SCHIZOPHRÈNE, ELLE VIT UN ENFER AU QUOTIDIEN : VOIX, HALLUCINATIONS, PARANOÏA…
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- 0:36Chiffre
« En France, il y a plus de 600000 personnes qui sont atteintes de cette maladie. »
- 9:05Chiffre
« la schizophrénie, elle se déclenche la plupart du temps entre 15 ans et 25 ans. »
- 9:05Fait
« l'usage régulier de cannabis avant 18 ans augmentait par de le risque de schizophrénie. »
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reçoit Mae qui est atteinte de schizophrénie. C'est toujours la même voix qui me parle. C'est une voix d'homme. J'ai vraiment l'impression qu'en fait c'est un petit diable qui vient me parler. Il faut que cette personne là elle parte. J'ai envie de que ça s'arrête et cetera et donc je me gratte au sang. J'ai envie de sortir de ma tête. Les voix elles me poussent à bout. Elles me parlent presque 24, sauf quand je dors et encore. La pire chose que la voix m'a dit, c'est "Tu peux mettre fin à tes jours." Mon cerveau me fait peur. Ouais. Moi, je trouve que je suis pas bizarre. J'ai l'impression d'être une personne totalement normale mais avec un trouble. Bonjour, moi c'est Maé. Je suis atteinte de schizophrénie depuis maintenant 6 ans. J'ai des hallucination auditive
visuelle et sensorielle. Donc je j'entends des voix tout le temps dans ma tête 24/ 24 et aujourd'hui je vais vous parler de ça sur les genses. Bonjour à tous. Aujourd'hui émission sur les troubles psychiatriques. On reçoit Mae qui est atteinte de schizophrénie. En fait, avant ses 26 ans, elle menait une vie parfaitement normale. Mais un jour, sa vie a basculé. Elle a commencé à avoir des hallucinations. En France, il y a plus de 600000 personnes qui sont atteintes de cette maladie. Euh la schizophrénie, elle se déclenche la plupart du temps entre 15 ans et 25 ans. Petit moment de prévention, en fait, en préparant l'émission, on s'est rendu compte que l'usage régulier de cannabis avant 18 ans augmentait par de le risque de schizophrénie. C'est important pour
nous de faire cette émission pour aussi débunker les préjugés sur la schizophrénie parce qu'il faut rappeler que les patients schizophrènes qui représentent un danger pour la société reste en fait une minorité et qu'avec un traitement adapté les personnes peuvent tout à fait mener une vie normale. Et juste avant de vous laisser avec le témoignage de Maée, il faut que vous sachiez que la collection de livres légendes continue avec un nouveau témoignage, celui de Lisa qu'on avait reçu sur la chaîne il y a quelques temps. Pour vous la faire simple, l'histoire de Lisa, c'est une jeune fille toute mignonne qui malheureusement à 13 ans va tomber dans la drogue et la prostitution à cause du harcèlement scolaire qu'elle subissait au collège. Elle a plusieurs fois tenté de mettre
fin à ses jours. Heureusement, tout ça est derrière elle aujourd'hui. Elle s'en est sortie et ce livre, c'est aussi ça. Elle parle de sa reconstruction pour montrer qu'il est possible de se relever des conséquences du harcèlement scolaire. Voilà, en studio, on nait pas eu le temps forcément d'évoquer tour de sous une histoire. C'est pour ça que son livre sort aux éditions Hor cadre le 24 septembre. Comme d'habitude, on vous met toutes les informations du livre en description et tout de suite le témoignage de Mae sur les jantes. Bonjour Ma. Bonjour Lola. Je suis très contente de te recevoir moi aussi. Merci beaucoup d'être venu. Donc toi tu as 30 ans aujourd'hui. Euh tu es atteinte de schizophrénie. C'est comme ça qu'on dit ? Est-ce qu'on peut dire que tu es une personne schizophrène ?
Oui. Alors, j'ai un trouble schizoaffectif qui a été un mélange entre la bipolarité et la schizophrénie mais aujourd'hui on va parler un peu plus des symptômes de la schizophrénie. Alors pour la schizophrénie, la majorité des gens savent que c'est avoir des hallucinations. Donc auditives, visuel, sensoriel et cetera. Ça ressemble à quoi de vivre avec des hallucinations comme ça, que ce soit visuelle, auditive et sensorielle ? Ça a l'air très dur à gérer. Ouais, c'est dur à gérer. C'est surtout très fatiguant parce que je suis obligée de faire des nuits de 12h, de faire une sieste de 2h la journée parce que sinon euh je suis épuisée, les bruits que j'entends, les voix et cetera, c'est vraiment très fatiguant. C'est c'est au quotidien. Par exemple, aujourd'hui, tu as eu des hallucinations
avant de venir ou même là chez nous ? Oui, c'est quotidien et j'en ai presque 24 heures sur 24, sauf la nuit quand je dors. Quoi que des fois ça me réveille. Là par exemple, j'ai des voix, j'entends des échos. Ça ressemble à quoi d'entendre un écho si tu te Des échos, c'est un espèce de brouis que j'entends avec plusieurs personnes qui parlent en même temps et du coup ça raisonne et voilà, c'est l'impression que j'ai en tout cas quand j'ai des [musique] échos. Et tu arrives à distinguer ce que disent les voix ou quand c'est des échos, c'est pas des voix, c'est encore autre chose ? Oui, quand c'est des échos, c'est c'est différent, mais là quand j'ai une voix, je reconnais son timbre de voix. Donc en fait, je sais que c'est la voix qui me parle. Je sais que cette voix est nocive
et surtout est fausse. Donc en fait, quand elle me parle, j'arrive à reconnaître le vrai du faux. Mais avant, c'était pas le cas. C'est impossible pour moi d'avoir une journée entière sans hallucination. Est-ce qu'il y a des facteurs ? Oui. Alors, les choses qui les déclenchent souvent, c'est le bruit, la fatigue et l'anxiété. Avant de rentrer vraiment dans le vif du sujet sur ta maladie et comment elle s'est déclenché, j'aimerais comprendre à quoi ressemblait ta vie d'avant parce qu'avant tu avais une vie totalement normale. Oui. Ta schizophrénie, elle s'est déclenchée vers tes 26 ans. Oui. Euh avant tu étais au teste de l'air, c'est ça ? Ma vie d'avant, j'étais au tess de l'air et j'ai vraiment aimé ce ce moment-là parce que c'est vrai que je visitais
plein de pays, je voyais du monde, je parlais à plein de personnes différentes, on parlait anglais et cetera. J'avais plusieurs autres passions, j'ai des chevaux chez moi, je faisais de la force athlétique et donc j'avais plein de passions par-ci par là et je vivais ma vie pleinement et ça c'était vraiment génial. Avant que ta maladie se déclenche, est-ce que tu avais déjà entendu parler de la schizophrénie ? Oui, j'avais déjà entendu parler de la schizophrénie et pour moi c'était un peu les fous du bus qui sont des meurtriers. Enfin, j'avais que des stéréotypes en tout cas. C'est quoi les stéréotypes en général qu'on a sur les schizophrènes si tu devais en citer ? C'est les personnes qui parlent tout seul dans la rue, qui sont des tueurs en série, qui sont des personnes internées
