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interviewRMC· 18 décembre 2023 21 min

L'interview politique intégrale de Bruno Retailleau sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Bruno Retailleau

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Bruno Retailleau.

0:06
Présentateur

Bonjour Caroline de Malherbe.

0:07
Bruno Retailleau

Merci d'être dans ce studio au milieu d'un certain nombre de réunions, un véritable marathon pour tenter de trouver un accord sur la loi immigration. Double raison pour vous recevoir ce matin. D'abord parce que vous siégez personnellement à la commission mixte paritaire. Vous êtes le chef des sénateurs LR et c'est leur version qui constitue donc la base des négociations. Et puis vous étiez hier soir pour cette ultime réunion à Matignon. Qu'est-ce que ça a donné ? Est-ce qu'il y a accord ?

0:36
Présentateur

Non, on ne peut pas dire qu'il y a accord parce que hier nous ne sommes pas parvenus à avoir des rédactions concrètes avec des mots, des phrases qui nous conviennent sur des points essentiels. Et j'ai reçu cette nuit donc à nouveau des rédactions qui prennent en compte un certain nombre de points mais qui ne sont pas complètement satisfaisants pour peu que j'ai pu les regarder en milieu de nuit.

0:56
Bruno Retailleau

Ça veut dire quoi ça ? Ça veut dire que vous vous êtes réunis donc un certain nombre de fois depuis vendredi, encore une dernière fois hier soir. A l'oral vous avez obtenu un certain nombre de garanties. Vous attendiez quand même à ce que ce soit traduit à l'écrit. Vous regardez chaque mot. On vous envoie donc une version dans le milieu de la nuit. On essaye de comprendre aussi comment ça marche. Et là vous vous dites que le conteniez pas.

1:16
Présentateur

Non, je crois qu'on a un mandat des Français. Beaucoup de sondages, d'études, d'opinions sont parus ces derniers mois et il y a un consensus des Français. Et c'est incroyable, vous savez que les Français sont tellement divisés. C'est un peuple querelleur, fracturé, archipélisé. Pourtant, il y a un point sur lequel ils ne le sont pas divisés. C'est que près de 80% d'entre eux veulent qu'il y ait moins d'immigration, qu'il soit de gauche ou qu'il soit de droite. Et je pense qu'il faut que la majorité présidentielle entende cette vérité-là. Et donc moi, ma boussole, depuis le départ, c'est le texte du Sénat.

C'est le texte du Sénat parce que nous l'avons envisagé comme un bloc cohérent, mais surtout avec une finalité, avec un seul objectif, réduire drastiquement l'immigration. Je ne cherche pas un texte d'équilibre. L'équilibre, ça veut dire le « en même temps ». Je veux un texte efficace, pas pour moi, pas pour mon parti, pour les Français, pour la France. Le chaos migratoire, les Français en ont marre. Jamais la France n'a été autant au bord d'une forme de partition communautariste. Il faut en tenir compte.

2:21
Bruno Retailleau

Mais ça veut dire, Bruno Retailleau, on va rentrer très précisément en détail sur tous les points qui achoppent. Mais du point de vue de l'équilibre politique, au moment où on se parle, il est encore possible donc que la commission mixte paritaire n'ait tout simplement pas lieu. Parce que s'il n'y a pas accord, si finalement le texte qu'on vous a envoyé ne vous convient pas, si d'ici ce soir, 17h, vous ne parvenez pas à un accord, il est tout à fait possible que le gouvernement se dise « bon, c'est peine perdue, on renonce ».

2:47
Présentateur

Ça, ça sera la responsabilité du gouvernement, bien sûr. Il peut y avoir un début de commission permanente, on constate un désaccord. Il peut y avoir un début de commission mixte paritaire et on constate un accord, un accord donc conclusif. Non, moi je pense qu'il y a des points qui sont importants.

3:02
Bruno Retailleau

Il y aura, il y aura, simplement pour qu'on soit bien d'accord là-dessus, vous vous dites, il y aura quand même commission, c'est-à-dire que...

