Précarité : face à une "situation très tendue", la Fondation Abbé Pierre veut "un triplement du chèque énergie" et "une augmentation de 10% des APL"
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Bonjour. Emmanuel Macron sera interrogé ce soir sur France 2, sur les questions de politique intérieure et notamment sur la priorité numéro 1 des Français en ce moment, c'est-à-dire la question du pouvoir d'achat. Jusqu'ici, la France a dépensé en deux ans 100 milliards d'euros pour lutter contre la hausse des prix. Est-ce que vous diriez que cet argent a été bien dépensé ?
Alors cet argent était nécessaire pour éviter que des personnes basculent dans des situations de fragilité ou de précarité. On sent la peur dans ce pays, on sent l'inquiétude du lendemain. Qu'est-ce qui va se passer ? Est-ce que je vais pouvoir me chauffer ? Continuer à me déplacer compte tenu du prix de l'essence ? Donc il y a là une situation très tendue qui, de notre part, est très inquiétante. Il fallait donc mettre en place des mesures. Simplement, il y a quand même un sujet. Je prends juste l'exemple du bouclier énergétique qui va être mis en place à partir du 1er janvier. On dit que les prix de l'énergie n'augmenteront pas plus de 15%.
15% pour l'électricité, puis en février, 15% pour le gaz. Exactement. Alors, vous voyez, c'est une mesure protectrice des pouvoirs publics qui entraîne un coût très important, vous venez de l'indiquer. Je voudrais juste attirer l'attention, et du président de la République ce soir, parce qu'il va prendre la parole sur ces sujets, et de tous ceux qui nous écoutent aujourd'hui, c'est que 15%, quand vous gagnez 4 000, 5 000, 6 000 euros d'augmentation, ça passe. J'allais dire même peut-être un peu plus, ça peut passer pendant un temps limité. Mais quand vous avez 800 euros, 1 000 euros, 1 200 euros, 15% d'augmentation de ces coûts de l'énergie, c'est une inquiétude majeure.
Et j'allais dire, on a déjà 12 millions de personnes en situation de précarité énergétique. Ça veut dire quoi ? Des gens qui ne se chauffent plus, ou qui se chauffent mal. Y compris quand ils ont des enfants, y compris dans des régions froides. Donc, l'hiver qui arrive, si au-delà de ces 12 millions qui existaient avant cette crise que nous connaissons liée à la guerre en Ukraine, 15%, les gens se disent, mais comment je vais faire, si vous voulez ? Donc, il faut aider plus ceux qui ont plus besoin.
Ce que vous répond le gouvernement, c'est qu'il y a le bouclier tarifaire, effectivement une limitation de la hausse à 15%, mais il y a aussi les chèques énergie. Alors, en fonction des ménages, en fonction du nombre d'enfants, ça évolue, ça peut être 100, 200 euros. Ça, c'est pour les plus modestes. C'est une réponse appropriée pour vous ou pas ?
Alors, effectivement, c'est-à-dire que l'idée, c'est de dire, là, c'est un bouclier global, 15% quand même, y compris pour les plus pauvres, j'insiste, 15%, c'est beaucoup. Mais, cette aide qui est ciblée, le chèque énergie, en fait, c'est quoi ? En moyenne, c'est 150 euros par an, par an, pour une moyenne de dépense pour se chauffer, la moyenne de 1 600 euros par an. Mais pour certains, c'est 2000, 2004, 2005. Pour certains, ils ne se chauffent déjà plus, si vous voulez. Donc, nous, ce que nous disons, c'est qu'il faudrait que ce bouclier énergétique soit différencié. C'est-à-dire qu'il y a des endroits où ça soit moins de 15% et d'autres, éventuellement plus.
Ou alors, on maintient un même niveau d'aide financière et on l'adapte, en fait, à la réalité des ménages. Mais dans l'urgence, de toute façon, à partir du 1er janvier prochain, il faut un triplement du chèque énergie pour aider ceux qui sont en précarité énergétique aujourd'hui.
