François Bayrou On n'est pas couché 17 mai 2014 #ONPC
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 39 %Attaque 40 %Défensif 21 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 74 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:02OuverteRéponse directe
Vous comparez au général de Gaulle, mais des échecs politiques, ça ne vous a pas manqué dans votre carrière ?
- 4:08OuverteRéponse directe
Sur le Premier ministre Manuel Valls, vous y croyez plus avec lui qu'avant ?
- 6:15RelanceRéponse partielle
Vous avez soutenu François Hollande au moment où il était sur le programme socialiste. Aujourd'hui, il a rejoint votre ligne, mais vous dites qu'il n'a pas la majorité pour faire sa politique. La majorité, ça pourrait être vous.
- 6:51RelanceÉludée
Est-ce que le ratage a eu lieu au moment de l'élection législative où le PS devait vous soutenir ?
- 11:22OuverteRéponse directe
Comment expliquez-vous que beaucoup de gens aient l'impression qu'une partie de la droite et de la gauche font la même politique ?
- 18:11OuverteRéponse directe
Votre victoire à Pau intervient après une série d'échecs électoraux. Est-ce que vous avez changé ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 31:12Invité politiquePromesse
« Je suis pour fusionner départements et régions avec une seule administration et un seul élu. »
- 39:39InvitéFait
« Il faut décroître. Il faut faire en sorte qu'on soit ensemble. »
- 40:43InvitéFait
« Taxer le capital, les droits de succession, quelque chose qui est très important. »
- 41:03Invité politiqueFait
« Les vrais ultra-libéraux sont de cet avis. »
- 42:36PrésentateurFait
« Taillez la haie au sécateur, a dit François Bayrou. »
Temps de parole
- François Bayrou57 %
- ?12 %
- Présentateur10 %
- Invité7 %
- Invité 26 %
- Invité 33 %
- Invité 42 %
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Notre invité politique de la semaine, on a connu lui aussi qu'il y a des coups de blues, mais ça va mieux puisque le président du mouvement démocrate a été élu maire de Pau en avril dernier avec plus de 60% des voix, ministre de l'éducation entre 93 et 97, trois fois candidat à l'élection présidentielle, grande figure du centrisme. François Hollande l'a d'ailleurs consulté comme tous les autres présidents de partis cette semaine à propos de sa réforme territoriale. Avec lui on va revenir sur l'actualité politique de la semaine, voici François Bayrou.
Ensuite
vous comparez au général de Gaulle, mais c'est vrai quand même que des coups de blues vous en avez eu parce que des échecs politiques, ça ne vous a pas manqué dans votre carrière ? C'est pas tout à fait la même chose.
J'ai eu des échecs pas mal,
je
trouve d'ailleurs que c'est pas gênant, c'est plutôt bien de pouvoir affronter les échecs
quand
on croit à ce qu
'on
fait, mais je n'ai jamais eu de coup de blues. Jamais de coup de blues, même après
une défaite
électorale ?
J'ai eu un quoi ! Allez, un !
Ça
a duré une heure, une fois dans ma vie.
C
'était en 2002, je venais de passer quatre mois entre deux et trois dans les sondages, ce qui est une situation agréable mais sans trop. Et puis je comprenais pas ce qui se passait parce que je trouvais que les jeunes, les adolescents dans la rue, ils me regardaient d'un drôle d'air. Alors j'ai interrogé
mon
entourage et dit qu'est-ce qui se passe avec les jeunes ? Ils m'ont dit ben c'est les guignols. Parce que les guignols, tous les soirs, ou enfin suffisamment souvent, ils te dépeignent comme un neuneu absolu. Bon, alors j'ai dit écoutez, moi je connais pas cette émission, à l'époque je connaissais pas, on connaissait, c'était le
début
de l'histoire.
Et
donc j'ai dit faites-moi un montage des...
Et
là, oui,
en effet, j'ai vu ça
genre deux heures du matin à un soir, puis je me suis dit là vraiment...
Et
heureusement
pour vous,
quelques temps après, un gamin vous a fait les poches et immédiatement, hop, 8%
!
Oui, ça c'est l'histoire qu'on raconte, c'est pas tout à fait juste, mais ça
a une importance.
Mais c'est vrai que ça a joué un rôle en tout cas dans la, entre guillemets, des gros guillemets mythologie de cette histoire.
En tout cas aujourd'hui, vous sortez d'une victoire électorale, c'est pas si souvent ces derniers temps qu'on puisse quand même le souligner, plus de... Dans une ville formidable... Pau, ah ben voilà,
oui.
Vous avez, pareil,
quand
même tenté trois fois, enfin deux fois, et c'est la troisième qui a été la bonne. Ben c'est très bien.
Ça
veut dire quand même que vous êtes tenace.
On
le dit. Là, vous avez gagné, vous êtes un homme heureux,
mais alors
ça nous fait dire, tiens, alors s'il a mis trois fois pour être maire de Pau, peut-être qu'il lui faut quatre fois pour être président de la République.
Ah, que c'est original.
Ben oui, on est là. Vraiment, c'est
une question,
parce
que
je m
'attendais pas du tout.
Moi,
je vous pensais déprimé, je vous pensais...
Non, je suis pas
déprimable. C'est vrai ? Non. Alors, s'il y
avait de
grands événements de la vie qui touchent mes enfants, là, je serais très atteint. Autrement, non. Je trouve que la politique, c'est, au fond, assez simple. Ça consiste
à
se battre vraiment pour ce qu'on croit.
Il
y a plein de gens qui croient que la politique, ça consiste à se battre pour être élu.
Et
moi, je ne le crois pas. Je pense pas ça.
Et
de Gaulle ne le croyait pas. Et les grands, les types que je respecte, ne le croient pas.
Natacha et Aymeric vont, évidemment, vous poser toutes les questions, certainement,
que
vous attendez, d'autres moins, je l'espère. Mais il y
a
quand même une question que j'ai envie de vous poser d'abord, c'est sur le Premier ministre, Manuel Valls. J'ai vu que vous étiez d'abord, dans un premier temps, plus observateur, à dire qu
'il
faut lui laisser le temps de faire les choses. Il a fait un premier bon discours de politique générale à l'Assemblée. Voilà, je ne voulais pas rentrer dans l'opposition systématique.
