Présidentielle 2027 : une campagne sous le signe de la colère ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« un mouvement lycéen qui est devenu composite samedi après samedi »
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« le gouvernement le Cornu au début c'est vraiment lycéen les blocages de lycée ça devient un mouvement composite assez vite »
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« le bilan financier et budgétaire de Macron est catastrophique augmentation de la dette »
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« pour les 100 de candidats, il s'agit de soit d'accompagner pour une grande partie de la gauche notamment les insoumis »
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« Moi j'ai pas envie de parler d'impuissance plus de stratégie politique de l'inertie qu'on va on va on ne bouge pas »
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« c'est trois actes d'une même crise démocratique »
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« les gilets jaunes c'est 10 milliards que le gouvernement sortira »
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« l'inquiétude grimpe à 60 % la colère est à 30 % des Français »
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« plus de la moitié veulent renverser la table »
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« 75 % de gens qui veulent réformer le pays ou le transformer en profondeur »
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« elle est entre 32, 33 et 34, 35 % au premier tour »
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« une partie des retraités où Marine Le Pen devient majoritaire »
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« on a un vote utile qui se reporte quasiment sur le premier tour »
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« il n'y a plus de cordon sanitaire en France »
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« CNews s'est constitué en véritable chaîne d'opinion »
Temps de parole
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Je suis arrivé au monde il y a maintenant 15 ans et à l'époque la première élection présidentielle que j'ai pu suivre pour le journal, elle ressemblait [musique] à ça. Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire. Depuis les partis de François Hollande et de Nicolas Sarkozy se sont effondrés, un certain Emmanuel Macron a pu s'imposer sur leurs cendres et Marine Le Pen dispose d'un ticket quasi automatique pour le second tour depuis 2017. Aujourd'hui le paysage politique est fragmenté, fracturé, clivé et les Français ressentent au choix de la défiance, de la lassitude mais aussi de la colère.
Cette colère, on l'a vu se déployer dans la rue le 17 octobre dernier avec des manifestations massives suivies de violences de grande ampleur. Une semaine plus tard, un homme commettait un attentat terroriste raciste à Trappes. Il se serait félicité auprès des policiers qui l'ont arrêté d'avoir vengé les commerçants en ciblant des noirs et des Arabes. Comment en est-on arrivé ? À une telle ? À un débat politique si ? À un attentat raciste en pleine ? Et tout cela au milieu d'une élection présidentielle qui doit trancher de nombreux enjeux existentiels pour le pays avec une : pourra-t-elle réparer ce qui est visiblement cassé dans notre ?
Tout cela, on prendra le temps d'en débattre dans l'heure de la présidentielle avec des journalistes de la rédaction que je recevrai dans ce studio mais aussi des chercheurs et des acteurs de terrain. Pour ce premier épisode, j'accueille Mathieu Goar et Christine Rousseau. Ils sont co-chefs et chef adjointe du service politique. Je m'appelle Jean-Guillaume Santy, bienvenue dans l'heure de la présidentielle.
[musique]
Mathieu, Christine, bienvenue dans le podcast. Bonjour. Bonjour. Alors je suis ravi de vous accueillir d'autant que j'ai rejoint votre service pour pouvoir m'imprégner de tous vos débats éditoriaux pendant cette campagne.
Euh la première question que je voulais vous poser c'est que ça fait plusieurs semaines qu'on fait face à une colère très forte d'un côté des manifestations massives disons-le d'ailleurs dans la plupart des cas pacifique de l'autre des violences de grande ampleur des des manifestations qui se sont agrégées finalement au mouvement lycéen alors on reparlera un peu plus tard de de l'attentat raciste à Trappes dont je parlais à l'instant mais déjà vous ce mouvement avec votre regard de journaliste politique comment est-ce que vous le ?
Euh bah d'abord un mouvement lycéen qui est devenu composite samedi après samedi voilà au début le gouvernement s'attendait pas forcément cet automne avoir une crise des lycéens parce que il y avait les agriculteurs, il y avait aussi la hausse du carburant, l'inflation bon ça les a un peu pris au dépourvu le gouvernement le Cornu au début c'est vraiment lycéen les blocages de lycée ça devient un mouvement composite assez vite le 17 octobre avec les anciens gilets jaunes les gilets jaunes ceux qui qui protestent contre la vie chère et l'inflation l'ultra gauche qui s'est mêlé assez rapidement et aussi de la délinquance des pillages voilà un mouvement composite c'est très très compliqué à gérer pour un gouvernement qui en plus sans aucun moyen financier puisque le le bilan financier et budgétaire de Macron est catastrophique augmentation de la dette donc ils ont ils n'ont plus d'argent pour résoudre des crises et un gouvernement encerclé acculé on avait pas vu des manifestants aussi proches de l'Élysée depuis le mouvement des gilets jaunes ils étaient à quelques centaines de mètres de l'Élysée le 17 octobre donc c'est un mouvement très inquiétant pour le gouvernement composite très très difficile à à calmer et qui me laisse penser qu'on est plutôt en train de solder la fin du macronisme que de se lancer dans la présidentielle.