comme on dit alors que c'est hospitalisé, des personnes qui ne sortent jamais de l'hôpital, les personnes qui sont en prison et cetera. Enfin, c'est vraiment tout ce genre de chos que j'avais en tête. Toi aujourd'hui, tu veux faire passer aussi le message, c'est pour ça que tu es là, que en fait la être schizophrène, c'est pas ça. Oui, être schizophrène ça peut être totalement avoir une personnalité normale et vivre une vie correctement, saine et cetera, sans forcément passer sa vie à l'hôpital ou sans forcément être bizarre. Enfin, moi je trouve que je suis pas bizarre. J'ai l'impression d'être une personne totalement normale mais avec un trouble. Justement, on va parler de ta première hallucination. Est-ce que tu t'en rappelles ? Alors euh la première
hallucination où j'ai vraiment remarqué que là c'était pas normal, c'est le jour où j'ai senti de la pluie sur moi. J'ai regardé le plafond et j'ai vu que bah effectivement il y avait un plafond, il y avait pas le ciel et que il y avait pas de fuite. Et là c'est vraiment la la première fois où je me suis rendue compte que j'avais des hallucinations. Après, j'ai eu plein d'autres hallucinations avant, des voix et cetera, mais comme j'arrivais pas à distinguer le vrai du faux, et ben c'est vrai que c'était assez difficile à me dire "OK, là j'hallucine ou j'hallucine pas, je sais pas." Qu'est-ce que tu ressens quand tu ressens de la pluie sur ton corps ? Et en fait, tu vois le plafond ? Bah, c'est super déstabilisant, surtout au début. Maintenant, je suis habituée
et je sais que quand je ressens de la pluie, enfin, j'arrive encore à me tromper, hein, parce que quand on est en plein air et que je ressens de la pluie et que je dis "Ah non, il pleut" et que mes amis sont là. Euh non, il pleut pas du tout. Euh effectivement, là, c'est vrai que je me trompe. Mais par contre, quand il pleut et que je vois que je suis dans une maison, je regarde le plafond, effectivement, il y a pas de fuite. Je peux aussi prendre en photo ce que je vois. Et quand je regarde sur ma photo, ça c'est un petit tips. Euh je vois qu'il y a rien. Donc du coup je me dis "OK, ça c'est une hallucination." Pour bien comprendre au début, quand les hallucinations elles arrivent pour la première fois, euh ça s'intensifie immédiatement ? Oui, ça s'intensifie une fois que je les
entends en fait et que je me focalise dessus, là c'est vraiment c'est l'horreur en fait. J'entends que ça et ça me ça me bloque dans tout ce que je fais et tout ce que je je peux dire ou que je peux entendre. tu vas en fait découvrir que cette schizophrénie, elle a été déclenchée euh par un choc émotionnel que tu as vécu dans les airs. Oui. Euh qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ? Du coup, je faisait mon service et puis euh au premier rang là, je vois une personne qui d'un coup fait et tombe tombe dans les pommes. On est formé nous en tant qu'au test de l'air au massage cardiaque, aux soins médicaux et cetera. La formation, elle est très complète et du coup j'ai pu évaluer si le monsieur respirait ou pas, si le monsieur me répondait ou pas. effectivement, je lui
ai serré les mains, il me répondait pas, j'ai vérifié sa respiration, il respirait pas. Donc j'ai commencé à faire un massage cardiaque en attendant d'avoir euh le défibrillateur qui arrive. Et du coup, j'avais des collègues qui sont restés sous le choc de cette intervention et du coup, je me suis retrouvée à faire seul le massage cardiaque et c'était très compliqué parce que ça m'a rappelé un traumatisme de quand j'avais 16 ans et du coup, j'ai eu pas mal de flashbacks et cetera. Et là, les voix ont commencé vraiment à arriver à ce moment-là. Pendant le massage cardiaque. Après le massage cardiaque. C'était la première fois que tu étais confronté à la mort. Oui, c'était la première fois que je voyais la mort en tout cas de si près. On est obligé de continuer le massage
cardiaque jusqu'à ce que l'avion atterrisse parce que ça peut être seulement un médecin qui est qui est agréé qui peut nous dire de stopper le massage cardiaque et en effet nous dire que cette personne est décédée ou pas. Après, moi j'étais sûre que la personne était décédée parce que elle saignait des oreilles, elle saignait des yeux, elle saignait du nez. Donc voilà, c'était assez facile à deviner que la personne était décédée. Mais on est obligé par la loi de continuer le massage cardiaque jusqu'à l'arrivée des pompiers. Quand tu es rentré chez toi, ce jour-là, tu étais traumatisé, tu étais Ouais, ça a été très compliqué. Au début, j'étais vraiment dans l'absence, j'avais du mal à parler et cetera. Je commençais à cogiter pas mal mais j'arrivais pas à en parler, j'arrivais
pas à mettre des mots dessus. Par contre, ça me faisait pleurer et c'était très compliqué à gérer. On m'a laissé de tr jours de répis mais après malheureusement j'ai dû reprendre les vols et faire comme si de rien n'était et c'est vrai que c'était compliqué après ça. Je sais pas si tu peux nous répondre pour tous les cas de schizophrénie mais en général la maladie elle se déclenche Oui. via un choc émotionnel. C'est ça. Oui. Alors, la maladie, la schizophrénie, en général, on la porte en soi et elle peut être déclenchée ou non face à un traumatisme. En tout cas, depuis des années, je me dis que peut-être que si j'avais pas eu ces traumatismes là, peut-être que j'aurais jamais été schizophrène. Et c'est vrai que des fois, c'est un peu compliqué à se le dire et à se l'avouer, mais je
pense que c'est comme ça et que c'était tracé dans ma vie et que de toute façon, il faut faire avec maintenant. Donc c'est comme [musique] ça. Et est-ce que après du coup cette journée là quand même bien triste, est-ce que tu as réussi à reprendre ta vie normalement ? Bah je sentais déjà quelque chose qui avait changé. J'ai commencé à faire de la dépression, ça a été un peu compliqué. Bah anxiété, beaucoup de tristesse, beaucoup de confusion et cetera. Donc je commençais vraiment à rentrer dans une phase dépressive. Et d'ailleurs, c'est de là que j'ai commencé à prendre des antidépresseurs parce que ça commence à être compliqué. C'est seulement 2 ans après tes premières hallucinations que le diagnostic va être posé. Tu es schizophrène. Oui. Comment tu réagis quand tu apprends ça ?
