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Podcast / conversationLe Média (sur YouTube)· 1 juin 2018 15 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsSolidarités & famille

RÉFORME DES RETRAITES : TRAVAILLER JUSQU'À LA MORT ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    De quoi s'agit-il ?

  • 2:01OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui disparaît dans ce projet ?

  • 4:01OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que le compte notionnel ?

  • 6:01OuverteRéponse directe

    Quels sont les effets pervers de ce système ?

  • 8:01RelanceRéponse directe

    Pourquoi critiquez-vous la méthode de consultation ?

  • 10:01OuverteRéponse directe

    Est-ce une privatisation déguisée des retraites ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:01Fait
    « Il est prévu que cela ne change rien pour les conditions de départ à la retraite de ceux qui sont à cinq ans de leur échéance. »
  • 4:01Fait
    « Le salarié accumule un capital virtuel d'euros en fonction de ses cotisations. Capital qui est converti en rente après application d'un coefficient fondé sur l'espérance de vie de sa génération. »
  • 8:01Fait
    « Il n'y a pas de dialogue depuis 6 semaines avec les syndicats. On informe les syndicats, aujourd'hui. Ils nous présentent un certain nombre... l'état d'avancée, leurs réflexions etc. »

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

– Alors évidemment, ça m'alerte… Créer, universels, des droits, de la consultation, c'est trop beau pour être vrai, et du coup, je me tourne souvent vers toi, Serge pour que tu m'expliques tout ça. De quoi s'agit-il ? – Ah !

Écoute, c'est le grand chantier, un nouveau grand chantier du président Emmanuel Macron et de son premier ministre Édouard Philippe. Alors, il y a un calendrier, d'abord sur cette affaire. Donc, il y a consultation des partenaires sociaux jusqu'au mois de décembre.

Présentation d'un projet de loi à l'été 2019 pour une application en 2025, ça tombe bien, nous serons dans la quinquennat suivant, donc en cas de mobilisation contre ce projet, en tous cas, on se donne quand même une certaine respiration. – Réduction des risques… – Voilà, réduction des risques. Alors, normalement, il est prévu que cela ne change rien pour les conditions de départ à la retraite de ceux qui sont à cinq ans de leur échéance, et pour les autres, la transition sera progressive, pendant une période d'environ 10 ans.

Alors on va rentrer tout de suite dans le projet, histoire de voir de quoi il retourne. Alors, il y a d'abord ce qui disparaît : Les 42 régimes de retraites, les 4 trimestres cotisés, pour quelqu'un né en 1959 comme moi par exemple, il faut avoir cotisé 167 trimestres soit 41 ans et 9 mois, puis le taux plein et la décote, toujours pour quelqu'un né en 59, le taux plein à 67 ans si départ à 62 ans eh bien une décote, voilà pourquoi je vais rester encore 10 ans au Média. Et puis le mode de calcul, les 25 meilleures années dans le privé et les 6 derniers mois dans le secteur public, tout ça, ça disparaît.

Alors, maintenant, ce qu'il reste. Eh bien, il reste le système de répartition, c'est à dire que les actifs vont payer pour les retraités, et l'âge légal de départ à la retraite. Et puis, le cœur du projet.

Alors le gouvernement réfléchit à 2 hypothèses : La retraite par points, donc en versant ses cotisations le salarié acquiert des points. Ces points sont convertis en rente lors de son départ à la retraite, mais la valeur du point est à déterminer. C'est un petit peu comme cela que fonctionne le régime complémentaire des retraites : l'AGIRC et l'ARRCO.

Et puis, il y a un mot, une expression qu'il va falloir que tu rentres dans ta tête parce que tu vas l'entendre souvent, c'est ce qu'on appelle "le compte notionnel." Alors qu'est-ce que c'est le compte notionnel ? Eh bien là, le salarié accumule un capital virtuel d'euros en fonction de ses cotisations.