Alors on va revenir un petit peu plus tard sur les les raisons de la colère spécifiquement vers Emmanuel Macron et et son gouvernement mais déjà comment a a réagi l'ensemble du personnel politique à ce ? Le gouvernement de façon sécuritaire voilà il y a eu les les préoccupations les revendications ont été assez vite balayées parce que justement il n'avait pas de réponse on est on est à la fin de deux quinquennats sans argent, il n'y a pas de réponse.
Donc d'un point de vue sécuritaire, maintien de l'ordre avec des des mains arrachées, des choses qui qui ne font que que fossiliser que que que que faire exploser de rendre la situation encore plus éruptive et puis par des réponses un peu politiciennes de la part du gouvernement, c'est-à-dire c'est la faute de LFI des insoumis de Mélenchon qui organise tout. C'est évidemment une réponse un peu courte parce que Mélenchon et ses troupes peuvent souffler sur les braises, se rendre sur les sur les blocages de lycée et dans les manifestations.
Les revendications sont plus profondes que ça et la réponse de politicienne est un peu courte pour les 100 de candidats, il s'agit de soit d'accompagner pour une grande partie de la gauche notamment les insoumis parce que ça ça ça solidifie un socle pour le premier tour même si la jauge leur échappe un peu c'est ils sont obligés de de d'accompagner ce mouvement. Et pour les autres de se poser dans une de décrire une France du désordre et ça je pense à l'extrême droite qui est vraiment veut incarner le parti de l'ordre et qui veut évidemment profiter de la situation ce qui est possible que ça lui apporte du carburant électoral.
Pour compléter c'est vrai qu'on on revoit le gouvernement agir de la même façon que lors des crises précédentes, c'est-à-dire Moi j'ai pas envie de parler d'impuissance plus de stratégie politique de l'inertie qu'on va on va on ne bouge pas, on on attend une forme d'enlisement et éventuellement après soit on sortira le chèque ce qui était le cas lors de la révolte des gilets jaunes sauf qu'aujourd'hui on a plus d'argent soit par par une par un billet institutionnel ce qui était la réforme des retraites et et on passait en 49 3.
Donc sauf qu'aujourd'hui on a un parlement divisé donc donc il y a eu cette première réponse effectivement sécuritaire en inertie et puis quand ça monte hop le sécuritaire et puis il y a eu ce positionnement effectivement campiste. C'est-à-dire nous incarnons le parti de l'ordre face au parti du chaos pour schématiser LFI. Donc ça a entraîné un positionnement des autres partis politiques. Et pendant ce temps-là, le RN ne bouge pas d'ailleurs hein parce que eux ils incarnent le parti de l'ordre tranquille. Ce qui a été un peu le cas de du discours de de Marine Le Pen dimanche lors de du congrès à Orléans.
Donc les autres candidats ensuite ont été tenus de se positionner au milieu de au milieu de tout ça. Alors tu en parlais un petit peu c'est que cette colère elle vient de loin il y a eu d'autres mouvements massifs contre Emmanuel Macron pendant ces ces deux quinquennats. Est-ce qu'on peut un petit peu revenir en arrière sur ces sur ces deux mouvements gilets jaunes retraite et et comment le gouvernement a ? Est-ce que ça nourrit aussi la réponse au mouvement ? Est-ce que ça nourrit aussi la colère pour le mouvement ? Oui j'ai en fait j'ai envie de dire que cette crise aujourd'hui c'est elle est elle est pas différente des précédentes.
À chaque fois que ça soit les gilets jaunes en 2018 puis en 2023 la réforme des retraites et aujourd'hui à chaque fois c'est trois actes d'une même crise démocratique. C'est-à-dire que à chaque fois le gouvernement répond à la fois par l'inertie puis poussé un peu un peu acculé va faire la politique du chèque. Faut se rappeler que les gilets jaunes c'est 10 milliards que le gouvernement sortira ou alors par la voie institutionnelle.
Donc pour rappeler peut-être un petit peu très rapidement les gilets jaunes c'est une question du pouvoir d'achat augmentation du prix du carburant puis on entend les les les revendications qui s'élargissent à la fois sur à la fois sur la justice sociale fiscale l'ISF ou même un référendum d'initiative citoyenne. Inertie comme aujourd'hui on attend de voir. Alors c'est vrai que le gouvernement se retrouvait face à un mouvement disparate. Il y avait pas de les c'était pas coordonné soit des syndicats soit par des partis donc c'était difficile d'avoir un interlocuteur.
il n'empêche la première réponse est sécuritaire avec un emploi assez modéré des forces de l'ordre, usage des LBD, usage des des grenades de de désencerclement Merci. [rires] Et il faut arriver à l'acte 3 des gilets jaunes avec notamment le saccage du de l'Arc de Triomphe pour que dès le lendemain Emmanuel Macron revienne sur la hausse des carburants et commence à faire un certain nombre d'annonces. Donc là on sort le chèque. En 2023 réforme des réformes de la des retraites.