3:09
Présentateur

Moi je l'espère, attendez, je l'espère. Je vous dis que je tiens au texte du Sénat parce qu'il est ferme, parce qu'il faut réduire l'immigration. Et je pense qu'aujourd'hui, l'inaction n'est pas une option. Ce texte, c'est le texte de la dernière chance. Il n'y en aura pas d'autre avant 2027, avant la fin du quinquennat. Et on est dans le chaos migratoire. Donc il faut savoir ce que l'on veut. Est-ce qu'on veut la politique du pire ? Ce serait le pire de la politique. Mais ou est-ce qu'on veut faire quelque chose ? Est-ce qu'on dit aux Français, on ne fait rien, on campe sur nos positions ? Ou est-ce qu'on donne aux Français un certain nombre de certitudes ?

Mes collaborateurs, j'ai demandé ces derniers jours à mes collaborateurs de me lister tous les crimes, les violences dus à des étrangers sous OQTF ou qui auraient pu être expulsés durant ces derniers jours, ces dernières semaines, ces derniers mois, durant toute cette année. C'est incroyable. Les Français le savent bien. Vous le savez bien, vous qui êtes journaliste. Il y a quelques jours encore, un Algérien qui était sous OQTF, qui était arrivé, je crois, à l'automne ou au mois d'octobre, il a violé une adolescente de 14 ans. Il a tenté de violer une jeune femme de 23 ans. Est-ce qu'on reste là les bras ballants ? Non, moi je veux un texte.

4:22
Bruno Retailleau

Cette jeune femme, elle a été interviewée par BFM TV et elle a eu ces mots. Elle a précisément dit si l'OQTF avait été respectée, si l'obligation de quitter le territoire avait été respectée, et elle estime qu'elle n'aurait sans doute pas été violée.

4:34
Présentateur

Écoutez, j'ai moi-même été touché personnellement. J'ai eu quelqu'un que j'ai aimé beaucoup, qui a été massacré par un migrant qui avait eu trois OQTF. Il n'avait pas été expulsé. Qui avait incendié la cathédrale de Nantes. Il n'était pas en prison. Et qui était dingue. Il n'était pas en hôpital psychiatrique. Vous croyez que ça, on peut l'admettre, je ne l'ai jamais admis. Je ne l'ai jamais admis. Et j'entends qu'aujourd'hui, pas seulement pour lui, il est mort.

Mais au nom de sa mémoire, mais au nom des vies qu'on peut préserver demain, j'entends justement que les individus dangereux qui sont sur le sol français, irrégulièrement ou régulièrement, lorsqu'ils commettent des crimes, on les expulse.

5:15
Bruno Retailleau

Cette personne que vous avez perdue, Bruno Retailleau, vous y pensez en écrivant ce texte ?

5:21
Présentateur

Je pense à mon pays, je pense aux Français.

5:24
Bruno Retailleau

Bruno Retailleau, vous disiez, il y a beaucoup de points sur lesquels le compte n'est pas encore et on n'arrive pas à trouver d'accord. Quel est le point pour vous qui fait le plus de difficulté au moment où on se parle ?

5:34
Présentateur

Il y a de très, très nombreux points. Ce que nous avons voulu, nous, au Sénat, c'est réduire les entrées, c'est-à-dire moins de régularisation et plus d'expulsion. Et on a voulu aussi bloquer les pompes aspirantes. Les pompes aspirantes, c'est tous les domaines où la France est la mieux disante. L'aide gratuite pour les soins, l'accès aux soins, le regroupement familial, la demande d'asile, etc., etc., les naturalisations. Aujourd'hui, il y a les questions de prestations sociales. Nous voulons, là encore, de façon très nette, très claire, réduire l'attractivité de notre modèle social. Par exemple...

6:09
Bruno Retailleau

Si on s'arrête sur ces aides sociales, précisément, la règle aujourd'hui, c'est qu'après six mois, six mois sur le territoire en ayant été régularisé, on a un accès aux prestations sociales. Vous avez voulu, au Sénat, allonger ce temps et que la personne doit attendre cinq ans avant de pouvoir toucher des prestations sociales. Vous allez trouver quoi ? Un point au milieu ? Trois ans ?

