L'Europe face à Donald Trump: le discours en intégralité d'Emmanuel Macron
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
À la priorité au direct, l'Elysée, Emmanuel Macron et Olaf Scholz pour leur dernière rencontre en tête à tête.
Et la déclaration qui en est sortie a permis d'apporter une contribution décisive pour accélérer notre agenda de compétitivité européenne et l'inscrire dans le programme de travail de la nouvelle commission. L'Allemagne et la France veulent en effet accélérer cet agenda que nous avons fixé pour l'Europe. De même que nous voulons accélérer et mener à bien nos projets de coopération franco-allemande, de la jeunesse à l'audiovisuel, de l'intelligence artificielle à l'industrie de défense. C'est la France qui accueillera cette année un nouveau Conseil des ministres franco-allemands qui nous permettra de poursuivre ce chemin.
Après l'entrée en fonction de la nouvelle administration aux Etats-Unis, il appartient plus que jamais aux Européens et donc à nos deux pays de jouer tous leurs rôles pour consolider une Europe unie, forte et souveraine. Une Europe attachée aux liens transatlantiques qui sache affirmer aussi ses intérêts propres et les défendre. Avec ses valeurs et ses instruments européens. La priorité des Européens doit aujourd'hui être plus encore pour notre Europe et en premier lieu pour notre compétitivité, notre prospérité, notre sécurité. Pour renforcer aussi nos démocraties et préserver notre modèle économique et social.
Les constats et les risques ont été établis, les rapports l'Etat, Draghi, sont connus et je crois qu'ils viennent d'ailleurs consolider ce que nous avions ensemble agréé à Mésodère, comme je l'évoquais. Et il nous faut maintenant agir. Et donc je crois pouvoir dire, nous allons poursuivre les discussions dans un instant avec Olaf, mais que nous sommes extrêmement alignés pour mener un agenda de compétitivité très puissant. Simplification massive dans tous les secteurs qui sont concernés et nous défendons justement une simplification à l'échelle européenne la plus ambitieuse possible. Urgence aussi pour soutenir certains secteurs critiques, l'automobile, l'acier, la chimie.
Urgence pour investir et réduire nos dépendances dans des secteurs clés, l'intelligence artificielle, le quantique, les biotech, l'énergie, l'espace, l'industrie de défense européenne, bien sûr. Urgence à utiliser tous les instruments européens pour assurer à nos entreprises, comme à nos agriculteurs, des conditions de concurrence loyales dans un environnement de plus en plus brutal et désinhibé. Urgence à soutenir l'investissement public et privé dans nos transitions climatiques et numériques, notamment pour que l'épargne européenne reste en Europe et trouve à s'y investir en avançant sur l'union des marchés de capitaux.
A ce titre, je l'évoquais, l'intelligence artificielle est l'un des secteurs clés sur lesquels l'Europe doit être un continent de pointe. Et nous aurons ensemble l'occasion d'y travailler dès le 11 février, lors du sommet pour l'action sur l'intelligence artificielle. Et je vous remercie, M. le chancelier, de nous y retrouver. La présidente de la Commission sera là aussi. Et je le rappelle, nous avons une feuille de route franco-allemande sur l'intelligence artificielle. Et nous voulons ensemble développer davantage de projets de recherche, de création d'entreprises et de croissance de nos entreprises.
La défense des intérêts des Européens passe, bien sûr, par un investissement accru dans notre défense. Nous y reviendrons entre Européens le 3 février, lors de la retraite stratégique à Bruxelles. Et la valeur ajoutée de l'Union européenne, c'est de soutenir notre propre base industrielle et technologique de défense européenne. Par l'identification de domaines clés, où nous avons besoin de capacités de défense communes, qui nous manquent, et ouvrir ensuite les meilleures options de financement en Europe.
Nous continuerons à y travailler en franco-allemand, et le MGCF ou le SCAF sont des projets importants, mais nous avons aussi lancé d'autres travaux communs sur de nouvelles capacités et des segments qui sont critiques. Et de l'armement au spatial, nous croyons l'un et l'autre qu'en effet, il faut que l'Europe, pas simplement dépense davantage pour la défense, mais qu'elle développe sa propre base industrielle, ses propres capacités, sa propre industrie. Enfin, défendre nos intérêts, c'est contribuer à la paix et à la stabilité dans notre voisinage. C'est continuer à soutenir l'Ukraine face à l'agression russe, et poser les conditions d'une paix juste et durable.
