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interviewPublic Sénat· 8 décembre 2022 24 min

Retraites : "Il n’y a aucune raison de briser un système qui n’est pas en péril"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Invité

– Comme un lundi, non, c'est pas un lundi.

0:04
Présentateur

– Et notre invité politique ce matin, c'est Clémentine Autain. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. C'est la France Insoumise de la Seine-Saint-Denis. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Julien Lécuyer de la Voix du Nord. Bonjour Julien.

0:17
Invité

– Bonjour Auriane, bonjour Madame Autain.

0:19
Présentateur

– On a beaucoup de sujets à voir avec vous Clémentine Autain. On commence par le pouvoir d'achat, le carburant, la hausse des prix. Elisabeth Borne a annoncé hier une aide pour les travailleurs modestes qui remplacera la ristourne à la pompe à partir du 1er janvier, de 100 euros qui concernera la moitié des Français. Est-ce que c'est une bonne chose de cibler ceux qui en ont le plus besoin selon vous ?

0:36
Clémentine Autain

– Je pense que c'est pas du tout la bonne réponse. En fait, on voit un gouvernement qui bricole avec des primes, des chèques, parce qu'il est incapable de changer son logiciel de fond. Je pense qu'aujourd'hui, nous avons besoin de sortir de la logique du tout marché et d'être capable de réguler l'économie en fonction de nos besoins véritables et non pas des besoins des marchés financiers. Aujourd'hui, on est vraiment sous ce règne-là. Et donc, le gouvernement voit bien que ça ne marche plus, cette logique de libre-échange, qui d'ailleurs est contestée jusqu'aux États-Unis d'Amérique.

C'est quand même extraordinaire, puisque là-bas, 400 milliards ont été injectés dans l'économie cet été, dans un plan qui rompt avec ce qu'on connaissait depuis au moins 40 ans. Mais en France, on s'arc-boute. Macron ressemble un peu à un Giscard en sortie du Formol, et qui continue la politique.

1:31
Invité

Le quoi qu'il en coûte a montré que le gouvernement était capable de changer de logiciel.

1:36
Clémentine Autain

Non, je ne crois pas, parce que globalement, le quoi qu'il en coûte, ça a été des milliards déversés à des entreprises, notamment celles du CAC 40, qui ont empoché de l'argent, en dépit du fait qu'elles supprimaient des emplois, en dépit du fait qu'elles augmentaient les prix, en dépit du fait qu'elles ne faisaient rien pour la transition écologique, et en dépit du fait qu'au bout du bout, elles reversaient par milliard les dividendes. Puisqu'il faut savoir...

1:58
Présentateur

Ce n'est pas pour les petites entreprises, tellement que ça a sauvé beaucoup de petites entreprises.

2:04
Clémentine Autain

Oui, mais il y a beaucoup de milliards, bien sûr, et je suis pour qu'il y ait un soutien au tissu très important de TPE, PME, mais ça devrait passer déjà par une fiscalité plus juste, puisque comme vous le savez, vous le savez comme moi, les petites entreprises payent proportionnellement beaucoup plus d'impôts que les grandes. Donc là, il y a quelque chose que le gouvernement ne veut pas...

2:25
Invité

C'est le logiciel de prime qui vous embête, prime défiscalisée, et donc pas de reversement des cotisations.

2:30
Clémentine Autain

Exactement, et après on va nous expliquer qu'on a un problème sur les cotisations. Donc sur l'énergie, il fallait faire totalement autrement. Alors je dis totalement, il y a le mot total, vous l'entendez dedans, qui lui fait exploser ses profits. Donc je pense qu'il vaut mieux s'accaparer les profits de total, c'est-à-dire faire en sorte que tout cet argent qui a été dégagé impunément dans une période de crise revienne dans le giron public, qu'on ait un pôle public de l'énergie pour qu'il y ait un pilote dans l'avion, qu'on ne soit pas dépendant des logiques de marché, mais qu'on puisse intervenir.

