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interviewC à vous· 4 décembre 2024 17 min

Vers un gouvernement de gauche issu d’un compromis ? Manuel Bompard répond - C à Vous

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

plus les politiques et tout cela tourne désormais à vide." Toute la politique française est malade. "Nous venons d'avoir la confirmation dans les interventions précédentes que ce n'est ni à l'extrême gauche ni à l'extrême droite que les Français pourront trouver l'antidote." - P.Cohen: G.Attal a parlé de cette censure comme d'une erreur dans l'histoire.

Il a appelé le PS à se ressaisir et à s'affranchir de l'extrême gauche, a-t-il dit. Ce vote rendra le gouvernement Barnier automatiquement démissionnaire. - A.-E.Lemoine: En quoi avez-vous le sentiment de faire l'histoire avec cette censure? - M.Bompard: C'est une journée historique.

Il n'y a pas eu de gouvernement sous la Ve République qui chute après une motion de censure depuis 1962. C'est une journée historique. La question est de savoir pourquoi on le fait.

On le fait avec une responsabilité. Ce n'est pas une décision qu'on prend à la légère. On le fait parce que le budget proposé par le gouvernement Barnier, le budget de la Sécurité sociale comme le budget de l'Etat, sont des mauvais budgets.

Ca va se traduire par beaucoup plus de souffrance pour les Français, par le chaos économique. Depuis plusieurs jours, j'ai vu à quel point le gouvernement, pour essayer de se sauver...

Ce budget, ses conséquences, c'est 0,8 point de croissance en moins. Notre devoir en tant que parlementaires, si on croit à nos convictions, c'est d'empêcher ce budget de passer. Quand le gouvernement procède par 49-3, notre arme, c'est la censure. - A.-E.Lemoine: La fin justifie une drôle d'alliance entre les Cheguevaristes de carnaval et les complices du RN aux côtés de M.Barnier. - M.Bompard: Il faut dire les choses franchement.

Une motion de censure, c'est un acte dont disposent les parlementaires... - A.-E.Lemoine: C'est exactement le discours du RN. - M.Bompard: Je ne sais pas ce qu'a dit le RN.

Le budget, je ne suis pas d'accord avec. Il va avoir un impact sur les Français, donc je devrais le laisser passer? Il nous reste la possibilité de censurer.

Il n'y a aucune alliance avec le RN. Tout le monde...

Il y a un vote commun sur la censure. - P.Cohen: Une bonne partie de votre discours a dénoncé la compromission du RN et du gouvernement.

C'est une situation bizarre. Il y a un effet miroir paradoxal. - M.Bompard: On peut faire la liste, si vous voulez.

On peut regarder toutes les lois qui ont été votées par le gouvernement macroniste avec les voix du RN. - P.Cohen: Là, c'est plus important et grave qu'une loi.

C'est un gouvernement qui tombe. - M.Bompard: Ca n'a pas la même signification.

Quand vous votez une loi ensemble, ça veut dire que vous êtes d'accord. Quand 2 groupes politiques décident de censurer le gouvernement, ils ne proposent pas ensemble un autre projet. - P.Cohen: C'est le problème.

Vous ne proposez pas d'autres projet, donc il n'y a pas de perspective derrière la censure. - A.-E.Lemoine: Il y a un saut dans l'inconnu. - M.Bompard: Ne jouez pas avec les mots.

Je ne vous ai pas dit que nous ne proposions pas d'autre projet. Nous ne proposons pas de projet commun. Nous avons un projet commun à proposer.

C'est le projet politique autour duquel il y a une coalition parlementaire qui est la plus importante de l'Assemblée nationale. - P.Cohen: Pas aujourd'hui.

Ce n'est pas vrai. - M.Bompard: Ce n'est pas vrai, ce que vous dites.

Je vous parle des coalitions qui se sont présentées devant les électeurs. - P.Cohen: Mais la coalition d'aujourd'hui, c'est 220 députés avec Ensemble et LR. - M.Bompard: On essaye d'être honnêtes.