Là alors là c'est un peu l'inverse des gilets jaunes puisque là c'est vraiment porté par les syndicats, il n'empêche on reste dans l'inertie, on ne reçoit même pas l'intersyndicale, il y a des manifestations monstres, la réponse sera le le bien institutionnel, on va passer par le Parlement 49.3 et on passe en force. Donc à chaque fois il y a ce ce défi, ce ce ce contrat de de confiance entre les Français et le et et le gouvernement et le le le président de la République qui était bréché.
Et alors point ultime au milieu de tout ça, la dissolution qui est aussi un moment de dans cette crise démocratique qui va être important puisque là aussi le au moment où c'est c'est l'expression des Français qui va être dévoyée par cette dissolution. Donc oui, c'est pour moi ces trois moments sont le le reflet d'une grande crise démocratique.
Christine, tu parlais à l'instant de cet épisode de de la dissolution et alors Mathieu toi tu m'as tu m'as conseillé un livre quand je suis arrivé au service politique que j'ai trouvé assez intéressant pour notre discussion, c'est la dissolution de la 5e République par Olivier Beaud et Denis Baranger qui sont beaucoup lu au service effectivement [rires] et qui sont tous deux constitutionnalistes et alors il y a une expression en particulier que j'ai trouvé intéressante, c'est la façon dont ils qualifient la 5e République, ils parlent de régime parlementaire à captation présidentielle.
Voilà, le fait que petit à petit le président se soit roger les pouvoirs du gouvernement avec des majorités parlementaires qui votent sans sourciller ses textes. Alors, cette captation Emmanuel Macron ne l'a pas inventé mais est-ce que cet hyper présidentialisme, il est un peu arrivé à une forme de ? Oui, en même temps, c'est un hyper présidentialisme assez faible, je trouve de la part de Emmanuel Macron mais peut-être pour suivre un peu ce que ce que disait Christine sur les les crises sociales. En fait, ça s'est doublé d'une d'une d'une d'une d'un affaiblissement politique de la 5e République notamment par la faute d'Emmanuel Macron.
Il a pas mené de grandes réformes constitutionnelles Emmanuel Macron. Par contre, dans sa pratique du pouvoir, il a transformé la 5e République à sa façon. D'abord par une verticalité quand il passe au-dessus des corps intermédiaires lors de son premier mandat, quand il fait des des ordonnances sur le travail. Donc, il contourne le Parlement. Voilà, il y a une c'est cette verticalité jupitérienne comme il définissait. En fait, c'était on l'a beaucoup surestimé. Elle était relativement faible aussi parce qu'elle portait en elle sa future faiblesse. Notamment, on l'a vu par le fait de se retrouver seul face à une partie du peuple.
Et donc, les gilets jaunes dans la rue et donc la réforme des retraites après. Et le 2e quinquennat là devient quelque chose de oui, de paroxystique comme tu dis sur le l'hyper présidentialisme mais qui en fait est totalement affaibli. 2022, on a une majorité relative. C'est ça ça ça ça transforme tout le 2e quinquennat d'Emmanuel Macron. Il ne peut plus diriger la France tout seul. Il doit écouter les oppositions. Il doit faire des alliances. Il ne le fait pas. Il s'appuie sur une une une majorité très relative, vraiment très faible. Et puis, on arrive à cette dissolution que eux définissent ces ces deux ces deux auteurs comme un présidentialisme minoritaire la dissolution de 2024.
Et ça, ça transforme complètement la 5e République parce qu'on a un président à l'Élysée qui dissout l'Assemblée nationale, il en a le droit mais qui se retrouve non pas avec une majorité relative mais avec une minorité euh et qui ne prend pas en compte cette dissolution, qui continue à essayer d'exercer le pouvoir comme avant. Et donc ça a transformé complètement euh la 5e République.
Maintenant, on va voir si la 5e République peut euh se se sortir de cette crise, c'est-à-dire l'année prochaine avec l'élection présidentielle puis législative, est-ce qu'on arrive à revenir à une 5e République euh de parlementarisme rationalisé avec un un président, un parlement qui a une majorité avec le président ou est-ce que on a encore une Assemblée nationale complètement éclatée et là, on rentrerait non dans une crise politique mais dans une crise de ? Et c'est pour ça que 2027 est cruciale à plein de niveaux mais notamment au niveau institutionnel parce que je ne sais pas si la 5e République peut s'en sortir de cette crise politique contre la personne.
Et ça nous a fait penser à un épisode on en parlait euh l'autre jour du traité constitutionnel européen de 2005 où il y a eu un vote des Français contre ce traité constitutionnel et euh en fait avec le traité de Lisbonne ensuite et cetera, le le le vote des Français est euh interprété d'une manière très étrange par le pouvoir en place. Ça, ça a alimenté la défiance qu'on connaît dans le pays aussi sans doute. C'est ça, ça date de là pour vous le le péché originel de ce sentiment finalement que voter ne sert à rien, le traité constitutionnel européen de de 2005 euh qui est passé ensuite, je je le rappelle hein par par voie parlementaire euh sous Nicolas ? En fait, qu'est-ce qu'on dit aux ?