Et par ailleurs, si vous bloquez les prix des produits de première nécessité, c'est-à-dire que directement à la pompe, le consommateur n'est pas ponctionné. Là on a l'impression d'être ponctionné deux fois. Avec la difficulté. À la pompe, et ensuite parce que nos impôts servent à soutenir une économie qui est une économie qui ne sert pas nos besoins. Sur les coupures d'électricité, est-ce que vous avez été rassuré ? Je vous remercie de parler de coupure d'électricité, non de délestage, espèce de nouveau mot. Non mais c'est une espèce de novlangue, une espèce de novlangue incroyable.

3:34
Invité

C'est le terme technique.

3:35
Clémentine Autain

Oui, c'est le terme technique, sauf que je pense que nous sommes dirigés par des technos. Vous avez parfaitement raison. Non, ce n'est pas ce que j'ai dit non plus. Je pense qu'à un moment donné, c'est bien d'en revenir à des mots qui parlent. Donc il s'agit de coupure d'électricité.

3:49
Présentateur

Est-ce que vous avez été rassuré par les déclarations d'Emmanuel Macron qui dit que cet hiver on va tenir, qu'on est un grand pays en matière énergétique et qui fustige les scénarios de la peur ?

3:57
Clémentine Autain

Écoutez, tant mieux. Si on n'a pas de coupure, je pense que ça serait raisonnable. Qu'on n'ait pas de coupure dans une puissance économique aussi grande que la France. Imaginez qu'on ait des coupures d'électricité. Mais désolé, mais la parole de Macron n'est pas parole d'évangile. Et je constate qu'en France, on a des ruptures de stock de Doliprane. Qui l'eût cru ? Qui l'eût cru ? Et donc le fait qu'on anticipe ces problèmes-là, c'est bien qu'il n'y a pas de pilote suffisamment agissant dans la place, comme on l'avait vu au moment de la crise Covid. C'est-à-dire qu'on a des gouvernements qui ont dépecé les capacités de l'État d'organiser, de planifier.

Et ce qui est profondément grave, et je trouve qu'on l'a vu aussi avec McKinsey. En fait, McKinsey, on a vu que l'État était obligé de recourir, en tout cas se sentait, croyait obligé de recourir à des cabinets privés, pour organiser son propre calendrier, ses propres méthodes de planification, etc. Parce qu'à force de coupures budgétaires, d'austérité, de coupes franches dans les postes de la haute fonction publique, y compris, de la fonction publique en général, eh bien au fond, il ne sait plus organiser les choses. Donc c'est très préoccupant d'avoir un État qui, aujourd'hui, ne peut pas garantir...

5:11
Invité

Un État désormais, mais ces coupures d'électricité, est-ce qu'elle ne pose pas aussi la question de la baisse de la part du nucléaire dans le parc français ?

5:19
Clémentine Autain

Elle pose la question de notre production d'énergie. Vous savez qu'en ce moment, à l'Assemblée nationale, on est en train d'étudier un texte sur le développement des énergies renouvelables. Ce qui est assez dramatique, parce qu'on fait à l'envers. C'est-à-dire que le gouvernement fait tout à l'envers. Au lieu de commencer par les objectifs, et ça fait 5 ans qu'il aurait dû produire des énergies renouvelables, nous n'arrivons même pas... Nous sommes le seul pays d'Europe qui n'atteint pas ses propres objectifs en matière d'énergie renouvelable. Mais vous-même, vous-même... Du coup, vous allez visiter ce texte alors ? Non. Parce qu'il vise à atteindre les objectifs.

Non, il ne vise pas atteindre les objectifs, le texte. Il vise à accélérer les énergies renouvelables. Il commence par la réglementation. C'est-à-dire qu'il part du principe que le problème majeur pour avoir des énergies renouvelables, c'est un problème de réglementation. Il n'y a pas un COPEC, un euro, dans ce... Non, mais il n'y a pas d'argent mis dans cette loi. Ce n'est pas une loi CAD. Donc moi, je ne sais pas comment on crée massivement les énergies renouvelables.

6:14
Invité

Et ça veut dire que vous voterez contre cette loi ?

