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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 7 novembre 2020 20 minComplaisantActualité / polémiqueEurope & internationalÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsDéfense

Benjamin Haddad : "Biden a fait un discours présidentiel et rassembleur"

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:53OuverteRéponse directe

    Depuis ce discours d'attente, quelle est l'ambiance d'ailleurs aux Etats-Unis chez les démocrates ?

  • 1:47OuverteRéponse directe

    Que retenez-vous de façon plus générale de ce discours, de quelques minutes seulement ?

  • 3:06OuverteRéponse directe

    Et ce thème d'une campagne électorale de Biden, non pas projet contre projet, mais frontalement sur la personnalité, et quand je dis sûr, c'est plutôt contre la personnalité du président sortant, on a bien cru que ça allait lui coûter aussi la victoire.

  • 4:34OuverteRéponse directe

    C'est d'ailleurs une des leçons, a priori, de cette fin de campagne et des premières analyses du corpus électoral, c'est que finalement, le trumpisme, c'est aussi avoir fait voler en éclats les communautés.

  • 4:47OuverteRéponse directe

    Il n'y a plus d'une communauté qui vote, je pense aux Afro-Américains, je pense aux Hispaniques, qui voterait plutôt démocrate. Ça, c'est fini ?

  • 5:48OuverteRéponse directe

    Joe Biden a plutôt la réputation d'être un homme de consensus. Et peut-être a-t-il encore dans la tête l'idée d'un parti républicain avec qui on peut parler.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00InvitéFait
    « On est au début dans une assez grande nervosité parce que les résultats évidemment étaient beaucoup plus serrés que prévus. »
  • 1:13InvitéFait
    « Joe Biden, tous les jours, s'est exprimé pour rassurer ses électeurs, pour les appeler au calme, à la patience, pour dire qu'il faut que chaque voix soit comptabilisée, rappelant le droit, la norme. »
  • 1:52InvitéFait
    « C'était un discours présidentiel. C'était un discours... Alors, il n'a pas encore proclamé sa victoire, mais effectivement, comme vous le dites, il l'a en tout cas projeté. »
  • 2:08InvitéFait
    « Il a parlé de la crise du Covid, il a parlé de la crise économique. »
  • 2:25InvitéFait
    « Il a beaucoup parlé de rassemblement. Il a dit, nous ne sommes pas en guerre. La politique, ce n'est pas une guerre. Nous ne sommes pas ennemis. »
  • 2:41InvitéFait
    « C'est tout le message de Joe Biden depuis le début de cette campagne. Ça n'a pas tellement été une campagne projet contre projet, mais plutôt personnalité contre personnalité, style contre style. »
  • 3:25InvitéFait
    « Et on a vu qu'à ce jeu-là, Donald Trump a su mobiliser ses électeurs. »
  • 3:29InvitéChiffre
    « On a vu que son lien avec sa base, 93% des Républicains se sont déplacés. »
  • 3:36InvitéFait
    « Il a eu plus de voix. »
  • 3:43InvitéFait
    « Biden lui-même a eu plus de voix, évidemment, qu'Hillary Clinton. »
  • 3:52InvitéFait
    « On a vu aussi le discours de Donald Trump qui a réussi à percer, dans une certaine mesure, chez les minorités, avec une participation plus forte des hommes noirs et hispaniques en sa faveur. »
  • 3:56InvitéFait
    « Joe Biden a remporté largement les minorités, il faut le dire. »
  • 4:20InvitéFait
    « Ils récupèrent, aujourd'hui, et c'était très important pour eux, une partie des États de la ceinture rouillée, du mur bleu, Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, ces États désindustrialisés, mais de très peu. »
  • 5:07InvitéFait
    « On parle beaucoup d'identity politics ici, c'est-à-dire une coalition des minorités, des jeunes et des femmes, des populations essentiellement urbaines, ne suffit pas. »