Alors, j'ai un grand soulagement parce que j'ai un mot sur ce sur quoi je souffre et à la fois terrorisé parce que ce mot fait peur quand on dit schizophrène. Tout de suite, on se dit "Non mais je suis moi je suis normale. Je suis pas quelqu'un de je suis pas une tueuse en série, je suis pas quelqu'un de pas normal, je peux pas être schizophrène. Mais à la fois, ce soulagement de se dire "OK, il y a quelque chose, on va pouvoir me soigner." Avant que le diagnostic soit posé, les médecins il pensaient qu'est-ce qu'il pensaient qui t'arrivait parce que c'est long 2 ans pour te diagnostiquer. Oui, il y a toujours une errance médicale de toute manière dans tous les troubles qui durent assez longtemps. Ça peut durer même jusqu'à 10 ans d'érance médicale. Et moi, j'ai eu de la chance
d'avoir été diagnostiqué rapidement parce que euh au début, j'ai été diagnostiquée bipolaire et donc les hallucinations peuvent faire partie de la bipolarité. Mais euh quand mon mon psychiatre a commencé à voir que j'avais vraiment beaucoup d'hallucinations et cetera, il a commencé à se poser des questions et il m'a envoyé lui-même vers un centre expert schizophrénie. Toi quand tu as eu tu avais ces premières voix, cette hallucination, tu croyais que tu avais quoi ? Tu croyais que c'était réel ? Alors au début, je croyais que c'était réel. Oui. Et du coup je les croyais pas mal quand on me disait que cette personne me veut du mal. Quand on me disait que la personne en face de moi est toxique, que quelqu'un me suivait et cetera. Bah tout ça, j'y croyais.
quand elle me dénigrait aussi, qu'elle me disait "Doute façon, tu es trop moche, tu es trop conne, tu sers à rien, ta vie est pourrie, va crever." Bah j'y croyais parce que je croyais vraiment que c'était quelqu'un d'à côté de moi qui me parlait et cetera et du coup c'était vraiment compliqué à gérer. Pour la schizophrénie, on parle de symptômes dit négatifs et dit positif. Est-ce que tu peux nous les décrire de manière très simple ? En fait, il y a deux types de symptômes, c'est ça ? Alors, les symptômes positifs, c'est les choses qu'on a en plus des autres personnes. Donc, notamment les hallucinations. Donc moi, je souffre de HAV, hallucination acoustico-verbal, mais aussi je souffre d'hallucination visuelle et d'hallucination sensorielle. Donc ça c'est vraiment les symptômes
qu'on a en plus des autres personnes. Et il y a des symptômes qu'on dit négatifs, donc les les choses qu'on a en moins des autres personnes ou en tout cas qui sont euh différents des autres personnes qui vont être plus de la confusion, de l'anxiété, de la dépression, des comorbidités, que ce soit la bipolarité, que ce soit le trouble anxie généralisé et cetera. Et donc là, c'est vraiment des symptômes qui sont plus de l'ordre de la dépression, on va dire. On va rentrer dans le détail de tes hallucinations. Ça peut être quoi tes hallucinations auditives ? On narrive pas à Je pense c'est important d'expliquer, on arrive pas à se rendre compte. Alors, une hallucination auditive, ça peut être une personne qui me parle, qui va me dire des choses horribles, qui va me dire que
je sers à rien, qui va me dire que ma vie est nulle, que je ferais mieux de me suicider, que je ferais mieux de partir de ce monde, que je ne sers à rien. Et du coup, c'est vrai que c'est un peu dur à gérer au quotidien parce que c'est tout le temps c'est tout le temps des choses comme ça et c'est vrai que c'est fatiguant, c'est vraiment fatiguant à la fin. Et il y a pas que des voix dans les auditives. Des fois, il y a des bruits. C'est ça. Il y a des bruits. Ouais. J'entends très souvent des claquements de porte. Euh donc notamment des toc toc toc. Et donc quand je vais voir à la porte et ben j'ouvre et en fait il y a personne. Et ça ça peut m'arriver des dizaines de fois à la suite et je vais retourner retourner retourner jusqu'à ce que je me rende compte qu'effectivement non c'est
une hallucination. Et comme ça m'arrive assez souvent en général maintenant je vais ouvrir la porte la première fois. Je vais voir qu'il y a personne et les autres fois où il y a des toc toc toc, je vais plus voir à la porte parce que je j'ai compris que c'était des hallucination. Comment tu fais pour te concentrer avec toutes ces voix ? L'autre fois quand on préparait l'émission c'est au téléphone, tu avais des voix qui te parlaient en même temps et je me suis dit mais comment tu fais pour écouter les deux discours quoi ? C'est est-ce que tu as des techniques ? Oui, alors c'est assez compliqué mais j'essaie vraiment de me focaliser sur la personne qui me parle. J'essaie de J'ai des boules qui aussi qui sont réglables avec trois trois trois réglages. Donc
j'ai un réglage qui peut être totalement fermé, donc où j'entends zéro bruit, rien du tout. J'ai un réglage qui enlève les bruits parasites. Ça m'aide déjà un petit peu à faire le tri avec tout ce que j'entends et donc j'essaie de me focaliser vraiment sur la personne qui me parle et surtout si je suis occupée des mains et du cerveau. Enfin en tout cas que j'écoute quelqu'un, j'arrive mieux à me focaliser sur la personne qui me parle plutôt que si je suis un petit peu dans la lune, un peu garée, enfin dissocié, on va dire. C'est vrai que là, j'ai vraiment du mal à écouter les deux parce que je vais plus écouter les voix que j'entends et du coup ça va être ça va être plus difficile de comprendre un peu ce que la personne me dit. Il faut