Triplement, donc, pour le passer, à 3-400 euros par foyer en moyenne. C'est ça. Oui. Depuis trois mois, le gouvernement appelle les Français à plus de sobriété dans leur consommation d'énergie. 19 degrés maximum à la maison, ça, on le connaît, on gagne 7% à chaque fois qu'on baisse d'un degré. Est-ce que le message est le bon aujourd'hui ? Est-ce qu'il est audible par tous les Français, ce message-là ?
Alors, vous êtes formulé deux questions un peu différentes. Est-ce que le message est bon ? Oui. Enfin, je veux dire, il y a un moment où il faut qu'on prenne tous notre responsabilité. Il faut que les pouvoirs publics donnent l'exemple, dans les établissements publics. Il faut que les entreprises s'engagent. Il faut que les citoyens puissent apporter leur contribution. Maintenant, est-ce que c'est un message qui peut être audible par tous les Français ? Non. Non. Nous, on a eu des remontées à la Fondation Abbé Pierre de personnes qui nous disent mais on ne se sent pas concernés puisqu'on ne se chauffe déjà pas à 19. Vous voyez ce que je veux dire ?
Donc, de dire « chauffez-vous à 19 », c'est un message d'ordre général pour la société. Mais pour beaucoup, ça veut dire qu'en fait, on ne se rend pas compte de ce que je vis, moi. Quand je suis avec mes trois mots, mais qu'on s'enferme tous dans une pièce tout l'hiver pour essayer de la chauffer un petit peu et qu'on est peut-être à 16 ou 17 degrés, quand on dit « limité à 19 », on a l'impression d'être extérieur à ce mot d'ordre général. Donc, il est extrêmement important à la fois d'embarquer tout le monde dans ses nécessités de modération sur l'énergie mais en même temps d'avoir une attention solante et trébuchante mais aussi dans les discours vis-à-vis des plus fragiles.
On parlait à l'instant du bouclier tarifaire, mais il y a aussi les ristournes à la pompe pour le carburant prolongées jusqu'à la mi-novembre. Ensuite, elles passeront à 10 centimes pour la ristourne de l'État et celle de Total. Et après, en janvier, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut des mesures ciblées. Là, le gouvernement dit « pour le moment, on ne fait rien ».
Vous savez, la difficulté qu'on a, mais je vais répondre à votre question, c'est qu'on paye nos insuffisances d'hier. Je m'explique. Pourquoi on est en train de parler de 12 millions de précaires énergétiques à l'instant ? Parce qu'on n'a pas su engager les rénovations thermiques qui s'imposaient, qu'on appelait nous, la Fondation Amupière, mais beaucoup d'autres depuis 10-15 ans.
Il va y avoir un accélérateur dans les années qui viennent, c'est l'interdiction de la location des appartements considérés comme des passoires thermiques. Ça, c'est un marqueur, non ?
Oui, c'est un marqueur. Alors, pour l'instant, ça n'a pas provoqué de changement, mais ça donne une vision de ce qu'on doit faire à court, moyen, long terme. C'est pareil sur la question des transports. Ce n'est pas la même chose d'être confronté à une hausse du prix de l'essence, comme on la connaît aujourd'hui, quand on est en région parisienne où on peut avoir des transports, que quand on est en milieu rural, quand on est dans une ville moyenne et qu'on n'a pas le choix d'avoir deux voitures.
Moi, ce qui m'inquiète profondément, c'est pour ça qu'il va falloir des aides d'urgence aussi pour répondre à votre question, c'est qu'on rencontre des gens, nous, à la Fondation Abbé Pierre, par exemple, je pense à cette dame qui vit seule avec ses deux enfants et son boulot, c'est d'aller à domicile pour faire du repassage. Mais en fait, elle va chez les gens. Donc, elle se déplace avec sa voiture parce qu'elle n'a pas d'autre choix en milieu rural et ça lui coûte une fortune. Donc, elle est en train de faire les calculs entre ce que ça lui rapporte et les coûts pour pouvoir travailler. Vous voyez dans cette situation ? Et pour cette dame, on fait quoi en janvier prochain ?
