec la République ? Et je vous passe le reste.

Et on voit bien comment la relation entre islam et État est régulièrement ébranlée par des heures soit dramatiques. Je pense notamment à l'assassinat de Samel Pati et de ce qu'on on en a fait en 2020 ou des polémiques qui n'en finissent pas. Je rappelle aussi que l'adoption du parlait de loi tout à l'heure de la loi du 24 août 2021 qui est qualifier de loi sur le séparatisme en fait qui conforte le respect des principes républicains.

Ce cette loi, elle est jugée véritablement comme le point d'orgue d'un traitement stigmatisant à l'égard d'un islam de France qui est considéré potentiellement dangereux pour la République et le soutien aux Palestiniens. C'est pour ça que j'en reviens pourquoi j'ai commencé par le 7 le 7 octobre et jugé de façon réductrice et par un raccourci idéologique comme l'expression d'un islam français devenu agressif, anti-juif mais également en connivance tacite avec l'islamisme terroriste. Et on voit bien comment le conflit israélo-palestinien et la question de l'antisémitisme en France sont l'enjeu d'une véritable guerre civile intellectuelle. en faire regarder écouter un petit peu les tables rondes, les les plateaux télé, la radio et cetera.

C'est quand même quelque chose. Je me dis quand on quand les historiens se pencheront sur cette questionlà, ce moment-là de la France des années 2020, il y aurait un vrai véritablement à dire. et on est euh sioniste proalestinien, dénonciateur de l'islamophobie comme euh contempteur de la judéophobie et entre les deux camps, tous les ponts sont coupés et aucune vérité ne peut émerger en fait de cette foire d' poignablement, je dirais que une vache ne retrouverait pas son veau.

Et on voit bien comment cette dernière séquence marque une rupture largement cette dernière séquence, celle à laquelle nous assistons, nous vivons, que nous avons vécu marque la rupture largement consommée entre juifs et musulmans. Et là, je me dis que nous avons à faire à un moment, moi pour moi, que je trouve extrêmement grave et que malheureusement nos représentants politiques et nos dirigeants politiques n'ont pas ni compétence, ni la culture, ni certainement pas la volonté de d'y mettre du sens et d'y mettre des mots pour apaiser, pour réconcilier, pour dire "Nous, on est français d'abord avant d'être juif et musulman ou proalestinien ou proélien." Ça c'est quelque chose de véritablement pour moi qui me consterne depuis depuis que ça a commencé et on a affaire véritablement, il me semble, à une irresponsabilité totalement criminelle.

Réellement, je terminerai comme ça. Merci beaucoup. Merci beaucoup pour cet éclairage.

Je vais passer donc maintenant la parole à Iman Elamzaoui qui est coanimatrice du livret thématique antiraciste et membre de la coordination nationale de la France insoumise. [Applaudissements] Merci. Euh, j'aimerais débuter mon intervention en revenant sur un fait historique qui est à mon avis trop peu évoqué dans nos rangs.

Ce fait historique ou plutôt cette période historique et celle qui suit euh la période qu'on appelait la reconquista. Je pour rappelle, il y a eu près de 8 siècles de présence musulmane en Europe occidentale, particulièrement en péninsule ibérique et le 2 janvier 1492, les armées d'Isabelle la catholique et de Ferdinand d'Aragon font tomber le dernier royaume musulman en Europe de l'Ouest, le royaume de Grenade. Et donc ceci mettra fin au processus de reconquête chrétienne des terres ibériques.

Et on sait que durant le règne musulman, les juifs, les chrétiens et les musulmans coexistaient plus ou moins pacifiquement. Il s'agit pas là bien sûr de tomber dans un quelconque angélyisme mais tout de même ce sera sans commune mesure avec la répression féroce que feront subir les rois catholiques aux musulmans et aux juifs puisque ces nouvelles minorités religieuses seront soumises à un système de ségrégation très féroce qui se traduira très concrètement par de l'ostracisation, de l'assignation à des quartiers spécifiques, autrement dit de la ghettoïation, l'interdiction euh de certains emplois ou encore la contrainte de porter des vêtements distinctifs des juifs des des catholiques, pardon. Et ensuite, on demandera à ces juifs et à ses musulmans de se convertir au christianisme, sinon quoi ?

Ils seront expulsés de leur terre natal. Certains vont le faire. et fait inédit, ceux qui vont embrasser la foi catholique et tous leurs descendants resteront assignés à un statut de subalternité sociale parce que disit leur sang était impur puisqu'il avait été souillé par l'islam ou le judaïsme.

