Christophe Bouillon : "D'ici au 11 mai il n'y a que 8 jours ouvrables pour que les maires soient préparés"
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Le mot qu'on a beaucoup entendu depuis hier, c'est sur mesure. C'est ce que vous avez réclamé au président et il vous a entendu ?
- 1:45OuverteRéponse directe
Le déconfinement ne sera pas régionalisé. Ce sera plus précis que ça, c'est ça ?
- 2:37OuverteRéponse directe
Quelle sera la marge de manœuvre des maires ?
- 3:23OuverteRéponse directe
D'après vous, les petites villes que vous représentez seront prêtes le 11 mai ?
- 4:21OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il faut rouvrir les écoles dès le 11 mai ?
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Pareil pour les garderies, les cantines scolaires, la réouverture des écoles ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On a réclamé deux choses finalement. »
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« L'ouverture d'une école, ça ne se fait pas en claquement de doigts. »
- 0:52Invité politiqueFait
« On a d'abord réclamé un cadre national. »
- 1:52Invité politiqueFait
« Oui, il se fera finalement à la maille de la commune, à l'échelle de la commune. »
- 8:18Invité politiqueFait
« La demande unanime, c'est qu'il faut aller vite maintenant. »
- 8:41Invité politiqueFait
« Moi, ce que je souhaite, c'est que le second tour... »
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Il est 6h19. Emmanuel Macron s'est entretenu hier avec une vingtaine d'élus locaux. Un échange par visioconférence. Le président voulait discuter des conditions du déconfinement pour lequel il entend s'appuyer sur les maires. Bonjour Christophe Bouillon. Bonjour. Vous avez participé à cette réunion en tant que président de l'association des petites villes de France. Vous êtes aussi député socialiste de Seine-Maritime. Le mot qu'on a beaucoup entendu depuis hier, c'est sur mesure. C'est ce que vous avez réclamé au président et il vous a entendu ?
Oui, on a réclamé deux choses finalement. Parce que vous savez, le temps presse, on est à quelques jours du début du déconfinement. Il ne faut pas perdre de temps. L'ouverture d'une école, ça ne se fait pas en claquement de doigts. On a d'abord réclamé un cadre national. C'est-à-dire qu'il appartient à l'État de fixer les règles sanitaires en quelque sorte. Mais ensuite, on voit bien qu'il y a des situations différentes d'une commune à l'autre. Ce n'est pas la même chose d'ouvrir une école lorsque vous êtes dans une commune rurale où il n'y a souvent qu'une seule ou deux classes avec plusieurs niveaux que dans une grande ville avec plusieurs classes et des effectifs plus importants.
Donc il faut faire confiance aux maires en lien avec le préfet et les équipes locales de l'éducation nationale pour penser le déconfinement, pour faire en sorte de respecter un cadre national. Mais bien évidemment, le faire avec beaucoup de bon sens. Et par ailleurs, vous savez, pour les communes, ce n'est pas aussi évident que cela que d'avoir à prévoir l'organisation des cantines, réouvrir le ramassage scolaire et mobiliser du personnel. Il faut vraiment maintenant et très très vite que chacun s'accorde sur le terrain.
On va reparler précisément des écoles du transport scolaire notamment. Mais juste encore sur les principes, le déconfinement ne sera pas régionalisé. Ce sera plus précis que ça, c'est ça ?
Oui, il se fera finalement à la maille de la commune, à l'échelle de la commune. Et c'est plus pertinent ? Oui, c'est plus pertinent parce qu'on voit bien à l'annonce cette semaine du ministre de l'éducation nationale qu'il y a eu beaucoup de remontées, beaucoup d'inquiétudes de la part des maires. Mais pas simplement. Vous avez les parents d'élèves, par exemple, qui s'inquiétaient. Certains, et ils sont nombreux, refusaient même de faire scolariser leurs enfants. Et puis, c'est bien légitime, vous aviez aussi les enseignants qui se posaient la question de la protection des masques, de l'organisation concrète des cours avec des effectifs moindres.