Puis,
au fond, vous avez aussi voté, on le rappelle, François Hollande, quand même, aux dernières élections présidentielles. Donc, vous y croyez encore
?
À quoi ?
À François Hollande
? Non,
je pense qu'il a... Il sait très bien ce que je pense. Je lui ai dit
assez
souvent. Je pense qu'il a manqué une occasion,
qui
était une occasion historique très importante,
et
qu'il n'a pas vu
quelle
était sa responsabilité dans cette affaire. Qu'il a laissé passer le temps et filer les responsabilités.
François Hollande,
c
'est une chose, mais Manuel Valls,
ça
a peut-être changé les choses. Pour vous, vous y croyez plus avec Valls
qu
'avant ?
Je trouve qu'il a eu un bon début de gouvernement, un style dynamique, une énergie,
mais
je ne crois pas que ça change fondamentalement l'équation.
Parce que c'est un mauvais coup,
c'est un mauvais coup pour vous, Valls à Matignon. Pas du tout, non. Parce que c'est une sorte de Bayrou clandestin. Non.
Si. J'aime bien votre définition. Si,
c'est un peu ça, c'est un Bayrou
clandestin. C'est le type un
peu à
gauche, un peu à droite.
Alors,
je
vais vous dire, ça ne change pas fondamentalement
la
question, l'équation. L'équation, c'est qu
'il
y a une politique, à mon sens, vitale, nécessaire, qui n
'est
d'ailleurs pas définie ou imaginée aussi fort que je le voudrais,
de
très loin.
Mais
il n'a pas la majorité de cette politique-là, parce qu'on a raconté au pays depuis 20 ans des choses qui sont, à mes yeux, absurdes, à mes yeux, totalement fausses, mensongères. Et tout ça, ça a créé une situation politique qui fait qu'on ait enlisé les sables mouvants, une impasse, et que Valls, pas plus que les autres, n'a les moyens d'en sortir. Natacha Polony.
— Justement,
et ça rejoint ce que je voulais vous dire, vous avez soutenu François Hollande
au
moment de l'élection, c'est-à-dire au moment où il était... En tout cas, vous avez dit qu'à titre personnel, vous voteriez pour lui au moment où il était sur le programme socialiste. C'est-à-dire quelque chose qui était quand même le contraire de ce que vous preniez,
puisque vous avez été un des premiers
à parler de la dette,
etc. — Et je l'ai
dit intégralement.
—
Oui. Sauf qu'aujourd'hui, où justement, il a rejoint politiquement sur le fond, sur les choix, grosso modo, votre ligne, là, vous nous expliquez qu'il n'a pas la majorité pour faire sa politique. Mais la majorité, ça pourrait être vous. —
Alors
je termine juste ma question. Est-ce que le ratage a eu lieu à ce fameux moment que racontent certains journalistes, où en fait, au moment de l'élection législative, juste au lendemain de la présidentielle, il était prévu que Vincent Péillon
aille
sur les radios et les télés expliquer entre les deux tours de la législative que le Parti socialiste vous soutenait et appelait à voter pour vous. —
Et
c'est ce que raconte Vincent Péillon, que c'était prévu, que François Hollande lui avait donné cet ordre-là, que derrière, Pierre Moscovici devait embrayer, qu'ensuite, si je me souviens bien, oui, c'était Emmanuel Valls lui-même qui devait aussi embrayer. Et tout à coup, la veille, Hollande dit à Péillon « On arrête l'opération.
Et
vous êtes battus
». Est
-ce qu'à ce moment-là, il y
a
eu un désamour ? Donc est-ce que... Comment expliquez-vous ce choix de François Hollande ? Comment expliquez-vous ce ratage entre vous et lui alors que normalement vous devriez pouvoir vous entendre ? Et politiquement, ça donne quoi aujourd'hui alors que vous pourriez arriver en soutien à Emmanuel Valls quand l'aile gauche du PS se détache
?
— Beaucoup de questions. — Euh... Non, c'est un roman, ça. C'est pas... —
C'est un roman que raconte Vincent
Péillon.
— Ce que vous décrivez,
c
'est en effet une faute politique qui a été commise sciemment par le PS et que François Hollande a laissé faire.
On
va dire les choses comme ça. C'est-à-dire qu'il a choisi
de
perpétuer pour des années et peut-être des décennies quelque chose que je trouve terriblement nuisible au pays,
qui
est de lui faire croire
qu
'il existe deux camps
irréductibles qui
pensent la même chose sur rien,
alors
que tout ça est évidemment une fable parce que la politique que propose... J'ai pas dit que fait. Que propose Hollande aujourd'hui est pas fondamentalement différente de la politique qu'aurait proposée aujourd'hui, je ne sais pas, style à part Sarkozy s'il avait été élu. C'est la même chose.
C
'est la même chose. Bon. Et Valls,
c
'est pareil et tout ça. Donc on fait croire au pays.
On
lui présente une scène, une espèce de guignol, alors au sens propre du terme, les petites marionnettes, une espèce de guignol où il y a deux bons hommes ou deux bonnes femmes, le sexe sur ce point est indifférent, qui s'envoient des coups de bâton à la figure, alors qu
'ils
pensent la même chose et que la division, elle est chacun dans leur camp.
C
'est ça, la situation du pays.
Et
donc c'est une... Voilà. C'est une manière de tromper les gens et d'empêcher qu'on puisse
prendre
ou en tout cas affronter les décisions qui s'imposent. Voilà exactement ce que je crois. Et donc là a été la faute politique, oui, assez lourde, je crois. Et je crois que quand on étudiera cette histoire, on verra que c'est une faute politique. Mais les tractations qu'ils ont eues entre eux pour savoir si on enverrait quelqu'un pour soutenir contre quelqu'un qui soutenait pas ça, en tout cas, moi, je n'en ai eu aucune information. Et ça ne m'intéressait pas parce que mon idée n'a jamais été de rallier les uns ou les autres, mais d'affirmer l'identité d'une famille politique, de renouvellement de la vie politique française.