C'est construire la stabilité au Proche-Orient, en accompagnant une transition politique pacifique et exigeante en Syrie, en aidant le Liban à se reconstruire, en soutenant la mise en oeuvre de l'accord de cessez-le-feu obtenu entre Israël et le Hamas. C'est enfin parler de l'avenir et de la sécurité de notre continent à l'échelle de la plus grande Europe, comme nous l'avons fait il y a quelques semaines à la communauté politique européenne, et comme nous le ferons en mai prochain en Albanie. Sur ces sujets, l'Allemagne et la France avancent main dans la main, convaincus, au fond, que dans les temps qui s'ouvrent.
Face aux défis, parfois aux inquiétudes qui naissent, le couple que nous formons est solide. Il l'a montré en traversant toutes les périodes, depuis ce 22 janvier, il y a 62 ans. Et nous avons la capacité ensemble, et en convainquant aussi nos partenaires, en poussant de nouveaux projets pour cette Europe, qu'en effet, la seule réponse au temps dans lequel nous entrons, c'est plus d'unité, plus d'ambition et d'audace, et plus d'indépendance des Européens. C'est cela qui nous anime, et c'est en ce sens que nous continuerons d'agir.
Je suis très heureux, en tout cas, cher Olaf, monsieur le chancelier, que vous soyez à Paris aujourd'hui pour célébrer cette amitié, et tant de projets qui nous attendent. Je vous remercie.
Emmanuel Macron depuis l'Elysée, accompagné du chancelier allemand, pour ce qui est très probablement la dernière rencontre entre les deux hommes à l'occasion d'un sommet, parce qu'il y a des élections législatives en Allemagne au mois de février, pour lesquelles Olaf Scholz n'est pas du tout favori. Loin sans faux, Patrick Sos, on a guetté, on a écouté attentivement les propos du président de la République, parce que c'est sa première prise de parole depuis l'installation de Donald Trump à la Maison Blanche.
Oui, on attendra qu'au-delà de, je dirais qu'en langage diplomatique, on appelle ça de la pensée magique ou en anglais du « wishful thinking », c'est-à-dire qu'on a un discours très volontariste, et on répète énormément d'éléments de langage en pensant ou en essayant de convaincre les auditeurs que ça va se passer comme ça, ou grosso modo que si l'Europe est unie, il n'y aura aucun problème face à Donald Trump. Le problème, c'est que la voix de l'Europe est, là aussi, on peut parler de polyphonie européenne ou de cacophonie, c'est selon, mais vous aurez une voix allemande, une voix française, vous allez voir qu'elles ne sont pas si semblables que ça.
Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, qui le dit très franchement, moi j'attends de voir, je suis pragmatique, mais déjà dans d'autres pays, notamment la Slovaquie, les questions, le s'est entré dans le débat de la sortie de l'Union européenne, on en est là, je ne parle même pas de l'Italie, et donc cette idée d'unité, d'audace aussi à venir, elle est portée depuis très longtemps par Emmanuel Macron, ça ce n'est pas le problème, le vrai problème, c'est qu'il n'est pas entendu, il n'était pas entendu lorsque les premières crises sont arrivées, et alors que les agendas, vous parliez des législatives du 23 février en Allemagne, les agendas nationaux tentent à éloigner totalement les dirigeants, pourquoi ?
Parce que la priorité c'est leur situation intérieure, à l'instant T on a vraiment du mal à comprendre comment l'Union pourrait être unie, s'il pouvait me permettre.
Il y a une réalité politique en Europe, il y a une situation, une compétition économique qui se mène avec les Etats-Unis, on l'a compris, les oreilles européennes ont sifflé cette nuit, parce que Donald Trump a été clair, il ne va pas leur faire de cadeau aux Européens.
Non mais, c'est pareil, il le savait, il suffit d'écouter d'ailleurs les grands décideurs, les grands entrepreneurs qui sont réunis en Suisse, pas dans l'Union européenne, mais pas loin, à Davos, au Forum économique mondial. Il y a eu un sondage qui a été réalisé auprès de ces décideurs, qui sont sinon confiants, ou en tout cas on comprend qu'ils n'ont pas peur. Pourquoi ? Parce qu'ils ont anticipé. On le sait, depuis le 5 novembre, Donald Trump va faire de l'Europe un compétiteur au même titre que la Chine. Mais, encore une fois, on revient à cette question d'unité absolue. Il y a des forces en Union européenne, on le rappelle, il y a un déficit commercial américain vis-à-vis de l'Europe.
Le problème, c'est qu'on est entré dans l'air de la personne, ou plutôt l'homme qui crie le plus fort, qui fait sa tactique de stupeur et d'effroi. Ça fonctionne pour l'instant, il y a une espèce de sidération. Mais dans les entreprises, on a déjà anticipé tout ça. Le seul problème, c'est que nous n'avons pas les mêmes agendas, encore une fois. Nous, les voitures, ce n'est pas ce qui va partir forcément aux États-Unis. Les Allemands, c'est le cas, sur fond de dépendance absolue à l'export vers les Américains, à l'import, en termes de gaz notamment, des Russes. Ça fait un petit peu beaucoup pour rester stable.