  • 5:20InvitéChiffre
    « Il a eu plus de voix. »
  • 6:21InvitéFait
    « la veuve de John McCain, qui avait été le candidat républicain face à Barack Obama, un sénateur lui aussi plutôt pragmatique, a appelé à voter pour lui, a fait campagne. »
  • 7:25InvitéFait
    « On imagine aujourd'hui déjà des républicains modérés qui pourraient être nommés au gouvernement. »
  • 7:34PrésentateurFait
    « Mitt Romney qui s'est désolidarisé du président sortant sur le manque de preuves quand il parle des recours possibles. »
  • 8:05InvitéFait
    « Il y a un certain mystère dans l'attitude de Donald Trump. »
  • 8:17InvitéFait
    « ses recours sont limités. »
  • 8:27InvitéFait
    « On se rappelle l'élection en 2001 qui avait mis un mois à se départager devant la Cour suprême à cause des scores rapprochés en Floride. »
  • 8:42InvitéFait
    « Je crois qu'il est en train de prendre conscience progressivement de sa défaite. »
  • 8:49PrésentateurChiffre
    « Il faut dire aussi qu'il y a dix enquêtes en cours contre lui et que Joe Biden ne pourrait même pas l'amnistier puisque c'est au civil. »
  • 9:36InvitéFait
    « En fait, ce sont les administrations de chacun des Etats dans lesquels on continue de compter. »
  • 10:16InvitéFait
    « c'est quelqu'un de la vieille école et donc c'est quelqu'un qui croit qu'on peut faire des deals. »
  • 10:26InvitéFait
    « C'est très impressionnant. C'est-à-dire que c'était un parti qui était libre-échangiste, pro-immigration, qui était un parti de Wall Street et ce qu'on appelait les country clubs républicains. »
  • 10:40InvitéFait
    « Trump a changé la nature, il a changé le centre de gravité, la nature du parti républicain en en faisant un parti protectionniste, en en faisant un parti également anti-immigration et encore plus blanc qu'auparavant. »
  • 11:03InvitéFait
    « C'est une ironie terrible que non seulement le président a été atteint, mais là, une personne qui est fondamentale dans son dispositif pour l'élection, qui est Mark Meadows, qui est le chief of staff de la Maison-Blanche, c'est-à-dire un peu le secrétaire général de l'Elysée en quelque sorte, est atteint du Covid-19 et donc va manquer à l'appel. »
  • 11:57InvitéFait
    « C'est l'ensemble des quatre années de cette présidence qui laisseront des profondes divisions. »
  • 12:14InvitéFait
    « Mindromney est le seul, en fait, qui avait voté l'impeachment, et donc c'est le seul qui avait gardé un semblant, disons, de dignité dans toute cette affaire. »
  • 12:43InvitéFait
    « Parce qu'évidemment, si c'est le cas, alors on ne peut pas se désolidariser de Trump, on ne peut pas insulter l'avenir, et c'est donc une tactique assez logique. »
  • 14:10InvitéFait
    « Ben extrêmement mince, là on ne voit pas bien sur quoi il s'appuierait »
  • 15:00InvitéFait
    « On est beaucoup mieux représenté politiquement quand on est dans le Wyoming ou le Montana, que quand on est en Californie, parce que c'est un pays fédéral »
  • 15:55InvitéFait
    « C'est-à-dire qu'il n'y a pas de carte nationale d'identité, parce que cet état civil, ça appartient aux 50 états fédérés. »
  • 16:43InvitéFait
    « Il faut occuper le terrain en fait. Il faut montrer qu'il est confiant. Il ne faut surtout pas laisser le terrain médiatique. »
  • 16:54InvitéFait
    « Trump a gagné en occupant le terrain médiatique, en imposant les sujets, en déclenchant des scandales dont le seul objet était d'attirer l'attention sur lui. »
  • 17:20InvitéFait
    « Oui, il a été en fait encore plus Trumpien que Trump, c'est-à-dire qu'il s'est en quelque sorte caricaturé lui-même par son agressivité, etc. »
  • 18:11InvitéChiffre
    « ce président a eu 70 millions de voix. »