6:30
Présentateur

La proposition, non. La proposition, c'est que pour ceux qui ne travaillent pas, on reste sur cinq années. Pour ceux qui travaillent et qui cotisent, même s'il s'agit de prestations non-contributives, ce serait moitié moins, c'est-à-dire deux ans et demi. Voilà. Ça, c'est un premier paquet.

6:47
Bruno Retailleau

Ça, c'est l'accord sur lequel vous vous êtes à peu près entendu hier.

6:51
Présentateur

Oui, il reste désormais à bien écrire. Et l'attractivité du modèle social, c'est aussi l'accès aux soins. C'est la question de l'AME.

7:00
Bruno Retailleau

L'aide médicale d'État.

7:01
Présentateur

L'aide médicale d'État. C'est vraiment le régime le plus avantageux en France qu'on ait en Europe, de tous les pays européens.

7:09
Bruno Retailleau

Pour autant, là, vous avez dit à l'instant, vous avez prononcé cette phrase, vous avez dit les pompes aspirantes. J'ai reçu à ce même micro la semaine dernière un des vôtres, Patrick Stéphanini, qui est quelqu'un de votre famille politique, qui partage vos idées, qui a pris le temps de regarder précisément ce qu'était l'AME et ses conséquences. Il n'arrive pas aux mêmes conclusions que vous. Vous avez sans doute lu son rapport. Il dit que ça n'est pas une pompe aspirante.

7:33
Présentateur

J'ai lu son livre. Et je vous invite à relire la page 257 de son livre.

7:37
Bruno Retailleau

Non, il a eu son livre depuis, il a fait un rapport. Un rapport sur l'AME. Je l'ai lu. Je l'ai lu. Il dit que ça n'est pas une pompe aspirante. Il ne faut pas y mettre fin.

7:43
Présentateur

Eh bien, c'est faux. La preuve, c'est que dans le livre, ils reconnaissent au moins que 10% des 466 000 en réalité bénéficiaires de cette AME sont venus en lien avec cette AME. 10%, c'est près de 50 000. Mais surtout ce que ce rapport dit. Il dit deux choses. Un, il dit ce que je dis.

8:04
Bruno Retailleau

50 000, ce n'est pas une pompe aspirante.

8:04
Présentateur

Mais si. Mais vous ajoutez cela. Vous ajoutez le regoulement familial, les demandes d'asile, le droit à la naturalisation. Mais vous n'imaginez pas pourquoi est-ce que l'an dernier, on a eu 1,5 million à Pauline de Pâleur. Pourquoi ? Ensuite, qu'est-ce qu'il dit ? Il dit que non seulement c'est le régime le plus avantageux, mais qu'en même temps, c'est un dispositif qui consiste à maintenir en état de clandestinité. Voilà. C'est un état de clandestinité qu'on maintient grâce à l'AME, ce que ne font pas les autres pays européens.

8:36
Bruno Retailleau

Il dit précisément que ça ne fait venir personne. Il dit que quand les gens sont ici, en effet, parfois, ça les maintient dans un état de clandestinité. En revanche, il le dit, Patrick Stéphanini, ça ne fait venir personne. Ça n'est pas un appel d'air. C'est un homme honnête. Vous diriez que c'est un homme honnête, Patrick Stéphanini ?

8:50
Présentateur

Je dis très précisément ce que le rapport dit. Le rapport dit, oui ou non, que nous avons le régime le plus avantageux d'accès gratuit au sein. Le dit-il ? Ne le dit-il pas ? Tout à fait. À partir du moment où nous avons le dispositif le plus avantageux, il y a appel d'air.

9:07
Bruno Retailleau

Mais quand l'Espagne a fait le même constat que vous et s'est dit, bon, on va fermer du coup ce robinet-là, ils l'ont remis quelques mois plus tard. C'est faux ?