vraiment que je reste concentré, focus sur la personne. C'est toujours la même voix qui te parle ou des fois c'est des voix féminines, des voix d'hommes ? Est-ce qu'elle crie ? Est-ce qu'elle chuchote ? Non, c'est toujours la même voix qui me parle. C'est une voix d'homme. Alors, je sais pas pourquoi ni comment. En tout cas, je reconnais son timbre de voix. Elle me parle normalement, elle me crie pas dessus, elle chuchote pas, elle parle très neutre. En fait, c'est une voix très neutre mais qui est très convaincante. Et est-ce que par exemple, je sais pas si c'est délicat de te demander ça, mais là on parle, est-ce que la voix est là ? Oui, là actuellement, j'ai des voix et elle me dit d'ailleurs ta gueule et puis d'aller me faire pourrir en enfer. Et là, elle continue à me parler. Elle va
me dire, elle est en train de me dire "Tu me fais chier, va crever" et cetera. là en ce moment [musique] même. Oui, mais ce qui est fou c'est que quand on discute avec toi, on a pas l'impression que tu es ailleurs et que bah j'essaie vraiment en fait quand je me focus sur quelque chose avec et que c'est pour ça que je bouge aussi pas mal mes mains, c'est que j'ai besoin de me focus sur mon cerveau, sur mes mains et ou sur mes jambes. En fait, j'ai besoin que j'ai besoin que mon corps euh soit en mouvement et soit focus sur quelque chose en même temps pour que j'évite d'entendre trop fort les voix et qu'elle reste en arrière-plan. parce que sinon euh si je les si là par exemple, tu vois, je deviens confuse quand je parle parce que je les écoute trop et que du
coup euh c'est assez compliqué parce que je parce que là elle me parle et qu'elle me disent que je sers à rien, que je pue, que c'est assez que tu es de la merde, que et là j'entends des échos avec. Tu parles de choses négatives, de choses atroces qu'elle te dit. Est-ce que parfois c'est des voix positives ? Non, j'ai jamais voix positive malheureusement. On a des photos là sur les sous les yeux où euh tu t'es euh fait du mal. Oui, c'est les voix quand elles me mettent à bout, j'ai envie de disparaître parce qu'elles me disent de disparaître et du coup je commence à m'écorcher le visage parce que j'ai j'ai envie de sortir de ma tête, j'ai envie de j'ai envie de que ça s'arrête et cetera. Et donc vraiment,
je me gratte au sang et c'est vraiment compliqué parce que vraiment je juste envie en fait, c'est que tout s'arrête. que ma vie s'arrête, que je puisse sortir de ma tête parce que j'en ai marre d'entendre toutes ces voix et cetera. Et donc c'est à moitié conscient et à moitié inconscient parce que la voix, elle va me dire "De toute façon, fais-toi du mal, tu sers à rien." Et à la fois, c'est moi qui va me dire "Je veux sortir de ma tête et donc je vais me faire mal pour essayer de de sortir de là et vraiment de de me calmer." C'est quoi la pire chose que la voix t' dite ? La pire chose que la voix m'a dit, c'est euh "Tu peux mettre fin à tes jours ?" Et cette phrase, en fait, quand elle me le dit, ça me fait toujours froid dans le dos. Et c'est vrai
[musique] que c'est toujours flippant en fait parce que des fois, j'ai envie d'écouter la voix et donc de mettre fin à mes jours. Et est-ce que parfois la voix, elle parle pendant plusieurs heures sans s'arrêter ? Oui, du coup, c'est compliqué. [musique] Des fois, ça va être toute une matinée d'affilé, ça va être en continu. Mais après, quand c'est en continu, en général, j'ai une partie où j'ai des échos, j'ai une partie où j'ai des hallucinations sensorielles, une partie où j'ai des HAV, donc hallucination acoustico-verbale. Et euh vraiment ça dépend, mais des fois j'ai des répis de 20 minutes ou des choses comme ça, ça se calme ou soit ça se calme, soit je les entends un peu moins fortes ou j'arrive à me focaliser sur autre chose et du coup je les entends moins. Ça m'arrive de les
entendre une journée nonstop et là c'est vraiment très très fatiguant. Aujourd'hui, tu as eu des échos ? Est-ce que tu as eu la voix aussi qui est revenue te parler ? J'avais des traitements et puis il y a un mois euh mon corps s'est habitué et donc euh je recommence à avoir des hallucinations assez fortes et c'est très euh troublant parce que je suis déçue, je suis triste et je suis fatiguée parce que euh ça s'était calmé, ça s'était un petit peu arrêté et donc là ça recommence et là je suis à nouveau fatiguée, je suis à nouveau exténuée et ça continue et ça s'arrête pas et en fait c'est un éternel recommencement et donc c'est pénible. Et comment tu arrives à distinguer
ta voix intérieure de cette voix là ? C'est au timbre de voix parce que tu sais, on a tous un inconscient, on se parle à nous-même. Oui. Comment tu fais la distinction des deux ? Alors, c'est très facile. Les pensées, c'est dans ma tête, je les entends dans ma tête. La voix, c'est comme si c'était une personne qui était à côté de moi qui me parlait. Donc, c'est vraiment comme si toi tu allais me parler. Et euh et du coup, c'est comme ça que je reconnais la voix de mes pensées. Mes pensées, c'est vraiment quelque chose qui raisonne dans ma tête et là j'arrive vraiment à faire la différence. Et maintenant que tu es maintenant que tu es diagnostiqué, quand la voix te parle, tu sais que c'est une hallucination et du coup, tu vas moins aller au bout de ce qu'elle te dit.