C
'est
-à-dire que vous, en fait, ce que vous proposez, c'est la même politique qu'eux, mais au moins vous le dites. C
'est ça ? Pas du
tout.
Pas du tout.
Pas du tout. Non, non, je sais bien que sur ce point,
il
y a une discussion. Je pense que leur politique est superficielle. Je ne crois pas qu'on puisse économiser des dizaines de milliards en taillant la haie avec un sécateur. Je ne crois pas. Je pense que ce qu'il y
a
à faire est une œuvre de reconstruction fantastique,
dont
le seul exemple connu, c'est 58, qui ne peut se produire ou se construire ou s'affirmer
que
s'il y a une prise de conscience
dans
les profondeurs du peuple qui décide de ce que nous avons laissé vieillir, s'effriter, devenir morts, les piliers, les arbres qui tenaient notre maison. Et
comment vous expliquez que, justement,
beaucoup de gens, même s
'ils ont l'impression
qu'une
partie de la droite, une partie de la gauche font la même politique, ils continuent à se définir de droite, de gauche, avec cette espèce de clivage, de guerre de tranchée, alors même qu'eux savent que ça ne signifie plus rien.
Au
fond, c'est une manière facile de présenter la vie politique.
D
'ailleurs, c'est sur les médias, très simple. On invite deux journalistes qui commentent les choses et
on
laisse entendre ou on fait croire, même si tout ça n'est pas tout à fait exact, mais enfin, qu'il y en a un d'un bord et l'autre de l'autre.
Alors ça permet
d'aimer Natacha Polony et de détester Caron, ou l'inverse, si
ça existe. Ah, c'est de préciser.
Si ça
existe,
et ça structure les choses. Mais
c
'est un mensonge, et c'est un mensonge mort. C'est la lumière des étoiles mortes. Cette affaire n'existe plus. Elle n'existe plus historiquement, c'est datable, elle n'existe plus depuis longtemps, mais historiquement,
c
'est datable, cette affaire, a trouvé la date de sa disparition en janvier 2014, quand
Hollande,
enfin, à mes yeux, dans un mouvement
d
'aveu, est venu et a dit « Mesdames et messieurs, ce truc,
ça
ne marche plus. » C'est-à-dire que nous avons fait croire aux gens qu'on pouvait dépenser de l'argent, comment augmenter le nombre des fonctionnaires, enfin, ce qu'on appelle de manière savante le keynesianisme, l'idée que c'est par la multiplication de l'argent public qu'on va faire repartir la machine, cette affaire est terminée. Or, c'était le contrat initial de la gauche française depuis 40 ans. Et c'est là que, ce jour-là, les choses ont basculé et que donc, on ne fera plus croire à personne désormais ni pour longtemps qu'en tout cas, la gauche a cette identité et qu'elle est opposée à la droite qui en aurait une autre, parce que c'est fini. —
Alors que vont faire les électeurs qui se rendent compte peut-être plus vite, eux, que... et d'ailleurs, ils s'en sont rendus compte peut-être même déjà depuis un moment, que finalement, c'est un peu pareil, que ce soit Hollande ou Sarkozy ou... Puisque pour l'instant, ils n'ont pas vraiment couru au centre, chez vous, au Modem. On s'aperçoit qu'ils vont plutôt... Il y a eu un épisode
en... il y a quelques... il y a peu d
'années...
— En 2007 ?
—
Où ça a été tout près de... Bon. Qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ben, il va y avoir des
soubresauts,
genre... qui vont être qualifiés d'extrémisme, de populisme, de toutes ces choses. Et puis un jour, ils se demanderont quelle est la cause de tout ça. Est-ce qu'on peut reconstruire profondément et différemment
?
— Et c'est là que vous arrivez.
—
Non, je... c'est pas...
franchement,
je suis pas ici pour parler à la première personne de ce sujet. C'est une chose très importante. Tout à l'heure, Natacha Pelloni a eu la gentillesse de rappeler qu'il y a 15 ans, que j'ai
essayé
de révéler de manière indiscutable que le déficit et la dette, ça nous amenait dans le mur, qu'il n'y avait aucune manière, et personne ou presque personne ne voulait entendre ça. Il y
a
d'ailleurs des tas de gens qui croient
que
non, aujourd'hui encore, que c'est pas vrai, que... —
C'est pas ça. C
'est qu'après, on peut discuter de l'origine de cette dette, de la
façon dont on peut... — Non, non, non. On ne peut pas
discuter du
sur-endettement. — Non, je sais. Il n'y a pas d'alternative. Il n'y a pas d'autre politique. — Les gens qui racontent...
Si, il y a plein de politiques possibles. Mais les gens qui racontent qu'il y a un moyen de sortir du sur-endettement, c'est de s'endetter encore plus, pour chaque famille, pour chaque entreprise, pour chaque foyer...
— Il n'y a pas que ça comme
solution. — Ben si. Il n
'y
a que ça comme solution. En tout cas, il y a une certitude, c'est que ça nous a menés où nous sommes. Et que d'ailleurs, si je puis me permettre alors une objection à vous deux, parce que sur ce sujet, vous pensez la même chose, ce qui surprendra les gens. Il y a d
'ailleurs une preuve... — Les gens qui écoutent
mal cette émission.
—
Il
y a
d'ailleurs une preuve absolue de tout ça. C'est que si c'était vrai, la Grèce serait le pays le plus florissant d'Europe. Parce qu'il y a un pays qui s'est précipité, tête baissée dans les centaines de milliards de dettes en mentant à tout le monde pour faire croire qu'eux. Et c'est la Grèce.
Ils ont fait 15% de déficit. — La Grèce, c'est surtout un pays qui a des gens qui
ne payent pas l'impôt, qui sont l'Église orthodoxe, les armateurs,
etc.
C'est un
pays
qui
avait une
économie parallèle.
Ça
n
'a
rien à voir.
—
Natacha Polony, ils ont suivi la politique qu'un certain nombre de gens recommandent. Elle les a conduits au gouffre.
