Les classes populaires souffrent PLUS de la délinquance selon Ian Brossat - Interview Politique
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Le problème de la gauche, ce n'est pas d'abord qu'on n'est pas unis. Le problème de la gauche, c'est que ce qu'elle dit n'intéresse pas les gens. C'est que ce qu'elle dit ne correspond pas aux attentes des catégories populaires qui sont quand même celles qui devraient être les bataillons de la gauche. Et donc, la gauche, elle a un problème de scénario avant d'avoir un problème de casting.
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Yo, c'est Jules. On se retrouve aujourd'hui pour une nouvelle interview politique pour Le Crayon. Nous sommes avec Yann Brossat. Yann Brossat, bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Vous avez plusieurs casquettes, mais notamment depuis 2008, vous êtes adjoint à la maire de Paris en charge du logement, de l'hébergement d'urgence et de la protection des réfugiés. Vous êtes également porte-parole du Parti communiste français et engagé dans sa campagne aujourd'hui pour les présidentielles, représentée par Fabien Roussel. Une première question justement à ce sujet. Aujourd'hui, le Parti communiste, quelle est sa vision ?
Je dirais que ce qui caractérise le Parti communiste, c'est le combat pour la justice sociale. C'est au fond l'idée que nous vivons dans une société où on a une augmentation inouïe des inégalités et que ça n'est pas acceptable. Moi, ce pour quoi je me bats, c'est le partage au fond. C'est l'idée que dans un monde aussi riche, chacune, chacun devrait pouvoir vivre correctement. Or, ça n'est pas le cas aujourd'hui. On le voit dans un pays comme le nôtre qui compte 10 millions de pauvres, alors même que nous sommes la cinquième puissance économique du monde. Être communiste, c'est ne pas accepter ça et se battre au quotidien pour que les choses changent.
Et alors concrètement, qu'est-ce que ça signifie dans votre action ? Typiquement, vous qui représentez du coup Fabien Roussel qui va se présenter à l'élection présidentielle, qui a été récemment investi par les adhérents du Parti communiste. Quels sont les grands axes sur lesquels vous voulez vous lancer ?
Je dirais que le premier, c'est celui-ci, c'est de faire en sorte que tout le monde puisse accéder à une vie digne. Ça suppose qu'on n'accepte pas que les gens soient aussi mal payés, alors même qu'ils produisent les richesses de notre pays. La conviction du Parti communiste, c'est que la richesse d'un pays comme la France, c'est le monde du travail. Ce sont les gens qui bossent et qui, pour autant, sont particulièrement mal payés. Enfin, quand on regarde quand même la dernière année qu'on a vécue, qu'on voit tous ces gens qui étaient en première ou en deuxième ligne.
Je pense aux métiers du soin, aux infirmières, aux soignants, mais aussi à ceux qui étaient en deuxième ligne, les caissières par exemple. Qu'on voit que tous ces gens sur lesquels le pays repose, au fond, ont des salaires de misère. Enfin, en tout cas, des salaires qui sont extrêmement modestes. On se dit que ça doit changer. Et donc, par exemple, la vision du Parti communiste, c'est une revalorisation très nette des salaires de tous ces hommes et de ces femmes qui se donnent beaucoup et qui reçoivent si peu.
Vous parlez de la question sociale, qui est une question centrale dans la gauche. Est-ce que la gauche ne s'est pas un peu enfermée dans la question sociale ? Et Fabien Roussel a-t-il cherché à s'en détacher en annonçant dès le début de sa candidature quelque chose pour les policiers, en parlant de sécurité, qui est un thème traditionnellement plutôt de la droite, voire de l'extrême droite ? Est-ce que c'est une stratégie qui doit s'avérer payante ?
D'abord, le social, la question sociale, le sort des catégories populaires, c'est le cœur de ce qui doit occuper la gauche. Ça, c'est ma conviction. La gauche ne gagnera pas sans les catégories populaires. Et je pense, au contraire, que si la gauche a perdu ces dernières années, c'est parce qu'elle ne s'est pas intéressée aux catégories populaires. Est-ce que ce n'est pas justement la sécurité qui intéresse les catégories populaires ? Il faut s'intéresser et apporter des solutions. Il ne faut pas que s'intéresser, il faut apporter des solutions à toutes les problématiques qui se posent aux catégories populaires.