Capital qui est converti en rente après application d'un coefficient fondé sur l'espérance de vie de sa génération. Ainsi moi, qui te parles, je devrais vivre jusqu'à 82, 83 ans, j'ai bien l'intention d'aller jusqu'à cent ans, mais ça veut dire que j'aurai 15 ans d'espérance de vie si je pars à 67 ans, donc on va appliquer un coefficient pour calculer la valeur du point, et donc ce que je toucherai, voilà. Sauf que pour l'instant, je n'en sais rien et eux même d'ailleurs n'en savent pas non plus davantage.

Alors, qu'est-ce qu'il faut en penser de ce système, tu vas me dire ? Eh bien d'abord, les fonctionnaires vont y perdre, parce que, le calcul sur les 6 derniers mois, ils vont passer du calcul sur les 6 derniers mois de leur carrière à un calcul sur l'ensemble de leur carrière. Alors, il faut savoir que si les fonctionnaires ont ce qui peut passer pour un privilège, ce vilain mot, c'est qu'en réalité comme leur traitements sont souvent inférieurs aux rémunérations auxquelles ils pourraient prétendre dans le privé, c'est pour ça qu'on calcule sur les 6 derniers mois.

Parce que sinon, ils sont lésés. Eh bien, là, ils vont être lésés, nous le savons. – Sous prétexte d'égalité, bien sur. – Le départ en retraite, eh bien, tout le monde souhaite partir en retraite le plus tôt possible pour profiter quand même de la vie.

Eh bien là, le départ en retraite va être repoussé. Pourquoi ? Parce que dans ce système, plus je continue à travailler, plus j'augmente mon capital de points.

Donc, si j'ai comme perspective d'avoir une petite retraite, je vais continuer à travailler jusqu'au bout. Et c'est un système extrêmement pervers de ce point de vue là, c'est-à-dire que cela peut pousser des gens finalement à ne pas prendre leur retraite, parce qu'ils essaieront jusqu'au bout de capitaliser des points en se disant : Eh bien l'année prochaine je partirai. Et puis un jour, trop tard, ils ne partiront pas parce qu'ils seront morts.

Et puis, le montant des retraites n'est plus garanti, et c'est ça qu'on perçoit mal dans ce système, c'est que, le mode de calcul aujourd'hui ne prend pas en compte les cotisations des actifs qui sont effectivement encaissées. S'il manque de l'argent dans les caisses de retraites, c'est les contribuables qui viennent à la rescousse et les pensions sont versées. C'est ce qu'on appelle la prestation définie.

C'est à dire qu'il y a une espèce de contrat moral. On sait ce qu'on va toucher et peu importe le rapport entre le nombre de cotisants, le volume des cotisants si tu veux, actifs par définition, et les retraités. Avec le système du capital de points, tout ça va changer.

La valeur de conversion du point va dépendre du nombre d'actifs cotisants. C'est à dire que si la situation économique est mauvaise, si le taux de chômage augmente, eh bien, il est évident qu'on va baisser la valeur du point de retraite. À l'inverse, s'il y a une embellie économique, mais, ce gouvernement nous promet une embellie économique, que tout va aller mieux demain, on rasera gratis, donc le point de retraite devrait monter et il n'y aurait pas de problème.

Mais en articulant la valeur du point de retraite sur le nombre d'actifs cotisants, eh bien, on s'expose à de sérieuses déconvenues, et vraisemblablement, à une diminution des pensions. Et puis, l'espérance de vie d'une génération. Calculer la pension de retraite en appliquant un coefficient lié sur l'espérance de vie d'une génération, c'est bien beau tout ça, mais entre un cadre dans un bureau comme moi, ou un manœuvre sur les chantiers exposé aux intempéries, même si nous sommes nés tous les deux en 1959, il n'est pas certain que nous ayons la même espérance de vie. – Il est même probable qu'elle soit différente. – Donc, il est évident que là, il y a, je dirais un piège.

C'est à dire que, de quelle espérance de vie va-t-on parler ? Et l'espérance de vie la plus courte, eh bien ça veut dire aussi de pensions… – plus faibles… – non, moins de pensions versées, voilà. Enfin, comment, alors là, inconnue totale, nous ne savons pas pour l'instant, comment seront calculées les pensions de réversion et les majorations pour enfant ?