6:16
Clémentine Autain

Notre vote n'est pas encore arrêté puisqu'on essaye d'obtenir des choses. Donc on le jugera sur pièce à la fin du texte. Mais la logique de marché... Sur quoi notamment ? Sur les questions de biodiversité ? Oui, alors le problème... Qu'est-ce qui conditionnera votre vote ? Oui, il est très technique. Il y a différents... Je ne veux pas parler à la place de nos chefs de file. Nous jugerons sur pièce à la fin. Mais je veux vous dire... Mais vous n'excusez pas de voter pour. Ah non, je ne pense pas qu'on va... Non, ça, ça ne me paraît pas possible. Mais... Ça peut se jouer entre l'abstention et le vote contre. Donc, j'essaie de vous expliquer.

Au lieu d'avoir d'abord une loi qui dit quels sont les grands objectifs, d'accord ? Pour notamment qu'à horizon 2050, on ait 100% d'énergie renouvelable. En tout cas, c'est notre point.

6:57
Invité

C'est votre objectif, ça.

6:58
Clémentine Autain

C'est notre objectif. Il est ambitieux, mais c'est notre objectif. D'essayer de voir comment on peut avancer vers 100% d'énergie renouvelable. Le gouvernement ne commence pas par là. Il commence par un texte sur la réglementation. Et qui va en fait casser un certain nombre de règles de marché pour aller vers du gré à gré et penser que finalement, ça va fonctionner tout seul par la magie, vous voyez, de l'offre et de la demande. On va faire exploser le nombre de...

7:24
Invité

Il y a quand même des objectifs en termes d'énergie renouvelable, de développement de l'éolien au shore, de développement de l'éolien terrestre. Non, il n'y a pas d'objectif dans la loi. Ah si, il y a les 40... En tout cas, il y a l'objectif de 40 champs éoliens au shore.

7:35
Clémentine Autain

Oui, non. Mais le problème, c'est qu'en fait, il faudrait se poser la question de notre industrie pour les produire. Et nous, nous proposons de multiplier par 3 pour arriver à 200 000 emplois directement consacrés à ces énergies renouvelables. Il n'y a pas de plan aujourd'hui du gouvernement. Il n'y a pas d'investissement prévu. Il n'y a pas d'argent qui est mis pour le faire. Et on laisse faire le marché. Et on pense que ça va se régler comme ça. En effet, nous sommes en désaccord avec cette logique. Nous pensons qu'il est temps d'investir massivement.

8:07
Invité

Donc, votre abstention à minima.

8:08
Présentateur

Et on va passer à deux types. On a beaucoup de sujets à voir. D'abord, les retraites, Julien.

8:11
Invité

Oui, une petite question. Puisque hier, il y a eu une réunion autour de la Première ministre et du Président de la République de la majorité sur ce sujet des retraites. Sujet inflammable. On comprend qu'il reste encore des arbitrages à faire entre peut-être une ouverture vers 65 ans, âge légal, allongement de la durée de cotisation ou accélération de la réforme touraine, augmentation des trimestres. Ou bien on reste sur 65 ans. Est-ce que dans tous les cas, de toute façon, c'est pour vous une déclaration de guerre ?

8:41
Clémentine Autain

Moi, je suis abasourdie que le débat soit 64 ans ou 65 ans d'allongement d'âge légal de départ à la retraite. Une écrasante majorité de Français est opposée, opposée à travailler plus longtemps. Il n'y a aucune raison de briser notre système et de nous faire travailler plus longtemps puisque le système lui-même, par répartition, aujourd'hui n'est pas en péril. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le COR, le Conseil d'orientation des retraites, qui a fait des estimations.

9:09
Invité

– Il reste un déficit, il est en déficit.

9:11
Clémentine Autain

– En déficit de combien ?

9:13
Invité

– On parle de quoi ? 10 milliards ?

9:14
Clémentine Autain

– 10 milliards sur 340 milliards annuels de prestations. – Donc c'est quelque chose qui peut être compensé par ailleurs. – Combien de dividendes reversés sur une année, là ? 70 milliards, qu'on prenne la mesure des choses. Je dis qu'on prenne la mesure des choses. Donc on va nous faire travailler jusqu'à 65 ans, donc en réalité plus, parce que si vous dites l'âge légal de départ à 64 ou 65 ans, ça veut dire que dans la vraie vie, suivant le moment où vous avez commencé et le caractère plus ou moins haché de votre retraite, vous allez plutôt partir autour de 67, 68 ans.

