Présidentielle 2027 : « Édouard Philippe peut débrancher Bruno Retailleau », analyse Antonin André
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %
Questions et réponses
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- 3:20OuverteRéponse directe
Qu'en pensez-vous, vous l'enseignante, Ophélie Roch ?
- 6:10OuverteRéponse directe
Alors, Ophélie Roch, pour parler du fond, qu'en pensez-vous ?
- 6:45OuverteRéponse directe
Ça vous fait sourire, Ophélie Roch, pourquoi ?
- 7:19OuverteRéponse directe
Est-ce un chiffre qui vous semble extravagant ou conforme à la réalité ?
- 8:58OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est possible, un ministre de l'Éducation nationale qui reste cinq ans ?
- 10:20OuverteRéponse directe
Selon vous, ils sont tous les deux à jeu égal sur la question ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Edouard Philippe veut augmenter de 20% le salaire des professeurs »
- 4:12InvitéChiffre
« un professeur en collège ou lycée peut débuter en net à moins de 2000 euros par mois »
- 4:21PrésentateurChiffre
« j'avais été à 1500 euros net il y a une dizaine d'années »
- 4:41PrésentateurChiffre
« un professeur qui débute en collège ou lycée va gagner 1900 »
- 5:36PrésentateurChiffre
« il y en a eu quasiment huit ces dernières années »
- 7:14InvitéChiffre
« 20% ce sont les chiffres officiels »
Temps de parole
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19h-21h, Europe 1 Soir, Charles Lullier.
Toujours en compagnie d'Ophélie Roque, enseignante et chroniqueuse, et d'Antona André, rédacteur en chef du service politique du JDD. Agité cette discussion et cette interview avec François Calfon, eurodéputé, place publique, mais c'est vrai que c'était effectivement, je pense, très plaisant à entendre. Et effectivement, nous allons continuer à parler politique et présidentielle, parce que les deux principaux candidats du Bloc central, au coup d'à-coup dans les sondages, rivalisent de propositions pour l'école. Gabriel Attal veut une loi de programmation, Edouard Philippe veut augmenter de 20% le salaire des professeurs, c'est un peu la course à celui qui dégainera le plus de propositions.
Alors, je le disais, Gabriel Attal, après des débuts difficiles, est en train de refaire son retard sur Edouard Philippe dans les sondages. Edouard Philippe est autour de 16 à 17%, Gabriel Attal autour de 15 pour faire large. Au départ, le deal entre les deux était le suivant, se ranger derrière celui qui serait le mieux placé. Si les deux, Antonin André, sont quasiment à égalité dans les sondages, comment on fait ? C'est le scénario du pire que vous décrivez, en tout cas pour eux, et c'est ce qui est en train de se dessiner. C'est-à-dire qu'il y a une volonté de Gabriel Attal de faire campagne jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au mois de février. C'est extrêmement tard.
Et de ne faire un départage qu'au mois de février, si encore, il y a de quoi les départager. C'est-à-dire que les sondages soient suffisamment éloquents. Or, on voit bien qu'au fur et à mesure que le temps passe, les coups sont de plus en plus rudes entre les entourages en particulier. Les entourages d'Edouard Philippe et les entourages de Gabriel Attal jouent le jeu des petites phrases. Et ça affaiblit grandement le camp du bloc central. Et c'est vrai que d'une certaine façon, l'espace de la campagne aujourd'hui est occupé quasi exclusivement par cette rivalité.
et que d'une certaine façon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, eux, déroulent, font leur campagne présidentielle en s'adressant aux Français, là où on a une foire d'empoigne dans le bloc central. Si ça continue, ce sera très compliqué de se qualifier pour le second tour, voire même... Enfin, je veux dire, on voit mal comment le scénario Le Pen-Mélenchon ne se dessine pas à l'aune de ce qu'il est en train de se produire. Iriez-vous, pour parler de ce bloc central, iriez-vous jusqu'à penser qu'il est possible qu'il n'y ait finalement pas forcément d'alliance et de fusion entre les deux et que les deux restent et soient tous les deux candidats, ce qui serait finalement un peu suicidaire.