Donc, bien sûr, la question du pouvoir d'achat, la question du travail, mais aussi la question de la sécurité. Et il n'y a pas de question taboue. Vous savez, moi, je suis élu, vous l'avez dit, mais élu du 18e arrondissement, qui est un arrondissement populaire. Ceux qui souffrent le plus de l'insécurité, ceux qui souffrent le plus de la délinquance, ce sont les catégories populaires, ce sont les habitants des quartiers populaires. Et donc, on doit leur apporter des solutions. Et ce n'est pas un tabou que de poser la question de l'insécurité. Quand on a travaillé toute la journée et qu'on rentre chez soi, on a envie d'être tranquille.
On n'a pas envie d'être emmerdé jusqu'à 2h du matin par des gens qui occupent le hall de l'immeuble ou par quelqu'un qui va faire du rodéo dans la cour non plus. Donc, on a besoin de sécurité, on a besoin de tranquillité pour les habitants des quartiers populaires. Et ça passe, comme le propose Fabien Roussel, par un recrutement très important de policiers de proximité. Nous proposons 30 000 postes de policiers de proximité. Ça passe aussi par de l'éducation, par les associations de quartier. Ça passe par tout ça. Mais en tout cas, c'est une priorité pour nous.
Et ça, je l'assume tout à fait, parce que la question de la sécurité est une question sociale, précisément parce que ce sont les gens du peuple qui en souffrent le plus.
Et l'EPC n'était-il pas présent ou n'était-il pas absent, justement, lors de la manifestation du 19 mai que les policiers ont tenu devant l'Assemblée nationale ?
Fabien Roussel était présent à la manifestation. Il a pu échanger, d'ailleurs, avec des syndicats policiers. C'était normal d'être là. Ça ne veut pas dire qu'on partage tout ce qui s'est dit à la manifestation. Mais en tout cas, exprimer notre soutien aux policiers, plus largement d'ailleurs, à toutes les professions qui aujourd'hui font face à des difficultés. Il y a une assistante sociale, il y a deux semaines, qui a été tuée dans l'aube, alors même qu'elle faisait son travail et qu'elle était chez quelqu'un. Il y a aussi beaucoup d'enseignants qui se font agresser par des parents qui, parfois, ne sont pas contents de la note qui a été donnée à leur môme.
Voir Samuel Paty, c'est un peu plus grave qu'une agression. Absolument. Et on ne peut pas accepter d'être dans une société où la violence prend une telle place. Et effectivement, on a besoin de protéger ces professions et d'éviter que des drames ne se produisent. Moi, ça, je l'assume tout à fait. Et je pense que c'est important de le dire. Le Parti communiste a toujours soutenu les fonctionnaires. Pourquoi est-ce que les policiers seraient les seuls fonctionnaires qu'on ne soutiendrait pas ?
Vous êtes vous-même d'ailleurs enseignant. Vous avez enseigné à Sarcelles, je le précise. Tout à fait. Bon, le Parti communiste se présente du coup en cavalier seul à l'élection européen qui aura lieu en mai 2022. L'union de la gauche, c'est mort ?
Je vois beaucoup de gens parler de cette question d'union de la gauche. J'ai l'impression que plus on parle d'union, moins on parle de fond. Or, mon diagnostic, celui que je partage avec Fabien Roussel, c'est que le problème de la gauche, ce n'est pas d'abord qu'on n'est pas unis. Le problème de la gauche, c'est que ce qu'elle dit n'intéresse pas les gens. C'est que ce qu'elle dit ne correspond pas aux attentes des catégories populaires qui sont quand même celles qui devraient être les bataillons de la gauche. Et donc, la gauche, elle a un problème de scénario avant d'avoir un problème de casting.
Et donc, il faut que les différentes composantes de la gauche renouent avec le peuple et proposent des solutions à leurs problèmes.
D'où la sécurité.
D'où l'ensemble des sujets, le travail, les salaires, le pouvoir d'achat, les questions de sécurité aussi, bien sûr, la question du service public. On doit parler de tout ça. Et donc, ce que nous voulons avec Fabien Roussel, c'est proposer des solutions. Et c'est proposer une vision nouvelle pour notre pays. Et c'est le combat qui nous mène à 2022.
Est-ce que ce n'est pas un idéalisme qu'on associe souvent à la gauche qui caractérise justement cette candidature, à savoir la volonté peut-être de créer un élan autour de soi face à un réalisme que, traditionnellement, dans les clichés, on associerait plutôt à la droite, mais qui, elle, se concentre sur aller vers l'élection unie et fort ? Est-ce que là, l'éparpillement ne risque pas parce qu'on veut chacun parler de ses thèmes, etc ?