Il y a d'un côté les candidats macronistes et de l'autre, les candidats LR. La transparence vis-à-vis des électrices et électeurs, c'est que nous avons proposé ensemble un projet, le NFP, et que c'est le bloc politique qui dispose du plus grand nombre de députés. - P.Cohen: C'est le jeu de force parlementaire de nouer des alliances au sein d'un Hémicycle, d'un Parlement ayant constitué des majorités. - M.Bompard: Si vous n'avez pas été choqué par le fait que le Premier ministre, après des élections législatives qui voient le bloc le plus important à l'Assemblée nationale...

Si vous n'avez pas été choqué par le fait que le Premier ministre nommé soit celui d'une formation politique qui a fait moins de 6 %... - A.-E.Lemoine: Ca fait partie des interrogations. - M.Bompard: Beaucoup de gens ont été choqués par ça.

On a voté plus à gauche et on a un Premier ministre de droite. C'est forcément choquant. Nous avions un projet à présenter. - A.-E.Lemoine: J.-L.Mélenchon a tenu à être présent cet après-midi à l'Assemblée pour "apprécier le moment", selon le président de la commission des finances E.Coquerel.

Il y avait une forme de gourmandise à voir un gouvernement chuter? - M.Bompard: Je ne m'en cache pas.

Je combats ce gouvernement. Je combats ces orientations politiques. Le faire tomber aujourd'hui est une bonne nouvelle pour les Français, donc je m'en satisfais. - P.Cohen: Ca ne vous donnera pas un budget plus à gauche. - M.Bompard: On verra.

Ca dépendra du gouvernement mis en place. Pour être concret, ça permettra aux retraités d'avoir leurs pensions de retraite intégralement revalorisées sur la base de l'inflation au 1er janvier. Ca évitera une augmentation de 50 % des taxes sur l'électricité.

Ca évitera la suppression de 4000 postes d'enseignants. - A.-E.Lemoine: Il y a d'autres mesures qui vont défavoriser certains Français.

Certains Français non imposables vont le devenir, pour janvier, jusqu'à ce qu'un nouveau budget soit voté. - M.Bompard: Cet élément de langage est un élément de la part du gouvernement de propagande, pour une raison très simple: vos déclarations d'impôts, vous les faites à partir du mois d'avril, de mai, de juin...

Dans le budget de l'Etat, il était prévu de réindexer le barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation. Tout le monde sait qu'une fois que ce budget est tombé, il y aura en janvier, en février, un budget rectificatif. Cette indexation du barème de l'impôt sur le revenu sera revue.

Toutes les formations politiques disent qu'elles sont d'accord avec ça. C'est un argument de mauvaise foi. J'ai entendu beaucoup d'arguments de mauvaise foi ces derniers jours.

C'est stupéfiant. Sur l'impôt sur le revenu...

Il y a eu la carte Vitale qui ne fonctionnerait plus...

Ce que j'ai regretté de l'intervention de monsieur Barnier hier...

S'il pense que son budget est bon, il a le droit de le penser, mais qu'il convainque, qu'il n'utilise pas des éléments mensongers. Ce n'est pas sérieux. - A.-E.Lemoine: Une phrase prononcée hier par M.Barnier.

Il soulignait que l'enjeu dépassait sa personne. - M.Barnier: Les dorures qui sont autour de nous, les voitures officielles, les ors de la République, je m'en fous.

Ce n'est pas le sujet. Ce n'est pas moi qui suis en cause. Ce qui se passe dépasse ma seule condition. - A.-E.Lemoine: Vous combattez l'homme politique, mais vous respectez cette phrase qui dit son désintéressement? - M.Bompard: Evidemment.

Je vois les orientations politiques qu'il propose au pays. Je vois l'impact que ça aura sur les Français et les Françaises. Je vois l'impact que ça aura sur la situation économique du pays.

