Donner des traces, on parlait tout à l'heure d'archives manquantes, de l'importance en fait à ces vies, à ces existences singulières. Et en même temps, Alice Diop, dans votre film, on ne sait pas comment s'appellent les personnes. On la prend à la fin dans le générique, mais on ne sait pas comment il ou elle s'appelle. Et vous ne voulez pas pour autant en faire des archétypes non plus, des représentants de telle ou telle situation. Comment vous placez-vous par rapport aux personnes que vous filmez ?
Réponse directeOn ne sait pas comment il s'appelle, mais on les sait de façon très singulière. C'est-à-dire que quand on rencontre Ismaël, même si on ne sait pas qui s'appelle Ismaël, on l'a vu, on sait qui il est. Pour moi, c'est très important. Et peut-être dire aussi que la construction de ce film, elle m'a été soufflée par ce texte de Maspero, mais aussi par des recueils de nouvelles qui m'ont beaucoup beaucoup inspirée. Et je pourrais citer « Légende Dublin » de James Joyce qui, effectivement, dans cette manière de raconter comme ça des vies minuscules de Dublin au début du XXe siècle, il questionnait à travers cette suite de récits extrêmement concise la vie, qu'est-ce que ça voulait dire d'être irl…
« On ne sait pas comment il s'appelle, mais on les sait de façon très singulière. C'est-à-dire que quand on rencontre Ismaël, même si on ne sait pas qui s'appelle Ismaël, on l'a vu, on sait qui il est. »