9:15
Présentateur

C'est faux. C'est faux. Je vous le prouve tout simplement parce qu'il s'agit d'une compétence qui n'appartient pas à l'État espagnol, mais qui appartient aux régions espagnoles.

9:24
Bruno Retailleau

Et que disent-vous aux médecins alors ?

9:25
Présentateur

Et par exemple, dans les Canaries, qui voient débarquer de nombreux migrants, il faut un an de résidence sur place pour pouvoir bénéficier de l'assurance médicale gratuite.

9:36
Bruno Retailleau

C'est ce que vous pourriez envisager comme modèle ? L'idée de devoir attendre, un peu comme vous disiez pour les prestations sociales ?

9:40
Présentateur

Sur l'AME, non. Sur l'AME, les choses sont claires. L'AME ne résistera pas au contrôle du Conseil constitutionnel. Donc vous la sortez ? Donc on la sort, mais pour la rentrer dans un autre texte. Et j'ai demandé à la Première ministre d'envoyer avant 17h, cet après-midi, avant l'heure à laquelle se réunira la commission mixte paritaire, une lettre à Gérald Archer. Dans cette lettre, il devrait y avoir trois choses. Un engagement d'inscription dans une loi ordinaire de la réforme de l'aide médicale d'État. Deuxièmement, un calendrier en tout début d'année. Et troisièmement, dans un sens plus restrictif.

10:14
Bruno Retailleau

Cette lettre écrite, cet engagement écrit, vous l'avez ?

10:17
Présentateur

Non, il sera normalement... Vous l'espérez ? Non, il n'y aura pas d'accord s'il n'y a pas cette lettre. Puisque j'ai demandé à ce que cette lettre... Gérard Larcher, on a fait formellement la demande à la Première ministre à ce que cette lettre arrive avant 17h, cet après-midi.

10:32
Bruno Retailleau

Donc avant 17h, cet après-midi, il vous faut la lettre, sinon vous refuserez tout accord ?

10:35
Présentateur

Il faut la lettre, absolument. Ça fait partie des points bloquants.

10:38
Bruno Retailleau

Sur l'Espagne, malgré tout, il y avait quand même un des points que Patrick Stéphanini avait évoqué, c'est la hausse de 15% de la mortalité de cette population-là lorsqu'ils ont mis fin à cette aide gratuite.

10:48
Présentateur

Écoutez, l'AME n'existait pas en France avant 1999. Elle n'existe pas dans la plupart des pays européens. Pour autant, y a-t-il augmentation de la mortalité ? Non. Y a-t-il des problèmes de santé publique ? Non. Donc les jeux sont faits. Aujourd'hui, l'AME représente, pour tous ceux qui veulent encourager l'immigration, en réalité une sorte de totem. Moi, je pense qu'en la réduisant à des soins d'urgence, comme font les autres pays européens, y compris pour la grossesse. Les soins d'avant, pendant la grossesse, l'accouchement, et même après, avec les soins de prévention. Mais réduisons le panier parce que les Français n'en peuvent plus.

Les Français payent, ils cotisent pour un système social qui est de moins en moins bon. Et eux, ça leur coûte très cher. Et ils voient des gens en situation irrégulière, clandestin, bénéficier de l'accès gratuit au sang. Comment voulez-vous qu'ils ne se révoltent pas à un moment donné dans les urnes ? C'est ce qui s'est passé d'ailleurs. Regardez aux Pays-Bas. Partout en Europe, y compris les gouvernements de gauche, durcissent les législations sur l'immigration. Et ceux qui ne le font pas, les Pays-Bas, ils ont accueilli 400 000 immigrés l'an dernier. Eh bien, c'est l'extrême droite qui prend le pouvoir, en tout cas qui gagne les élections.

11:56
Bruno Retailleau

Ce que vous dites à l'instant, on va continuer sur les points, mais ce que vous dites à l'instant, c'est que s'il n'y a pas de loi immigration suffisamment ferme, comme vous l'espérez, il y aura alors Marine Le Pen aux prochaines élections. En gros, vous dites, soit c'est la loi immigration tout de suite, soit c'est Marine Le Pen en 2027.