Il faut l'aider. Il faut l'aider. C'est pour ça que le chèque énergie peut être un moyen. Et globalement, il faut des aides plus structurelles, plus importantes. Parce que vous savez, on met des pansements, un chèque alimentaire ici, un chèque énergie là qui a une visée très précise. On dit, ça, vous pouvez le dépenser pour ça. C'est l'heure de dire, ne l'utilisez pas mal. Vous voyez bien qu'il y a un problème, on l'a vu pendant la crise Covid, pour tout un pan de la population qui sont sur le fil. Ils s'en sortent à peu près chaque mois. Mais dès qu'il y a un petit accident, il faut réparer la voiture. Il y a 15% d'augmentation des prix de l'énergie. Ça ne passe plus pour ces gens.
Donc, il y a des sujets, des réponses beaucoup plus structurelles. Je pense aux aides au logement. Parce que c'est le premier poste de dépense des ménages. Près de 30% des dépenses des ménages. Pour certains, c'est 40 à 50%. Vous savez, ces APL, elles ont été bien malmenées pendant 5 ans. Elles ont perdu de leur impact pour les ménages modestes. Nous, on appelle à une augmentation de 10% des APL. Parce que tout se tient. Vous voyez, on peut dire chèque ici, pansement là. Alors, c'est utile. Il faut le faire dès le 1er janvier parce qu'on n'a pas pour l'instant la réponse.
Mais en même temps, il faut s'interroger sur les petites ressources, sur les petits salaires et donner cette capacité de pouvoir vivre dans de bonnes conditions.
On va en parler de la question des salaires qui revient vraiment dans l'actualité ces temps-ci. Dans un instant, Christophe Robert avec vous, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. Le fil info tout d'abord à 8h40 avec Maureen Suignard.
Le chancelier allemand a rendez-vous avec Emmanuel Macron ce midi à l'Elysée. Un déjeuner de travail alors que le couple franco-allemand est divisé sur de nombreuses questions liées à la guerre en Ukraine. L'annulation du Conseil des ministres conjoints la semaine dernière est pour Jean-Marc Ayrault. Une alerte à prendre au sérieux, l'ancien Premier ministre l'indique sur France Info ce matin. Après cet entretien, place à une interview de plus, plus d'une heure ce soir sur France 2 pour le Président de la République. Il sera interrogé sur l'inflation, les salaires, l'immigration et ce sera à suivre en intégralité sur France Info dès 20h30. La justice saisie à trois reprises pour le moment.
Après le scandale, Orpea, le gouvernement annonce que 600 établissements accueillant des personnes âgées ont été contrôlés. La France en compte 7500 au total. Tout juste nommé, il va devoir affronter le Parlement. Le nouveau Premier ministre britannique Richie Sunak à la Chambre des communes à la mi-journée face à une opposition travailliste qui réclame des élections anticipées dans le pays. France Info
Le 830 France Info Salia Brakia, Marc Fauvel Toujours avec le délégué général de la Fondation Abbé Pierre-Christophe Robert, vous parliez il y a quelques instants de ces personnes qui sont sur le fil. Est-ce qu'on sait combien de Français ont basculé ou sont en train de basculer aujourd'hui dans une forme de pauvreté ? Il y a eu un chiffre, à la fin du confinement, on avait dit, ce n'était pas votre association, c'était une autre qui avait dit, un million de pauvres en plus en France, chiffre qui a été démenti par les autres associations. Est-ce que ce phénomène, ce chiffre ou pas ?
Alors, pas sur le taux de pauvreté, mais on a plusieurs indicateurs qui sont à surveiller de près. En gros, dans notre pays, on a 9,5 millions de personnes sous le seuil de pauvreté. C'est à peu près 14,5% de la population. Mais ça, c'est juste un indicateur monétaire, c'est-à-dire on regarde à tel niveau de ressources, combien sont en dessous, combien sont au-dessus. Le problème, c'est qu'il y a, enfin, l'autre information à regarder, c'est la pauvreté en condition de vie, c'est-à-dire en fait, ce que vivent vraiment les gens au quotidien. Et ça, ça dit quoi ? Donc on regarde leurs ressources et leurs dépenses de première nécessité. Et ça, ça dit que c'est plus 14%, c'est 20 à 21%.