Temps de parole

  • Invité37 %
  • Invité 231 %
  • Présentateur26 %
  • Présentateur 26 %

0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Sur France Inter, il est 8h21 à suivre les invités de la matinale. France Inter, Eric Delvaux, le 6-9 du week-end. Bonjour Justin Weiss. Bonjour. Vous êtes historien spécialiste d'histoire américaine, fondateur et directeur général du forum de Paris sur la paix. Je reviens vers vous dans un instant. On va d'abord à Washington rejoindre Benjamin Haddad. Bonjour, bonsoir Benjamin Haddad. Bonjour. Vous êtes directeur Europe chez Atlantic Council. C'est un think tank à Washington. Vous êtes chercheur en relations internationales et auteur du livre remarqué l'an dernier, un livre intitulé « Le paradis perdu, l'Amérique de Trump et la fin des illusions européennes ». C'est aux éditions Grasset.

C'était il y a trois heures le discours du candidat Biden qui s'est déjà projeté en président élu. Depuis ce discours d'attente, quelle est l'ambiance d'ailleurs aux Etats-Unis chez les démocrates ?

1:00
Invité

On est au début dans une assez grande nervosité parce que les résultats évidemment étaient beaucoup plus serrés que prévus. Le premier soir d'ailleurs, on pouvait penser que Donald Trump allait l'emporter. C'est pour ça que Joe Biden, tous les jours, s'est exprimé pour rassurer ses électeurs, pour les appeler au calme, à la patience, pour dire qu'il faut que chaque voix soit comptabilisée, rappelant le droit, la norme. Et depuis, on en voit une forme de confiance, mais c'est vrai aussi une interrogation. Ce résultat est beaucoup plus serré que prévu.

Il pose des questions sur l'état de l'Amérique, sur ses divisions et donc sur les conditions difficiles dans lesquelles s'exerceront le mandat du président Biden.

1:41
Présentateur

Nous n'avons pas encore la victoire, a dit cette nuit Joe Biden, mais nous allons gagner. Que retenez-vous de façon plus générale de ce discours, de quelques minutes seulement ?

1:52
Invité

C'était un discours présidentiel. C'était un discours... Alors, il n'a pas encore proclamé sa victoire, mais effectivement, comme vous le dites, il l'a en tout cas projeté. Mais il a dit, nous commençons déjà à travailler. Il était accompagné de sa vice-présidente Kamala Harris. Il a parlé de la crise du Covid, il a parlé de la crise économique. Il a dit qu'il rencontrait des experts pour commencer déjà à réfléchir aux mesures qu'ils prendront quand ils seront au pouvoir en janvier. Mais au-delà de ça, c'est aussi le ton qu'on a entendu ces derniers jours dans ce discours. Il a beaucoup parlé de rassemblement. Il a dit, nous ne sommes pas en guerre. La politique, ce n'est pas une guerre.

Nous ne sommes pas ennemis. Il sait que la tâche sera difficile pour rassembler, d'autant plus qu'il aura probablement affaire avec un Sénat républicain. C'est tout le message de Joe Biden depuis le début de cette campagne. Ça n'a pas tellement été une campagne projet contre projet, mais plutôt personnalité contre personnalité, style contre style. Il en a fait un référendum contre la personne et le style de Donald Trump, lui s'opposant en modéré, en rassembleur, en personnalité chaleureuse. On a beaucoup entendu parler de décence, de normes dans cette campagne. C'est vraiment les thèmes que Joe Biden a voulu imposer.

3:06
Présentateur

Et ce thème d'une campagne électorale de Biden, non pas projet contre projet, mais frontalement sur la personnalité, et quand je dis sûr, c'est plutôt contre la personnalité du président sortant, on a bien cru que ça allait lui coûter aussi la victoire. On a pensé il y a encore quelques jours que ce n'était pas la bonne stratégie.