On leur dit "Votre non au référendum constitutionnel va devenir un oui 3 ans plus tard donc effectivement par le traité de Lisbonne." Donc les les Français se sont exprimés et donc là, on fait un tour de passe-passe. Bah votre non deviendra un oui. Et donc il y a une sorte de déni démocratique à ce à ce moment-là. Et en l'occurrence euh Emmanuel Macron, ça va être une méthode le déni démocratique. On a parlé des cahiers de doléances qui est l'expression du peuple, on les enterre dans les euh on on les met dans un tiroir euh voilà, il y a il y a la réforme des retraites, les corps intermédiaires, les syndicats, l'intersyndicale n'est même pas reçue.
Donc tous les les modes d'expression citoyens sont déniés par et au final par la dissolution. Même le fait d'être élu contre Marine Le Pen aussi quelque chose qui devrait être important pour le président de la République de dire j'ai été élu deux fois contre Marine Le Pen contre l'extrême droite. Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celle de l'extrême droite.
[applaudissements]
Et je veux ici les remercier et leur dire que j'ai conscience que ce vote m'oblige pour les années à venir. On doit en tenir compte dans la façon dont j'exerce le pouvoir ça a visiblement pas été le cas. Et donc tout ça cumulé alimente une énorme défiance, une énorme colère. Est-ce qu'on dispose aujourd'hui d'indicateurs pour la quantifier cette ? On a beaucoup parlé en réunion de service notamment des des résultats de de l'étude qu'on réalise en partenariat avec avec l'Institut Ipsos qui suit des on appelle ça des cohortes de de de Français. Voilà un panel ouais sur sur sur une très longue durée. Est-ce que qu'est-ce que cette enquête elle nous permet de ?
Nous effectivement on s'appuie que sur un institut qui est l'Ipsos. On le fait de façon très modérée là sur les élections présidentielles on va faire quatre cinq vagues avant le premier tour et on a la grande étude Ipsos qui s'appelle fracture française tous les ans aussi et on travaille avec le Cevipof aussi le centre d'étude de la vie politique française de Sciences Po. On travaille avec des chercheurs.
Bon ben tous les indicateurs sont en train d'exploser les indicateurs d'inquiétude de défiance de alors c'était très haut depuis très longtemps parce que traditionnellement la France est un pays assez éruptif et qui qui s'oppose à ses gouvernements mais là sur la dernière vague qu'on a fait en en septembre avec des intentions de vote l'inquiétude grimpe à 60 % la colère est à 30 % des Français alors on se dit bah c'est pas tant que ça la colère mais en fait c'est en ça ça augmente de 10 points depuis 2024 on parlait de la dissolution idem pour l'inquiétude ça monte de 11 ou 15 points depuis depuis 2024 et on a on a un pays un peu fracturé c'est-à-dire un pays qui a besoin de alors de renverser la table c'est-à-dire de de de transformer le pays en profondeur on est C'est une envie qui est exprimée par les Français hein c'est ça plus de la moitié veulent renverser la table Ah non on est même à on est même à 75 % de gens qui veulent réformer le pays ou le transformer en profondeur et alors les Français plutôt les sondés de ce sondage même si c'est fait plutôt sérieusement mais c'est sur 12000 personnes c'est représentatif mais mais voilà c'est c'est important de préciser et est-ce qui est intéressant c'est que pour transformer ce pays tout en disant il faut que le pays se transforme avec les 3/4 des Français qui disent aussi la situation sera pire quand même après dans quelques mois donc voilà préoccupés inquiets en colère et alors on a un pays scindé en deux sur il faut des solutions radicales ou il faut des solutions plutôt modérées pour transformer le pays du coup ça c'est je pense c'est un aspect hyper important de la prochaine élection présidentielle c'est l'élection de l'anti-système ou pas de la bascule anti-système ou pas Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon chacun à leur façon sont en lutte contre le système de façon tout à fait différente ils définissent pas le système entre guillemets de la même façon mais sont en lutte contre ce qui est en place et donc voilà est-ce que ça le pays bascule ou est-ce qu'on il y a une sorte de changement dans la continuité avec des héritiers du macronisme ou de la social-démocratie ça c'est une des grandes questions de l'année prochaine Et donc on regarde tout ce que vous venez de nous expliquer la question maintenant c'est à qui va profiter entre guillemets cette colère voilà tu parlais du du RN à l'instant de LFI Mathieu voilà à qui peut profiter cette défiance sans précédent Alors une première chose avant d'évoquer sans doute le RN qui est qui est en position de force, il y a l'abstention, il faut pas oublier.