Et ça, c'est un chiffre qui est inquiétant et qui, à mon sens, fait beaucoup plus référence à ce que ressentent les gens, ce que vivent les gens au quotidien. La question de la bascule, elle est là. C'est-à-dire qu'il y a des gens sans être pauvres, sans être à la rue, sans domicile, sans être mal logés, sont dans des arbitrages impossibles tous les jours. Est-ce que je paye mon loyer ? Ah oui, je paye mon loyer parce qu'autrement, je risque de le perdre. Mais alors dans ce cas-là, ça veut dire que je m'alimente moins bien, je me soigne moins bien. Ça, c'est avant la crise qu'on connaît. Mais aujourd'hui, qu'est-ce qu'on sait ?
On sait que les prix alimentaires ont augmenté de 10, 13, 14, 15% selon le type de produit. On vient de parler de l'énergie et de son augmentation. Dans un contexte comme celui-là, ceux qui sont sur le fil, qui comptent les dizaines d'euros, en fait, aujourd'hui, soit se retrouvent dans une situation qui peut les faire basculer dans la précarité, en dessous du seuil de pauvreté ou pas, ça restera à définir dans les mois qui viennent. Mais de toute façon, ça n'est pas qu'un indicateur statistique. Parce que si vous avez des gens qui arbitrent pour garder leur toit sur la tête, au dépend des dépenses d'alimentation de qualité ou même minimum ou de santé, vous payez le prix à un moment.
C'est des gens en moins bonne santé.
C'est qu'on est dans le dur, très clairement. Exactement. Les nouveaux visages qui poussent les portes, aujourd'hui, de la fondation Abbé Pierre, par exemple, qui sont-ils ?
Alors avant de parler de nouveaux visages, je voudrais juste dire qu'il y a tous ceux qui étaient déjà pauvres, qui sont encore plus pauvres et qui vont se prendre aussi 15%, par exemple, sur l'énergie. Je le dis parce que c'est important d'avoir ces notions de bascule, mais il y a aussi tous ceux qui sont là déjà et depuis très longtemps. Notamment les plus pauvres qui s'enfoncent un peu plus. Ça, c'est un sujet majeur. Les nouveaux visages, c'est quoi ? C'est ce qu'on a vu à la sortie du confinement. Des gens qui sont artisans, petites entreprises, qui s'en sortaient juste et aujourd'hui qui s'en sortent plus.
C'est-à-dire que, et on les entend sur vos antennes, avec des augmentations, on va pouvoir doubler, tripler, quadrupler, quintupler le coût de l'énergie pour leurs petites entreprises. Le peu de ressources qu'ils pouvaient dégager de leur activité, ils diminuent sensiblement. Ça, c'est très inquiétant.
Ça veut dire qu'ils peuvent être chefs d'entreprise et en même temps venir taper à votre porte ?
Alors, c'est ce qui s'est passé à la fin de la crise Covid, ouais. Ou à la porte des demandes alimentaires qui ont augmenté de 12% en octobre par rapport à octobre l'année dernière. Ça, c'est des chiffres qui sont quand même extrêmement préoccupants parce que personne ne pousse la porte d'une aide alimentaire par plaisir. 12% de fréquentation en plus pour les banques alimentaires ce mois-ci ? Par rapport au mois d'octobre 2021, absolument. Là, il y a un feu à l'orange. Ouais, il y a un feu à l'orange.
Il y a tous ceux aussi qui, je disais tout à l'heure, où les dépenses occasionnées du fait de la hausse de l'énergie pour faire fonctionner leur activité ne leur permettent plus de dégager des ressources suffisantes. Ça, c'est extrêmement préoccupant. C'est pour ça qu'il faut élargir ceux qui peuvent être concernés. Même les banques alimentaires sur vos antennes cette semaine disaient nous, il y a des endroits où nos dépenses vont augmenter. Parce qu'elles n'ont pas le bouclier tarifaire
et qu'il faut bien conserver, évidemment, la nourriture.
Mais vous voyez, on est presque dans une même situation, finalement, que pendant la crise Covid. C'est qu'on voit tout un pan de la population qui s'enfonce ou qui risque de basculer. Tout un pan de l'activité qui est extrêmement fragilisée. On a l'impression quand même, je voudrais juste faire cette remarque, qu'on se prend des crises successives et qu'il nous faut toujours répondre en urgence. Mais moi, je pense, nous, nous pensons, nous, à la Fondation Abbé Pierre, avec le pacte du pouvoir de vivre, c'est que ça interroge structurellement nos modes de production, nos modes de travail, notre modèle de protection.