Il y a le défi de l'urgence écologique. C'est cette politique que je veux faire tomber. Bien évidemment, je n'ai rien contre sa personne. - A.-E.Lemoine: M.Barnier ne sera plus Premier ministre dans les heures qui viennent. - P.Cohen: Il sera démissionnaire. - A.-E.Lemoine: Qu'est-ce qu'on fait?

On prend les mêmes et on recommence? Qui à Matignon? L.Castets, c'est sur la base du programme du NFP et rien que ce programme?

Ou êtes-vous prêts à des discussions et négociations? On a l'impression de tourner en rond. - P.Cohen: Comme au mois d'août, mais en plus froid. - M.Bompard: Tout ça, c'est la responsabilité du président de la République.

Je dis la même chose que j'ai dite la dernière fois. Il y a un bloc politique qui dispose du plus grand nombre de députés. - P.Cohen: 1/3. - M.Bompard: Attendez...

On n'a pas de majorité absolue. Ca ne m'a pas échappé. Personne n'a de majorité.

Le NFP, puisque c'est le bloc politique cohérent, qui dispose du plus grand nombre de députés, doit être en capacité de constituer un gouvernement. La base de la politique gouvernementale doit être le programme sur lequel ce bloc a été élu. Ensuite, on va à l'Assemblée nationale, on dépose des propositions de loi et ensuite, il y a du débat parlementaire. - A.-E.Lemoine: On a tellement entendu ce discours et ça aboutit à M.Barnier à Matignon. - M.Bompard: Pas par magie.

Ca a abouti parce qu'il y a un homme, le président de la République, il a décidé d'inventer une nouvelle règle, la règle de "je vais nommer un gouvernement qui ne sera pas censuré pour avoir un budget". Vous avez vu le résultat? On a nommé M.Barnier parce qu'on avait une garantie en quelque sorte qu'il ne serait pas censuré, et ce soir, on parle de censure. - P.Cohen: Avec un budget que vous présenterez, vous pourriez avoir 2/3 de l'Assemblée contre vous.

On n'avancera pas. - M.Bompard: Soit monsieur Macron veut nous laisser notre chance, soit monsieur Macron prend acte de sa responsabilité dans la situation de blocage dans laquelle on est et, dans ce cas-là, il doit en tirer des conséquences personnelles.

Ca veut dire qu'il doit s'en aller. - P.Cohen: Ca ne devrait pas plutôt être les députés qui assument la responsabilité? - A.-E.Lemoine: Les équilibres... - P.Cohen: Le pouvoir est à l'Assemblée, pas à l'Elysée. - M.Bompard: Quand monsieur Barnier propose son budget à l'Assemblée nationale, qu'est-ce qu'on fait?

J'ai siégé pendant 15 jours, contrairement à des députés macronistes qui n'étaient pas trop là. J'ai déposé des amendements. J'ai cherché à convaincre une majorité de députés à voter mes amendements.

On a voulu mettre à contribution les milliardaires, les entreprises...

A la fin, monsieur Barnier met nos amendements à la poubelle. Si vous voulez chercher la responsabilité de l'absence de recherche de consensus ou de compromis, ce n'est pas vers moi qu'il faut se tourner. Je prends acte du fait que le bloc macroniste est incapable de faire des compromis avec qui que ce soit. - A.-E.Lemoine: Vous, oui? - P.Cohen: Les mesures dont vous parlez ont été votées par la gauche. - M.Bompard: Est-ce qu'elles ont été reprises par M.Barnier? - P.Cohen: C'étaient des mesures de gauche que vous avez fait passer... - M.Bompard: Le compromis se construit à l'Assemblée nationale. - E.Tran Nguyen: B.Vallaud a peut-être une solution pour poursuivre ce compromis. avec des compromis.

Il propose une non-censure avec tous les groupes, sauf le RN. - B.Vallaud: Nous revendiquons l'exercice du pouvoir.