Puisqu'on parle des voitures allemandes, on va parler du moteur de l'Europe, le fameux couple franco-allemand, Charles Sapin. On a ces deux dirigeants qui sont côte à côte, qui ont un point commun. D'abord, c'est qu'ils sont politiquement affaiblis sur la scène intérieure. C'est vrai. Et par ailleurs, ce sont deux hommes qui se sont... Enfin, ça n'a jamais très bien fonctionné entre les deux. Non, l'un et l'autre, enfin, les entourages, que ce soit du chancelier ou du président de la République, disent que l'un et l'autre ont des relations assez froides. L'un trouve l'autre assez antipathique. Et c'est vrai que ce moteur franco-allemand a été mis à rude épreuve.
Il y a l'un qui trouve que l'autre parle trop, l'autre pas assez. Oui, exactement. Et puis, il y a des différences stratégiques, en fait. Et c'est ce que vous avez très bien rappelé, Patrick Sos. Mais en fait, face à cette guerre en Ukraine, très rapidement, de prime abord, c'est vrai qu'il y avait ce moteur franco-allemand qui était à la manœuvre et très vite a été remplacé par les États-Unis. Et là, finalement, les deux présidents ont pris un choix tout à fait différent, avec Emmanuel Macron qui a essayé de pousser cet agenda d'autonomie stratégique européen.
Et les Allemands, derrière Olaf Scholz, qui a découvert toute sa dépendance aux parapluies américains et qui a, d'ailleurs, ce qui a été très mal pris à Paris, a acheté notamment des F-35, vous savez, les avions de combat américains, plutôt qu'achetés européens, achetés français. Du coup, dans l'entourage de chefs de l'État, on ne se cache pas d'attendre avec une impatience ces nouvelles élections législatives en Allemagne.
C'est le 23 février prochain et on prend déjà, on ne peut pas anticiper, mais on accueille avec un sourire une possible victoire, les Allemands n'ont pas encore voté, mais de Frédéric Mertz, qui est aujourd'hui, dans les sondages, en tout cas le favori, qui est le candidat chrétien-démocrate. Il y a effectivement la compétition économique et les enjeux de sécurité. Vous évoquiez la guerre en Ukraine. Il en a parlé, le chef de l'État, Patrick Sos. Il insistait sur la nécessité pour l'Europe de préserver sa compétitivité, sa prospérité et sa sécurité. Il parle d'indépendance, évidemment, par rapport à la première accession de Donald Trump à la Maison Blanche.
Il y a une chose qui a tout changé, c'est le 24 février 2022.
Et l'entrée en Ukraine de la Russie. Et là aussi, il y a un exemple vraiment frappant de différences de mentalité, mais aussi d'histoire. Souvenez-vous, il y a encore quelques semaines, je venais sur ce plateau expliquer pourquoi l'Allemagne faisait le tour de ses bunkers et de ses abris anti-atomiques. Et on m'avait demandé, mais tu peux te renseigner quand même sur ce qu'on fait nous en France. En France, on m'a dit, il y a un seul bouclier, personne ne le voit, mais c'est l'arme nucléaire. Et ça change énormément de choses. Une Allemagne qui a vécu avec la peur de l'arme nucléaire, notamment dans l'Est de l'Allemagne, où on avait vraiment cette mentalité soviétique et du bloc de l'Est.
Et puis derrière, évidemment, avec le poids de l'histoire et la responsabilité vis-à-vis de tous les crimes de guerre et contre l'humanité nazie, il était hors de question de se lancer dans une course à l'arme nucléaire chez les Allemands. Donc eux, ils ont ça. Donc résultat, ils n'ont pas développé une économie, une industrie militaire, la base industrielle de défense dont parlait Emmanuel Macron. Nous, certes, on a eu un certain mal à exporter nos matériels, ça finit par se faire avec les rafales, mais on vole, on tire, on bombarde français.
Ça change des choses par rapport aux Allemands qui ont leur charme et qui traînent des pieds, par exemple avec l'avion du futur et qui restent encore, évidemment, avec des catalogues américains lorsqu'ils veulent faire leurs courses pour leur industrie militaire.
Patrick Sauss, Charles Sapin, l'Europe doit se défendre avec ses valeurs et ses instruments. Voilà pour les déclarations d'Emmanuel Macron il y a quelques instants.
Emmanuel Macron