Non, non, ça n'arrivera pas, je pense, parce qu'un certain nombre de grands élus, de ministres, de gens qui sont autour d'eux dans le premier cercle pèseront d'une façon ou d'une autre. Il y a un élément qui pourrait être décisif et sur lequel travaille beaucoup Édouard Philippe en ce moment. Édouard Philippe, il peut potentiellement débrancher la candidature de Bruno Retailleau, ce que ne peut pas faire Gabriel Attal. Si Édouard Philippe parvient à rallier Bruno Retailleau et donc à montrer qu'il est le plus rassembleur des deux, il sera très compliqué pour Gabriel Attal de maintenir sa candidature.
Bruno Retailleau qui pèse actuellement entre 7 et 10% dans les sondages et ça peut faire la différence, effectivement. Ce serait le ralliement du rassemblement. Alors, Ophélie Roquin, je rappelle que vous êtes enseignante et chroniqueuse, enseignante en banlieue parisienne, c'est pour cette raison que votre éclairage sur ces questions d'éducation, parce que chacun y va de son idée. Gabriel Attal veut une loi de programmation, veut augmenter le salaire des professeurs de 200 euros. Édouard Philippe veut augmenter de 20% le salaire des professeurs. Bon, qu'est-ce que vous en pensez, vous l'enseignante, Ophélie Roch ?
Sur le principe, personne ne va vous dire...
Déjà sur la forme, alors, ces propositions qui, justement, succèdent.
Voilà, les propositions se succèdent de manière un peu comme un paquet, une pochette surprise, on l'aurait foutu au sol, tout s'en va. Mais j'ai envie de dire, je crois vraiment, et ça, c'est un constat que j'ai eu depuis mes dix années où je suis professeur, je n'ai vu personne partir à cause du salaire, soyons honnêtes. J'ai vu des gens partir à cause de la dégradation des conditions de travail. Je pense qu'il ne faut pas tout mélanger. Alors, les professeurs qui sont là seront très heureux d'avoir les 20%. Enfin, je ne vais pas vous mentir. On me dit, on vous donne 20%, je les prends. En revanche, à mon sens, ce n'est pas vraiment le plus essentiel. Bien sûr que ça fait plaisir.
Bien sûr que si on nous les donne, on va les prendre.
Actuellement, un professeur en collège ou lycée peut débuter en net à moins de 2000 euros par mois. Oui, c'est ça.
Et encore, ça a été augmenté. Très récemment. Parce qu'encore, moi, quand j'ai commencé, par exemple, j'avais été à 1500 euros net il y a une dizaine d'années.
1500 euros net.
1500 euros net. C'est quand vous vivez, alors peut-être en campagne, vous en sortez un peu. Mais quand moi, je louais sur Paris, vous ne le sentez pas. C'est rien quand même, le loyer.
Ça, c'était il y a dix ans.
C'était il y a dix ans. Maintenant, ce serait combien
un professeur qui débute en collège ou lycée ?
Maintenant, un professeur qui débute en collège ou lycée va gagner 1900. Par contre, moi, vous voyez, j'ai dix ans d'expérience. Je n'ai pas gagné en dix ans. Alors oui, j'ai gagné beaucoup par rapport à quand j'ai commencé à 1500. Mais vu que maintenant, les nouveaux profs sont à 1900, par rapport à un nouveau prof, mes dix années d'ancienneté ne comptent quasiment pas. Donc, c'est-à-dire qu'ils ont revalorisé les salaires d'entrée, mais ils n'ont pas revalorisé tout au long de la gradation. Donc moi, c'est... Bon, 2100, vous me direz, c'est toujours mieux que 1500. Mais le vrai problème, à mon sens, c'est que de toute façon, vous pouvez mettre ce que vous voulez.
Vous pouvez dire qu'on va vous donner 20, 30, 40, 50, 60 %. Ils peuvent donner tous les chiffres qu'ils veulent. Mais je crois que plus personne n'y croit. Et Gabriel Attal, encore moins que les autres. Parce que c'était quand même lui qui était venu dans ce ministère. Il a été ministre de l'Éducation nationale. Et pour dire à quel point c'était le ministère de sa vie que franchement, il allait tout donner. Et vous voyez, il y en a eu pas mal des départs. Il y en a eu quasiment huit ces dernières années. Attal, c'est le seul qui est donné, pour une part des professeurs qui avaient peut-être cru en lui certains.