Exactement. Oui, je vais essayer de moins l'écouter et de la mettre en arrière-plan. En tout cas, c'est ce que je vais essayer de faire de de oui oui de l'écouter, de lui dire oui oui. Moins je les écoute, plus elles sont fortes et du coup c'est ce qui me pousse à me faire du mal et cetera parce que je veux vraiment sortir de ce corps et j'en peux plus. elles me mettent à bout et si euh si je les écoute et que je leur dis oui oui enfin dans ma tête en tout cas ou des fois à l'oral quand je suis seule parce que c'est assez gênant hein de parler tout seul comme ça comme bah là comme une schizophrène en fait c'est là que je me rends compte que je suis schizophrène et du coup dans ma tête je leur dis oui je les écoute et cetera et puis comme ça ça passe un peu plus crème
et ça évite le fait qu'elle s'emballe et que vraiment là ça devienne de plus en plus fort. J'ai vraiment l'impression qu'en fait c'est un petit diable qui vient me parler et que j'ai vraiment l'impression qu'il rentre à l'intérieur de moi et que j'ai besoin que tout ça ça sorte de ma tête et que et que j'ai vraiment besoin que ça se calme en fait. Et donc c'est pour ça que je m'écorche tout ça, c'est parce que vraiment il faut que il faut que cette personne là elle parte. Ça te fait plus de mal qu'autre chose après coup ou sur le moment tu ressens même pas la douleur ? Ça doit être très bizarre sur le moment. Je ressens pas la douleur parce que j'ai tellement une douleur morale que la douleur physique finalement ça me fait rien et je peux me gratter vraiment très très fort et je
vais rien ressentir jusqu'à ce que la voix soit un petit peu partie et soit apaisée. Une fois qu'elle est apaisée là par contre je recommence à sentir la douleur et je me dis "Aï, je me suis fait mal, je vais me voir dans le miroir" et je me dis "Ouais, en effet, en effet, je me suis fait bien mal cette fois." Et du coup après je regrette et je me sens super mal parce que je me dis bah mince ça va se voir, ça va être compliqué, je vais devoir dire à ma famille, voilà, j'ai fait une crise et cetera. Donc ne vous enfin ne soyez pas choqué si vous me voyez un peu écorché euh c'est normal, j'ai fait une j'ai fait une grosse crise et c'est et c'est comme ça. On va parler des hallucinations sensorielles. Tu as évoqué la pluie tout à l'heure. Oui. Est-ce qu'il y en a d'autres ? Oui. Euh
souvent je ressens que j'ai des insectes qui viennent me taper le visage et cetera et donc je suis souvent en train de faire ça ou en train de me gratter et cetera parce que j'ai vraiment l'impression que j'ai une mouche qui me fonce dedans, des moustiques, des punaises, des choses comme ça. J'ai l'impression qu'elles viennent m'attaquer le visage et du coup c'est vraiment pénible. Après, je ressens aussi des fois des décharges électriques. Donc vraiment comme si je touchais un fil, vous savez, les fils électriques des chevaux ou des vaches et cetera, j'ai l'impression que je touche ça et bam, ça me fait une hallucination euh sensorielle. Et de toute façon, ça je peux pas contrôler puisque c'est déjà fait. Donc je peux pas dire non, stop, machin. Euh, ça se fait sur le moment,
je le ressens et du coup bah c'est comme ça. Et ça, tu arrives pareil à distinguer qu'il y a pas d'insecte sur ton corps par exemple ? Alors, ça c'est assez compliqué parce que ça m'arrive souvent le soir, j'ai remarqué les insectes et des fois, j'ai du mal à distinguer le vrai du faux. Donc c'est assez difficile parce que je ressens les insectes et du coup bah je peux pas m'empêcher de me gratter, je peux pas m'empêcher de toucher mon visage parce que de toute façon je le ressens et c'est pas une hallucination verbale donc je peux pas dire stop. Euh voilà donc je sais que des fois enfin en général maintenant je sais que les insectes que je ressens c'est faux parce que ça m'est arrivé plein plein de fois plein plein de fois et du coup je sais
que c'est faux mais encore aujourd'hui j'arrive à me tromper. Oui, et parfois je me rends pas toujours compte parce que par exemple, je vais vous citer un exemple. Une journée, je faisais un TikTok normal et cetera et quand [raclement de gorge] j'ai voulu monter ma vidéo, je remarque que pendant 2 minutes déjà, je suis en dissociation. La dissociation, c'est comme si je me voyais d'en haut et que et que je voyais tout ce qui se passe et cetera, mais je suis hors de mon corps et là, je me vois en train de me chatouiller le visage parce que je crois que j'ai des insectes et cetera. Et c'est là que je me rends compte que en effet oui, j'ai une hallucination sensorielle. Tu ressens quoi quand tu fais le montage et que tu reçois je ressens beaucoup de
honte. Je suis gênée en fait parce que je me dis que si je fais ça à la caméra, ça veut dire que des fois je le fais dans la vie réelle et c'est vrai que du coup je me ressens pas mal de honte. Ouais. Elles t'ont déjà fait peur tes hallucinations ? Oui, j'ai déjà eu peur parce que quand ça arrive la nuit que j'entends le toc toc toc de ma porte ou que je vois quelque chose qui arrive vers moi ou que j'entends des bruits de grincement de fenêtre et cetera, vraiment je commence à flipper parce que je me dis je suis toute seule dans mon dans ma petite maison, s'il m'arrive quelque chose, je peux pas je peux pas réagir en fait. On va parler justement des hallucinations visuelles. Euh en fait toi tu as les trois types d'hallucinations. Est-ce que ça arrive que des personnes schizophrennes elles
aient qu'un type d'hallucination ou c'est forcément les trois pour tout le monde ? Oui. Alors non, c'est possible que les certains schizophrènes ai un seul type d'hallucination que ça soit verbal, visuel, sensoriel au goût aussi. Moi, j'ai pas celle celle du goût. C'est quoi par exemple les hallucinations du goût ? Ça peut être l'impression d'avoir la bouche pleine de rouille. Alors, j'ai pas trop d'exemples parce que je connais qu'une personne qui a des hallucinations en terme de goût qui va sentir voilà comme si elle avait sué une clé rouillée ou des choses comme ça. Mais je peux pas plus en parler parce que c'est vrai que je connais pas trop. Et toi tu en as quand même trois différents types dont les hallucinations visuelles. Qu'est-ce que tu vois ? C'est
toujours la même chose ? Non, c'est pas toujours la même chose. Je vois beaucoup d'animaux, des animaux passés. Donc là, c'est plus sous forme d'ombre et cetera. Après, je vois pas mal aussi des animaux totalement, on sait pas d'où ça sort en tout cas qui vont être dans mon salon, dans mon jardin et cetera. Et euh je vais voir aussi euh je sais pas des personnes qui s'approchent de moi et ça ça me fait très peur. Alors en général les hallucinations visuel, je les ai plus quand je suis à l'hôpital parce que bah je vais à l'hôpital quand je suis en période de crise et donc j'ai beaucoup d'hallucinations à ce moment-là. Et c'est vrai que la dernière fois pendant une hospitalisation, je voyais des flammes roses à ma fenêtre et quand la soignante est passée, elle me dit