3:23
Invité

Oui, effectivement, c'était un risque. Et on a vu qu'à ce jeu-là, Donald Trump a su mobiliser ses électeurs. On a vu que son lien avec sa base, 93% des Républicains se sont déplacés. C'est plus qu'en 2016. Il a eu plus de voix. Alors, la participation générale étant plus forte, Biden lui-même a eu plus de voix, évidemment, qu'Hillary Clinton. On a vu aussi le discours de Donald Trump qui a réussi à percer, dans une certaine mesure, chez les minorités, avec une participation plus forte des hommes noirs et hispaniques en sa faveur. Alors, Joe Biden a remporté largement les minorités, il faut le dire.

Mais le fait même que le discours de nationalisme économique, et peut-être le discours aussi anti-confinement, puisque ça a été un des axes de cette campagne, le positionnement par rapport au Covid, le risque sanitaire pour les démocrates, le risque économique et le risque des confinements pour les Républicains, a pu aussi toucher une partie des minorités. Les démocrates devront s'interroger sur le lien avec les électeurs. Ils récupèrent, aujourd'hui, et c'était très important pour eux, une partie des États de la ceinture rouillée, du mur bleu, Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, ces États désindustrialisés, mais de très peu. Donc la réflexion n'est pas terminée.

4:34
Présentateur

C'est d'ailleurs une des leçons, a priori, de cette fin de campagne et des premières analyses du corpus électoral, c'est que finalement, le trumpisme, c'est aussi avoir fait voler en éclats les communautés. Il n'y a plus d'une communauté qui vote, je pense aux Afro-Américains, je pense aux Hispaniques, qui voterait plutôt démocrate. Ça, c'est fini ?

4:54
Invité

C'est fini. Et c'est vrai que le discours identitaire d'une partie de la gauche américaine sur ces sujets, on parle beaucoup d'identity politics ici, c'est-à-dire une coalition des minorités, des jeunes et des femmes, des populations essentiellement urbaines, ne suffit pas. Il faudra aussi développer un discours économique un peu plus robuste. Ça a été l'une des forces de Trump, son populisme économique, son discours sur le protectionnisme, remettant en question le consensus libre-échangiste des démocrates comme des républicains en 2016.

On a vu émerger au sein du Parti démocrate, de ce côté-là, une aile plus progressiste, plus populiste, avec le succès des campagnes de Bernie Sanders et Elizabeth Warren. C'est plutôt l'aile pragmatique et modérée qu'il a emportée, avec Joe Biden, mais aussi avec Kamala Harris. Mais là aussi, il faudra réconcilier ces deux ailes pour pouvoir gouverner.

5:46
Présentateur

Oui, il y a beaucoup de monde à réconcilier. Joe Biden a plutôt la réputation d'être un homme de consensus. Et peut-être a-t-il encore dans la tête l'idée d'un parti républicain avec qui on peut parler. Or, ce parti républicain, il s'est quand même largement radicalisé ces derniers temps. Ça risque peut-être même de devenir un micro-parti, une pratique au vitriol, par les propos de Donald Trump. C'est un petit peu ce que Joe Biden a dit tout récemment.

6:13
Invité

Oui, c'est vraiment... Joe Biden, c'est quelqu'un qui est en politique depuis des décennies, qui avait des amis du côté républicain. Et d'ailleurs, c'est peut-être ce qui lui fait remporter l'Arizona, puisque la veuve de John McCain, qui avait été le candidat républicain face à Barack Obama, un sénateur lui aussi plutôt pragmatique, a appelé à voter pour lui, a fait campagne.

6:33
Présentateur

Mais il a été le plus jeune sénateur des Etats-Unis.