9:46
Invité

– Alors 67, il y a eu une promesse d'Elisabeth Borne pour ne pas bouger cet âge-là.

9:51
Clémentine Autain

– Non mais vous vous rendez compte ? Est-ce que vous vous rendez compte de ce que ça veut dire pour des millions de gens ? Est-ce que vous savez qu'on a aujourd'hui 1 million de personnes qui pendant plus de 20 heures par semaine font des gestes répétés de façon très cadencée ? Est-ce que vous savez qu'il y a 2 millions de personnes qui portent des charges lourdes 10 heures par mois ? Et vous allez demander à ces gens de travailler jusqu'à 65 ans ? – Par mois ou par jour ? – Par mois, non, non, par mois. Et qui vont, c'est déjà pas mal.

10:16
Invité

– Non, non, bien sûr.

10:16
Clémentine Autain

– C'est déjà pas mal, je vous assure. Et qui vont travailler plus longues.

10:19
Invité

– Mais alors qu'est-ce que vous allez faire face à cette offensive gouvernementale ? Qu'est-ce que vous allez faire concrètement ?

10:25
Clémentine Autain

– Très concrètement, on s'est mis en ordre de marche très fortement. D'abord, je suis très heureuse de voir que les syndicats se sont organisés en intersyndicales et ont décidé d'en découdre sur la contre-réforme des retraites et vont sans doute appeler à une première journée de mobilisation. Donc on est très attentifs à cela. Et nous les avons d'ailleurs toutes auditionnées, les organisations syndicales. Quand je dis nous, c'est à la fois les députés de la NUPES et les sénateurs de tous les groupes de gauche. Et nous travaillons ensemble. Nous aurons une conférence de presse la semaine prochaine, commune, avec un texte dans lequel nous disons…

– Donc un court projet, vous allez présenter un… – Là, pour l'instant, nous allons dire que nous ne voulons pas d'un allongement de l'âge de départ à la retraite. – Ça, vous l'avez déjà dit. – Et que nous réaffirmons notre horizon, qui est celui d'un départ à 60 ans avec 40 annuités. Ça, c'est notre horizon.

11:16
Présentateur

– Et il y aura une mobilisation commune, politique et syndicale ensemble ?

11:19
Clémentine Autain

– Nous estimons qu'il n'y a pas péril en la demeure. C'est-à-dire que l'argument financier est un faux argument. C'est totalement mensonger. Il n'y a pas besoin, urgemment, de mettre à bas notre système. D'autant que dans les projections, en 2040, le système revient à l'équilibre. Et que par ailleurs, tout ça, c'est sans compter la capacité à faire en sorte qu'on aille vers le plein emploi. C'est-à-dire que toutes ces projections, on part du principe qu'on reste quelque part dans une situation où on n'est pas capable de chômage de mal. – Mais la mobilisation, ce sera pour quand ? – Autre argument, la mobilisation.

11:53
Présentateur

– Vous allez faire une mobilisation commune, politique, syndicale ? Est-ce qu'il y aura une manifestation ?

11:57
Clémentine Autain

– La mobilisation politique, par définition, elle aura notamment lieu dans l'hémicycle quand, si et quand le projet de loi arrivera. Ça, c'est une première chose. Et puis nous prenons des initiatives. Nous avons auditionné les organisations syndicales. Nous allons auditionner un certain nombre d'économistes et d'experts. Nous faisons une conférence de presse. Vous allez nous voir déployer. En tout cas, la détermination de la NUPES et de tous les groupes de gauche au Parlement est totale, totale pour faire reculer le gouvernement. Nous l'avons déjà fait reculer la dernière fois.

Je m'en souviens bien parce que j'étais aux premières loges avec nos 17 000 amendements et la mobilisation dans la rue. – C'est pareil quand le texte arrive, des milliers d'amendements. – On va réfléchir, on va réfléchir à la méthode.