C'est-à-dire que quand on a des gens sur le fil, s'il y a la moindre crise, il faut rajouter des milliards pour les aider et il faut le faire, c'est qu'il y a un problème beaucoup plus profond dans notre société. C'est quoi le problème ? Et c'est ça aussi qu'il faut attaquer. Le problème, c'est par exemple les 5 millions de passoires thermiques qu'on n'a pas rénovées depuis 10 ans. Donc il faut le faire. On se prend aujourd'hui tout ce qu'on n'a pas fait avant. On paye aujourd'hui nos insuffisances sur les mobilités douces pour ceux des mobilités alternatives à la voiture. On a pris trop de retard sur la question...
Il y a des mesures aussi qui vont arriver. On va en parler.
Oui, mais vous voyez bien. C'est-à-dire que moi, j'entends sur les plateaux, il y a des mesures qui vont arriver. Il y a des mesures qui vont arriver. Alors oui, j'espère que ce qu'a dit le gouvernement en termes de transition écologique, qu'on va avoir la vraie ambition. Mais regardez juste un exemple. La rénovation thermique des logements dans le budget de la nation qu'on est en train de voter au Parlement en ce moment. Il y a 100 millions de plus. On est passé de 2,4 milliards à 2,5 milliards. Mais non, ce n'est pas assez. On n'arrivera pas à accélérer si on ne met pas des moyens, si on n'aide pas les ménages modestes à faire des rénovations thermiques globales performantes.
Vous disiez, il faut des réformes structurelles, des réformes qui concernent aussi le travail, l'emploi. Le SMIC a été réévalué cette année car il est indexé sur l'inflation, mais pas les salaires qui se situent juste au-dessus. Est-ce qu'il y a aujourd'hui une SMICartisation de la France ? Est-ce que vous constatez ça ? Un tassement ?
Nous, ce qu'on constate plutôt, c'est peut-être l'œil Fondation Abbé Pierre, c'est l'existence de personnes qui travaillent, mais de leurs ressources. Leurs ressources ne leur permettent pas de sortir de la pauvreté ou du mal au logement.
C'est-à-dire que c'est des travailleurs pauvres.
Ça, ce n'est pas entièrement nouveau.
Le fait que le travail ne suffit plus à vivre parfois dignement.
Oui, mais ça veut dire que vous pouvez avoir un SMIC qui est indexé et qui, en fait, avoir tout un pan de l'activité, parce que l'ubérisation, parce que des pratiques nouvelles de travail, qui font que les personnes sont largement en dessous du SMIC. Après, il y a un deuxième phénomène. C'est le SMIC seul qui est indexé. Et donc, il y a des personnes qui se retrouvent dans des branches où le point de départ de leur activité, il est en dessous du SMIC. Alors, bien sûr, ils touchent le SMIC, puisque c'est la loi.
Grâce à des primes ou à d'autres systèmes.
Non, mais même, ils touchent parce qu'ils doivent toucher. Oui, c'est ça. C'est comme ça qu'on aligne. Simplement, ils montent en grade, mais ils rattrapent le niveau du SMIC. Donc, il y a un effet de tassement au niveau du SMIC. Mais l'urgence absolue, c'est la lutte contre les petits salaires et faire que les entreprises qui ont les moyens vraiment fassent un effort dans cette période d'inflation pour aider les personnes qui ont des trop petits salaires aujourd'hui. Christophe Robert,
puisqu'on parle des salaires, deux chiffres viennent de se télescoper ces derniers jours dans l'actualité. Le salaire annuel du patron de Total, Patrick Pouyanné, 6 millions d'euros. Et le salaire mensuel de Kylian Mbappé, footballeur au PSG, 6 millions d'euros. Est-ce qu'il y a quelque chose dans ces chiffres qui vous agace ou est-ce que vous dites c'est la vie, c'est l'économie de marché et c'est le foot ? À votre avis ? Non, pour moi ce n'est pas
tout à fait du même ordre.
Allez-y.