6:36
Invité

Il a été le plus jeune sénateur des Etats-Unis il y a 47 ans. Donc c'est quelqu'un effectivement qui a une expérience de ce Washington d'hier, de ce Washington de compromis, de consensus, de négociations permanentes entre démocrates et républicains, entre exécutifs et législatifs. Aujourd'hui, on est dans une structure politique et médiatique beaucoup plus fragmentée, beaucoup plus morcelée. Un climat différent. Un climat différent. Les démocrates écoutent MSNBC, les républicains écoutent Fox News. On n'en perd même plus parfois dans la même réalité, dans les mêmes faits. On voit aussi des théories conspirationnistes qui ont de plus en plus de pénétration, notamment chez les républicains.

Donc c'est vrai que ce sera difficile pour Joe Biden de gouverner avec un camp républicain en face, même s'il essaiera de leur parler. On imagine aujourd'hui déjà des républicains modérés qui pourraient être nommés au gouvernement. On parle de Mitt Romney, qui avait été lui aussi candidat face à Barack Obama, le sénateur de l'Utah. Mais ce sera très difficile de rassembler.

7:34
Présentateur

Mitt Romney qui s'est désolidarisé du président sortant sur le manque de preuves quand il parle des recours possibles. Un mot justement, dernier mot Benjamin Haddad, sur le relatif silence tout récent d'ailleurs de Donald Trump qui s'est contenté cette nuit de retweeter des messages d'élus républicains après le discours de Joe Biden. Lui qui était si prompt à réagir en caractère majuscule. Qu'est-ce que ça dit de l'attitude ce soir, ce matin du président sortant ?

8:05
Invité

Il y a un certain mystère dans l'attitude de Donald Trump. On l'a vu s'exprimer hier. Il parle moins que Joe Biden. Il fait des tweets. Alors évidemment, il va essayer d'être combattif jusqu'au bout. Il va contester dans la mesure du possible. Bon, ses recours sont limités. Alors c'est vrai que comme les scores sont très serrés dans un centre d'États comme la Pennsylvanie ou la Géorgie, il peut demander des recontes. Il peut contester devant les tribunaux. Ce n'est pas sans précédent. On se rappelle l'élection en 2001 qui avait mis un mois à se départager devant la Cour suprême à cause des scores rapprochés en Floride. Mais au final, ses marges de manœuvre sont extrêmement limitées.

Je crois qu'il est en train de prendre conscience progressivement de sa défaite. Un élément qui est très intéressant, c'est de voir que très peu de dirigeants républicains sont en train de se mouiller aujourd'hui pour venir le défendre.

8:49
Présentateur

Il faut dire aussi qu'il y a dix enquêtes en cours contre lui et que Joe Biden ne pourrait même pas l'amnistier puisque c'est au civil. Donc il peut être condamné.

8:59
Invité

Lorsqu'il ne sera plus président. Il y a effectivement un certain nombre d'enquêtes contre lui. On a vu des révélations récemment sur des accusations de frost fiscale, un compte bancaire éventuellement caché en Chine, des dettes. Donc il y a beaucoup de questions toujours sur le patrimoine notamment.

9:13
Présentateur

Sur ses impôts et sur sa vie privée aussi. Merci beaucoup Benjamin Haddad, directeur Europe chez Atlantic Council. Un think tank donc à Washington. Merci d'avoir été en direct des Etats-Unis ce matin. Justin Weiss, historien, spécialiste d'histoire américaine. Ce matin, qui détient les clés d'une victoire de Joe Biden ?

9:36
Invité

En fait, ce sont les administrations de chacun des Etats dans lesquels on continue de compter. Puisque ce sont elles qui vont établir la victoire. Évidemment, le premier Etat qui va déclarer Biden vainqueur, peut-être que ce sera la Pennsylvanie, peut-être que ce sera la Géorgie ou d'autres. C'est là qu'on saura. C'est à partir de ce moment-là qu'on aura la confirmation.

9:59
Présentateur

Quand Joe Biden dit il y a quelques heures vouloir rétablir l'unité nationale face à un peuple divisé, ce sera son premier défi de président élu ?