Bon, je ne faisais pas partie de ces gens-là, mais il y en a qui avaient cru en lui parce qu'ils avaient l'impression qu'il était de bonne foi. Mais quand il est parti pour être Premier ministre et qu'il nous a fait « Oh, je trouvais une... » Et bien là, je pense sincèrement que pour une grande partie des professeurs, ça ne sera jamais ne voteront Gabriel Attal. Parce qu'en fait, vous avez énormément de mépris pour celui qui vous dit « Moi, je vous ai choisi. Je vous choisis. C'est ce ministère que je veux. » Et puis finalement, il se casse deux mois après. Et bien ça, vous voyez, ce n'est pas acceptable.
Alors, Ophélie Roch, pour parler du fond, et je précise que nous sommes toujours avec Antonin André, Ophélie Roch, alors c'est vrai que Gabriel Attal propose de rétablir par exemple le certificat d'études, abandonné depuis quasiment 50 ans, à l'entrée en sixième, pour garantir que les élèves aient le bagage nécessaire. Il faudra que ceux qui entrent au collège aient le niveau et il faudra éventuellement proposer une année passerelle pour ceux pour qui ce n'est pas le cas. Voici ce que déclare Gabriel Attal pour cette passation entre l'école et le collège. Ça vous fait sourire, Ophélie Roch, pourquoi ?
Parce que si on revient au niveau, en effet, du certif d'il y a 50 ans, je vais vous dire une chose, il n'y aura peut-être que 5% des élèves qui vont passer dans ce cas-là du CM2 à la sixième. C'est-à-dire que sa nouvelle classe là qui compte faire pour attraper le niveau, il faudra qu'il y en fasse beaucoup. Parce que clairement, le niveau est catastrophique. Il y a un gros problème avec le primaire. Au collège, en fait, les problèmes continuent. Mais en vrai...
Les chiffres, très concrètement, c'est qu'à l'entrée en sixième, 20% ce sont les chiffres officiels. Et vous êtes là pour les démentir. On est là pour ça, Ophélie Roch. Les chiffres officiels nous disent qu'entre 20 et 30% des enfants qui entrent au collège ont des difficultés. Je dis bien des difficultés avec la lecture et l'écriture. Est-ce un chiffre qui vous semble extravagant ou conforme à la réalité ?
Moi, je trouve que c'est une estimation qui est un peu basse. Alors, tout dépend de ce que vous voulez mettre par difficulté avec l'écriture, par exemple. Mais honnêtement, après, je sais que ça se nuance selon les quartiers. Mais à mon sens, même dans les très bons quartiers, parce que parfois, j'ai fait même à Neuilly, des choses comme ça, il y a quand même des grosses, grosses difficultés. Et plus vous allez dans les quartiers sensibles, plus les difficultés augmentent. Et là, vous n'avez pas 20 ou 30% d'élèves par classe. Moi, il m'est déjà arrivé d'avoir des élèves de cinquième qui ne sachent toujours pas écrire leur prénom, par exemple. Je parle de leur propre prénom.
Des élèves de cinquième qui ne savent pas écrire leur prénom.
Écrire leur prénom. C'est-à-dire qu'ils se trompent, ils ne savent plus mettre dans les lettres. Et ce n'est pas parce qu'ils sont dyslexiques, c'est parce qu'en fait, l'écrit a été quasiment, en fait, absent, finalement, de leur scolarité en tant qu'élèves de primaire. Et qui, finalement, le collège, il faut être bien vigilant sur une chose, le collège ne permettra jamais de rattraper les années de primaire qui ont été, d'une certaine manière, saccagées. Donc, un enfant qui arrive en sixième et qui n'est pas bon, comme on ne fait plus redoubler parce que ça coûte trop cher, l'élève, il passera sixième, cinquième, quatrième, troisième.
