Justement, vu que vous parlez des Français ce matin à Noël Mamère, on voit quand même une certaine décomposition du paysage politique, notamment depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron, qui a totalement fragmenté le paysage traditionnel tel qu'on le connaissait. Est-ce qu'on peut arriver à une conclusion peut-être un petit peu simpliste, mais que cette fragmentation a fait en partie le lit d'Éric Zemmour ?
Réponse directeLe lit d'Éric Zemmour, et ce n'est pas seulement Macron. Oui, il fait partie de ceux qui ont contribué à ouvrir son lit. Mais ça vient de beaucoup plus loin qu'on ne le pense. C'est-à-dire qu'on résume la prospérité de Zemmour à sa présence dans les médias. Oui, les médias ont compté pour le faire connaître auprès des Français et lui donner une certaine notoriété. Je trouve d'ailleurs assez accablant que ce fût d'abord dans le service public, dans l'émission On n'est pas couché pendant cinq ans. Mais ça remonte à loin. Je vous disais tout à l'heure, Alain de Benoît et le Grèce, c'est 1968, c'est un pari intellectuel qui a été fait par une partie de l'extrême droite sur la question de l'hégé…
« Le lit d'Éric Zemmour, et ce n'est pas seulement Macron. Oui, il fait partie de ceux qui ont contribué à ouvrir son lit. Mais ça vient de beaucoup plus loin qu'on ne le pense. C'est-à-dire qu'on résume la prospérité de Zemmour à sa présence dans les médias. Oui, les médias ont compté pour le faire connaître auprès des Français et lui donner une certaine notoriété. Je trouve d'ailleurs assez accablant que ce fût d'abord dans le service public, dans l'émission On n'est pas couché pendant cinq ans. Mais ça remonte à loin. Je vous disais tout à l'heure, Alain de Benoît et le Grèce, c'est 1968, c'est un pari intellectuel qui a été fait par une partie de l'extrême droite sur la question de l'hégémonie culturelle, une théorie développée par le philosophe communiste Gramsci. C'est vrai que cette hégémonie culturelle, on la voit à l'œuvre aujourd'hui. Depuis 1968, après il y a eu le club de l'horloge avec Jean-Yves Le Gallou qui est d'ailleurs aujourd'hui aux côtés de Zemmour, puis une droite qui est allée braconner sur les terres de l'extrême droite, y compris d'ailleurs en utilisant ces mots d'une partie de la droite en tout cas, et une gauche qui a complètement démissionné. C'est une gauche qui a été capable de ressortir la déchéance de nationalité, une gauche qui a lancé la loi travail, et après un Macron qui en 2017 a intégré dans le droit commun, avec la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, les dispositions de l'état d'exception. Et aujourd'hui nous sommes dans des états d'urgence, et nous sommes dans une situation où l'état de droit doit s'adapter à l'état d'urgence. C'est quand même un renversement de la pyramide du droit, et tout ça fait que le fond de l'air est brun, il y a eu Trump, il y a Bolsonaro, il y a la reine de Ramoudi en Inde, il y a la Pologne, il y a la Hongrie, tout cet ensemble fait que Zemmour arrive dans un terrain préparé. »