— Non, ce qui les a conduits au gouffre, c'est la politique qu'un certain nombre d'instances, le FMI, etc., le ont recommandé ces derniers temps. Ça, oui.
—
Et pourquoi il était là, le FMI, à votre avis ?
—
Le FMI était là parce qu'il y avait eu en effet une crise majeure. Mais cette crise majeure
est une crise qui a eu lieu dans l
'ensemble de
l'Europe. — Non, non, non, stop.
N'essayez
pas de noyer
le poisson.
— Ah mais non ! Non, c'est trop facile. — Non, non, non. Vous venez de dire... — Je ne noie pas le poisson. — Vous venez de dire... Non, arrêtons-nous une
seconde.
— ...qui n'a pas
pour origine que le fait que les Grecs étaient des pensiers.
—
Une seconde. — C
'est
le
système économique
européen.
—
Ils
ont été obligés d'appeler
ce
qu'on appelle, c'est pas joli comme nom, la
Troïka... — Laissez parler à M. Bayrou.
Faites pas votre caron, là, pour le coup.
—
Non, mais attendez...
— Bah, il faut bien quelquefois... Voilà. Et donc vous dites qu'il
y
a eu une crise majeure. Ils ont été obligés, en effet, d'appeler. Pourquoi il y a eu une crise majeure ?
— Parce que les comptes de la Grèce ont été faussés
pour la faire
rentrer dans
l'Europe par Goldman
Sachs et par
l'Europe elle-même, par les instances européennes,
Mario Draghi en particulier, qui ont fait en sorte de ne pas voir parce qu'il fallait faire rentrer la Grèce dans l'Europe.
—
Les comptes de la Grèce, pour moi qui suis un Européen affirmé fervent, on va faire une phrase pour expliquer aux téléspectateurs pourquoi l'Europe sera pas le sujet de l'émission, parce que sans ça, je vais me faire assassiner par tous mes amis en
sortant en disant... — C'est une campagne. — Voilà.
En disant... Mais il a fait une heure d'émission et puis il a pas parlé
de l'Europe du tout. — Pour des soucis d'équilibre du temps de parole sur
notre chaîne, on parle pas des
européennes ce soir. — Donc la règle
du jeu est que je suis... Non pas interdit, mais
on
me recommande... On vous
recommande... — On est obligés de respecter le temps de parole.
—
Voilà.
De pas parler du sujet le plus important, pourtant, qui... — En ce moment.
—
...nous occupe. —
Donc
pourquoi ça ? Parce que les dirigeants grecs, les gouvernants grecs,
de
droite et de gauche, ont menti sciemment à leur peuple et aux instances internationales pour plonger le pays dans un surendettement qu'il a noyé.
— Et
alors après, on a essayé d'appeler des maîtres nageurs sauveteurs, en effet pas très futés, à mon avis. Et puis ça a donné la situation actuelle.
— Éric
Caron.
— Je
voudrais revenir sur vous,
avant
de parler de la situation de la France et de votre victoire à Pau.
C
'est une victoire qui intervient après une série d'échecs électoraux, que ce soit
l
'échec à la présidentielle, l'échec à la législative, d'autres tentatives pour conquérir la mairie Pau. Enfin c'était 10 ans un peu difficile pour vous sur le plan électoral où vous n'avez pas réussi à conquérir les électeurs.
C
'est comme... Vous n'avez pas atteint... Tant mieux, vous allez me répondre. Mais déjà, est-ce que vous, vous avez changé ? C'est le fait que tout à coup, vous ayez réussi cette fois
à
rassembler autour de vous une majorité d'électeurs, ce dont vous n'aviez plus l'habitude depuis longtemps.
—
Pas une majorité.
Une
grande majorité. Deux tiers.
— C'est presque deux
tiers. —
Dans
une ville qui, comme vous savez, vote à gauche avec beaucoup de force. Peut-être on aura l'occasion d'y revenir. Oui, ça m'a
fait
plaisir. Ça m'a fait du bien. C'est une ville qui est
formidable
et
la
nôtre.
— Pas
seulement...
— Vous faites du stromaille,
maintenant, alors.
— Et donc... Je croyais qu'on disait stromaille,
non ? — On doit dire stromaille, oui.
— Vous êtes informés, dites-donc. — Écoutez...
— Oh là là ! — Sculptive. — Bayrou
dans le cou, hein.
—
J'ai dit stromaille pour que vous compreniez. —
Mais non, c
'est parce qu'on dit stromaille comme on dit Bayrou. — Ah
oui, exactement. Ah, mais voilà. J'ai l
'explication. Alors c'est votre côté belge.
—
Oui, absolument.
J
'ai un petit-fils belge, donc je fais attention. Donc je reviens à la question.
Bien
sûr que c'était pas des victoires électorales.
Mais
pour moi,
le
plus important,
le
plus important d'une vie, de ma vie, c'est pas d'être élu au mépris de ce qu'on croit. — Non, mais j'ai pas dit ça.
—
Et donc, en effet, faire triompher une idée, en plus avec une espèce de polarisation médiatique, tout le monde suivait.
Il
y a eu des sondages sur la ville de Pau comme sur aucune autre ville en France. —
Oui, parce
qu
'on disait que pour vous, c'était fondamental. C'est-à-dire que si vous
échouiez
à Pau, c'était presque fini pour vous. En tout cas, c'est ce qu'il se disait. On sait que la vie politique est plus compliquée que ça.
— Ça l'était. Voilà. C'était
risqué.
Très. Mais bon, c'est comme ça qu'on fait les choses qui sont bien. Et donc, oui, ça m'a fait plaisir.
— Est-ce que, justement, votre victoire à Pau ne symbolise pas, finalement, l'échec de votre stratégie
dans
le jeu politique français depuis 10 ans ? — Puisque pourquoi vous avez été élu si facilement et effectivement avec presque deux tiers des voix ?
C
'est notamment parce que vous avez eu le soutien de l'UMP. Cette alliance. Or, ça
met à mal complètement votre stratégie... — Ça vous
ferait tellement plaisir.
— Mais non, je veux juste...