Alors que je vais quand même nuancer toutefois parce qu'on est là dans une campagne électorale puisque on a vu le les taux d'abstention qui n'ont cessé de grimper euh euh d'élection en élection même touchant des élections très locales et jusqu'à lors pas trop touchées, en l'occurrence les municipales, elles sont maintenant touchées par l'abstention. Néanmoins, on est dans une campagne électorale qui alors c'est un peu la règle quand le président se ne se présente pas la campagne est plus longue et euh et pleine de rebondissements donc contrairement à 2022 où là Emmanuel Macron se représentait donc il y a moins de moins d'attention, moins de moins de débats et elle elle fut plus courte.
Donc Elle suscite plus d'intérêt, c'est ça que je dis. d'intérêt et d'ailleurs dans la dernière enquête CEVIPOF, on l'a vu euh il y a un certain nombre de gens, je crois que c'est près de 70 à 80 % d'ores et déjà qui sont intéressés par cette campagne et presque autant qui vont aller euh qui qui vont aller très certainement voter. Donc euh on pourrait voir une abstention et ça c'est une bonne nouvelle peut-être reculer légèrement. Et alors donc [grognement] pour revenir au RN, euh est-ce qu'on peut aujourd'hui faire une sorte d'état des lieux de de son socle électoral à l'heure où on on ?
Euh oui alors je juste un point, nous à qui ça va profiter à la fin ça je sais pas parce que au Science Po on essaie de se refuser à à prédire euh comment va se passer l'élection présidentielle en elle-même même si euh à l'heure actuelle, il y a des il y a des grandes tendances et cetera et puis c'est ça traiter l'actualité, c'est d'aller euh partir sur des angles euh et des des des faits d'actualité qui nous intéressent.
Euh Marine Le Pen et l'extrême droite euh n'ont jamais été aussi haut en France, c'est c'est pas seulement les intentions de vote hein qui sont qui peuvent être contestables, contestées même si on essaie de le faire le plus sérieusement possible mais euh c'est le premier groupe à l'Assemblée nationale depuis 2024, les les députés du RN, ils ont conquis a euh de municipalités assez important et surtout ils sont élus maintenant dans des endroits qui ne sont plus leurs fiefs électoraux, c'est-à-dire c'était le Sud-Est pour des questions plus identitaires et c'était le Nord, le Nord-Est pour des questions plus sociales.
Ça c'était l'alchimie de Marine Le Pen depuis qu'elle a pris la tête du FN puis du RN. Euh et ben là maintenant elle se retrouve à des niveaux mais inédits pour l'extrême droite. Elle est entre 32, 33 et 34, 35 % au premier tour. C'est c'est c'est c'est des niveaux très importants et surtout il y a l'extension géographique et il y a l'extension dans les catégories de la population. Ouais. Les retraités, c'est ? Alors oui moi c'est les les retraités c'est c'est une de mes obsessions les retraités. C'est c'est c'est ouais c'est une [rires] c'est une de mes obsessions.
Non mais parce que l'électorat retraité sera pas majoritaire au premier tour tu as en nombre de participants mais la France vieillit, il y a de plus en plus de retraités euh et de gens qui en fait faisaient plutôt barrage à l'extrême droite parce que il y a une partie des gens les plus âgés qui veulent pas que ce soit alors le bordel entre guillemets en France l'instabilité et l'extrême droite ça ça crée l'instabilité ou des choses inconnues, de plonger dans l'inconnu. Là je vois sur certains indicateurs que c'est en train de basculer dans une partie des retraités où Marine Le Pen devient majoritaire.
Euh donc voilà l'extension géographique, le vote des retraités tout ça c'est des signes qui font que Marine Le Pen et si j'ajoute une troisième chose le fait que beaucoup de choses glissent sur elle et n'impactent pas sa campagne. Elle a été condamnée Marine Le Pen en juillet bon on attend la décision de la Cour de cassation en janvier. Ça n'a rien fait bouger sur les sondages. Bardella le président du parti a été a écrit des choses antisémites selon Mediapart, c'est quand même c'est pas une info anodine, c'est quelque chose de très important qu'on a relayé, qu'on a essayé d'expertiser nous aussi. Euh ça n'a pas fait bouger les intentions de vote pour l'extrême droite.
Donc on a un socle d'extrême droite qui est très important et on verra si au second tour le Front républicain s'écroule, disparaît ou s'il existe encore en France. Ah. Il y a un autre candidat qui essaye de capitaliser sur la la colère des Français, euh c'est Jean-Luc Mélenchon. Voilà, il s'est affiché en en soutien du mouvement lycéen, il met en scène sa volonté lui-même de renverser la table à sa façon. Euh quelles sont aujourd'hui ses ses forces et ses ?
Euh je Pour revenir sur sur Mélenchon, nous on essaie de de bien distinguer euh les deux formes de populisme parce que euh Jean-Luc Mélenchon lui-même euh revendique le fait d'être un candidat populiste, euh c'est c'est tous les travaux de Chantal Mouffe, une une chercheuse et une essayiste qui l'a beaucoup inspiré, euh mais nous on dit jamais euh les populismes et cetera. Il y a un populisme d'extrême droite et il y a un populisme à la façon de Jean-Luc Mélenchon. Euh donc on on les distingue tout le temps très fortement même si c'est il peut y avoir de des choses ressemblantes dans la façon de de de répondre à la colère du peuple Hmm. pas sur le fond mais sur la forme de temps en temps.