Oui, mais regardez, on a célébré les 40 ans de la victoire de François Mitterrand en 1981. Quand Mitterrand se présente aux élections présidentielles en 1981, il y a six candidats de gauche. Et il y a un candidat communiste qui fait à l'époque 15% des voix au premier tour. C'est Georges Marchais. C'est Georges Marchais. Et avec ces 15%, Mitterrand gagne au deuxième tour. Donc, le fait d'avoir une pluralité de candidats, ça n'empêche pas de gagner. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, toute composante confondue, la gauche, c'est 25% des voix.
Et de toute façon, si on avait un candidat unique, même avec un candidat unique, toutes les enquêtes d'opinion le prouvent, on ne franchirait pas le cap du deuxième tour. Donc, le sujet, ce n'est pas tellement comment on s'arrange entre nous sur un coin de table pour se mettre d'accord avant le premier tour. Le sujet, c'est de retrouver de l'influence auprès des électeurs. Et l'influence, on la retrouvera si on dit des choses qui intéressent les hommes et les femmes qui vont voter en 2022.
Parlons un peu d'histoire. On a eu au mois de mai plusieurs commémorations importantes. Le 5 mai, c'était le 200e anniversaire de la mort de l'empereur Napoléon, Napoléon Bonaparte. Et on est en ce moment également, on célèbre, enfin on commémore, la Commune de Paris, également qui a eu lieu en 1871, donc le 150e anniversaire. Le samedi 29 mai aura lieu une montée au mur des Fédérés où sont enterrés des communards au cimetière du Père Lachaise à Paris. Donc un événement traditionnel qui réunit la gauche.
Est-ce que ce n'est pas un peu triste qu'on ait d'un côté la gauche qui honore et commémore la Commune de Paris qui se rend au Père Lachaise et d'un autre côté, la droite qui honore Napoléon. Pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas à avoir une histoire réunie ?
D'abord, le rôle de la République, c'est de commémorer l'ensemble parce que la France, c'est Napoléon et la Commune de Paris.
Et vous en faites un choix, vous ? Simplement.
Simplement. Après, les partis politiques ont le droit de choisir ce qu'ils préfèrent et ont le droit de célébrer ce qui, à leurs yeux, sont les événements les plus importants. Je pense que la Commune de Paris porte des choses extrêmement intéressantes et d'ailleurs d'une actualité brûlante. Vous savez que, par exemple, pendant la Commune de Paris, à l'époque, a été décidée la réquisition des bâtiments vacants. C'est quand même une proposition qui est extrêmement actuelle quand on voit le nombre de bâtiments vides qu'on a dans une ville comme Paris, alors même qu'on a autant de gens qui dorment dehors. C'est même frappant d'actualité.
Donc moi, ce que je pense, c'est que dans la Commune de Paris, il y a une source d'inspiration, peut-être davantage que chez Napoléon.
Vous parliez effectivement un peu des logements vacants puisque c'est un sujet qui vous tient à cœur, vous en tant que... Enfin, plus qui vous tient à cœur, c'est votre métier, votre cœur de métier que celui de s'assurer que des personnes qui sont aujourd'hui sans domicile fixe puissent retrouver un logement, que des familles précaires dorment avec un toit sur la tête soient en bonnes conditions. Il y a plusieurs mesures pour ce faire. Vous allez proposer des baux, le pluriel de bail à 5 000 euros du mètre carré à Paris, ce qui, pour le reste de la France, paraît absolument énorme. Mais en réalité, pour les Parisiens, c'est une belle avancée sociale.
C'est la vocation de votre mandat en tant qu'adjoint-mère ?
Mon boulot d'adjoint, c'est de faire en sorte que les Parisiens puissent mieux se loger et que Paris soit une ville dans laquelle les catégories moyennes et populaires puissent encore avoir accès au logement. Ceux qui ont beaucoup d'argent, ils trouvent toujours moyen de se loger. Le problème, c'est que ceux qui en ont moins n'y arrivent pas toujours et parfois sont obligés de quitter Paris faute d'avoir trouvé un logement abordable. Donc, mon travail comme adjoint au logement dans une ville de gauche comme Paris, c'est de faire en sorte que ces catégories-là puissent y vivre. Et donc, ça passe par plusieurs leviers. Bien sûr, par le développement du logement social.
On a beaucoup développé le logement social à Paris, qui est du logement qui s'adresse bien sûr à des gens qui ont des tout petits revenus, mais aussi à des salariés. Et donc, on a réussi à faire passer Paris de 13 % de logements sociaux à 23, ce qui est quand même énorme. Il y a peu de villes qui ont autant augmenté leurs taux de logements sociaux.