Pas un mot là-dessus pour l'instant. Et puis ce système universel qu'on nous présente, on nous dit, "c'est la fin des statuts, vous allez voir, " on n'y comprend rien, c'est une jungle et puis, il y en a marre, il y a des privilèges, il y a des injustices, regardez le statut des cheminots… eh bien ce système universel permet le retour des statuts par la grande porte. Pourquoi ?

Eh bien parce que les entreprises auront toute liberté pour abonder le compte des candidats à la retraite. Si je veux attirer dans un grand groupe un certain nombre de cadres, je vais leur dire : "Eh bien, écoutez, pour votre retraite, nous, en plus on va verser en plus de ce que vous allez cotiser". Donc, c'est un moyen de rétablir par la bande, des statuts qu'on prétend chasser d'un autre côté.

Donc, au final, ce système qui apparaît d'une simplicité biblique, contient un nombre d'effets pervers incalculables, et, moi je ne sais pas, mais, j'ai l'impression qu'un mauvais coup se prépare. Mais, je vois le mal partout, tu me connais… – Je te connais. J'y ajoute, d'ailleurs en t'écoutant que dès lors qu'on cotise un point pour 1€, j'imagine que les femmes potentiellement, qui sont plus souvent que les hommes victimes de carrières interrompues, cotisent moins et qu'elles seront exposées aussi à des retraites moins élevées, donc à des durées de travail plus longues. – Je me permets de te corriger, le système qui est prévu quand on rentre dans le détail, ce n'est pas parce qu'on verse 1€ de cotisation qu'on touchera 1€.

Ça il ne faut pas y compter. On va surement toucher beaucoup moins que l'euro versé. – Un point à valeur variable. – Voilà, très variable, et je pense qu'il va varier vers la baisse.

Merci beaucoup Serge pour cet éclaircissement. Tu restes avec nous, parce que Julien, je reviens vers vous. Des réformes des retraites, il y en a eu en 1993, en 2003, en 2010, en 2013, on a allongé la durée de cotisation, on a reporté l'âge de départ à la retraite, de quoi est-ce qu'il s'agit ?

Est-ce que clairement on est en train d'ouvrir ce système de répartition à une privatisation, à un système de capitalisation, ou est-ce qu'on n'est pas encore dans cette démarche là ? – C'est une démarche qui cherche à terminer le travail. Effectivement depuis 1995, il y a une tentative des différents gouvernements libéraux, des mouvements libéraux et du capitalisme financier à s'attaquer à cette manne financière.

C'est 300 milliards, les retraites, donc, il y a de l'argent à se faire. Mais chez Macron, là, on n'est pas directement dans une phase de marchandisation des retraites, c'est indirect. Par contre, on est totalement dans une logique de libéralisation, et d'individualisation.

C'est à dire, c'est la fin de la logique de solidarité, de la logique de "chacun selon ses moyens, chacun selon ses besoins", qui régit historiquement le principe des retraites, et c'est le règne du chacun pour soi. Avec, effectivement, mais cela a été très bien expliqué, cette logique de "1€ pour un point", effectivement, ce ne sera pas "1€ versé = 1€ de retraite", mais c'est profondément inégalitaire. Ça a été évoqué, les femmes, bien sûr, mais toutes les personnes qui n'auront pas eu la chance d'avoir des carrières longues, toutes les personnes qui ont les métiers les plus usants, fatigants, qui ne pourront pas travailler longtemps, bon… à qui ça profite ?

À l'électorat d'Emmanuel Macron, aux cadres supérieurs, à ceux et celles qui ont les revenus les plus élevés qui vont pouvoir effectivement bénéficier d'une retraite suffisante et même si, le point est baissé effectivement comme en Suède en 2008. C'est un système qui n'est pas du tout efficace, dans les périodes de crise, ce système par points. On a les données.