"Qu'est-ce que tu fais ? Tu contemples la vue ?" et cetera. Je lui dis "Oui, je regarde les flammes en roses et c'est très beau et cetera. et elle me dit "Bah je suis désolée mais tu hallucines, c'est pas vrai. Mais en tout cas, c'est très joli de les voir donc si tu les vois, profite de la vue et puis c'est comme ça." Tu vois aussi des personnes parfois, mais c'est des c'est des ombres, c'est vraiment des personnes bien distinctes. Alors là, pour le coup, c'est plus des ombres que je vais voir donc pour les personnes qui se rapprochent de moi. Et encore une fois donc toutes ces hallucinations, elles sont majorées quand je suis à l'hôpital parce que je le redis, c'est quand je suis à l'hôpital c'est que je suis en période de crise, donc c'est là où j'ai le plus
c'est là où j'ai le plus d'hallucination acoustico-verbal, visuelle et sensorielle. C'est vraiment l'endroit où j'ai vu les trucs les plus fous ou les endroits où j'ai entendu les trucs les plus fous ou est-ce que j'ai ressenti le plus de choses possibles. Mais les hallucinations visuelles, c'est surtout à l'hôpital que je les ai vu et ressentis. C'est quoi le plus dur à vivre comme hallucination de ce que tu me racontes ? Je dirais que c'est les acousticoverbals. C'est la voix. Ou c'est la voix. Oui, c'est ça. La voix qui est le plus dure à gérer pour moi parce qu'elle est presque constamment là. Elle me parle presque 24 24, sauf quand je dors et encore, elle arrive à me réveiller de temps en temps. Et du coup, pour moi, c'est la voix le plus difficile. Mais des fois, les
hallucinations visuelles me font peur, mais des fois elles me font rire aussi parce que pour le coup, je peux voir n'importe quoi. Un jour, j'ai déjà vu un zèbre au milieu du jardin de la cour de l'hôpital. J'ai des petites techniques pour ça. Je prends en photo et comme ça, je regarde ma photo. Et si je vois qu'il y a rien sur ma photo, je me dis "Ah ouais, OK. Là, j'ai halluciné. ce que je vois c'est pas du tout le la vie réelle. C'est c'est d'ailleurs un tips que on m'a donné sur mon TikTok euh par des personnes qui étaient atteintes de schizophrénie qui m'ont dit "Essaie de prendre en photo quand tu vois des choses et regarde ensuite dans ton appareil photo ou dans ton téléphone et tu peux voir si c'est vrai ou pas." Et c'est une astuce qui m'a beaucoup
aidé et du coup j'adore d'ailleurs cette entraide qu'il y a sur TikTok euh sur les réseaux en tout cas ou avec les personnes de l'hôpital parce que on se donne pas mal de tips. Tu as des amis schizophrènes aussi ? Oui. Alors des amis, j'ai pas vraiment d'amis réel mais j'ai beaucoup d'amis via les réseaux. Je parle d'ailleurs très beaucoup avec certaines personnes et on s'échange beaucoup sur nos malheureusement sur nos malheurs et sur ce qui nous arrive des fois des choses drôles aussi. On se dit mais what the fuck ? On a fait des trucs n'importe quoi. J'ai cru que il y avait un agent secret qui me suivait dans le bus et que il y avait des caméras cachées qui étaient là pour me faire du mal tout ça. Et on se partage un peu toutes nos anecdotes, tous nos tips, tous nos les
médicaments qui fonctionnent sur nous et cetera. Et et du coup, j'ai rencontré des chouettes personnes. Ouais. sur les réseaux. Parfois, tu fais des grosses crises de paranoïa. Oui. Je crois qu'une fois tu es dans le métro où ça t'est arrivé plusieurs fois. Souvent, j'ai l'impression que j'ai des personnes qui me suivent et qui me veulent du mal. Donc, je me retourne, je me retourne plusieurs fois. Et d'ailleurs, ça me fait peur parce que si je vois une personne derrière moi qui prend la même direction, je vais me dire "C'est cette personne qui me suit ou c'est cette personne qui me veut du mal et cetera." Après, j'ai aussi le fait de penser que j'ai des caméras qui sont autour de moi pour me faire une caméra cachée ou pour me vouloir du mal. Et des fois, j'ai
carrément la personne enfin les hallucinations acoustico-verbales qui vont me dire "La personne en face de toi te veut du mal." Et là, je commence à y croire et à me dire "OK, cette personne, elle est toxique, elle est pas bonne pour moi et ça va être ça va être à moi de gérer ça." Ça va être atroce les crises de paranoïya parce que j'imagine que sur le moment là, tu arrives pas à savoir que c'est une hallucination et que c'est faux. Oui. Euh [raclement de gorge] ça dure longtemps. Euh ça dépend, les crises paranoyales peuvent durer de quelques secondes à quelques minutes. Ça dure jamais plus d'une heure ou quelque chose comme ça. En tout cas, chez moi, ça dure pas très très longtemps. Mais c'est vrai que là, distinguer le vrai du faux, c'est quasiment impossible. Et là, c'est
vraiment dur pour moi parce que des fois, je me dis, je pourrais me mettre à dos certaines personnes, certaines de mes amies parce que je vais me dire "OK, effectivement, elle est toxique." Parfois, j'ai aussi l'impression qu'on me regarde et qu'on fixe. Et ça, c'est assez gênant. Je me dis mais vraiment cette personne, OK, elle me veut du mal et euh et elle me fixe et moi je me sens super honteuse, gênée parce que je me dis en fait ça se trouve elle sait que je suis schizophrène et puis elle doit se elle doit se dire se méfier de moi et cetera alors qu'en fait c'est pas du tout le cas. la personne si elle me fixe et que peut-être elle est dans la lune, c'est peut-être que je sais pas parce que peut-être que je suis bien habillée, on sait pasin, peut-être que c'est
quelque chose de positif, mais en tout cas souvent je le vois comme quelque chose malheureusement de négatif. [grognement] Est-ce que tout ça ça t'a fait déjà perdre confiance en ton propre cerveau ? Oui, il y a plein de fois où euh vraiment je me suis dit euh mon cerveau euh c'est très compliqué, je perds la boule euh je sais pas ce qui est vrai, je sais pas ce qui est faux et je commence vraiment à avoir peur en me disant mais euh est-ce que ça va s'empirer dans le temps ? Est-ce que mon cerveau, il va continuer à à faire des choses comme ça ? Est-ce que ça va s'empirer ? Est-ce que ça va s'atténuer ? Et vraiment mon cerveau me fait peur. Ouais. Et malheureusement, tu as eu plusieurs fois envie de mettre fin à tes jours, notamment une fois en voiture. Oui, on a les photos sous les yeux.