Lequel des deux le mérite plus que l'autre ? Non, je ne veux pas rentrer dans le mérite parce que moi je ne connais pas l'économie du sport suffisamment pour juger combien de temps on va toucher ça et après qu'est-ce que sera la vie d'après. Je veux retenir un point. Le salaire du patron de Total. La question qui est posée c'est qu'il a des employés et c'est les écarts de salaire. Pour moi il y a deux choses. Les écarts de salaire entre le plus petit et le plus grand. Il faut qu'on mette des limites. Autrement il n'y a plus de limites. Vous voyez ce que je veux dire ?
Vous voulez instaurer un écart entre 1 à 20 ?
Il faudrait définir le bon niveau. Est-ce que c'est 1 à 20 ? 1 à 30 ? 1 à 40 ? J'en sais rien. Mais aujourd'hui c'est beaucoup plus que ça. C'est beaucoup plus comme ça. Et ça n'est plus audible par les ménages. Et donc je pense aussi que sur les grandes entreprises on doit aller vers un plafonnement.
Et sur le foot ? Parce que tout le monde aujourd'hui tombe sur Patrick Poyenet mais pourquoi les... Non non c'est parce que moi
je me préoccupe en fait de tous ceux...
On plafonne dans les entreprises. Sur le foot est-ce que ça vous agace aussi ou est-ce que là
vous considérez un marché à part ? Ça me paraît fou en fait. Ça me paraît fou. Ça me paraît irréel des salaires comme ceux-là. Simplement la différence c'est que je vois qu'il y a des employés chez Total. Vous voyez ce que je veux dire ? Il y a une responsabilité. Il y a des employés au PSG aussi ? Vous pourriez dire il faut plafonner les salaires au PSG. Pas de... Je ne sais pas qui Mbappé, Néma ce n'est pas eux qui ont les employés c'est ça que je veux dire. On est dans une organisation d'entreprise. Après ce qui est fou c'est le décrochage et ça c'est insupportable pour nos concitoyens.
Quand on dit qu'il y a un décrochage entre toute une partie de la population qui essaye de se débrouiller tous les jours et qui voit des salaires mirobolants comme ça ils se disent mais c'est de la folie. C'est la question des inégalités donc ça n'est pas audible ça n'est pas acceptable.
Mais vous voyez où j'essaye de vous emmener avec une très grosse ficelle depuis tout à l'heure pourquoi tout le monde tombe sur Patrick Pouyadé et pas sur Kylian Mbappé ? Je n'ai rien ni contre l'un ni contre l'autre mais il y en a un qui touche 12 fois plus que l'autre.
Oui non mais je vous dis ce sont pour moi des salaires indécents dans les deux cas et qui créent aussi de la distance c'est-à-dire les gens qui bossent comme des fous et qui sont au SMIC et qui touchent 1200 euros parce que c'est ça la réalité aujourd'hui 1200, 1300 euros net quand ils voient ces chiffres-là ils disent mais dans quel monde vivons-nous ? Et effectivement dans quel monde vivons-nous ? Donc on peut commencer par ça après je considère que la responsabilité d'une grande entreprise française c'est les écarts de salaire et envisager des plafonnements sur les salaires des grands patrons.
On poursuit dans un instant le temps du Filinfo avec Maureen Suinière à 8h50
Prix du gaz bouclier anti-missiles avion de combat européen des sujets qui divisent la France et l'Allemagne et pourtant le président français et le chancelier allemand se retrouvent ce midi pour un déjeuner de travail à l'Elysée la guerre en Ukraine a attisé ces dernières semaines les divergences entre Paris et Berlin.
Autre moment important pour Emmanuel Macron aujourd'hui cette interview de plus d'une heure sur France 2 ce soir pour aborder des problématiques du quotidien des Français inflation, salaire, retraite invité de France 2 ce soir invité de France Info ce matin le délégué général de la fondation Abbé Pierre demande le triplement du chèque énergie le gouvernement prévoit de verser de 100 à 200 euros pour les foyers les plus modestes la gauche voulait un référendum sur la taxation des super profits des grandes entreprises il n'aura pas lieu le conseil constitutionnel retoque cette demande de la NUP le texte ne correspond pas à la catégorie des textes pouvant faire l'objet de cette procédure selon les sages 7 buts à 2 il s'agit bien de football victoire du PSG face au Maccabi Haïfa les parisiens qualifiés pour les huitièmes de finale de la ligue des champions de football ce soir c'est au tour de l'Olympique de Marseille de jouer contre Francfort France Info
le 830 France Info Salia Brakia Marc Fauvel
Je vous invite Christophe Robert le délégué général de la fondation Abbé Pierre pour éviter les fraudes et pour que tout le monde puisse profiter de ses droits le gouvernement va mettre en place le versement automatique des prestations sociales dès l'année prochaine est-ce que c'est une bonne idée ?