Avec un objectif de 25 % en 2025. Avec un objectif
de 25 % en 2025. Donc, j'ai une grosse pression sur mes épaules pour y arriver d'ici 2025, mais je m'y applique.
Et de 30 % en 2030 même.
Oui, alors là, je ne serai peut-être plus là. Mais enfin, en tout cas, 2025, c'est l'objectif qui nous occupe en ce moment, qui est un objectif important. Et puis ensuite, il y a la régulation du secteur privé, puisque même si vous avez 25 % de logements sociaux, vous avez 75 % de logements privés. Et donc, la question, c'est comment on fait en sorte que les pouvoirs publics puissent réguler le marché privé. Moi, ma conviction aussi, c'est que le marché ne règlera pas le problème du logement. Et on a besoin d'une intervention publique pour réguler, et notamment pour réguler les prix.
C'est la raison pour laquelle je me suis autant battu pour encadrer les loyers, pour faire en sorte qu'on ne puisse pas louer un studio à 1 000 euros comme on l'a parfois vu. On a besoin d'encadrer les prix. Et donc, nous avons mis en place un système d'encadrement des loyers qui nous permet pour la première année, depuis très longtemps, d'avoir une baisse des loyers à Paris. Alors, elle est encore modeste, mais ça commence enfin à baisser, ce qui est une bonne chose.
Mais le sujet, c'est comment on fait en sorte qu'au-delà de la pandémie, on ait du logement abordable, du logement accessible à Paris pour que les infirmières, les caissières, même les jeunes cadres qui commencent dans la ville puissent vivre dans notre belle ville parce qu'elle serait moins belle si ces catégories-là n'y vivaient pas.
Bon, est-ce qu'on peut dire que c'est un succès, cette politique ? Moi, qui habite à Stalingrad, vous êtes élu à la Goutte d'Or. Entre Stalingrad et la Goutte d'Or, qui sont deux quartiers du nord-est parisien, c'est probablement infesté, à vrai dire, de personnes qui sont dépendantes du krach. il y a beaucoup de personnes, beaucoup de trafics, il y a de la délinquance, etc. Il y a des personnes qui sont vraiment dans des situations de grande nécessité, de grande précarité, qui sont agressives parfois. Est-ce que, comment vous répondez à ça ?
Mais ça n'a rien à voir avec le logement social. D'ailleurs, pour bien connaître un quartier comme la Goutte d'Or.
Non, mais l'hébergement d'urgence, le logement et la protection des réfugiés de manière générale.
Malheureusement, les gens dont vous parlez dorment dehors. Et si je prends un quartier comme la Goutte d'Or que je connais bien, qui est autour de Barbès, c'est un quartier dans lequel il n'y avait pas de logement social. C'est un quartier dans lequel, au début des années 2000, il y avait du logement privé insalubre. Et le travail de la municipalité, ça a été de faire sortir ces immeubles de l'insalubrité et de faire en sorte que ça devienne du logement digne. Et ça, nous l'avons fait. Mais il faut se replonger dans ce qu'était ce quartier. D'ailleurs, il y avait les mêmes problèmes de toxicomanie. Simplement, on a deux sujets différents.
Permettre aux gens de vivre correctement, c'est mon boulot d'adjoint au logement. Après, il y a un autre sujet qui est la question de la toxicomanie, des usagers de drogue. C'est une politique qu'on doit mener, mais qui ne peut pas être menée simplement par la ville. On a besoin de l'État sur un sujet comme celui-là. On a effectivement besoin d'hébergement. L'hébergement, en l'occurrence, ça relève d'une compétence de l'État. Et on a surtout besoin de soins pour permettre à ces gens de sortir de la situation dans laquelle ils sont. Et l'État est absent ? Complètement.
Ces dernières années, ce qu'on a vécu à Stalingrad, mais moi, je le vois aussi de l'autre côté dans mon arrondissement, dans le 18e, c'est un État qui a considérablement reculé et qui tolère... Et pourquoi ? Et qui tolère dans ces quartiers-là des choses qu'il n'accepterait nulle part ailleurs. Pourquoi est-ce que l'État reculait ? Parce qu'à force de faire des économies notamment sur les effectifs policiers, effectifs policiers qui sont par ailleurs concentrés sur d'autres missions que je comprends, la lutte contre le terrorisme, le maintien de l'ordre public dans les manifestations, on n'a plus de policiers pour gérer la tranquillité publique.
Il y a eu récemment une tribune de Nicolas Bedos dans l'Obs qui parlait de la fin de vie. C'est un sujet sur lequel vous vous engagez, je crois. En tout cas, on a reçu Anne-Sophie Pelletier il y a deux semaines qui a été aide médico-psychologique en EHPAD pendant plusieurs années et qui s'engage pour plus d'humains dans les établissements de fin de vie où on gère des personnes en perte d'autonomie.