Les retraités de ces différents pays, suite à la crise de 2007-2008 ont été les retraités qui ont le plus souffert en Europe. Cette logique là, effectivement va favoriser pour ceux et celles qui le peuvent, d'aller regarder derrière, pour une forme de capitalisation. Et là on ouvre effectivement par la bande un système avec un minimum de retraites pour tous et puis une retraite, y compris par capitalisation, et donc on profite des inégalités, on abonde pour le secteur financier, c'est bien toute la logique de Macron qui est là.

Et juste un dernier mot sur la méthode qui est utilisée, c'est de l'enfumage total, on le sait bien, mais il n'y a pas de dialogue depuis 6 semaines avec les syndicats. On informe les syndicats, aujourd'hui. Ils nous présentent un certain nombre… l'état d'avancée, leurs réflexions etc.

Et là, ils utilisent la même méthode qu'ils sont en train d'utiliser pour un autre projet qui est "Cap 2022" qui est un projet d'attaque fort sur les services publics, ou qui n'a pas fonctionné. Il y a eu quelques milliers de personnes qui ont répondu sur la base internet. Mais ce n'est pas une consultation.

Ce n'est pas un vrai débat démocratique. – Pourtant de Cap 2022, il y a un comité technique où sont très très bien représentés les chefs d'entreprise entre autres qui travaillent sur cette question, et justement je voulais vous poser cette question de la méthode, parce que, Serge, depuis le début dit : "Il y a un calendrier", et en fait ce fonctionnement par rétro-planning comme on dit dans le monde privé, est-ce que ce n'est pas vraiment symbolique de l'accaparation du pouvoir, vous en parlez dans votre livre d'ailleurs, par les techniciens du privé qui arrivent avec une nouvelle élite d'état qui s'installe. – C'est ça, vous l'avez bien dit, notre sous-titre c'est : "un business model au service des puissants".

Au service des puissants, je pense qu'il y a de plus en plus de concitoyens – En tous cas qui nous regardent – Qui nous regardent là bien sûr, sont souvent d'accord, mais, au delà Un business model, parce qu'effectivement, Macron est en train d'importer totalement les principes managériaux au service de l'État. C'est le remplacement de la politique et du débat démocratique par la gestion froide qui est issue effectivement de la logique du privé. Et donc on est de toute façon dans un enfumage et dans un jeu, un théâtre d'ombres.

On nous fait croire qu'il y a du dialogue, qu'on va négocier, qu'on va écouter la société civile. La société civile pour Emmanuel Macron se résume et on le voit bien avec les députés issus de la fameuse société civile, ce sont des chefs d'entreprise. Ce ne sont pas des syndicalistes, ce ne sont pas des associatifs, ce ne sont pas l'ensemble des membres actifs de notre société. – Et puis c'est un moyen aussi d'esquiver le débat devant la représentation nationale, parce qu'on s'aperçoit qu'on parle beaucoup de concertation mais lorsqu'on arrive devant le lieu où par excellence doit s'exprimer le débat, alors là, c'est à marche forcée et l'Assemblée nationale devient une chambre d'enregistrement d'un débat qui est censé se dérouler ailleurs, mais qui ne se déroule pas vraiment comme vous le souligniez à l'instant – C'est un enjeu majeur cette histoire des retraites, mais comme la SNCF, les services publics, bien sur.

On a intérêt à multiplier, bon, le travail qui a été fait là par Serge de décryptage, mais je crois qu'il faut prendre au sérieux la capacité aussi d'Emmanuel Macron et de sa bande à être assez efficace dans le packaging de ces réformes et de comment ils les vendent. Vous l'avez très bien dit, il nous le présente comme l'idée que ça serait plus égalitaire, universel, et c'est complexe ces histoires de retraites, d'autant que la retraite actuelle, on ne peut pas dire qu'elle satisfasse tout le monde. D'autant que, nombreux sont les jeunes de 20 ans qui ne pensent pas pouvoir avoir de retraite, etc.

C'est un enjeu, alors, après, nous dans le livre, on fait tout un chapitre sur les retraites, parce qu'on sent bien que là, il y a un travail, mais on va avoir, là, dès maintenant, on a une responsabilité à décrypter tout ce qui se passe et à faire œuvre d'éducation populaire, c'est à dire à déconstruire ce discours.