Qu'est-ce qui s'est passé exactement ce jour-là ? Alors, ce jour-là, je sortais de chez ma maman. On avait regardé un peu des photos de mon papa qui est décédé et cetera et j'allais plutôt j'allais plutôt bien quand je suis sortie. J'allais à un repas avec des amis. J'ai pris ma voiture et puis j'ai vu le poteau électrique et puis je me suis tout simplement dit je fonce dedans parce que j'en peux plus. Mais ça a été très rapide. C'était pas du tout quelque chose de prémédité ou quoi. C'était vraiment quelque chose de vraiment violent où je me suis dit le poteau est là, je fonce dedans et puis basta, [musique] ça se termine et comme ça c'est fini et j'arrête de souffrir. Je pense que c'était lié à ma maladie mais à l'époque je ne savais pas. Donc je
savais pas distinguer si c'était vrai ou pas tout ce que j'entendais ou tout ce que je ressentais. Donc pour moi, c'était de mon propre gré. Est-ce qu'aujourd'hui tu as encore parfois des idées noires ? Oui, très souvent j'ai des idées noires parce que les voiles me poussent à bout et du coup j'ai des idées noires. Mais les idées noires et les idées suidaires ne sont pas les mêmes choses. Les idées noires, ça va plutôt être qu'est-ce que je fais dans ce monde ? À quoi je sers ? Est-ce que je suis vraiment faite pour rester sur terre ? Alors que les idées suidaires, ça va plus être la mise en place d'un plan de se dire "OK, à telle date, je vais partir, je vais vouloir partir et me dire OK, je le fais demain quoi." Et du coup, c'est vrai que j'ai
eu pas mal d'idées noires et d'idées S. Donc c'est vraiment c'est fatiguant. C'est vraiment fatiguant. Tu as même passé une fois 6 mois en hospitalisation complète. Qu'est-ce qui te pousse à te faire hospitaliser ? quand je commence à être trop en crise, que je commence à me faire beaucoup de mal, je le sens je le sens venir. Soit que j'ai fait malheureusement une TS, soit que je commence vraiment à tomber en dépression et cetera, voir ou avoir beaucoup d'hallucination, je vais en parler à mes psychiatres, psychologues, infirmiers, infirmière référente euh et là on va me proposer de me faire hospitaliser, j'accepte ou non. Après, on peut aussi être hospitalisé sous contrainte, ça m'est jamais arrivé. Ça a toujours été de mon plein gré de dire
oui d'accord, je suis d'accord pour me faire hospitaliser quand on me l'a proposé. Une hospitalisation sous contrainte en général c'est quand on te force à t'hospitaliser. On n' pas le choix, ton médecin te dit "OK, là tu vas te faire hospitaliser et on t'emmène de force en ambulance ou euh ou même ça peut être carrément par les policiers ou les gendarmes si la personne est dans la rue déambule et fait n'importe quoi et cetera." Ça s'appelle comme ça parce que on n pas le choix de se faire hospitaliser mais pour ma part j'ai jamais eu d'hospitalisation sous contrainte. On m'a toujours proposé et j'ai accepté. Une fois du coup tu es resté 6 mois en hospitalisation complète. Pourquoi tu as eu besoin d'autant de temps entre guillemets ? Parfois, c'est des séjours qui sont plus courts.
Oui. Alors, j'ai fait des séjours qui ont duré de une semaine à un ou de mois et puis le plus long qui a duré 6 mois et demi. Durant ce long séjour de 6 mois et demi, en fait, je faisais aussi des kneps, ça s'appelle des crises non épileptiques psychogènes qui sont d à l'anxiété ou aux crises de paranoïa, aux crises schizophrénie et cetera. C'est des crises qui ressemblent à de l'épilepsie et que donc on tombe et on convulse. Donc il y avait ça à soigner qui était déjà très long à déjà diagnostiquer et ensuite à soigner. J'ai fait pas mal d'IRM cérébrales et cetera pour les hallucinations. En fait, j'en ai profité pendant cette hospitalisation pour faire pas mal d'examens médicaux. Donc ça m'a servi à ça. C'est pour ça que je suis restée beaucoup de temps.
J'ai eu le temps aussi de me reposer. Il m'a fallu le temps de trouver un traitement. Ça ça a été euh très long de trouver le bon traitement parce que j'en ai essayé vraiment des tonnes et une fois que j'avais trouvé le bon là on a pu euh attendre quelques jours, quelques semaines que ça se passe bien et cetera et là on me dit "OK, tu peux sortir." Et tu me disais le problème des traitements, c'est que euh parfois tu en trouves un qui te convient, qui te ralentit toutes ces hallucinations. Au bout de quelques semaines, en fait ça revient parce que ton corps s'habitue à la molécule. Alors c'est ça qui est compliqué chez moi, c'est que quand on me donne un nouveau traitement, au début souvent ça marche plutôt pas mal. Et euh une fois que mon corps s'est habitué, malheureusement au bout de
quelques semaines, quelques mois, et ben je recommence à tomber dans mes travers et là je dois à nouveau changer de traitement. Donc j'ai trois quatre traitements que j'utilise en général et on tourne un peu entre ces traitements là et puis ça permet au corps de se déshabituer, de se réhabituer et cetera, donc de changer et d'aller mieux. Et puis dès que ça va moins bien et ben tac, on rechange de traitement et puis et puis ça se passe comme ça. L'avant-dernier traitement que tu as pris, il t'a fait prendre beaucoup de poids. Tu as pris 35 kg. Oui, j'ai pris 35 kg en 6 mois avec une molécule qui s'appelle Lolanzapine. Euh et ça a été très très compliqué parce que effectivement, elle a été super cette molécule. J'entendais plus de voix, j'avais plus d'hallucination et
cetera. C'est vraiment la molécule parfaite qui me convenait et cetera. Mais j'ai pris 35 kg et en fait balance bénéfice risque c'est en général ce qu'on dit. Euh les médecins étaient plutôt de de du côté à se dire bah c'est génial, tu as plus d'hallucination mais moi j'étais hyper mal parce que j'avais pris 35 kg. J'ai pas du tout, j'ai pas du tout l'image du corps que j'avais d'avant et ça c'était hyper compliqué pour moi à gérer. Et donc du coup, j'ai refusé de continuer de prendre la molécule parce que malgré les 35 kg que j'ai pris, ça continuait à augmenter, ça continuait et du coup j'ai décidé d'arrêter d'arrêter ce traitement là. Et là du coup, tu en as un nouveau ? Oui, là j'ai un nouveau traitement qui