12:38
Invité

– L'obstruction parlementaire sera totale. C'est ce que vous nous dites.

12:41
Clémentine Autain

– La détermination sera totale. – Mais ça passera par des amendements. – La détermination sera totale. Et vous serez informés de la méthode, vous inquiétez pas, on va en discuter.

12:49
Présentateur

– On parle d'un autre texte, le texte sur l'immigration, puisqu'Elisabeth Borne est venue devant les députés avec Gérald Darmanin, Olivier Dussop, pour présenter les grandes lignes. Un débat avant même la présentation du texte. Est-ce que vous dites que c'est la bonne méthode ?

13:00
Clémentine Autain

– Écoutez, on n'en peut plus. Ça fait 29 textes en 40 ans sur l'immigration.

13:04
Invité

– 40 ans, c'est ça, depuis 1980.

13:06
Présentateur

– Depuis même plus que 40 ans, vous imaginez ? – Non mais là, sur la méthode, pour connaître que le Parlement est entendu, de venir débattre avant de présenter le texte en Conseil des ministres ?

13:13
Clémentine Autain

– Écoutez, j'ai un sujet sur lequel on pourrait avoir des débats. Le gouvernement choisit d'avoir un temps programmé comme ça de débat sur l'immigration, qui est le thème favori de l'extrême droite. C'est un choix qui n'aurait pas été le nôtre, je vous assure. – Il veut dire quoi ? Qu'est-ce que vous sous-entendez ?

13:28
Invité

– On ne peut pas parler d'immigration sans faire forcément…

13:30
Clémentine Autain

– Je ne dis pas qu'on ne peut pas parler, d'ailleurs nous, on est pour en parler, mais dans d'autres termes, d'accord ? Ça, c'est la première chose. Mais la deuxième, c'est que dans les thèmes choisis comme prioritaires, on pourrait par exemple avoir eu deux heures de débat sur les retraites ? On aurait pu ? – Mais il y a des concertations. – Non mais alors, il y a sans doute, peut-être que… Le gouvernement fait des concertations, il s'assoit dessus d'ailleurs, il concerte, et puis après, merci, on vous a entendu, au revoir.

13:53
Invité

– C'était aussi une promesse d'Emmanuel Macron que de faire un débat régulier, d'ailleurs, qui a été interrompu par le Covid, sur l'immigration. – Oui, mais moi je vous repose la question,

14:03
Clémentine Autain

on aurait pu dire qu'hier, puisqu'on avait deux heures de débat sans vote à l'Assemblée nationale…

14:07
Invité

– Le problème de priorité, mais sur le contenu du texte ?

14:09
Clémentine Autain

– Il n'y a rien qui vous vend sur le contenu du texte ?

14:11
Invité

– Sur la régularisation par exemple, excusez-moi, c'est vrai, sur les titres de séjour… – Côte de question, je n'ai pas le temps de répondre. – C'est vrai, vous avez raison. Sur les titres de séjour particuliers pour les métiers en tension, est-ce que ce n'est pas quand même une voie de régularisation qui pourrait vous satisfaire ?

14:24
Clémentine Autain

– Nous, on est pour en effet la régularisation de ceux qui sont sur notre territoire et qui travaillent sur notre territoire. Mais si vous voulez, c'est l'entrée qui ne va pas. C'est l'entrée qui ne va pas parce que nous ne estimons pas qu'il y a une crise de l'immigration, donc un problème de trop de migrants, une logique de submersion que semble valider le gouvernement et notamment M. Darmanin. Nous estimons qu'il y a une crise de l'accueil. Ce n'est pas du tout la même chose. Il n'y a pas de submersion. Vous pouvez regarder toutes les enquêtes sociologiques, tous les travaux qui sont faits sur le sujet, ça n'est pas vrai. C'est globalement assez stable. – Donc de quoi parle-t-on ?

14:59
Invité

– Le texte parle de la rationalisation des procédures.

15:02
Clémentine Autain

– Mais pourquoi autant de textes en permanence pour durcir en réalité les conditions ?