Le soin, ce n'est pas de la réalité virtuelle. Le soin, ce n'est pas du fric. Le soin, ce n'est pas des télécabines où vous allez être en télémédecine comme ça. Non, le soin, c'est de l'humain avant tout.
De l'autre côté, on a reçu la semaine dernière Laurent Alexandre qui, lui, a fondé Doctissimo et plutôt très libéral. De son point de vue, ce n'est pas du tout l'humain qui doit être l'avenir du soin et de la perte d'autonomie mais au contraire de la technologie.
Est-ce que le but de la médecine du XXIe siècle, c'est d'avoir des personnes âgées dans les EHPAD avec plus de monde pour torcher les vieux Alzheimeriens ou est-ce que c'est de mettre au point des technologies pour éviter d'être Alzheimerien ? Vous avez une position par rapport à ça ?
Oui, oui. Moi, j'ai été très touché par la tribune de Nicolas Bedos et je me suis d'ailleurs beaucoup reconnu dans ce qu'il disait. Moi, ma mère est décédée il y a un an et demi à l'issue d'un cancer du poumon et je me souviens de tous ces moments qui sont les derniers moments de sa vie. Je me souviens, elle était hospitalisée à l'hôpital Tenon. On avait compris, elle et moi, que la situation allait se dégrader et à l'époque, je me souviens, ma mère m'a dit je t'autorise à venir à la condition que tu n'essayes pas de me convaincre de me soigner. Et donc, je rentre, j'arrive directement à l'hôpital et les derniers mots de ma mère, c'était je veux mourir aujourd'hui.
C'est dur quand on entend ça quand même. Elle me dit ça. Elle me dit je veux mourir aujourd'hui. Moi, je ne pouvais rien faire. C'est-à-dire que dans ces moments-là, et Nicolas Bedos le raconte bien, on est confronté à une situation d'impuissance totale. Qu'est-ce que vous pouvez faire ? Rien. Et donc, je vais voir le médecin sans ma mère et je lui dis qu'est-ce que je fais ? Et il me dit si elle ne se nourrit pas, elle peut tenir trois, quatre jours comme ça ou trois, quatre jours elle mourra. Je rentre chez moi, le médecin m'appelle à trois heures du matin, il me réveille et il me dit elle est morte, elle a sauté du lit.
Et là, quand même, je me suis dit ce n'est pas normal que ma mère qui avait décidé qu'elle voulait mourir aujourd'hui était contrainte de sauter de son lit pour le faire. Et donc, je pense qu'il y a quand même un sujet et qu'on voit bien que la législation actuelle bute sur ça et ce n'est pas uniquement une question de soins palliatifs. Ma mère, elle ne souffrait pas physiquement, simplement, elle souffrait du fait qu'elle en était arrivée à une situation où elle estimait qu'elle n'était pas assez digne. Enfin, ça ne correspondait pas à l'image qu'elle avait d'elle-même. Et donc, ceux qui disent il suffit de développer les soins palliatifs, ce n'est pas vrai, ce n'est pas le sujet.
Elle avait décidé qu'elle voulait partir. On ne devrait pas avoir à sauter de son lit parce qu'on a envie de partir. Vous êtes donc favorable à l'euthanasie ? Moi, je suis favorable à ce que dans ces cas-là, on ait une forme de suicide assisté, oui. Et honnêtement, ça aurait changé quoi ? Ça aurait simplement permis à ma mère de partir plus correctement.
Yann Brossin, on va arriver vers la fin de cette interview. Suggérez-nous, s'il vous plaît, un invité pour cette interview politique.
Un invité Fabien Roussel, mon camarade Fabien Roussel. Pour la présidentielle ?
Avec plaisir. Camarade, on dit encore camarade ? Absolument. Que signifie pour vous la phrase « trace tes contours » qui est le slogan de notre média ?
Je ne sais pas, dans la notion de contours, il y a la notion de limite, de frontière aussi. Je ne sais pas, c'est ce que j'ai essayé de faire depuis une demi-heure, non ? Me présenter ?
Très bien. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Merci à vous. J'espère que cette interview vous aura plu. N'hésitez pas à nous le faire savoir en commentaire. Si c'est le cas, à la partager et puis à la écher un like, à vous abonner pour voir la prochaine. Merci. Merci à vous.
Merci beaucoup.
À mardi prochain. Ciao.
Ian Brossat