marche plutôt bien, mais récemment euh il y a à peu près un mois, ça commence à s'habituer et là, je commence à avoir beaucoup d'hallucinations et c'est euh c'est pas facile tous les jours et et voilà. Tes proches, euh ils ont été surpris par le diagnostic, ils t'ont toujours accompagné. Oui, ça a dû être dur aussi pour eux, j'imagine. Oui, alors au début, ça a été très compliqué pour mes proches parce que c'était dur à comprendre et puis surtout je pense à accepter aussi pour eux tout simplement parce que il y a l'acceptation pour moi, mais il y a l'acceptation aussi pour eux de se dire que OK, leur fille, leur sœur est malade et en fait, il va falloir gérer comme ça et il y aura pas le choix et c'est malheureusement une maladie qui dure toute la vie. On peut la stabiliser mais
on peut pas la soigner. Et donc euh donc va falloir vivre avec ça, va falloir se battre tous ensemble et euh et au début ouais, ça a été difficile à accepter pour mes proches. Et euh là, est-ce que tu peux nous parler un peu de ta vie ? Est-ce que tu habites seul ? Est-ce que tu partages ta vie avec quelqu'un ? J'ai ce logement via le biais de de cette carte handicapée qui m'aide financièrement à pouvoir vivre une vie décente parce que sinon je me retrouverai à la rue. Est-ce que ta maladie t'a déjà freiné dans tes relations sociales ? Oui, beaucoup. Parce que surtout au niveau relations amoureuses et cetera euh c'est assez compliqué parce que euh j'ai pas forcément envie de le dire tout de suite. En même temps, si je le dis tout de suite, je me dis la personne elle va
me fuir. Si je le dis pas tout de suite, la personne elle va dire "OK, elle m'a menti. J'ai pas envie de m'engager parce que je me dis la personne en fait, elle va se désintéresser de moi très vite et en fait, elle va pas accepter la maladie. ça va être trop compliqué pour lui. Et donc elle va me quitter ou il va me quitter et du coup je me dis en fait à quoi bon à quoi bon se mettre avec quelqu'un si la personne va nous quitter mais en même temps je me dis j'ai tort parce qu'il y a plein de personnes qui acceptent ce ce genre de maladie je peux vivre normalement il me faut juste quelques adaptations et cetera j'ai une question qui me vient comme ça mais est-ce que tu pourrais te mettre en relation avec une personne schizophrène j'y ai déjà pensé mais je pense en tout
cas pour ma part que deux personnes malades ensemble en tout cas avec des troubles psychiques, c'est pas fait pour être ensemble, c'est vraiment compliqué. J'ai déjà été en colocation avec une personne atteint d'un trouble psychique. Ça s'est pas bien passé et c'est vrai que je pense que ça pourrait ne pas coller parce que si l'un n'a pas de symptômes tout de suite, l'autre va avoir des symptômes et cetera et on va pas réussir à se coordonner et je pense que ça va être trop difficile. En tout cas, moi j'ai besoin d'avoir une personne stable à côté de moi qui va pouvoir justement m'aider et m'épauler et être plus présente pour moi qu'une personne qui est malade également et qui aura aussi besoin de soin, aussi besoin de soutien. Et est-ce que tu t'es déjà posé la
question d'avoir des enfants ? Oui. Alors, je me pose la question encore et toujours des enfants. J'ai 30 ans, je suis en pleine force de l'âge. J'ai toujours voulu des enfants, mais aujourd'hui, je me dis est-ce que je suis capable d'élever des enfants avec cette maladie, avec cette fatigue là ? Surtout parce que je dors 12h par nuit plus 2h de sieste et donc je suis extrêmement fatiguée. Est-ce que je suis capable d'élever des enfants ? Je commence à me poser des questions, à me dire en fait est-ce que je vais pas rendre malheureux mon enfant ? Est-ce qu'il va pas être placé ? parce que j'aurais fait une crise et que je me serais retrouvé à l'hôpital et cetera. Donc c'est vrai que ça remet en question pas mal de choses. Et là tu es arrêté, du coup tu ne travailles pas. Oui.
Euh parce que le traitement te fatiguent beaucoup. Est-ce que déjà tu penses pouvoir un jour retravailler en tant qu'au test de l'air ? Alors en tant qu'au test de l'air non c'est pas possible parce qu'on m'a retiré ma licence de vol. Tous les 2 ans, on a une visite médicale et quand on est en arrêt de plus de 3 semaines, on repasse cette visite médicale avec des justificatifs et cetera. Et donc, on m'a retirer ma licence de vol. Donc, c'est plus possible pour moi de voler actuellement. [grognement] Mais j'ai déjà repensé à reprendre un travail, notamment en mi-temps parce que j'ai déjà essayé plusieurs fois de reprendre du travail à pleintemps. Ça s'est toujours très mal fini. J'ai toujours terminé en crise à l'hôpital euh ou complètement déphasé par la fatigue.
Donc aujourd'hui, je vise à travailler à mi-temps après mes cycles d'hôpital de jour. Mon métier d'utise de l'air, c'était vraiment mon métier passion, le métier de ma vie. Et du coup, aujourd'hui, je me demande dans quoi je pourrais me lancer. peut-être des agences de voyage, des offices du tourisme, mais ce sera jamais la même chose que voler. De toute façon, c'est vrai que je peux mettre une croix là-dessus et j'essaie aujourd'hui de trouver un peu dans quelle branche je pourrais m'orienter et d'ailleurs, je suis accompagnée pour ça avec l'hôpital, notamment l'hôpital de jour. Ils sont là pour m'accompagner, pour m'aider à trouver un travail qui me correspond. Tu partages ton quotidien sur TikTok aussi, tu l'as dit. Pourquoi tu as décidé de t'exposer comme ça sur les
réseaux sociaux ? C'est courageux. Merci. Tu avais peur au début ? Oui, j'avais un peu peur au début parce que je me suis dit que j'allais avoir beaucoup de haters comme on dit, de me faire juger et cetera. Et en fait, pas du tout. J'ai directement développé une communauté super bienveillante et j'ai voulu faire cette enfin ces [musique] vidéos pour pour avoir une voix en fait pour parler au nom des personnes handicapées psychiquement. on en parle pas assez, on a que des images typiques de la schizophrénie [musique] qui est totalement les fous du bus et cetera. Et donc, je voulais porter ma voix pour prouver que les personnes handicapées qui ont de la schizophrénie peuvent être des personnes tout à fait normales et vivre un quotidien un quotidien normal aussi. C'est quoi ton TikTok ?
Mon TikTok c'est [musique] Mae.r même sur Instagram. Et ben comme d'habitude, on vous met tous les liens en description. Et enfin [musique] Mae, si je te laisse le mot de la fin, croyez en vous parce que vous pouvez y arriver, vous pouvez vous stabiliser et il y a rien qui est joué encore. Voilà. Merci beaucoup Maée. J'espère que tu as passé un bon moment avec nous. Merci. [musique] Oui, c'était génial. J'ai vraiment adoré passer ce moment-là avec vous. Merci. À très bientôt, j'espère et hésite pas à nous tenir au courant. Ça marche. À bientôt.