Et bien sûr, tout cela culminera jusqu'à la décision d'expulsion définitive de toutes les personnes ayant eu un aï musulman en C 1119 par le roi Philippe I. Alors, on voit pourquoi cette période est très reprise et allègrement exploitée par l'extrême droite. Il y a quelque chose dans l'expulsion des juifs et des musulmans et des descendants de juifs et de musulmans des 15e et 16e siècle de l'ordre de la remigration chère à l'extrême droite.

Zemmour appelle son parti reconquête à dessin. Philippe Vardan en parle comme je cite d'un mythe mobilisateur autant dans son acception métaphorique que plus concrète et je pourrais ainsi poursuivre les références mais ce n'est pas pour cela que j'en parle, j'en parle pour une toute autre raison. Cette raison, c'est que le ressort principal du processus de racialisation des musulmans et des juifs à ce moment-là a été le complotisme.

On a considéré que des personnes christianisées, baptisées, qui avaient emprunté des noncatholiques ainsi que tous leurs descendants étaient une sorte de 5è colonne infiltrée qui avait pour but de détruire la monarchie ou la chrétienté dans son ensemble qu'il fallait donc purger de ce danger hérétique. Et je pense qu'on trouve là les germes du dispositif représentationnel des musulmans et des juifs qui alimenteront l'antisémitisme et l'islamophobie durant les siècles suivants. Il me semble que la composante complotiste de l'antisémite n'est plus vraiment approuvée. les fameuses théories du complot juif qui expliquerai tour à tour la révolution française, l'entrée dans la modernité, l'expansion du capitalisme ou encore les sort du néolibéralisme, de l'affaire de réfus jusqu'au protocole des sages des en passant par le Covid-19.

L'antisémitisme trouve à chaque fois dans le conspirationnisme son expression habituelle. La chose, il faut le dire, est moins évidente dans le cas de l'islamophobie. Déjà, d'cun refuse d'utiliser avec beaucoup de véhémence le terme islamophobie comme si ne pas nommer un fait social lui retirait toute existence objective.

Passons cela. Par contre, ce que l'on peut remarquer, c'est que dès le 19e siècle, la religion est un est un élément fondamental, comme le disait Karima, pour racialiser les colonisés d'Afrique du Nord. Les appareils d'état se sont appuyés sur les thèses d'Hernest Renan, un éminent philologue de l'époque qui énonçait que la foi musulmane rendait le croyant hermétique à la science, racialement inférieur et infinner lui-même.

Et il faut savoir que cette idée d'une essence musulmane était si populaire à l'époque qu'on peut la résumer par ces mots de beau passant qui disaient que chez le musulman et je cite ici mot passant donc l'idée religieuse domine tout efface tout et cette prévalence de la religion dans l'idéologie raciste s'est accentuée au cours des 20 dernières années et c'est teinté de conspirationnisme. On nous explique que les musulmans ou les séparatistes ou les islamistes ou les fréristes qui sont devenus des termes tout à fait interchangeables dans le débat public sont en train d'opérer un grand remplacement, c'est-à-dire un remplacement des populations, un remplacement des cultures et des valeurs dans le but d'anéantir la France, de d'islamiser la France ou encore dis-il de faire du colonialisme inversé. En somme, il y a l'idée d'une conquête musulmane qui, si elle ne se fait pas par les armes, se fait tout du moins par l'entrisme et la manipulation dans toute la société française et même dans ces institutions publiques.

Et pour bien se rendre compte d'à quel point ce mythe est mise en avant, je vais vous citer quelques livres publiés sur le sujet. Les les cloches son rend-ell demain de Philippe Devilier, soumission de Michel Welbec, Takia de Mohamed Sifawoui, tous les ponflet d'Éric Zemour, le frérisme et ses réseaux de Florence Berge Bacler et cetera et cetera. Aujourd'hui, en France, un musulman et à plus forte raison une musulmane est toujours coupable parce que si elle porte le voile, si elle visibilise le fait religieux, alors elle fait du prosélitisme.

Et si au contraire elle n'affiche pas sa croyance, alors elle pratique l'attaquia. Par conséquent, je pense que le racisme conspiratoire est un dénominateur commun entre ces formes de racisme et il me semblait important de rappeler cette histoire commune et cette matrice commune. Cela dit, il est également important de noter que depuis quelques décennies, il y a eu un réagencement du dispositif discursif qui fait du musulman l'ennemi principal immédiat. et j'insiste sur le terme immédiat sur lequel je reviendrai.