Euh Jean-Luc Mélenchon c'est c'est c'est presque le euh il a de il construit un socle du premier tour qui est très très important, notamment une partie de la jeunesse. Euh c'est c'est très intéressant de voir que en France euh les jeunes, il n'y a plus que deux candidats qui existent chez les 18-25 ans. Euh c'est Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Euh parce que les deux atteignent 35 % donc ça représente 70 % de cet électorat-là dans les intentions de vote. C'est à toute une partie de la jeunesse euh à balayer ce qu'on dit l'ancien monde, en tout cas la droite, la gauche sociale-démocrate euh et euh le macronisme qui devient l'ancien monde lui aussi.
En fait, ils partent dans des euh eux veulent renverser la table complètement de façon complètement différente. Donc [grognement] il arrive à solidifier, grâce à la jeunesse notamment, un fort socle du premier tour qui lui permet d'accéder au second tour. Par contre, plus il solidifie ce socle, notamment avec des provocations, des outrances, parfois des sorties au relan antisémite, plus il s'entrave pour le second tour, il s'aliène la possibilité de gagner le second tour parce que chez une grande partie des Français cette façon de parler et ses solutions radicales sont profondément rejetées donc plus il remporte au premier tour, plus il perd au deuxième tour.
Et alors, dans ce climat euh où ce qui semble être attendu des Français est une forme de de radicalité, euh euh est-ce que les les autres candidats, aujourd'hui, ils parviennent un peu à à exister, ? C'est un peu compliqué. Alors, d'abord, euh on est on est encore dans cette phase de pré-campagne. Tout le monde dit "On est en campagne." Moi, j'ai envie de dire "On est plutôt en phase de de pré-campagne." On a deux candidats, on vient d'en parler, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, eux, ils ils sont là, ils sont partis euh depuis euh l'été, à peu près. Euh ils ont Enfin, Marine Le Pen euh euh encore récemment a fait a fait Il y a eu le congrès du RN.
Donc, la campagne est vraiment Voilà, et la campagne est vraiment lancée pour ces deux candidats. Au milieu, entre, j'ai envie de dire, alors il y a il y a évidemment euh là, très récemment, pardon, il y a eu les primaires de la gauche. Donc, ça a permis un peu de décanter du côté du Parti socialiste, et donc ils ont désormais leur candidat, qui est Raphaël Glucksmann. Mais quand on se penche du côté du du bloc central, là, c'est encore en train de se chercher entre Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau. Puis vient se rajouter à nouveau d'autres candidats, dont euh David Lisnard.
Donc, on est dans une forme comme ça de de C'est plus une campagne interne, j'ai envie de dire, entre eux, pour essayer de se départager entre deux candidats qui eux ont déjà Le train est déjà lancé pour ces deux candidats. Donc, ils sont plus audibles. Euh et le et les et les Français sont sont disons plus attentifs sur des candidats identifiés et qui sont déjà sur la ligne de départ.
Sachant que euh tu On inclut là euh Bruno Retailleau euh dans le bloc central, mais on peut dire aussi que ses idées, elles sont aussi très à droite et que ça sera d'autant plus difficile de potentiellement trouver un accord avec des candidats comme Gabriel Attal ou Édouard Philippe, qui sont euh assez euh opposés à sa à sa vision des choses sur beaucoup de sujets, comme l'immigration, par exemple. Ah bah, le rassemblement va être un peu compliqué pour tous ces candidats entre eux. Non, mais c'est vrai que j'ai une vision un peu parlementaire, c'est-à-dire que le bloc central c'est effectivement euh Les Républicains, Renaissance, le Modem effectivement.
Là, il on est on est vraiment dans la période de d'écrémage. d'écrémage, de départage. Euh certains euh poussent leur curseur en effet pour se faire entendre entre C'est c'est très difficile entre les deux grands haut-parleurs que sont euh Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon euh qui font des D'ailleurs, il suffit de regarder leurs meetings, c'était près de 10000 personnes à Orléans pour le Rassemblement National. Jean-Luc Mélenchon est à peu près dans des étiages euh identiques. Et quand on a vu avant l'été les les euh meetings de Gabriel Attal autour de 3000, 4000 euh personnes militants qui étaient présents. Donc on on on voit que c'est un peu compliqué pour eux.
Ce qui est intéressant dans l'évolution politique par rapport à la présidentielle depuis 20, 25 euh bah depuis 2002 en fait, c'est que souvent on a demandé aux Français euh pour éviter l'extrême droite de voter utile euh notamment au second tour, c'est le le de faire barrage aussi même si on était pas forcément d'accord avec les idées euh du candidat euh face à Jean-Marie Le Pen, puis face à Marine Le Pen, de voter pour lui pour éviter euh l'extrême droite. Et maintenant on a un vote utile qui se reporte quasiment sur le premier tour.