15:05
Présentateur

– Mais là, il n'y a pas que durcir, il y a une amélioration de l'accueil, il y a une réforme des préfectures. – Attendez voir, la réforme des préfectures, moi j'attends de voir.

15:11
Invité

– La réforme des préfectures, elle est importante, vous-même a raison, Boris Vallaud aussi a rappelé le désordre actuel, c'est un an de procédure, on cherche à le réduire à six mois. Ça c'est plutôt une bonne chose, non ?

15:22
Clémentine Autain

– Mais il faut embaucher. Moi j'ai eu la discussion à plusieurs reprises avec, j'ai envie de dire les préfets, parce que dans la durée, il y a eu plusieurs de Seine-Saint-Denis. Ce qui est terrifiant en Seine-Saint-Denis, c'est qu'on n'a pas la capacité d'appliquer l'état de droit, de faire en sorte que nous soyons dans un état de droit.

15:40
Invité

– Donc ce n'est pas un problème de procédure pour vous, c'est un problème d'effectifs ?

15:42
Clémentine Autain

– De moins, ils n'ont pas les effectifs. Ils ne peuvent pas appliquer l'état de droit. Vous vous rendez compte ce que je suis en train de vous dire ? Vous imaginez un préfet qui lui-même est capable de dire « Je ne suis pas en état d'appliquer l'état de droit parce que je n'ai pas suffisamment de personnel pour recevoir à tant les gens et vérifier si leur dossier leur donne droit ou pas à un titre de séjour. » C'est quand même effrayant, absolument effrayant. Donc on a une crise de l'accueil.

Et ce que fait le gouvernement avec ces débats et ces lois à répétition, qui globalement durcissent les conditions d'accueil et qui globalement ne luttent pas contre les Frontex, contre toutes les logiques qui sont des logiques qui sont particulièrement violentes, voire parfois criminelles vis-à-vis des migrants, eh bien ce gouvernement, il lutte non pas contre une hypothétique submersion des migrants, mais comme l'a dit ma collègue Elsa Faucillon, c'est plutôt une logique de submersion du Front National, des idées du Front National, du Rassemblement National, de l'extrême droite. C'est à ça que contribue aujourd'hui le gouvernement. – On va poser une question sur la santé.

16:42
Invité

– Oui, santé, alors on est à l'aube d'une neuvième vague, nous disent les chiffres. Est-ce qu'il faut, pour vous, réinvestir les gestes barrières, remettre le masque dans les transports par exemple ?

16:56
Clémentine Autain

– Écoutez, que chacun se protège, que la vaccination puisse perdurer et que les personnes les plus fragiles, parce que c'est ça le plus important, c'est que les personnes les plus fragiles devant ce virus puissent être le mieux protégées possible. Donc oui, il faut rappeler les gestes barrières. Je pense que là, aujourd'hui, si on disait aux Français, allez, on refait tout, on remet des masques partout, des gestes barrières partout, je pense que nous aurions un problème de consentement.

17:24
Invité

– Est-ce que dans un tel contexte, Mme Rottin, il est utile, voile légitime, de réintégrer des soignants non vaccinés ?

17:30
Clémentine Autain

– Alors la proposition de loi de ma collègue Caroline Fiat, qui était présente dans notre niche, visait notamment, et c'était intéressant, le débat qu'il y a eu à ce moment-là, visait notamment à répondre à une situation que nous avons chez les ultramarins, dans les Outre-mer. – Mais pas que. – Non, mais pas que. En France, vous savez, c'est plus que marginal. – Mais l'empêche, qu'ils seront en intègre. – Non, mais qu'on se le dise. Les personnels soignants non vaccinés, c'est une goutte d'eau parmi les personnels…

17:58
Invité

– Donc c'est à destination des territoires ultramarins.

18:00
Clémentine Autain

– Je dis juste qu'en revanche, nous avons une situation qui est une situation critique chez les ultramarins et que je crois qu'il y a la nécessité, quelque part, d'effacer l'ardoise des tensions qu'il y a eues, qui a eues et qui sont en partie liées au drame du chlordécone et de la défiance à l'égard de la parole de l'État. – Non, mais là, politiquement, sur la manière dont ça s'est passé, oui.