Ce réagencement a notamment été permis paror qui par une réécriture complète de l'histoire de l'antisémitisme a fait du musulman les véritables antisémites. Ce discours et ces variantes françaises de nouvel antisémitisme ou d'antisémitisme musulman ont eu un grand écho et ont été adoptés par une large frange de la classe médiatico-politique. Alors, peu importe si le préjugé antisémite par excellence des juifs qui ont un rapport particulier à l'argent est partagé par plus de 30 % de la population alors que celle-ci n'est composée qu'à peu près 10 % de musulmans.

Peu importe si la propension à l'antisémitisme s'accompagne à chaque fois d'une propension à l'islamophobie, peu importe si elle s'accroit au fur et à mesure qu'on va à droite de l'échiquier politique avec des des scores record pour le RN, peu importe si ce dernier a des députés notoirement négationnistes et antisémites, peu importe tout cela, l'idée est de faire du musulman l'antisémite par essence sans démonstration aucune. [Applaudissements] Et l'objectif de cette opération est double. D'une part, l'extrême droite, les héritiers des nazis, des collaborationnistes, des vichistes ont bien compris au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et du travail nécessaire qui a été fait sur la choa et contre l'antisémitisme, qu'il ne leur été plus possible d'exprimer leur antisémitisme comme l'en fait leur prédécesseurs.

Mais ça reste indéiablement une composante fondamentale de le projet de leur projet, il ne faut pas s'y tromper. Et les juifs restent tout autant que les musulmans leur ennemi principal. Dans ce contexte, l'opération de désignation des musulmans comme les antisémites originels leur permet de s'inocenter des crimes passés.

C'est une façon de dire certes, nous sommes les héritiers des nazis, mais le véritable danger, c'est pas nous, c'est les musulmans. D'autre part, et puisqu'il faut le dire particulièrement en cette période, cette construction du musulman antisémite par essence a permis aux alliés du gouvernement israélien qui, je le rappelle, le soutiennent uniquement à cause d'intérêt objectifs et stratégiques de légitimer la politique coloniale, génocidaire et impérialiste de ce gouvernement. Car si les musulmans dans leur globalité sont des vecteurs de l'antisémitisme, alors les Palestiniens seraient quelque part l'avant-garde.

Donc peut-être que plus qu'une importation du conflit israélo-palestinien en Europe comme certains le disent, il y a en réalité une exportation de la responsabilité des Européens blancs dans la choa et les crimes et les persécutions antisémites vers les Palestiniens. C'est dans ce sens-là que le gros du transfert s'est opéré en réalité. [Applaudissements] Merci Iman.

Et maintenant, je vais passer la parole à Sarah Olga Rosenblom, militante juive antiraciste formée à la sociologie et à la critique artistique et qui s'est spécialisé ces dernières années dans les enjeux autour de l'antisémitisme. [Applaudissements] Alors ben merci beaucoup pour vos interventions. J'espère ne pas trop répéter des choses qui ont pu être dites au fil de vos voilà, mais je pense que ça ira que je vais pas trop vous écraser.

Euh alors moi la question qu'on m'avait posé pour réparer cette discussion, c'était comment se former et mener la lutte contre l'antisémitisme aujourd'hui face aux instrumentalisations et aux assignations ? Quelle voix juive antiraciste ? Et la question euh que j'ai envie de reformuler un peu euh c'est comment mener la lutte contre les instrumentalisations et les assignations qui sont en soi des formes de racisme.

Euh et comme la lutte contre l'antisémitisme n'est pas la seule lutte instrumentalisée ou récupérée aujourd'hui par la droite et l'extrême droite, je pense que c'est intéressant de se demander quelles sont nos stratégies en effet face à ces multiples confiscations de lutte. Mais pour revenir à l'antisémitisme, puisque quand il s'agit de parler d'antisémitisme, il faut doré avant avant tout de savoir de quoi on parle, vu que ce mot est utilisé à des fins bien différentes de ce qui signifie. Le l'antisémitisme est un racisme, c'est le racisme anti-juif qui est plus spécifiquement théorisé et défini par les nationalistes du 19e siècle.

On pourrait le résumer par cette phrase de Moras, un nationaliste bien connu de 1929. tout paraît impossible ou affreusement difficile sans cette providence de l'antisémitisme. Par elle, tout s'arrange, s'aplanit et se simplifie.

Donc c'est un peu le propre du racisme, comment il peut simplifier l'organisation du monde. Euh donc c'est un racisme qui a connu plein de formes d'expression différentes qui fonctionnent toujours sur les mêmes bases de la théorie de la race issue de la suprématie blanche et le juif serait donc une race. Et donc par-delà la question religieuse ou ethnique ou culturelle, un groupe d'individus, peu importe son origine, désigné comme tel, comme juif.