12:11
Présentateur

On a des exemples. Maillot, chez nous, regardez, il y a 20 ans, M. Le Pen contre Jacques Chirac au second tour de la présidentielle, il fait moins de 12% à Maillot. Eh bien, 20 ans après, Marine Le Pen contre Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle de 2022 fait pratiquement 60%. Les choses sont claires. Ceux qui ne veulent pas régler ce problème-là, ce sont ceux qui veulent dérouler le tapis rouge à Mme Le Pen.

12:35
Bruno Retailleau

Bruno Retailleau, poursuivons la caution pour les étudiants étrangers, la question des mineurs isolés, la question de la régularisation des sans-papiers. Régularisation des sans-papiers d'abord dans les métiers en tension. La version Sénat, c'était de dire que ce serait au cas par cas et que ce serait le préfet qui aurait le dernier mot. Est-ce que c'est cette version-là à laquelle vous êtes arrivés hier soir ?

12:55
Présentateur

Ça ne peut être que cette version. Il reste des problèmes d'écriture. Nous, il y avait un article 3, on l'a supprimé. Pourquoi ? Parce qu'il crée un droit automatique pour les clandestins. C'était une prime à la fraude. Exit l'article 3. À la place, on a fait un article 4 bis. Cet article 4 bis, qu'on me comprenne bien, c'est pour durcir la circulaire valse, pour ajouter par exemple pour que le préfet, au cas par cas, voit les points les plus individus les plus méritants et puisse jauger non seulement sur la réalité du travail, mais aussi sur le respect de notre mode de vie, les principes de la République, de l'ordre public, pas de condamnation, pas de casier judiciaire, etc.

Donc on durcit considérablement, non pas le texte initial, ça en a éjecté l'article 3. Il est sorti. Il est sorti. Mais on veut aussi durcir les conditions d'application de la circulaire valse.

13:45
Bruno Retailleau

Bruno Retailleau, l'aile gauche de la majorité, voulait espérer pouvoir y glisser deux points, que les salariés puissent eux-mêmes faire la demande et que ce ne soit pas uniquement les employeurs. Et puis le fait que si le préfet ne répond pas, ça vaudrait acceptation au bout de quelques mois. Est-ce que sur ces deux points-là, vous êtes d'accord et vous les accepterez ?

14:05
Présentateur

On n'est pas d'accord. Ce serait un nid à contentieux. Donc ce sera la rédaction du Sénat peut-être durcie ou alors il ne peut pas y avoir d'accord. Ça fait partie des points bloquants.

14:14
Bruno Retailleau

Mais sur quoi vous avez cédé alors, Bruno Retailleau ?

14:16
Présentateur

On a cédé sur un certain nombre de points, puisque sur les prestations sociales, on était pour 5 ans de résidence, y compris pour ceux qui travaillent et cotisent. On a indiqué qu'on pouvait faire 2 ans et demi. Voilà, sur un certain nombre de points. Par exemple, sur la déchéance des binationaux, on avait dit qu'on allait déchoir de la nationalité française s'ils commettent un crime ou s'il y a tentative de crime. Cette rédaction risque de ne pas passer sous les fourches codines du Conseil constitutionnel. Donc on s'arrête au crime.

14:43
Bruno Retailleau

Donc il ne sera que crime et pas tentative de crime. Mais on tient à la déchéance. Ce n'est pas tant au gouvernement que vous avez cédé, c'est plutôt au Conseil constitutionnel et simplement à la loi, à la constitution.

14:53
Présentateur

Moi je veux un texte. Je ne suis pas là, encore une fois, pour trouver un équilibre. Je veux un texte efficace.

14:57
Bruno Retailleau

La question de l'équilibre, effectivement, vous paraît même hors de propos, si j'ai bien compris.

15:01
Présentateur

Absolument. Je veux un texte qui soit vraiment utile aux Français.