Ah oui je crois que ce ne sera pas dès l'année prochaine on va tester
On teste dès 2023 ?
Oui ça risque d'être plutôt en 2024 parce que il y a des considérations techniques pour de vrai qui sont un peu compliquées mais vous avez commencé par dire pour lutter contre la fraude il est là le sujet c'est-à-dire que en fait vous avez 25 à 30% des personnes qui pourraient bénéficier du RSA qui ne le demandent pas c'est vrai aussi on a eu une étude récente sur les prestations retraite la pension de retraite il y a des gens qui ne la demandent pas c'est vrai aussi sur l'assurance chômage or la petite musique qu'on entend partout c'est il y a des gens qui profitent c'est insupportable etc c'est insupportable ce débat enfin je veux dire là il y a vraiment de la décence on parlait du salaire de Kylian Mbappé tout à l'heure on disait que évidemment c'est pas audible pour nos concitoyens mais ce qui est insupportable c'est quand vous vous êtes dans la galère et on laisse entendre une petite musique dans le monde social dans le monde politique sur les médias que ces gens qui sont déjà dans la galère profiteraient du système et je peux vous dire que ça a un effet parce qu'il y a des gens qui ne le demandent pas aussi en disant non non mais moi je ne suis pas assisté je ne suis pas assisté ce n'est pas de l'assistanat c'est des aides publiques tout le monde peut en avoir besoin un moment ou un autre je le dis à tous vos auditeurs donc oui le versement à la source est une bonne mesure parce que ça veut dire qu'on ne serait pas en demande même s'il faudra faire quand même remplir un dossier mais ça permettra de lutter pour ceux qui par exemple c'est trop complexe pour eux ils ne comprennent pas comment ça marche les institutions et aussi au jour où on voit bien que les services publics parfois il manque de monde alors on est beaucoup dans la dématérialisation la digitalisation des process en quelque sorte et pour beaucoup c'est trop difficile donc si ça peut aider des personnes qui ont droit à ces aides de pouvoir les toucher oui mais il ne faudrait pas en faire un outil de recherche de fraude alors qu'on est là pour aider des personnes c'est notre protection sociale c'est positif
il y a un autre point Christophe Robert qui fait débat en ce moment est-ce qu'il faut retirer l'allocation chômage à ceux qui refusent un CDI par exemple ou qui le refusent plusieurs fois de suite franchement moi
je suis agacé on est agacé à la fondation Abbé Pierre de tous ces on est en train vous voyez ce que je veux dire on est en train de changer le registre après la deuxième guerre mondiale on s'est dit voilà il y a des gens à des moments dans leur parcours de vie ils ont des choses difficiles ils ont des séparations conjugales ils ont un problème de santé ils ont un coup de mou il faut pouvoir les aider c'est ça la protection sociale on a un super pays il faut qu'on continue à être leader dans ce domaine là aussi mais là on refuse un CDI alors on va rentrer maintenant dans le détail sur votre question qu'est-ce que ça veut dire refuser refuser un emploi à 100 km de chez soi qui n'est pas adapté à ce qu'on voulait faire
je précise ma question le débat porte en partie sur refuser un CDI dans l'entreprise où on est déjà en CDD oui
on est sur un registre un petit peu différent on a déjà un emploi on nous propose de pouvoir avoir un CDI au lieu d'un CDD vous savez un CDD c'est 18 mois maximum de toute façon donc je ne vois pas bien où se situe le on peut regarder on peut regarder mais vous voyez bien la petite musique quand même globalement avec deux réformes de l'assurance chômage qui s'enchaînent là qui laissent quand même entendre qu'il y a des gens qui ne bossent pas moi ce que je constate c'est que dans les secteurs en tension qui ne payaient pas très bien il y avait plein de secteurs où on va faire la restauration le nettoyage etc les chefs d'entreprise qui ont dit bah ouais mais je vais changer mon fusil d'épaule je vais essayer s'ils le peuvent tout le monde ne le peut pas de gratifier un peu mieux de soutenir de fidéliser ils trouvent du monde donc il faut faire attention dans ces histoires là après il y a des limites sans doute il y avait déjà cette mesure ça existe déjà si vous refusez deux à trois fois vous perdez votre assurance chômage donc la question c'est que ça se joue dans les détails quel type de métier à quel niveau de salaire c'est si vous refusez deux ou trois fois aujourd'hui une offre d'emploi tout à fait c'est pas un CD oui oui oui j'avais l'ouïe j'avais vu la noange pardon
Christophe Robert 14 000 places d'hébergement d'urgence en moins dans le budget 2023 le gouvernement l'explique par le fait qu'il développe des solutions de logement durables vous l'entendez cet argument ?