Donc, je crois que ce qui est pertinent, c'est d'adapter cela à l'échelle locale parce que tout le monde ne bénéficie pas des mêmes moyens. Et ça permet aussi de répondre à ces inquiétudes locales, en quelque sorte.
Quelle sera la marge de manœuvre des maires ?
Il faut qu'elle soit, j'ai envie de dire, suffisamment grande. On a demandé de la souplesse. Et en même temps, il ne faut pas non plus que l'État, j'ai envie de dire, refile le bébé aux élus. C'est-à-dire, les élus n'ont pas la responsabilité de la question sanitaire. Ils n'ont pas la responsabilité de la question éducative. Eux, ils doivent organiser au mieux l'accueil des enfants. Donc, il ne faudra pas non plus que l'État se défausse de sa responsabilité. Et viendra très vite, vous savez, la question de qui paie. Ce qui limite la marge de manœuvre des collectivités, c'est la question des moyens. Les moyens pour acheter du matériel, les moyens pour mobiliser du personnel.
Vous avez dit tout à l'heure que le temps pressait. D'après vous, les petites villes que vous représentez seront prêtes le 11 mai ?
En tout cas, les maires sont très mobilisés. L'inquiétude qu'ils ont eue cette semaine, c'est que lorsqu'ils se sont tournés vers l'éducation nationale, localement, vers les directeurs ou les directrices d'école, vers les inspecteurs, vers les directeurs départementaux, ils n'ont pas eu de réponse parce qu'on leur disait, attendez, on attend les consignes nationales.
Donc, ce que demandent les maires aujourd'hui, c'est qu'ils obtiennent très très vite des réponses concrètes pour savoir s'ils doivent, par exemple, commander du gel hydroalcoolique, s'ils doivent racheter du matériel, s'ils doivent mobiliser plus de personnel, par exemple pour le temps extrascolaire, la halte garderie, par exemple. Donc, les maires seront prêts, je ne fais aucun souci là-dessus. Simplement, encore une fois, d'ici le 11 mai, vous savez, concrètement, il y a à peine 8 jours ouvrables pour permettre aux municipalités de s'organiser dans de bonnes conditions.
À propos des écoles, Christophe Bouillon, que préconisez-vous exactement ? Est-ce qu'il faut rouvrir les écoles dès le 11 mai ?
Vous savez, là, il faut faire la différence entre des grandes communes et des petites communes. Hier matin, devant Emmanuel Macron, il y avait des maires des grandes villes. Il faut faire le lien, d'ailleurs, entre l'ouverture des écoles, la reprise d'activité et le transport dans des grandes villes, dans des grandes agglomérations, mais ça concerne finalement aussi les petites villes, parce que beaucoup d'habitants des petites villes se rendent au travail dans les grandes agglomérations, dans les cœurs d'agglomérations et des transports en commun. Si vous n'avez pas une reprise des transports en commun à bon niveau, ça va poser des problèmes.
Et par ailleurs, on voit bien qu'il y a des consignes beaucoup plus strictes qui seront édictées, et c'est normal, dans les transports, sur le port de masques notamment. Donc concrètement, je pense qu'il sera tout simplement impossible d'accueillir tous les élèves dans les villes importantes en France, parce qu'il n'y aura pas l'espace suffisant, parce que ça manquera de personnel. Et par ailleurs, il y a un gros problème qui est celui du transport.
Pareil pour les cantines scolaires, les garderies, les centres de loisirs ?
Oui, la cantine scolaire, il va falloir réapprovisionner, passer commande. La difficulté, c'est qu'il a été dit que ce sont les parents qui décident. Il va falloir de la prévisibilité. Ce n'est pas la même chose de préparer un repas pour 1 000 enfants ou 200 enfants. Il va falloir prévoir le coût, et ça, c'est une difficulté. Et par ailleurs, si des enfants sont confiés aux municipalités pour les occuper parce qu'ils ne sont pas mis devant des enseignants, ça nécessite du personnel qualifié que nous n'avons pas forcément. Et il faut qu'on précise les choses dans ce cadre national. Qu'est-ce qu'on va leur faire faire ?