C'est pour par rapport justement au bloc central, à tous ces candidats, de chercher le vote utile pour être le recours euh face aux deux grands blocs que sont euh l'extrême droite et euh les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Je pense que là, de chercher un candidat et de de toute une partie de des Français qui veulent pas de l'extrême droite aux Insoumis de voter utile dès le premier tour. Donc ça voit la progression aussi euh du du populisme en France et de et de cet impératif du vote utile. Mathieu Christine, j'aimerais qu'on revienne sur l'attentat terroriste raciste qui a eu lieu à Trappes et dont et dont je parlais en introduction euh et qui est qui est vraiment très important.
Euh l'auteur euh aurait déclaré aux policiers euh qui l'ont arrêté qu'il voulait se venger euh des commerçants, qu'il avait ciblé spécifiquement des personnes de couleur. euh Est-ce que ce climat mortifère dont on parlait notre éditorial dans le journal, c'est-à-dire que les médias tournent en boucle sur des sujets ayant trait à l'insécurité, à l'immigration, il est en train de de basculer dans le monde ?
C'est un risque, c'est une possibilité, ça fait des années que effectivement nous on l'écrit, on le constate, il y a une évidemment c'est c'est c'est c'est cet attentat raciste à Trappes, l'enquête elle est en cours, moi je vais pas ici autour d'un micro dire qui en est responsable, il y a pas de s'agit pas d'accuser les politiques, certains politiques ou d'autres, les responsabilités directes dans un attentat, c'est des choses très sérieuses qu'il faut documenter et tout. Après nous on est là pour essayer d'analyser, de documenter le contexte politique dans lequel se déroulent les choses.
Oui, depuis plusieurs années, il y a une dérive sémantique, une contamination des mots de l'extrême droite dans une grande partie du monde politique. On a entendu une ministre Aurore Bergé du gouvernement Le Cornu évoquer le grand remplacement, dire que c'était pas une théorie raciste. Bon voilà, on a on a ce genre de choses et on peut multiplier les exemples. Effectivement, les mots de décivilisation, de barbare employés par Bruno Retailleau quand il y a eu la la fête autour du sacre du PSG où il y avait déjà eu des violences et cetera.
Tout ça c'est pas des mots anodins et puis tout ça s'accompagne depuis plusieurs années d'un d'un écosystème médiatique qui a profondément évolué avec un milliardaire Bolloré qui a racheté énormément de médias où où la parole est totalement décomplexée. Alors sous prétexte de de liberté d'expression, on entend des choses, on constate des choses qui sont évidemment des échos à ce que porte l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen puis Marine Le Pen depuis des années. Donc voilà, il n'y a plus de cordon sanitaire en France.
Donc maintenant la grande interrogation de 2027, c'est est-ce que ça se traduit dans les urnes et par une prise de pouvoir, une élection plutôt qu'une prise de pouvoir de Marine Le Pen à la tête de la ? Mais alors justement, tu tu parlais de Vincent Bolloré à l'instant. Euh Christine, qu'est-ce que l'existence d'un groupe aussi puissant et qui comporte plein de de de titres différents, il y a CNews, il y a le JDD. Qu'est-ce que ce qu'est-ce que l'existence d'un tel groupe elle change aujourd'hui dans la ? Peut-être dans le récit qui en effet. En fait, le le groupe Bolloré n'a pas seulement à mon sens racheté des fréquences, CNews, Repas, acheté un journal, le JDD plus un groupe d'édition.
Ils ont aussi importé en quelque sorte un peu les méthodes Fox News. Euh c'est-à-dire En fait, CNews CNews et l'ensemble de des médias de Bolloré, ils ne dictent pas un choix de de pour qui voter, mais ils imposent des thématiques. La sécurité, l'immigration, le déclin et à partir de là, ça ça imprime alors en plus ça ça joue en auto-alimentation dans dans tous ces dans tous ces médias-là. Ce qu'on a pu noter en en 2022 dans les lors de la précédente présidentielle, il y avait des éditorialistes partout sur les plateaux. La différence aujourd'hui, c'est que il y en a effectivement partout, mais qu'en plus CNews s'est constitué en véritable chaîne d'opinion.
Et on le sait, l'opinion ça coûte pas cher contrairement à l'information et en plus c'est pourvoyeuse d'audience. Donc à partir de là, il y a une sorte de course à l'audience par les autres chaînes et donc il y a eu contamination à la fois des thématiques, thématiques de l'immigration, du déclin qu'on retrouve maintenant sur les les autres chaînes d'information et je on peut même y intégrer France Info, je pense. Et également thématiques des formats, des des bandeaux un peu criards, des des débats d'opinion, des des éditorialistes, des forums aussi. C'est le moment ce soir en direct sur BFM [musique] TV pour prendre la parole, pour dire tout haut ce que vous avez envie de dire à la France.