Non, ce qui
ferait plaisir, c'est de finir
ma
question. —
Je suis comme Natacha Polony, je vous empêche de parler. Et donc... —
Non, mais ça met à mal, en tout cas,
cette idée qui vous est si chère qu'il existe un centre indépendant qui peut s'allier en fonction des circonstances, etc. Là, vous êtes revenu dans un jeu politique extrêmement classique où vous prouvez qu
'on
ne peut être élu, finalement, qu'en s'alliant à l'un ou à l'autre des deux grands
partis français.
—
Vous
vous plantez sur toute la ligne.
— Ben, démontrez-le. Vous pouvez l'affirmer. Il faut le
démontrer. — Pardon
de vous dire ça
de cette manière. Ben, c'est très simple.
L
'équipe que j'ai formée à Pau, c'était une équipe où j'ai pris grand soin de faire qu'il y ait
les
trois piliers et des expériences personnelles et professionnelles, mais les trois piliers de la vie politique que je connais, c'est-à-dire, en effet, la droite,
l
'UMP contre l'appareil de l'UMP, comme vous savez, en effet, la droite UMP, le centre et la gauche, puisqu'il y avait, y compris des adjoints de gauche et des personnalités très
connues de
gauche à Pau qui se sont engagés avec moi. Je vais vous donner un chiffre, probablement celui qui m'a fait le plus plaisir. —
Dans
cette ville fantastique... —
Vous dites donc,
on va tous aller à Pau, nous y a le prochain. —
Mais c'est pour ça que je suis là.
—
Ah oui ? — Parce que, bien sûr,
il faut que ça se sache. Il
faut que ça se sache.
— Vous
voyez, il y a juste une phrase qu'on peut dire au passage. Vous, vous croyez que c'est le tourisme uniquement. Moi, je me permets de vous dire qu'il y a à Pau le plus grand centre de recherche en sciences du sous-sol du monde. Total, la grande entreprise... —
D'accord. Mais enfin, si j'y vais un week-end, ce sera pas pour ça, vous
voyez.
— Mais
si. Vous apprendriez
beaucoup de choses. Et on peut peut-être faire un parc d'attractions spécialement pour vous. — C
'est pas vrai.
— Je vais vous inviter sur ce sujet.
—
Ça alors. Total Land. — Et donc... Exact. — Alors le chiffre qui vous a fait le plus plaisir. —
J
'ai été élu en gagnant les 55 bureaux de vote de cette ville qui, d'habitude, en effet, ne votent pas pour moi.
Il
y a un bureau parmi ces bureaux-là,
qui
est un bureau de quartier, comme on dit, difficile, qui s'appelle Lousse-des-Bois, qui a voté aux dernières élections à gauche à 85%.
—
Bénéficier de l'effet de la gauche, enfin du désamour de la gauche
en ce moment... Vous avez pas été le seul. — Non, non. Laissez-moi
finir.
Qu'est-ce que j'allais dire
?
— Non, je répondais juste
à ce que vous venez de dire. Je n'ai pas répondu à ce que vous alliez dire, mais à ce que vous
venez de dire. — M. Caron, le problème de votre espèce d'enfermement dans les œillères... — Mais je suis pas enfermé !
— C'est que... C
'est que...
Ça
n'est pas les réponses qui vous intéressent. — Mais si, je les écoute.
Ça vous dérange que je les écoute ? — Non, vous les écoutez pas.
Vous voulez à tout prix imposer votre espèce de schéma paralytique dans cette affaire.
Donc...
Bon. La prochaine fois, pour vous, j'invite le maire de Lourdes.
—
Bon.
Alors... Un mot. Dans ce quartier-là, 85
%... — On n'est pas paralytique
parce qu'on n
'est
pas d'accord avec vous.
Je voulais juste vous faire remarquer ça. — Non, non.
Mais... Qu
'est
-ce que j'allais dire ?
— Mais
je
ne
sais pas. Je réagis. C'est vous qui n'écoutez
pas ce que je dis, puisque je me contentais de réagir à ce que vous veniez de dire. Je n'anticipais pas votre réponse à venir. Hein. C'est
vous qui n'avez pas l'écoute. — On va le
savoir. On va
finir par le savoir.
— Alors... Donc dans ce quartier-là, j'ai fait 64%. 85% à gauche aux dernières élections. 64% là.
Eh
bien, pour moi,
ça
veut dire quelque chose qui n'est pas politique,
qui
est beaucoup plus profond que ça.
C
'est quelque chose qui échappe à ce schéma-là. Hein
?
—
Arrêtez de caricaturer
les choses.
—
Mais je
caricature pas. Je décris exactement ce que vous faites. Et vous le savez bien.
— Mais pas du tout. — C'est même
la règle de votre jeu ici. C'est pour ça que vous êtes là.
Donc
bon...
—
Mais non.
Fini
en soirée présentée, François Bayron. — En tout cas, je peux vous assurer, contrairement
à ce que vous disiez tout à l'heure, que notre position idéologique n'est pas feinte à Natacha et à moi-même. On n'est pas en train de composer un jeu. Tu le confirmes
? —
Ah, ça, oui.
—
Vous, je ne sais pas. Natacha Polony, je la connais depuis suffisamment longtemps pour être sûr que c'est...
— Ah
bon ? Vous allez nous découvrir...
— Ah oui. Ancien ministre de l'Éducation
de l'État, nous avons eu l'occasion
de discuter assez
souvent... — Vous êtes une très
grande journaliste de l'Éducation. Enfin,
en tout cas intéressée
par l'Éducation.
—
C'était...
C'est fini,
hein,
ça, ce
temps-là. —
Ah bah, maintenant,
vous l'avez entraîné dans le showbiz,
évidemment. — Ah oui, ça, vous avez raison.
Dernière question pour vous. — Je vais continuer sur la même lignée. Parce que, OK, alors vous décrivez une situation locale, particulière. Bon, pourquoi pas ? J'ai du mal à vous croire. Parce que néanmoins, vous n'avez pas répondu au fait que vous avez gagné parce que l'UMP vous a soutenu d'emblée. Enfin, très rapidement. —
Sur
le plan national, maintenant... — Mais...