10:09
Invité

Oui, oui. Alors, on ne sait pas dans quelles conditions Trump partira. Mais enfin, il partira à un moment. Et en effet, comme le disait Benjamin Haddad tout à l'heure, c'est quelqu'un de la vieille école et donc c'est quelqu'un qui croit qu'on peut faire des deals. En fait, ce qui s'est passé avec le parti républicain, c'est qu'il a été capturé par Trump. C'est très impressionnant. C'est-à-dire que c'était un parti qui était libre-échangiste, pro-immigration, qui était un parti de Wall Street et ce qu'on appelait les country clubs républicains. C'est-à-dire les notables, les gens du business, etc.

Et Trump a changé la nature, il a changé le centre de gravité, la nature du parti républicain en en faisant un parti protectionniste, en en faisant un parti également anti-immigration et encore plus blanc qu'auparavant.

10:51
Présentateur

La question raciale en plus de celle de la Covid et la police aussi, ça va être des questions importantes pour lui.

10:57
Invité

Absolument, il va devoir créer en réalité une politique de lutte contre le Covid. C'est une ironie terrible que non seulement le président a été atteint, mais là, une personne qui est fondamentale dans son dispositif pour l'élection, qui est Mark Meadows, qui est le chief of staff de la Maison-Blanche, c'est-à-dire un peu le secrétaire général de l'Elysée en quelque sorte, est atteint du Covid-19 et donc va manquer à l'appel. Mais ça montre bien la désinvolture avec laquelle ça a été traité et donc l'urgence pour Biden de créer enfin une réponse nationale unifiée.

11:31
Présentateur

On parlait à l'instant des voix républicaines qui se sont désolidarisées du leader de la Maison-Blanche, par exemple le gouverneur du Maryland, Mindromney, l'influent sénateur de l'Utah, ou bien Chris Christie, qui sait, c'est l'ami de Donald Trump. Bien tous reconnaissent qu'il n'y a aucune preuve dans ce qu'affirme le président sortant. Est-ce que l'attitude, on l'a qualifiée de mauvais perdant en ce moment, de Donald Trump, est-ce que ça va laisser de profondes divisions ?

11:57
Invité

C'est l'ensemble des quatre années de cette présidence qui laisseront des profondes divisions. Pas son attitude dernièrement ? Encore une fois, il part comme il est arrivé, c'est-à-dire en mentant, en exerçant des pressions violentes, et les républicains sentent le vent tourner. Mindromney est le seul, en fait, qui avait voté l'impeachment, et donc c'est le seul qui avait gardé un semblant, disons, de dignité dans toute cette affaire. Les autres s'étaient couchés.

12:23
Présentateur

Beaucoup de républicains silencieux aussi, qui ne veulent probablement pas insulter l'avenir, et une éventuelle candidature de Trump en 2024. Trump 2024, d'ailleurs, c'est un scénario envisageable ?

12:36
Invité

Oui, et son clan a tout intérêt à l'agiter, que ce soit lui ou son fils d'ailleurs, des fils de Trump. C'est possible. Pourquoi ? Parce qu'évidemment, si c'est le cas, alors on ne peut pas se désolidariser de Trump, on ne peut pas insulter l'avenir, et c'est donc une tactique assez logique. Il pourrait y avoir des violences ?

12:51
Présentateur

Et on va juste préciser pour l'instant qu'on parle de Trump comme un candidat à parti, il n'est pour l'instant toujours en compétition, et Biden n'est pas encore officiellement reconnu comme le 46e président des Etats-Unis, il faut le préciser. Oui, il pourrait y avoir des violences ?

13:07
Invité

Oui, on peut le craindre, même si, vous savez, ce qui est très frappant, moi j'ai cherché, parce que, vous savez, on dit que les Républicains et les Démocrates vivent dans deux bulles de réalité différentes, deux bulles d'informations différentes, et c'est tout à fait vrai, Benjamin Haddad le rappelait tout à l'heure.