Ce groupe aurait la spécificité euh comme le disait Imman d'être au pouvoir, euh d'être à la tête d'un complot. Euh mais il a aussi la spécificité d'être nocif à travers différentes pratiques occultes. Donc le judaïsme serait quelque chose qui serait un peu une pratique archaïque, une sorte de trahison à la modernité qu'on lui a proposé. d'abord par la chrétienté, ensuite par la laïcité.

Et là-dessus, on peut retrouver des discours islamophobes très proches de ce genre de théorie. Donc, les juifs sont perçu autant comme des outils de la modernité républicaine, c'est-à-dire ils sont autant perçus comme des freins à la modernité que comme des outils de la modernité. Et ça aussi, on voit l'islamophobie et l'évolution de l'islamophobie qui va dans ce sens-là.

C'est cette douception très paradoxale qui crée une confusion souvent très égarante pour comprendre comment fonctionne l'antisémitisme et pour les juifs eux-mêmes aussi. Mais c'est un terro pratique, très utile à l'instrumentalisation parce qu'on peut trimballer la chose d'un côté à l'autre en permanence. Euh ce paradoxe, ça peut rappeler les questions de fémonationalisme, comment le fémonationalisme lui-même articule euh aussi des représentation raciste et sexiste.

Euh je vous renvoie à ce sujet, par exemple au travail de Milena Unes Linard qui travaille sur les intersections sexisme racisme et qui a euh pas mal étudié les assignations islamophobes et antisémites faites aux femmes avec une représentation de la femme musulmane comme soumise et traditionnelle d'un côté hein. Je parle maintenant euh contemporain et celle de la femme juive qui serait émancipée et libéralisée. Ça pourrait être un bon condensé des manipulation de ces racismes et comment il fonctionnent aujourd'hui dans notre système raciste.

Donc l'antisémitisme c'est donc un racisme qui qui fonctionne au sein d'un système colonial et racialiste, qui n'est pas opposé au racisme colonial comme l'a rappelé Carémain. et qui donc se mène à ces théories du complot qui se retrouve aujourd'hui et depuis de nombreuses années dans un racisme antimusulman à travers notamment la théorie du grand remplacement. Je suis tombée récemment sur un article de libération des années 90 qui décrit comment les juifs du 19e arrondissement à Paris sont communautaristes, obscurantiste, ont leur propre pratique alimentaire de commerce, d'école et la lecture de cet article, c'était vraiment intéressant pour voir à quel point le discours ressemble au discours islamophobe actuel dans la presse euh et sont très proches aussi de comment a émergé la loi sur le séparatisme.

Euh donc le juif comme je disais le juif en tant que figure il peut être aussi bien colonisé, assimilé, blanc, haram, noir. Il sera toujours racialisé comme juif. Et c'est cette catégorie qui est construite de manière raciste comme un bloc monolithique alors qu'il existe une multitude de judéités cultuelles, religieuses, politiques et de rapports différents à l'identité juive.

Dans le contexte actuel avec l'assimilation Israël juif construite au fil du temps depuis les années 40, cette multiplicité est gommé et même rendue obsolète et il est très difficile en fait de se penser même comme juif autrement que par Israël puisque c'est ce qu'on nous assigne. On désigne dès lors les juifs comme soit israéliens ou proéli, soit des traîtres à leur assignation à Israël s'ils refusent de définir par cela. Alors même que dans ce refus, il y a aussi une multiplicité de positionnements politiques et de rapports sociaux de race et de classe en tant que juif et culturel aussi d'ailleurs.

Même si évidemment euh comme le rappelé Karima, des mondes juifs en l'occurrence judéo musulmans ont disparu et donc c'est des mondes un peu à jamais perdu en en terme de de d'identification. Euh comme on le sait, les structures idéologiques racistes sont persistantes. C'est pas parce que le contexte politique change qu'elles disparaissent.

Aujourd'hui, en France, il y a pas de loi anti-juive comme d'autres lois racistes le sont. antimusulman, antiziganiste, mais il y a toujours une structuration de la société antisémite qui se matérialise aussi par des faits réels, des meurtres, du harcèlement, le complotisme qui est un vrai effet des incendies, des lieux communautaires, du négationnisme et de l'instrumentalisation qui est en soi une des formes de de ce racisme et qui est très insidueux car ça donne l'impression de donner un privilège aux juifs alors que ce n'est pas le cas. Donc on le sait, depuis le le 7 octobre, les rapports juifs musulmans sont d'autant plus abîmés en France.