18:22
Invité

– Justement, est-ce qu'elle légitimait le fait que Caroline Fiat puisse, comment dire, juger nécessaire d'investir une niche parlementaire Rassemblement National telle que ça avait été proposée par le groupe Rassemblement National ?

18:36
Clémentine Autain

– Vous avez vu ce qu'a dit de façon extrêmement claire notre groupe.

18:40
Invité

– Après l'étergiversation.

18:41
Clémentine Autain

– Il n'y aura pas de proposition de loi portée par notre groupe dans la niche du Rassemblement National.

18:48
Invité

– Elle a fait l'erreur, Caroline Fiat. – Il n'y aura pas. – Est-ce qu'elle a fait une erreur, Caroline Fiat ?

18:51
Clémentine Autain

– Mais si vous avez été piégée politiquement par le groupe ? – Non, pas de piège, nous ne serons pas dans cette niche. – Moi, je vais vous dire les choses, franchement.

18:58
Invité

– Est-ce qu'elle devait refuser tout de suite ?

19:00
Clémentine Autain

– Il y a un moment donné, il faut avoir une colonne vertébrale politique.

19:04
Invité

– Mais justement, à l'Assemblée oscillée.

19:05
Clémentine Autain

– Toute collusion, toute confusion avec l'extrême droite est inacceptable, est impossible, est impensable. Je ne peux pas vous le dire plus nettement, donc c'est non. Voilà, c'est non. Et je pense en effet qu'il faut à chaque fois être très clair sur cela, d'autant plus qu'il y a un petit jeu.

19:25
Invité

– Quitte à abandonner un petit jeu.

19:26
Clémentine Autain

– Non mais il y a un petit jeu, on le voit bien, des médias, comme on dit, des grands médias mainstream, en permanence expliquer que Rassemblement National et France Insoumise, c'est la même chose, ce qui est quand même insupportable, parce que si on est un tout petit peu rationnel, on sait que nous proposons des voix qui sont quasiment, en tout point, radicalement opposées. Radicalement opposées.

Voilà, donc il faut arrêter avec ça, je demande que vraiment chacun ait conscience de la gravité de cette assimilation de l'un à l'autre, et quand il s'agit de balayer devant notre porte, il faut en effet que nous ayons une colonne vertébrale suffisamment solide pour ne jamais se retrouver piégée, notamment par l'extrême droite.

20:06
Présentateur

– Tout le monde est clair chez vous, à la France Insoumise, parce qu'il y a des voix chez vous qui disent que, si pour faire tomber le gouvernement, il faut s'associer avec le RN,

20:13
Clémentine Autain

– On ne s'associe pas, attention, faites attention, hier par exemple, sur la loi Lopmi, sur les votes, vous pouvez avoir des groupes, l'extrême droite et la majorité qui votent ensemble, ils l'ont fait sur la loi pouvoir d'achat.

20:30
Invité

– Mais il n'y a pas d'association demandée, si ça vous voulez dire.

20:32
Clémentine Autain

– Est-ce que vous dites, pour autant, c'est la même chose, la Macronie et l'extrême droite, et sur la loi pouvoir d'achat, ils ont voté la même chose.

20:38
Invité

– Sur la réintégration des soignants, vous voteriez la même chose, mais pas d'association.

20:41
Clémentine Autain

– On met des bornes, on ne fait pas de motion de censure commune, ça n'arrivera pas, vous voyez ce que je veux dire. Mais de dire qu'à aucun moment, les députés des différents groupes vont appuyer sur le même bouton, écoutez, soyons raisonnables, ça n'a pas de sens. Donc ça, il faut arrêter ce petit jeu, il faut arrêter ce petit jeu.

20:57
Présentateur

– Une dernière question, Julien ?

20:58
Invité

– Une dernière question, mince, on en avait tellement encore. – Alors, mardi prochain, Adrien Quatennens passera devant le juge dans le cadre d'une procédure de plaidé coupable pour des violences conjugales à l'égard de son épouse. Des décisions sur son maintien au sein du groupe LFI seront-elles prises à la suite de cette décision ?