Moi j'ai essayé de regarder un petit peu les exemples sur Twitter, je suis sorti de ma bulle à moi, parce qu'évidemment, nous Européens, on est plutôt branchés sur le New York Times, le Washington Post, les grands journaux, et des amis, souvent plutôt démocrates, même si j'ai aussi des amis républicains, et j'ai essayé de regarder un petit peu si on trouvait des anecdotes, des exemples de fraudes et d'irrégularités, et en fait il y en a extrêmement peu, et c'est ça qui est frappant, c'est-à-dire chaque élection, surtout quand vous faites voter 150 millions de gens à peu près, il y a forcément des bulletins qui se perdent, il y a forcément un bureau qui ne ferme pas, il y a forcément des filous ici à droite ou à gauche, des cas qu'on peut monter en épingle pour dire, vous voyez bien, regardez là en Pennsylvanie, dans tel coin reculé, il y a eu cette fraude, c'est un scandale national, etc.

Ce qui est frappant, c'est qu'ils n'ont rien à se mettre sous la dent. Et donc...

14:04
Présentateur

Donc Justin Weiss, quelles sont justement les chances de recours de Donald Trump, leur chance d'aboutir ?

14:10
Invité

Ben extrêmement mince, là on ne voit pas bien sur quoi il s'appuierait, les chiffres vont encore aller encore plus en direction de Biden, parce que c'est la logique du scrutin, et qu'on sait bien que presque tous les votes comptés tardivement sont plutôt des votes démocrates, donc on ne voit pas bien sur quoi il s'appuierait, mais on trouve toujours quelque chose.

14:30
Présentateur

Ce que montre aussi cette séquence électorale qui s'éternise, c'est que le processus américain électoral est complexe, trop complexe peut-être. Est-ce que les Américains sont prêts à le remettre en cause ?

14:45
Invité

Beaucoup voudraient le remettre en cause, notamment les démocrates, pour qui ce système, disons, est mauvais, parce qu'ils les défavorisent, objectivement, c'est-à-dire qu'ils donnent une prime aux états ruraux, aux états peu peuplés. On est beaucoup mieux représenté politiquement quand on est dans le Wyoming ou le Montana, que quand on est en Californie, parce que c'est un pays fédéral, c'est le fruit de l'histoire et de la géographie. Il faut donc représenter non seulement la population, c'est ce dont on a l'habitude ici en France, mais il faut aussi représenter, disons, les territoires, ou les états, les 50 états, les 13 colonies d'abord, puis ensuite les 50 états des Etats-Unis.

Et donc il a fallu mettre en place un système qui assure que chaque état est représenté, ce qui fait des distorsions très fortes maintenant. Et on le voit dans la différence entre vote populaire remporté par exemple par Hillary Clinton il y a 4 ans, et le vote des grands électeurs.

15:33
Présentateur

Le système des grands électeurs qui ne favorise pas la prise en compte du nombre de votants. Il y a une chose qui nous surprend aussi, vu de France, c'est qu'aux Etats-Unis, on n'a pas besoin de cartes d'identité pour aller voter. Cependant, à l'angle général, tout se passe très sérieusement, sans trop de fraude.

15:54
Invité

Alors attention, c'est un peu plus compliqué que ça. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de carte nationale d'identité, parce que cet état civil, ça appartient aux 50 états fédérés. En revanche, il y a bien des formes d'identification, et notamment le permis de conduire en fait. L'Amérique, c'est le pays de la voiture. Et donc en fait, si vous voulez une carte d'identité et que vous ne conduisez pas, vous n'avez pas le permis, on vous délivre au fond un non-permis de conduire qui vous permet de vous identifier. Et ça, il faut le présenter quand on va voter. Et il faut aussi rappeler qu'il y a 50 systèmes différents. C'est d'une très très grande complexité.

Et quand on passe d'un état à l'autre, c'est comme si on déménageait en Europe, de France, en Italie ou en République tchèque.

16:30
Présentateur

Encore un mot sur l'intervention de Joe Biden cette nuit dans le Delaware. A quoi a servi d'ailleurs cette intervention de Joe Biden qui n'a pas annoncé sa victoire ? C'est lui qui imprime le rythme désormais ? Oui, c'est ça.