C'est le but de cette émission, vous le savez, c'est sans filtre, c'est sans filet, ça se passe en direct sur BFM TV. Et en parallèle de ça, on a pu aussi voir ces ces dernières euh ces dernières années, ces derniers mois, une une déstabilisation du service public euh qui profite quelque part aussi à ce groupe médiatique-là. Tout à fait, mais moi j'en j'en veux pour preuve Enfin, je pense que ça date en particulier de la commission d'enquête euh qui a été menée à l'Oncle euh Charles à l'Oncle Qui est Charles à l'Oncle, ouais. Charles à l'Oncle, député UDR, donc parti siotiste, parti allié Allié au Rassemblement, bien sûr.
national, donc qui était une instrumentalisation de la commission d'enquête parlementaire qui était une commission à charge contre le service public. Et je pense que ça a fragilisé euh le le service public. En fait, c'est je je je pour compléter ce que tu dis, mais euh tous ces sujets, ils sont importants en fait. Ce ce C'est pas la euh la sécurité, euh l'immigration, euh la façon dont le service public utilise l'argent des Français aussi. C'est des sujets importants en fait qu'une commission d'enquête euh est tout à fait à même de de d'examiner. Euh et les sujets de sécurité et d'immigration, nous, au journal Le Monde, c'est des sujets importants aussi.
Parce que il y a il y a toujours ce côté dans la sphère Bolloré de dire "Ah ouais, nous, on est les seuls à en parler parce que euh toute une partie des journalistes veulent plus parler de ça." C'est pas vrai, en fait. C'est la façon dont on en parle. Si on fait que de l'opinion sur ces sujets-là avec une opinion biaisée, si on fait pas ce qu'on appelle du contradictoire en interrogeant des personnes qui sont pas d'accord euh entre elles, euh c'est un problème. Et et donc c'est plutôt sur les méthodes euh en ce moment de journalisme, un journalisme un peu dévoyé, qui sont inquiétantes euh pour la campagne électorale.
On a vu euh des des articles avec des des des communications très très privées, des infiltrations de groupes, des journalistes écoutés dans des restaurants. Euh bon, voilà, c'est l'atmosphère n'est pas ne sent pas très bon des fois dans le dans les médias en ce moment et et donc on verra comment se déroule la campagne mais on est assez vigilant là-dessus aussi. Et alors justement dernière question compte tenu de de ce dont on vient de discuter, de ce dont tu viens de parler à la colère des médias très à droite, une contamination des idées de l'extrême droite, comment est-ce que vous vous abordez cette campagne au sein du service ? Quel est votre fil ?
Euh bah déjà une campagne [raclement de gorge] électorale au sein du journal, on va faire un peu comme les autres campagnes, c'est-à-dire c'est pas seulement la campagne du service politique du journal Le Monde, c'est la campagne de l'ensemble du journal, c'est-à-dire que tous les services participent à la campagne parce que sinon on a une lecture très politique politicienne avec des analyses certes, des choses qu'on essaye d'ajouter des des des grands des grands articles de profondeur qu'on trouve au service politique mais une campagne électorale, une campagne présidentielle particulièrement, c'est un moment où on fait la radiographie d'un pays et c'est un peu on va rencontrer tous les Français.
Donc c'est aussi le service société, on essaye d'aller rencontrer les les grands patrons, les petits patrons de PME entre guillemets, ça c'est le service économie, d'aller sentir comment va le pays pour qu'à la fin quel que soit le résultat, on puisse se dire au sein du journal qu'on a qu'on a rencontré les Français qui ont fait l'élection, les autres qui s'y sont opposés, qu'on a fait un peu tous les les spectres.
On y arrive jamais complètement mais c'est vraiment une campagne qu'on essaye la plus globale possible et en essayant de de respecter les les valeurs du journal, voilà, il y a le l'état de droit, on a une attention très très forte sur le climat, sur l'Union Européenne, sur les libertés publiques et que quel que soit le résultat à la fin, on reste campé pour le coup sur nos valeurs à nous quel que soit le président ou la présidente élue. Mathieu et Christine, merci d'être venus dans le podcast. Merci à toi. Merci.
Voilà, ça fait beaucoup de choses pour un premier épisode mais ça permet de saisir les grands enjeux de ce scrutin sur lesquels on reviendra puisque dans les prochaines semaines, je recevrai de nouveaux invités pour décortiquer sujet après sujet les grandes questions qui se posent au pays. Mais j'ai aussi envie de savoir les questionnements qui vous traversent, vos inquiétudes, vos doutes, vos certitudes aussi. On a créé une adresse email spécialement pour ça, c'est l'heure de la présidentielle tout attaché @lemonde.fr. N'hésitez surtout pas à m'écrire et on pourra aussi tisser ce fil de pensée avec vous.
L'heure de la présidentielle est produite par Marion Botorelle, réalisation vidéo Alexis Tromas, Medhi El Ansari, Alison Zarouri, Marceau Bretonnier et Arthur Navet, création sonore Amandine Robillard, chef de service Adèle Ponticelli et quant à moi, un dernier mot pour vous dire que je suis très heureux de retrouver ce studio après un an loin du micro et je vous dis à très vite.
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