On imagine mal que si on ne peut pas les mettre à 10 ou 15, ou en tout cas plus devant un maître, un enseignant, on ne peut pas les mettre avec un éducateur dans des effectifs plus importants. Donc là aussi, je ne suis pas sûr que les communes aient cette capacité de mobilisation. J'ajoute pour la halte garderie qui est importante, parce que vous savez, il n'y a pas d'école dans toutes les communes de France. Par contre, il y a des enfants partout. Il y en a beaucoup qui ont besoin non seulement de ramassage scolaire, mais souvent de halte garderie après l'école. Là aussi, on a besoin d'avoir des règles. Aujourd'hui, il y a une personne selon le nombre d'élèves.
On a besoin de savoir si ce ratio, ce quota va être révisé à la hausse ou à la baisse.
Mais pour tout ça, les garderies, les cantines scolaires, la réouverture des écoles, c'est in fine le maire qui va prendre des décisions dans les petites villes ? Qui dira, oui, on va ouvrir l'école, mais uniquement pour tel niveau, telle ou telle classe ?
Alors, il y a un cadre national. On a sans doute, ils vont ouvrir par niveau. J'ai compris d'ailleurs que ce qui motivait cela, c'était sans doute l'âge des élèves et non pas des questions éducatives. On voit bien ce qui se cherche derrière. Ce qui se cherche derrière, c'est la reprise de l'activité et sans doute de permettre à ce que des parents qui aujourd'hui sont avec leurs enfants de pouvoir retourner au travail. Et ce que se dit sans doute l'éducation nationale, c'est qu'à partir d'un certain âge, les enfants peuvent rester tout seuls à la maison. Donc, c'est ce qui guide sans doute les consignes au niveau national.
Localement, je crois que si un maire, en effet, considère qu'il n'a pas les moyens pratiques d'offrir de bonnes conditions de protection, il pourrait être en droit de dire non, là, ça, je ne peux pas faire. Et à contrario, imaginez dans une petite commune où vous avez une seule classe avec plusieurs niveaux, je crois qu'il n'est pas bon d'ouvrir par niveau. Pourquoi ? Parce que vous pouvez, si vous ouvrez avec un niveau, vous pouvez vous retrouver avec trois ou quatre élèves. Ouvrir une école pour trois ou quatre élèves n'est pas raisonnable non plus. Donc, vous voyez, il faut cette souplesse, mais en même temps, il faut avoir à l'esprit toujours cette question des consignes sanitaires.
Christophe Bouillon, il nous reste 30 secondes. J'aimerais quand même qu'on aborde un dernier sujet, les municipales. Je précise que vous avez été élu au premier tour maire de Barantin. Est-ce que vous en avez parlé avec le président ? Est-ce qu'une décision a été prise pour le second tour ?
La demande unanime, c'est qu'il faut aller vite maintenant. Il faut installer les équipes qui ont été élues dès le premier tour. Il faut faire en sorte que les municipales soient derrière nous. Si on veut s'appuyer sur le couple préfet-maire, autant faire en sorte qu'on mette en place ceux qui ont la légitimité du vote. Maintenant, il faut aller très vite.
Donc, ça veut dire avant les vacances ? Vous souhaitez que le second tour ait lieu avant les vacances ?
Moi, ce que je souhaite, c'est que le second tour... Bien évidemment, il y a la question sanitaire. On pourrait imaginer, en juillet, on a évoqué pour l'instant septembre. Je crois que juin, chacun a compris que ça va être quand même assez compliqué. Il y a cette peur de la seconde vague. Par contre, vous savez, personne ne pourra partir en vacances au mois de juillet. Ce sera une bonne chose parce que si on ne fait pas ça, et si on s'oriente vers l'automne, on devra refaire aussi un premier tour pour les communes qui n'ont pas été... dont le second tour est attendu.
Donc, plutôt, mieux ce sera, je pense, pour que tout cela soit derrière nous et pour que très vite, on s'active sur le plan de relance des collectivités, par exemple.
Merci Christophe Bouillon, président de l'Association des petites villes de France.
Christophe Bouillon