Très bien. Est-ce que le fait que la population soit en défiance totale face à la presse, ça va faire changer la presse ou la presse va continuer son ronron quotidien ?
Réponse directeMais la population, elle n'est pas simplement... C'est ça, le problème. C'est que la population, elle n'est pas simplement en défiance vis-à-vis de la presse. Elle est en défiance vis-à-vis des politiques, aussi. Et elle met dans le même sac la presse et les politiques. C'est ce que, dans une version de la simplification, on appellerait les élites contre le peuple. On a notamment qualifié le mouvement des Gilets jaunes d'un mouvement du peuple contre les élites. Il y avait de ça dans le mouvement des Gilets jaunes. Mais ce qu'on remit en cause, et c'est ça qui est le plus important à mon point de vue, et on n'en a pas encore tiré les conséquences, c'est que les Gilets jaunes, ils ont interp…
« Mais la population, elle n'est pas simplement... C'est ça, le problème. C'est que la population, elle n'est pas simplement en défiance vis-à-vis de la presse. Elle est en défiance vis-à-vis des politiques, aussi. Et elle met dans le même sac la presse et les politiques. C'est ce que, dans une version de la simplification, on appellerait les élites contre le peuple. On a notamment qualifié le mouvement des Gilets jaunes d'un mouvement du peuple contre les élites. Il y avait de ça dans le mouvement des Gilets jaunes. Mais ce qu'on remit en cause, et c'est ça qui est le plus important à mon point de vue, et on n'en a pas encore tiré les conséquences, c'est que les Gilets jaunes, ils ont interpellé, pour la première fois depuis longtemps, la représentation politique et la représentation des journalistes. Et en effet, ils ont montré qu'il y a une sorte de lien aujourd'hui entre le monde politique et le monde médiatique qui fonctionne finalement d'une manière un petit peu en circuit fermé, qui fonctionne un petit peu hors sol. Dans le bouquin que j'avais écrit qui s'appelait La dictature de l'Olymat, j'avais dit que les médias parlent au média. Et au bout d'un moment, vous avez toute une partie de la France qui ne se sent pas concernés par la manière dont on aborde le monde ou dont cette catégorie aborde le monde, ils deviennent de plus en plus invisibles et ils nourrissent ce qui est le carburant du populisme, le ressentiment. C'est d'ailleurs là-dessus que par exemple Trump a prospéré. Et c'est vrai que dans le journalisme, il y a en effet cette tendance depuis longtemps à une forme d'embourgeoisement. il ne faut pas non plus mettre tous les journalistes dans le même panier. »