Nous savons aussi que nous n'avons pas de majorité claire et qu'il nous faudra faire des compromis projet par projet. C'est ce que j'appelle un accord de non-censure. Je le redis, au bloc central, de ne pas oublier les conditions de son élection.

Un gouvernement de gauche qui est prêt à des compromis sur son projet et d'extrême droite qui, au fond, manie la carotte et le bâton. - E.Tran Nguyen: Ce serait une solution, cet accord de non-censure? - M.Bompard: C'est une chimère.

Monsieur Vallaud propose de discuter d'un projet commun. Un exemple...

Jeudi dernier, c'était notre niche parlementaire à l'Assemblée nationale. B.Vallaud et ses amis disent: "Premier point: abrogation de la réforme des retraites d'E.Macron." On a inscrit une proposition de loi pour abroger cette réforme.

Les députés macronistes ont bloqué l'Assemblée toute la journée pour éviter que ce texte soit voté. Vous croyez que maintenant, comme par magie, ils vont dire qu'ils acceptent ce point? Je ne le crois pas. - P.Cohen: C'est bien ce que dit Patrick.

La situation est figée à l'Assemblée nationale. - M.Bompard: Je crains que les 3 blocs ne permettent pas d'avoir une solution stable.

Je le crains. - A.-E.Lemoine: Donc c'est pour ça que vous dites qu'il faut qu'E.Macron démissionne.

Il a dit qu'il ne le ferait pas. - P.Cohen: Ca ne changerait pas l'Assemblée. - M.Bompard: Pourquoi?

Parce que vous pensez qu'un président nouvellement élu ne peut pas par exemple décider de modifier la Constitution par référendum ou de changer le mode de scrutin et de convoquer... - A.-E.Lemoine: Ca prend du temps.

En attendant, l'Assemblée est figée. - M.Bompard: Entendez mon propos.

J'essaye...

Je veux bien que tout le monde ne soit pas d'accord avec moi. Ca s'appelle la démocratie. Mais j'essaye de trouver une solution pour mon pays, une solution de stabilité.

Je pense que cette solution passe par le départ Je pense qu'il est le responsable de l'instabilité. Vous pouvez dire: "Vous n'aimez pas E.Macron"...

Quand monsieur D.Lisnard, qui n'est pas un ami politique à moi, dit que la solution, c'est le départ d'E.Macron, quand C.de Courson, dont on ne peut pas dire qu'il soit un révolutionnaire...

C'est quelqu'un d'assez modéré. Quand vous avez monsieur Copé qui dit ça...

Quand le maire de Sedan dit ça...

Ca devrait vous interroger que de plus en plus de gens disent que la solution passe par le départ du président de la République. - A.-E.Lemoine: Il ne le fera pas.

Il l'a encore répété hier. - M.Bompard: Un mois avant la dissolution de l'Assemblée nationale, il a bien dit qu'il ne le ferait pas. - P.Cohen: Vous avez raison de citer tous ces gens, mais ils ne disent pas non plus quel serait le débouché d'une démission du président de la République.

Sur quoi ça débouche? - M.Bompard: Sur une nouvelle élection présidentielle dans un délai de 20 à 35 jours. - P.Cohen: Je vous croyais davantage parlementariste.

Votre programme est un programme d'inspiration parlementaire. Là, vous dites que la solution doit passer par un changement du président de la République. On en revient au monarque républicain qui décide de tout. - M.Bompard: Je vais vous rassurer...

Je n'aime pas la Constitution de la Ve République. Je voudrais passer à une VIe République. La Ve République vous a mis dans une impasse.

Vous avez un président très largement rejeté mais qui tient encore l'essentiel des pouvoirs. C'est un problème. Je suis pour la VIe République. - P.Cohen: Ce n'est plus lui qui tient le pouvoir depuis 2 mois. - E.Tran Nguyen: C'est M.Barnier. - A.-E.Lemoine: Donc le prochain président de la République ne nommerait pas le Premier ministre?