16:43
Invité

Il faut occuper le terrain en fait. Il faut montrer qu'il est confiant. Il ne faut surtout pas laisser le terrain médiatique. Trump a gagné en occupant le terrain médiatique, en imposant les sujets, en déclenchant des scandales dont le seul objet était d'attirer l'attention sur lui. Et donc c'est contre ça, je pense, que Joe Biden veut se prémunir.

17:03
Présentateur

Mais est-ce que vous pensez aussi que justement, par exemple, le débat qui a eu lieu le 30 septembre a pu être décisif ? Parce que Trump s'est montré, mais c'était un spectacle à la limite, enfin, honteux, je veux dire. Oui, c'est-à-dire que... Une cacophonie, et Trump a été odieux.

17:20
Invité

Oui, il a été en fait encore plus Trumpien que Trump, c'est-à-dire qu'il s'est en quelque sorte caricaturé lui-même par son agressivité, etc. Et il est bien possible que ceux qui décident l'élection, c'est-à-dire finalement... Il y a deux choses qui décident l'élection aux Etats-Unis. Il y a évidemment le centre, c'est-à-dire ceux qu'on appelle les indépendants. Est-ce que les républicains ou les démocrates arrivent à les attirer ? Et puis il y a la mobilisation, et ça c'est tout à fait frappant, c'est-à-dire que comme peu de gens votent, on a un taux de participation de 50 ou 60% par rapport à la population en âge de voter.

Souvent ils ne sont même pas inscrits sur les listes électorales, donc le décompte est un peu différent de celui qu'on fait en France. Mais en gros, il s'agit de mobiliser les gisements de voix qui n'ont pas été votés, les électeurs. Et pour ça, certains ont pu être en effet dégoûtés par la prestation de Trump. Est-ce que le trumpisme peut survivre sans Donald Trump au pouvoir ? Ce qui est très frappant, c'est qu'en tout cas, ce président a eu 70 millions de voix. Et que donc ça montre bien que 70 millions d'Américains ont jugé utile de mettre un bulletin dans l'urne pour quelqu'un qui est en effet protectionniste, raciste, qui a menti chaque jour, etc.

Et donc cette forme-là de populisme et l'endroit où il a amené le parti républicain au cours de ces quatre années, oui, il va survivre. Et il va y avoir maintenant une guerre au sein du parti républicain pour l'âme, en quelque sorte, du parti. Vous savez, ces partis, c'est des grands chapiteaux, comme on dit en anglais. C'est-à-dire qu'ils rassemblent en fait 50 partis républicains comme le parti démocrate en rassemble 50 également. Et au fond, il peut être le jouet ou la proie d'entrepreneurs, comme Trump ou d'autres, ou comme Obama en son temps, qui lui imprime une certaine direction idéologique.

19:04
Présentateur

Qui pense, on va terminer avec ça, ce matin, que Donald Trump peut encore revenir dans la course ? Pas même lui-même ?

19:12
Invité

Je crois que c'est... On ne va pas rentrer dans la psychologie de Trump,

19:15
Présentateur

parce que c'est trop... Ah, ce serait intéressant ! Oui, ça serait un peu déprimant,

19:18
Invité

mais je crois que lui, et en particulier sa famille, quand on dit clan, ça n'est pas simplement une expression péjorative, c'est aussi une réalité, c'est-à-dire c'est lui et ses fils en particulier qui sont là et qui appellent les républicains, qui font pression sur eux pour qu'ils soutiennent leur père, mais je crois qu'au final, ce seront les seuls à y croire encore.

19:36
Présentateur

Merci beaucoup, Justin Vahis, historien, spécialiste d'histoire américaine et fondateur, directeur général du Forum de Paris sur la paix. Merci d'être venu éclairer nos lanternes ce matin. Merci d'avoir regardé cette vidéo !

20:02
Locuteur

Merci d'avoir regardé cette vidéo !