ah pas du tout non non d'abord le gouvernement ce gouvernement maintenant le deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron avait fait des efforts très importants pendant la crise sanitaire la crise Covid et en plus avait maintenu les places qui ont été ouvertes l'hiver dernier des places d'hébergement d'urgence pour les personnes à la rue
les avait pérennisées
en disant on arrête cette logique de budget insincère de politique au thermomètre il fait froid on ouvre des places il fait chaud on les ferme comme si les gens n'avaient pas besoin d'un toit sur la tête toute l'année et puis tout d'un coup mais c'est des mesures de Bercy le ministre du logement c'est pas ça qu'il veut faire c'est pas vous voyez ce que je veux dire c'est à dire
les places pérennes qu'affirme avoir ouvert le gouvernement vous ne les voyez pas il dit on fait moins d'urgence pour faire justement des places toute l'année
c'est purement intellectuel c'est à dire que quand on est face à des situations de personnes à la rue aujourd'hui il y a des milliers de personnes qui appellent le numéro du 115 qui ne trouvent pas de solution donc on ne peut pas dire j'ai ouvert des places enfin des solutions de logement ce qui est très bien avec la politique du logement d'abord que l'on soutient du logement durable de qualité il y a un an et donc comme on a ouvert on a ouvert ces solutions on va fermer le robinet de l'hébergement d'urgence en coupant 14 000 places dans le budget non c'est pas possible il y a des enfants qui sont à la rue aujourd'hui dans toutes les villes de France 2000 on l'a porté avec d'autres associations pour dire c'est inacceptable dans un pays comme le nôtre
les 2000 c'est clairement un manque de place les 2000 enfants qui sont scolarisés pendant la journée
et qui dorment
à la rue le soir c'est uniquement un manque de place
alors en tout cas tous ceux qui appellent le 115 aujourd'hui qui n'ont pas de solution c'est un manque de place regardez ce qu'a dit la ville de Rennes ils en ont ouvert beaucoup beaucoup ils en appellent à l'état j'espère que dans les jours qui viennent dans les 3 jours qui viennent sera remis en cause ces coupes de 14 000 places autrement on va vers des moments extrêmement difficiles ça répond pas à tout il y a d'autres questions qui sont posées derrière l'hébergement d'urgence la capacité à développer du logement social donc j'espère que le gouvernement va changer son fusil d'épaule on a baissé notre capacité de production dans le quinquennat précédent on a baissé le poids des APL l'impact positif des APL dans le précédent quinquennat il faut changer notre fusil d'épaule pour offrir des solutions plus durables mais tant qu'on n'a pas ces solutions durables en nombre suffisant il faut maintenir des places d'hébergement d'urgence j'espère et c'est en train de se discuter au Parlement que le gouvernement va revenir sur ces coupes de 14 000 places
les réponses peut-être ce soir dans l'entretien qu'Emmanuel Macron accorde à Caroline Roux à suivre donc à partir de 20h30 sur France 2 et sur France Info bien sûr merci beaucoup Christophe Robert délégué général de la fondation Abbé Pierre bonne journée à vous merci vous aussi
Christophe Robert