15:04
Bruno Retailleau

Bruno Retailleau, on continue. La caution pour les étudiants étrangers, vous vouliez que les étudiants étrangers qui viennent travailler, qui viennent étudier en France, déposent une caution qui ne leur serait rendue que lorsqu'ils quittent la France. Est-ce que là-dessus, vous tenez bon ? Ou est-ce que vous vous dites, non, finalement, on est OK pour faire sauter cette caution ?

15:24
Présentateur

Nous tenons bon tout simplement parce qu'on sait que c'est une voie qui permet de dévoyer justement la question migratoire. On a eu pratiquement 100 000 titres pour des étrangers qui viennent faire des études en France. On sait que pour une bonne part, ce sont des faux étudiants. Donc il y a une caution pour le retour. En revanche, cette caution, on peut très bien dire que, là encore, pour des étudiants qui sont très méritants, d'origine modeste, qui sont brillants, alors là, on peut parfaitement baisser ou annuler une caution.

15:53
Bruno Retailleau

Ça serait en fonction des bourses qui leur sont éventuellement octroyées, du niveau ?

15:56
Présentateur

Pas seulement, c'est le caractère méritant. Moi, je pense qu'on est dans un modèle...

16:00
Bruno Retailleau

On le calcule comment, le caractère méritant ?

16:02
Présentateur

Ah, bien, sur le parcours. Sur le parcours, on voit très bien. C'est assez facile de voir les notations, par exemple, des élèves. Donc on est dans un système républicain. Est-ce qu'on veut y rester ? Le système républicain, pour moi, c'est l'effort, c'est l'exigence. Eh bien, ceux des étrangers qui veulent profiter de notre système uniquement pour en profiter sans faire des efforts, c'est niait. En fait, chez nous, il y a un équilibre, il y a des droits, il y a d'abord des devoirs. Et quand on est un étranger, les devoirs, ça doit compter.

16:27
Bruno Retailleau

Les mineurs isolés, vous vouliez qu'ils puissent eux aussi être enfermés dans des centres de rétention administratifs. Là-dessus, point de blocage d'une partie de la majorité qui veut les sortir des centres de rétention. Quelle version va être retenue ?

16:42
Présentateur

Alors, sur les centres de rétention, je suis assez d'accord parce qu'on a tellement peu de places de centres de rétention, on en a un peu plus de 2000, que désormais, la politique du gouvernement a juste ce titre, c'est d'y placer des gens qui sont dangereux. Donc, on ne va pas mettre, on n'est pas fou, on ne va pas mettre des mineurs, des familles avec des gens dangereux. Donc, ce que l'on demande, Éric Ciotti, on a reformulé la demande puisque le gouvernement avait adopté un de ses amendements sur un texte il y a très peu de temps, plus de centres de rétention administratif, plus de places.

Et puis, il faut trouver un moyen pour que, lorsque l'on a des mineurs avec des familles, qu'on veut éloigner parce qu'ils sont en situation d'irrégularité, on puisse, par exemple, les assigner à résidence.

17:24
Bruno Retailleau

Bruno Retailleau, vous tenez vos troupes. Si vous arrivez à cet accord, si le texte tel que vous êtes en train de nous le dérouler est effectivement celui qui ressort de la commission mixte paritaire ce soir, ce n'est pas gagné, on a bien compris, mais enfin, imaginons qu'on arrive à dérouler ce scénario, est-ce que demain, lors du vote solennel à l'Assemblée et au Sénat, vous tenez vos troupes, les LR voteront ?

17:45
Présentateur

Vous parlez du Sénat ou de l'Assemblée ? Les deux.

17:46
Bruno Retailleau

Vous tenez plus les troupes du Sénat, mais vous connaissez aussi bien les troupes des députés.

17:50
Présentateur

Si le texte sert de très très près, le texte du Sénat, si la boussole de ce texte, c'est celui du Sénat, alors il n'y aura pas de problème, ni au Sénat, bien entendu, ni à l'Assemblée nationale, il y aura une très petite minorité qui pourrait soit s'abstenir ou ne pas le voter. Très franchement, si c'est le texte du Sénat, le gouvernement met de son côté un atout pour le vote ensuite à l'Assemblée nationale.