On sent en tant que juif euh pour parler de mon point de vue comme cette situation arrange aussi une partie de la majorité. Les minorités raciales et religieuses se déchirent entre elles. Ça déresponsabilise en un sens la majorité.

Et je pense qu'en effet, comme le disait Imman d'Israël est très pratique pour cela. Euh c'est un peu cette réalité qui permet un glissement progressif dans un discours actuel sur le judéo christianisme en croisade donc qui sera donc en croisade contre l'islam euh que porte aussi Nethaniaou d'ailleurs mais pas que lui. Or, il n'y a pas de judéo-christianisme, tout comme il n'y a pas de judéité républicaine ou d'islam républicain ou s'il y en a un, il est tellement fragile qu'il faudrait vraiment nous demander si on doit y croire.

Par contre, il y a bien eu un monde judéo-musulman et il y a eu un judaïsme européen par ailleurs qui a connu différentes formes d'assimilation, d'émancipation, d'aller-retour, d'acceptation dans la société française, finalement jamais abouti ou définitive et souvent trahi. Ce concept de judéo-christianisme va être utilisé pour renforcer l'islamophobie et ça rejoint les réflexions qu'on peut avoir sur la théorie donc du nouvel antisémitisme. Les auteurs de cette théorie mettent en avant un danger qui ne viendrait pas de l'extrême droite mais qui viendrait essentiellement des musulmans, de la gauche radicale et de certains milieux universitaires identifiés.

C'est une théorie doublement raciste. C'est une théorie islamophobe et une théorie qui minimise en réalité aussi l'antisémitisme car il le nit dans sa dimension systémique et structurelle d'origine. [Musique] Donc voilà, ces réflexions pour en gros adresser un blocage et peut-être qu'on pourra y revenir dans les discussions dans lequelles les forces politiques et l'histoire nous ont mis tous autant que nous sommes ici, je pense.

Il est devenu très difficile de parler d'antisémitisme et surtout de lutter contre l'antisémitisme dans tous ces blocages. On est pris au piège de l'instrumentalisation et il est facile de tomber dedans. L'instrumentalisation va servir des juifs et de l'antisémitisme comme un outil.

La difficulté que lorsque l'outil va être utilisé à des fins racistes pour renforcer d'autres racismes, c'est un piège qui va être redoutable. Comment on va trouver les moyens de lutter contre ce racisme déjà sans tomber dans la mise en concurrence des racismes. Il est parfois compliqué de contrer la mise en concurrence des racismes sans l'alimenter et aussi sans renforcer les préjugés racistes car l'instrumentalisation en fait renforce certains préjugés propres juifs tel que ils contrôlent les gouvernements, les médias, le pouvoir et cetera.

Donc on est vraiment pris dans un cycle infernal. Je terminerai par juste une petite piste qui nous nous sommes très nous semble très importante pour nous avec ma camarade Pauline Benichou qui est ici avec qui on travaille beaucoup. Euh il y a quelque chose qui est vraiment urgent pour nous et qui doit être fait activement par le camp antiracisme, c'est une redéfinition de l'antisémitisme et notamment euh une redéfinition face à la définition hégémonique de l'IRA euh qui est utilisé aujourd'hui à peu près partout euh et qui permet d'utiliser l'antisémitisme à des fins répressives car c'est une définition qui va qualifier l'antisémitisme par les critiques faites à l'égard de de d'Israël.

Euh donc c'est un très bon outil pour restreindre et réprimer les mouvements sociaux, notamment les mouvements de soutien euh à la Palestine. et donc euh se fonder sur une autre définition de l'antisémitisme qui vient de notre camp, à savoir en s'inspirant notamment de la définition de Jérusalem qui a été produite euh pour cela, pour contrer la définition de l'Ihra, ça nous ça nous semble être un outil très efficace pour recentrer le débat et se réapproprier cette question de la lutte contre l'antisémitisme, dénoncer les amalgames, les assimilations, les assignations qui sont faites entre juifs et sionistes, entre juifs et Israël. euh et nommant ces amalgames aussi comme une forme d'antisémitisme.

Et enfin, pour finir, je voudrais appeler aussi à se réapproprier notre culture antisioniste juive. Tout comme des mondes entiers juifs disparus dans la modernité et depuis la création de l'État d'Israël sont partis en fumée. Nous avons aussi perdu une culture politique radicale, une culture anticapitaliste, prolétaire, antiraciste, de lutte contre l'antisémitisme en diaspora et contre la détermination par l'Étatnation.

Et pour reconstruire ce monde, les juifs ont besoin de tous leurs camarades. [Applaudissements] [Musique]