— Sur le plan national, je vais juste dire ma question. — Vous récrivez
l'histoire,
mais c'est pas vrai. — Non, je la récris pas.
L'UMP... Avez-vous eu, oui ou non, le soutien de l'UMP ?
— Non. —
Non, mais...
—
M. Jean-François Copé, qui est un de mes grands amis, comme chacun sait,
a précisément dit... — Alain Juppé ne l'a pas soutenu
dès
le début. — Mais Alain Juppé, c'est pas l'UMP. —
Ensuite... —
Alain Juppé... — Alain Juppé, c'est pas
l'UMP.
— Et ensuite, Copé, lui-même, ne l'a pas soutenu ?
—
Franchement, non.
Si les
journalistes qui sont là peuvent le vérifier...
— Il a été
convaincu de vous soutenir, finalement, même s'il ne souhaitait pas le faire au début.
—
Non, mais... — Vrai ou faux ?
—
Peu importe. — Non,
pas peu importe.
— Excusez-moi, Jean-François Copé a dit que lui ne me soutenait pas. C'est comme ça. On ne
va
pas en faire une histoire.
— Personnellement, il ne vous soutenait pas. — Il avait bien le droit. — Mais que l
'UMP vous soutenait. Bon.
— Non, jamais. — Mais si,
mais si, mais si.
— Non, ça vous arrangerait. — Mais non, rien de marrant dans cette histoire. — Et si c'était
vrai, je le dirais, les représentants locaux de l'UMP, après avoir été investis pour faire une liste, après avoir lancé leur liste, après avoir fait campagne, au bout d'un certain nombre de mois, on dit, écoutez,
finalement,
c'est avec lui qu'on se retrouvera le mieux pour
notre ville. — C'est exactement ce que j'expliquais.
— Ce qu'ont dit les adjoints socialistes sortant. La même chose.
— Alors au niveau national, est-ce que vous pouvez...
Non, est-ce que vous pouvez enregistrer ça
?
— Oui.
Vous
avez
dit au national, maintenant. — Au niveau national.
Est
-ce que là encore, il n
'y
a pas un petit revirement, puisqu'on vous a vu, là encore, ces derniers mois, recréé un centre qui avait été dissous par vous-même, d'une certaine manière, parce que pas que par vous, puisque beaucoup de gens sont partis. Mais enfin, en tout cas, à un moment, on ne croyait plus en vous. On préférait se rapprocher de
l
'équipe gouvernementale de l'époque. On ne
va
pas refaire cette histoire, mais on est d'accord sur ce qui s'est passé. Et aujourd'hui, il y
a
ce rapprochement qui s'est donc créé entre le modem, l'UDI, avec cette idée que finalement, le centre a besoin, là encore, de toutes ces forces vives ensemble. Est-ce que là encore, ce n'est pas finalement le constat de l'échec de votre stratégie ?
— C
'est juste le contraire.
—
Ah ! J'en étais sûr, mais...
— Non, non, mais quand même, on
parle de faits simples. — Oui. Allons-y. — Vous dites qu'ils étaient partis. Ils étaient partis où ? À l'UMP.
—
Oui, ils étaient partis. — Le jour où l'UMP s'est créé.
—
Oui.
—
En 2002, j'étais en effet un peu seul devant les milliers et milliers de personnes qui étaient là pour m'opposer à la création d'un parti unique, disait-on, à l'époque de la droite et du centre. J'ai essayé de ramasser ça en une formule. Vous dites qu
'on
pense tous la même chose. Si on pense tous la même chose,
c
'est qu'on ne pense plus rien.
Bon.
Eux étaient partis à l'UMP. Et j'ai dit que moi, en tout cas, ça n'était pas mon choix et qu'on ne pouvait pas avoir un centre qui soit d'un côté uniquement.
Il
fallait une autonomie, une manière de voir les choses.
Et
puis ils ont quitté l'UMP.
Donc
ça n'est pas ma stratégie
qui
a changé. C'est, au contraire, leur
choix
politique à eux.
Mais
je vais vous dire une chose très simple. On a besoin... Si ce que je crois est vrai, c'est-à-dire que, un, on a besoin d'un courant politique de renouvellement de la vie politique française, que ce courant politique, à mes yeux, en tout cas, je ne prétends pas, ne peut être qu'au centre, puisqu'il faut sortir de ce coup de gaudille, un coup à gauche, un coup à droite, qui vous plaît tant, mais qui est pour moi désastreux pour le pays. Désastreux, qui nous a menés où nous sommes. Il faut en sortir. Il n'y a qu'un courant qui puisse être... C'est le courant de renouvellement de la vie... Ce courant peut être le seul courant de renouvellement de la vie politique française.
Et pour ça, il faut qu
'il
soit uni. Il faut que tous ceux qui, de près ou de loin, se reconnaissent là-dedans, acceptent de travailler ensemble, de vivre ensemble, d'être plus compréhensifs et bienveillants les uns avec les autres, comme Borloo et moi, nous avons essayé de le faire. Voilà. C'est aussi simple que ça.
— Un sujet concret de l'actualité de la semaine, la réforme territoriale, puisqu'on en parle beaucoup. J'ai cru comprendre que vous étiez favorable à cette réforme. Et même mieux, vous voulez qu'elle se fasse rapidement. Et même s'il faut un référendum, vous êtes toujours sur cette ligne-là ?
— Plus
que jamais. Un,
c
'est un labyrinthe auquel personne ne comprend rien.
Et
si on demandait là de faire un petit sondage pour savoir les départements, les conseils généraux, les régions, les conseils régionaux, les intercommunalités, personne n'y comprend rien. On y perd beaucoup d'énergie
et
beaucoup d'argent.
Donc
je suis pour fusionner départements et régions avec une seule administration et un seul élu. — Pau sera dans quelle région, par exemple ? — Non, mais... Oh,
c
'est une très bonne question. J'aurais dû vous appeler pour vous dire de me poser la question.
— Alors ?
— Alors, il y a des gens qui ont en tête de faire des découpages absolument insensés, puisque j'ai lu que le projet était de mettre l'Aquitaine, la région de Pau, avec Poitou-Charentes et le limousin. — Oh
!