Et il sera, à ce moment-là, si vraiment il n'est pas possible qu'il passe en seconde, il sera éjecté du système scolaire à ce moment-là. Mais on ne lui apprendra rien, à cet enfant-là. Si ce n'est le dégoût de soi-même, peut-être.
Alors, Antonin André, Gabriel Attal, parce que nous parlons des propositions de ce bloc central, celles d'Edouard Philippe et de Gabriel Attal, Antonin André, Gabriel Attal souhaite aussi un ministre de l'Éducation nationale qui reste en poste pendant cinq ans. Est-ce que c'est possible, ça, à l'orée d'un quinquennat qui serait peut-être un peu agité avec plusieurs remaniements ? Je ne sais pas si ce serait possible, mais ce serait souhaitable. Et je trouve que dans les propositions de Gabriel Attal, il y a une vision intéressante qui est celle du long terme.
C'est-à-dire que ce ministère de l'Éducation souffre d'une instabilité ministérielle, de changement de cap absolument à toutes les rentrées, qui désarçonne beaucoup d'ailleurs les enseignants, mais aussi les élèves et aussi les parents d'élèves. Et je pense que c'est un peu comme dans le domaine de l'énergie ou de la stratégie de défense, il faut des stratégies de long terme. Donc l'idée de sanctuariser, d'avoir même une loi de programmation pour l'éducation sur cinq ans, incarnée par un ministre qui reste cinq ans et à qui on donne le temps de mettre en place une politique pour en voir les résultats, parce que bien souvent, on n'a pas assez de recul pour évaluer une politique, une réforme.
Une réforme est mise en place, l'année d'après, elle est supprimée. Donc en fait, je pense que dans cette vision-là, il y a un aspect positif, en tout cas une volonté de Gabriel Attal, d'identifier un problème qui permettrait sur le long terme, peut-être, d'améliorer les conditions dans lesquelles l'enseignement est distillé en France. Alors, Édouard Philippe, Gabriel Attal, c'est vrai qu'ils rivalisent de propositions, on le disait en préambule, et c'est vrai qu'Édouard Philippe, eh bien, semble, en tout cas, proposer lui aussi quelques idées. Bon, très concrètement, Ophélie Roch, lequel vous convainc le plus ? Entre les deux, la question est très simple.
Selon vous, ils sont tous les deux, finalement, à jeu égale sur la question ?
Oui, moi, je trouve que les deux sont... Enfin, moi, je vous dis, j'aurais presque plus de sympathie pour Édouard Philippe, parce que je pense qu'il y en a un dont je n'y crois absolument plus. Donc, de toute façon, partant de ce principe, forcément, une fois que vous ne croyez plus en quelqu'un, mathématiquement, vous allez vous tourner vers l'autre. Mais je ne suis pas sûre que leur mesure soit suffisante, parce qu'en fait, encore une fois, on nous parle un petit peu sur ce qui va se passer d'une manière ou d'une autre.
Très bien. Merci, merci Ophélie Roch, merci Antoine André. Vous restez avec moi, parce que dans la seconde heure de cette émission, c'est-à-dire dans un peu moins d'un quart d'heure, nous évoquerons le MEDEF et cette rencontre des entrepreneurs de France. En ce moment, à Paris, les patrons sont très inquiets et pour en discuter à 20h10, nous aurons le plaisir d'accueillir Thibaut Prébet, économiste et auteur de Démographie, La bombe tranquille parue aux éditions du Rocher. Il est quasiment 20h. Le temps pour moi de vous rappeler que la rentrée de la grande famille européenne, c'est demain, avec un nouveau rendez-vous. J'en aura pour tout le monde.
C'est le titre, justement, de ce rendez-vous présenté par Coé tous les jours de 15 à 16h, entouré de ses fidèles acolytes, Stouffe et Piètre, et rejoint quand même, il faut le signaler par Gauthier Lebrecht. Coé posera son regard sur l'actualité sans se prendre au sérieux, le tout saupoudré d'humour et d'un soupçon d'impertinence. C'est la signature Coé. Il y en aura pour tout le monde, présenté par Coé, votre nouveau rendez-vous de 15 à 16h sur Europe 1, la radio libre.