🌍 🏛️ BIFURCATION ÉCOLOGIQUE | Que viennent les jours heureux ! (04/06/20)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 90 %Attaque 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00Danièle ObonoChiffre
« 100 entreprises multinationales émettent plus de 70% des gaz à effet de serre au niveau mondial. »
- 3:30Danièle ObonoChiffre
« 0,5% des plus riches produisent 13% des émissions de CO2 liées au mode de vie. »
- 5:00Danièle ObonoPromesse
« Décarboner totalement l’économie d’ici dix ans. »
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Madame Obono, vous avez la parole pour La France insoumise pendant cinq minutes. Bonjour Mme la présidente. Bonjour à tous et à toutes. La crise sanitaire a amplifié le message principal de cette résolution, message porté depuis des années par les scientifiques, les ONG, la jeunesse... Ce message c’est qu’il y a urgence, vitale, civilisationnelle, à changer de cap. La pandémie de Covid-19 nous a mis face à nos responsabilités : destruction des habitats naturels, élevage intensif, mondialisation débridée et urbanisation frénétique ont participé à la transmission du virus de l’animal à l’humain et à sa propagation.
Cette crise a remis en lumière des inégalités qu’elle a encore exacerbées : tout le modèle néolibéral est mis en cause. Elle nous a également rappelé quelles devraient être nos priorités : la protection de tous et toutes, les biens communs et services publics, les métiers et salarié·es qui assurent notre survie au quotidien… Elle a, enfin, pointé quels étaient les leviers pour répondre à ces besoins : la solidarité, la mobilisation collective et un Etat stratège capable d’anticiper et planifier. Aujourd’hui, il est beaucoup question du “monde d’après” qui devrait voir le jour une fois l’épreuve surmontée.
A La France insoumise, nous pensons que ce monde d’après, c’est dès maintenant qu’il se construit. Il ne doit pas y avoir de “retour à la normale” car c’est la normalité qui est précisément le problème. La question est donc : dans quelle direction souhaitons nous orienter la société ? Le gouvernement parle de “relance”, nous disons : bifurcation. Il veut sauver le monde d’avant, nous proposons de bâtir un autre monde, en commun. L’accélération du changement climatique est documentée depuis plus d’un demi-siècle. Mais aucune politique d’ampleur n’a jamais encore été engagée pour y faire face.
Le projet de “pacte vert” (“Green Deal”) de la Commission européenne était déjà insuffisant avant la crise. Il est désormais obsolète. Nous proposons un chemin pour répondre à l’urgence et construire sur le long terme une société plus résiliente et solidaire. Cela va nécessiter un changement complet de paradigme et une restructuration de fond en comble des économies. Des évolutions de cet ordre ont déjà eu lieu, notamment après la Seconde guerre mondiale en Europe, sous la houlette d’États dont la puissance publique était, et reste encore aujourd’hui, seule capable de donner une cohérence et de mettre en oeuvre les transformations nécessaires.
Ainsi, la planification qui a été décisive pour reconstruire un pays en ruines, peut et doit être utilisée pour le faire bifurquer dans le sens de la soutenabilité écologique et de la justice sociale. Pour voir clair et loin, nous avons besoin de nouveaux outils statistiques qui intègrent à tous les niveaux les impacts environnementaux, permettent de préparer les mutations structurelles et de s’inscrire dans des trajectoires longues. Ainsi, nous pourrons désinvestir dans les énergies fossiles et nucléaires et investir massivement dans les énergies renouvelables. Objectif : décarboner totalement l’économie d’ici dix ans.
Il s’agit de transformer nos modes de production, diminuer nos niveaux de consommation des ressources naturelles, organiser la sobriété et l’efficacité énergétiques, développer des usages plus soutenables et restaurer et préserver les écosystèmes. Sortons du productivisme qui mène à l’épuisement des sols comme des agriculteurs et agricultrices. Relocalisons l’industrie et allongeons la durée de vie des objets, mettant un terme à l’ère du tout jetable et de l’obsolescence programmée au profit de l’entretien et la réparation. Développons et valorisons les métiers du soin et du service public. Tout cela créera des millions d’emplois, quand ils ne seront pas déjà garantis par l’Etat.
Ces mutations ne peuvent réussir que si elles sont décidées et activement mises en oeuvre par toute la population, que chacun et chacune y contribue selon ses moyens et reçoive selon ses besoins. Car, rappelons-le : nous ne sommes pas égales et égaux face à la catastrophe, en termes de responsabilités ou de conséquences. 100 entreprises multinationales émettent plus de 70% des gaz à effet de serre au niveau mondial. 0,5% des plus riches produisent 13% des émissions de CO2 liées au mode de vie. Et les pays les plus pauvres ont le moins d’impact écologique négatif mais les subissent le plus durement. Démocratie, justice sociale et justice environnementale sont liées.
Au-delà de cette Assemblée, cette résolution s’adresse à Greta Thunberg, Ridhima Pandey Autumn Peltier, Leah Namugerwa, Mari Copeni, et les jeunes en grève pour le climat partout dans le monde, aux familles des sans terre qui se battent pour développer une agriculture écologique au Brésil comme aux gilets jaunes qui se sont révolté·es en France contre les fins du mois impossibles, aux habitant·es de Flint empoisonné·es par leur eau et à celles et ceux des Antilles contaminé·es au chlordécone, aux salarié·es menacé·es de licenciements alors que leurs entreprises vont bénéficier de milliards d’argent public en France, comme aux ouvrièr·es du Bangladesh qui perdent leur vies dans des ateliers de misère et aux enfants exploité·es dans les mines du Congo pour enrichir les géants du numérique...
A toutes celles et ceux qui luttent, chaque jour, pour un monde plus vivable, respirable et juste. Nous ne promettons pas une “révolution tranquille”, nous esquissons quelques points de repères d’un immense défi collectif à relever. Nous aspirons non à la recherche du profit maximum mais à la préservation de l’écosystème qui rend la vie humaine possible, et à la construction d’un monde qui la rende belle et digne d’être vécue. Pour retrouver le goût du bonheur et que viennent les jours heureux, mesdames et messieurs les député·es, nous vous appelons à voter pour cette résolution.
Danièle Obono