18:16
Bruno Retailleau

Ce que vous nous dites donc, c'est qu'il y aurait éventuellement une ou deux brebis galeuses, mais que globalement...

18:21
Présentateur

Je ne vais pas les intituler avec ce qualificatif, mais en tout cas, il y aura une énorme majorité de nos députés LR à l'Assemblée nationale qui voteraient ce texte, si encore une fois, c'est la version du Sénat qui est acceptée.

18:34
Bruno Retailleau

Évidemment, ce que vous répondrez dans ces cas-là, j'imagine, le gouvernement, c'est que certes, ils vous gagneraient quasiment tous, mais ils pourraient perdre une partie de leur aile gauche, des députés renaissants. Est-ce que c'est un argument que vous a fait valoir la Première ministre hier ?

18:48
Présentateur

Non, mais souvent, moi je pense que notre texte l'a assez convaincu, parce qu'avant d'être Premier ministre... Vous l'avez senti plutôt convaincu ? Elle a été préfète. C'est une femme de gauche, mais elle a été préfète. Et donc, elle sait comment ça marche. Et elle sait ce qui ne marche pas. C'est sa majorité, à plusieurs reprises, elle nous l'a dit. Simplement, ce que je voudrais dire, vraiment, en respectant les opinions des uns et des autres, c'est que c'est le texte de la dernière chance. Et ce texte-là, il a été voté aux deux tiers, vous savez, au Sénat. Il a été voté au-delà de la majorité sénatoriale. Donc, c'est un texte qui rassemble...

19:17
Bruno Retailleau

Majorité de droite, je le reprécise.

19:18
Présentateur

Majorité de droite au Sénat. Mais les deux tiers, ça ne s'est quasiment jamais vu sur un texte aussi compliqué que ça.

19:24
Bruno Retailleau

Mais c'est très intéressant ce que vous dites quand même, Bruno Rotaillot. Ça fait trois jours que vous vous voyez quasiment tous les jours avec la Première ministre, et quand vous ne vous voyez pas, vous vous envoyez des messages ou vous vous parlez au téléphone. Vous l'avez senti plutôt convaincu. Vous ne le dites pas uniquement pour... Ce n'est pas de la méthode couée. Vous avez le sentiment d'avoir eu face à vous une femme qui considérait que le projet tel que vous le dessinez là était un projet qui avait son assentiment.

19:46
Présentateur

Écoutez, on n'a pas les mêmes convictions avec Elisabeth Borne. Ça ne vous a pas échappé. Mais c'est une femme d'État. Elle a été préfète et c'est ce qui ne fonctionne pas. Et je pense qu'elle est désireuse d'avoir un texte. Parce que si on n'a pas ce texte-là, c'est terminé.

20:00
Bruno Retailleau

Et avec Gérald Darmanin, vous avez eu le même sentiment ? Vous diriez avec le même respect qu'il s'agit d'un homme d'État qui a compris les mêmes intérêts que vous ?

20:10
Présentateur

Les ministres de l'Intérieur... Écoutez, moi je ne veux pas que les considérations personnelles puissent perturber des discussions qui sont difficiles et qui sont âpres. Simplement, ce que je dis solennellement, à eux au gouvernement, aussi aux députés qui sont des députés de la majorité présidentielle, le cas au migratoire, dans quelques années, on ne le maîtrisera plus. C'est le texte de la dernière chance. Encore une fois, l'inaction, ce n'est pas une option. Il faut vraiment un texte qui puisse être utile aux Français et à la France. Partout en Europe, regardez M. Scholz, il est de gauche. Les Danois, ils sont de gauche. Ils sont en train de durcir. Les Danois l'ont fait.

L'Allemagne est en train de leur faire considérablement leur législation sur l'immigration.

20:50
Bruno Retailleau

Bruno Retailleau, le texte de la dernière chance, donc, dites-vous, président du groupe Les Républicains au Sénat et membre de cette commission mixte paritaire. Rendez-vous donc à...

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