21:13
Clémentine Autain

– Tout à fait, et nous avons entamé des discussions au sein de notre groupe pour réfléchir justement à ce que nous allons faire. Alors, nous attendons la décision de justice.

21:23
Invité

– Elle est connue, on va dire, c'est un plaidé coupable.

21:27
Clémentine Autain

– Oui, mais même dans un plaidé coupable, s'il a un rappel à la loi, d'abord ça peut évoluer, moi j'ai entendu les déclarations de Céline Quatennens qui parle de violences répétées physiques et morales sur plusieurs années.

21:39
Invité

– C'est possiblement une première part, d'accord.

21:42
Clémentine Autain

– Oui, mais donc je ne sais pas ce que la justice va retenir, est-ce qu'elle va faire un simple rappel à la loi ou est-ce qu'au bout du compte, ça sera renvoyé devant une cour pénale ? – Vous savez peut-être, moi je ne sais pas, non. – Non, mais ça veut dire que s'il y a un rappel à la loi,

21:54
Présentateur

il n'y aura pas d'appel à la démission, c'est ce que vous nous dites ?

21:58
Clémentine Autain

– Non, non, non, la question, nous n'avons pas dit que nous voulions une démission d'Adrien Quatennens, la question est juste et celle de l'appartenance à notre groupe et celle des conditions qui permettraient à Adrien Quatennens de revenir, c'est ça le sujet, voilà, et on en débat, et on en débat, c'est pas facile, c'est pas facile d'abord parce que ce sont des problématiques nouvelles liées à la vague MeToo, donc auxquelles nous devons faire face, que nous avons un devoir d'exemplarité évidemment, et en même temps, quand je dis, comme c'est dans notre groupe, c'est un camarade, donc c'est forcément toujours très douloureux comme moment, mais nous avons dit que nous voulions prendre une décision politique et qui repose sur nos principes et qui permette que nous affirmions aussi notre engagement.

22:44
Présentateur

– Donc ça veut dire que politiquement parlant, je ne parle pas de la décision de justice, politiquement parlant pour vous, le maximum de la sanction, ça serait une exclusion du groupe ? Vous ne lui demanderez pas de démissionner de son mandat ?

22:53
Clémentine Autain

– Écoutez, moi, je ne vous réponds sur rien là-dessus, je pense que c'est important qu'il y ait une décision du groupe, elle n'est pas prise, nous attendons d'être éclairés par la décision de justice, et après, on verra. – Je peux avoir une très dernière question, très rapidement,

23:05
Invité

il y a l'assemblée du mouvement, samedi, samedi, est-ce que vous ferez partie de la direction ?

23:11
Clémentine Autain

– Je n'en sais strictement rien.

23:14
Invité

– Non, ça n'est strictement rien, parce que pas de nouvelles, il n'y a pas de nouvelles jusqu'à présent.

23:18
Clémentine Autain

– Je ne peux pas vous dire mieux, je n'en sais rien, à ma connaissante, je ne suis pas invitée samedi à l'assemblée représentative, donc je ne sais pas, je ne peux pas répondre à votre question.

23:28
Invité

– C'est un peu quand même étonnant de ne pas être invitée.

23:31
Clémentine Autain

– Écoutez, je ne fais pas partie de la commission qui a organisé cela, j'avoue que je n'ai pas tous les éléments pour comprendre exactement comment se réorganise le mouvement, et pour ma part, je suis incapable de vous dire aujourd'hui si je vais partir.

23:46
Invité

– Donc c'est toujours gazeux pour vous, ce mouvement.

23:48
Clémentine Autain

– Voilà, mais je ne doute pas que d'ici là, nous aurons des réponses.

23:50
Présentateur

– Et merci beaucoup Clémentine Autain, la une de la Voix du Nord, c'est peut-être une éclaircie pour Camailleux, la marque Camailleux, rachetée par Célio. Merci beaucoup Julien, merci Clémentine Autain, on passe au Club des Territoires.

24:01
Locuteur

– Merci beaucoup !