— C
'est un
code pour rentrer chez vous ! —
Peut
-être c'est ça, le dessin secret
de tout. — Bon.
Donc, entre Pau et le nord de
Sèvres,
il y a 500 km. Et on veut en faire la même région. Ces types sont fous.
Il
y a... Nuisibles. Fous et nuisibles, les deux. Il y a... Si on veut rapprocher deux régions, il y
a
en effet un rapprochement simple, évident. C'est Aquitaine et Midi-Pyrénées. C'est la même langue. C'est la même culture. —
C
'est le grand Sud-Ouest. — C'est le Sud-Ouest
au
sens propre.
C
'est le rugby. Et donc... —
C'est le rugby, non ? — Non, mais il y a
beaucoup de footballeurs. Mais c'est le rugby. Et donc, si on veut faire des régions rapprochées, il faut faire des régions naturelles.
— Donc c
'est pas fait, cette histoire. Parce que vous êtes d'accord sur la suppression ou la fusion de certaines régions et certains départements. Mais après, vous
vous mettez d'accord sur lesquelles.
—
Je
vais revenir au sujet, vraiment. Moi, je ne crois pas
que
les politiques français réformeront la politique française.
Je
crois pas une seconde. — Donc c
'est
les Français qui le font. — De même que je ne crois pas que les journalistes pourraient réformer le journalisme.
De
même que je ne crois pas que les fonctionnaires pourraient réformer la fonction publique. Parce que tout ça est humain. On préfère garder le cadre dans lequel on vit et dans lequel on a ses habitudes. Donc je crois pas une seconde.
Tant
mieux si c'était vrai. J'applaudirais ou je me réjouirais ou, en tout cas, je serais satisfait jusqu'à la vérification. Je crois pas une seconde que Hollande va trouver une majorité pour faire ça. Et je ne crois pas non plus que ce soit la seule question. Je pense que la France a
deux
ou trois questions très importantes. La question de la moralisation de la vie publique, la question du financement des partis politiques, dont on voit tous les jours les excès qui sont commis de manière... Enfin, dans la plus totale impunité, avec des micro-partis multipliés, des histoires de cet ordre. De la même manière, on a une profusion ridicule d'élus, d'assemblées. Il faut diviser le nombre des députés par deux. Il faut diviser le nombre des sénateurs par deux. Il faut peut-être s'intéresser au sort du Conseil économique et social. Enfin, toutes ces choses dans lesquelles...
Grosse, grosse réforme !
Voilà. Et il n'y a qu'un moyen de trouver cette réforme ou de l'imposer. Le
référendum. Le référendum,
c'est de faire appel au peuple. Parce que c'est le seul, le peuple français, qui pourra trancher sur cette question-là, sans se laisser embarrasser ou paralyser par l'espèce de cul de plomb que le monde politique voudra conserver.
Natacha, Emmerich, sur ce sujet. Natacha,
d'abord.
Vous quittez votre tradition politique pour aller de plus en plus vers le gaullisme ? Mais
il y a au moins quelqu'un ici qui sait que c'est ma manière de voir les choses depuis très longtemps.
Je
pense
que
Charles
de Gaulle, je ne
dis
pas le général de Gaulle, était
l
'homme le plus illustre de ma tradition politique en France.
Ce
que vous voulez en fait, c'est que François Hollande fasse un référendum,
qu
'il le perde, qu'il se retire, comme vous avez la gagne en ce moment, parce que vous arrivez. C'est pour ça que vous voulez que ça se fasse cette année.
J
'ai bien compris, j'ai dit cette semaine à François Hollande qu'il n'avait, à mon sens, aucune chance de réussir par la voix classique une réforme de cette ampleur.
C'est ce que vous lui avez dit. Et alors, il va essayer quand même de faire comme ça ou il va vous écouter ? Non, je pense qu'il va essayer de faire comme ça.
Mais il devrait m'écouter. Emmerick
Caron, dernière question.
Très rapide, je veux avoir votre position sur ce décret
qui
a été pris pour les entreprises, pour les groupes étrangers qui veulent donc racheter tout ou partie une entreprise française et qui vont désormais devoir avoir l'aval du gouvernement dans des nouveaux domaines, puisque ce décret existait déjà, mais limité à certains domaines. Et ça concerne notamment Alstom,
puisqu
'il y a l'énergie, les transports. J'y suis favorable. Oui, ça va un petit peu quand même dans ce que vous prônez depuis un
certain nombre d'années sur
le patriotisme économique.
Mais est-ce que c'est suffisant ?
Je vais vous raconter une histoire. De chez nous, il y avait une entreprise très intéressante
qui
s'appelait Sélanaise,
sur
le bassin industriel de Lac, à côté de Pau,
et
qui était le dernier producteur d'acide acétique en Europe. Acide acétique, ça ne dit pas grand-chose à l'heure, mais c'est une substance indispensable à la chimie. Donc de consommation très importante et stratégique. Et puis, cette entreprise a été vendue. Les instances européennes et nationales ont dit, attention, on vous demande un engagement que vous n'allez pas vous déplacer ailleurs.
Et
on vous fait signer un papier. Pendant 4 ans, vous ne
vous
déplacez pas ailleurs. Et au bout de 4 ans et 1 mois,
ils
ont supprimé l'usine, car ils ne l'avaient acheté que pour avoir les carnets de commandes et les brevets de l'entreprise. Eh bien, moi, je suis pour qu'il y ait au moins une arme
des
gouvernants français et européens
qui
soient capables de défendre l'idée, on peut dire un mot sur Alstom, de défendre l'idée qu'il faut que les groupes industriels majeurs
soient
enracinés et leur centre de décision sur notre sol. On est une puissance, tous les pays européens ensemble, de 500 millions de personnes. On n'est pas foutu de fabriquer
un
seul écran. Voyez, on vit dans un monde d'écrans, là, si on compte. Et puis les smartphones que vous avez dans votre poche. Et puis les tout petits écrans et les écrans géants. Il n'y
en
a pas un seul
fabriqué.
Nous avons perdu le produit. On avait les brevets.
On
avait... Tout ça est perdu. Une puissance qui est la première puissance économique du monde
et
qui accepte de disparaître sur des choses aussi essentielles que l'objet de consommation le plus vital pour nous tous, eh bien, c'est une puissance qui renonce, qui ne fait pas son travail. Eh bien, je suis exactement pour le contraire. Qu'on accepte d'avoir au moins les instruments et,
j
'espère un jour, la volonté de faire que, chez nous et sur notre sol, se développent à nouveau les compétences dont on a besoin.
Je
suis un petit tour de table. Aura Ito, vous sembliez intéressé.
Là,
par la dernière partie de l'interview, vous étiez concerné.
Oui,
oui. Moi, je trouve qu'effectivement, il faut protéger nos industries et il ne
faut
pas se laisser faire déposer par toute l'intelligence qu'on développe. Et c'est vrai que c'est très facile de racheter une boîte, de prendre que ce qu'il
y a
de bien et puis de vendre le reste. Et voilà. Donc ça,
ça
arrive trop souvent. Et donc, je suis tout à fait d'accord avec M. Bayrou. Sur ce
décret
aussi.
Je continue mon petit tour de table. Vous avez une question à poser ou un commentaire à faire, Ficache Dorasso ?
Non,
oui, oui. Un commentaire. Quand vous parlez de ça, vous parlez pour moi de la consommation, du capitalisme, de la compétitivité, ce genre de choses que je ne comprends pas du tout. Je comprends comment on doit être en compétition avec les autres. Pourquoi on doit relancer la croissance alors qu
'il
n
'y a
pas de croissance possible, alors que c'est très simple. Il faut décroître. Il faut faire en
sorte
qu'on soit ensemble. Pourquoi moi,
je
dois être en compétition avec les Allemands ou Siemens doit être plus fort que tel groupe qui est en Allemagne parce qu'il faut qu
'on
soit... On préserve notre patrimoine ou nos entreprises. Moi,
je
crois qu'on devrait tous être ensemble. Et c'est ce qui doit changer. Je ne
peux
pas être en compétition avec vous. Pourquoi ? Je devrais être avec vous, pas contre vous. Voilà, c'est ce que je... C
'est exactement ce que je
pense.
Mes
enfants sont de gauche et je sais ce que c'est la gauche. Au pouvoir, le curseur, il est là. Mais les gens de gauche et de droite, ils sont là. Moi, je ne
suis
pas socialiste. Je ne
suis
pas social-démocrate.
Et
je ne me reconnais plus du tout dans les... J'ai voté pourtant pour François Hollande, mais je ne voterai pas pour lui une deuxième fois.
Mais
il y a des gens qui font des choses bien et
qui
croient vraiment et qui savent que c'est vraiment la gauche.
Bah oui, mais alors, vous les avez trouvé où, vous alors, avec les
cash
de ratio
?
Bah,
malheureusement. Bah,
il
y a... Je m'intéresse la nouvelle donne. C'est un truc qui m'intéresse beaucoup. Alors, je vais voir ce que ça donne. Mais ils disent des choses simples, quoi. Et puis l'économie, aujourd'hui, c'est assez simple. Picotti, il dit plein de choses très intéressantes. Taxer le capital, les droits de succession, quelque chose qui est très important. La succession, c
'est
un truc stupide. Il faut qu
'on
remette tout dans le coup commun et qu'on reparte à zéro à chaque fois. Et voilà, ça changerait beaucoup de choses.
Je ne
suis
pas sûr que vous allez être totalement d'accord, là, François Bayrou, avec ce que vient de dire VKH Dorasso.
Quel clivage, pour moi, entre la droite et la gauche ?
Les
vrais
ultra-libéraux sont de cet avis.
Oui, bien sûr.
Aux
Etats-Unis, évidemment. Jean-Michel Larquet,
vous
n'avez pas parlé de pauvres.
Attention.
Non, non, mais
si, si. Non, mais juste parler, parce qu'on a beaucoup parlé de la victoire de M. Bayrou. Et quand, à l'issue d'un beau match, je vais ramener ça un petit peu au sport. Et je crois que quand on fait un beau match, pour faire un bon match, il faut deux beaux adversaires. Et VKH parlait d'union, de réunion. Et je dois avouer que les deux adversaires ou les deux protagonistes qui se sont battus à peau,
qu
'ils soient du centre
ou
qu'ils soient de gauche, étaient deux grands personnages. Il y avait M. Bayrou. Mais je n'oublierai pas que dans ce match-là, David Habib a été un adversaire remarquable. Donc je pense qu'au lieu de s'opposer, comme le disait VKH, si on arrivait à unir
un
jour, ce ne sera pas possible. Mais M. Bayrou et M. Habib, sans doute que toute la région en profiterait.
Vous voulez sortir tranquille la peau. Non, non, non, non, non, non,
non.
Pourquoi pas.
Je
n
'ai
pas de bien. Manu Larsenet. Alors je ne vais pas vous interroger, je vais vous montrer les dessins que vous avez faits
pendant
que M. Bayrou parlait.
Vous avez
dessiné, regardez, par exemple, Bayrou clandestin. Tiens, c'est un centriste. C'est mignon. Je montre le dessin, regardez, voilà. C'est Manuel Valls, le Bayrou clandestin,
on a parlé. C'est juste ce
que vous avez dit. C
'est juste des petits mots que vous avez dit.
Taillez la haie au sécateur, a dit François Bayrou. Et on voit ce monsieur qui dit, il vaudrait mieux il fout le feu, voilà.
Est
-ce que c'est François Bayrou, là,
que
vous avez caricaturé
? Oui,
je suis
très mauvais en caricature, ça se voit d'ailleurs. J'étais formidable,
c'est la chanson de
Stromae. Regardez ce dessin encore qu'a fait Manu Larsenet pendant l'interview de François Bayrou. C'est marrant, un centriste.
Ça
a donc deux bras et deux jambes, comme tout le monde. J'en fais des découvertes ce soir. Je
vous
connaisse.
François Bayrou