Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 24 mai 2022 23 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesTravail & emploiEnvironnement & énergieEurope & international

Elisabeth Borne de gauche ? Pourquoi c'est la blague de l'année

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 50 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:40OuverteRéponse partielle

    Est-ce qu'Elisabeth Borne est-elle une femme de gauche ?

  • 4:03OuverteRéponse partielle

    Quel bilan ferais-tu de son action économique ?

  • 6:49OuverteRéponse partielle

    Peut-elle mener la planification écologique comme sa fiche de poste l'indique ?

  • 12:59OuverteRéponse partielle

    Est-ce que c'est possible de désobéir dans cette forme ? Pourquoi ? Quel risque ?

  • 19:21OuverteRéponse partielle

    Peux-tu nous aider à comprendre ce projet fiscal ? Qu'en est-il des arguments sur la fuite des entreprises ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:57InvitéChiffre
    « 120 000 postes de fonctionnaires en moins, 70 000 dans les collectivités locales, 50 000 dans la fonction d'État. »
  • 3:04InvitéChiffre
    « 15 milliards d'économies sur l'assurance maladie, c'est-à-dire les hôpitaux, la santé. »
  • 3:19InvitéChiffre
    « 10 milliards sur l'assurance chômage, donc sur les chômeurs. »
  • 3:27InvitéChiffre
    « la baisse d'impôt sur les sociétés, la baisse d'impôt sur les 1% les plus riches. »
  • 3:32InvitéFait
    « 1% les plus riches qui détient 25% du patrimoine français. »
  • 3:38InvitéChiffre
    « À ces gens, on a offert 4 milliards de baisse d'impôt. »
  • 5:14InvitéChiffre
    « Vous avez 5 millions de chômeurs. »
  • 5:17InvitéFait
    « Sur 5 millions de chômeurs, il y en a la moitié qui ne touche rien. »
  • 5:23InvitéChiffre
    « L'autre moitié, ce qui touche en moyenne, c'est autour de 1 000 euros, légèrement au-dessus, 1 050 euros. »
  • 5:27InvitéChiffre
    « On va retirer 200 à 300 euros par mois. »
  • 9:21InvitéChiffre
    « 44% de la consommation d'énergie, 25% des émissions de CO2. »
  • 9:45InvitéFait
    « On n'a jamais réussi à en faire plus de 300 000 par an. »
  • 9:52InvitéChiffre
    « Ça coûte 20 milliards par an. »

Temps de parole

  • Invité70 %
  • Présentateur30 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Je suis ravie de vous retrouver. Comme chaque semaine, on va avoir des choses à dire, analyser et décrypter avec tous ces discours qui gravitent autour de nous où parfois l'on peut s'y perdre, notre meilleure arme démocratique, connaître et comprendre. Au programme aujourd'hui, on passe à la loupe la nomination d'Elisabeth Borne au Premier ministre et on fait un détour chez la NUPS pour décrypter le programme tout fraîchement sorti jeudi dernier. On a une nouvelle Première ministre. Eh oui, Première, car c'est Elisabeth Borne, deuxième femme de l'histoire de la Ve République, à être chef de gouvernement. Quel progrès social ?

Ah, c'est un non-événement, me direz-vous. Eh oui, l'événement, ce n'est pas son genre, car nommer une femme devrait être normal et non la une de l'actu. Alors nous, on va se pencher sur la politique qu'Elisabeth Borne va mener ou continuer de mener. On a quand même quelques indices. D'ailleurs, Mediapart ou encore Frustration Magazine ont retracé son parcours. La Première ministre était ministre du Travail depuis 2020, mais a également été ministre de la Transition écologique de 2019 à 2020. Et encore avant, ministre des Transports de 2017 à 2019. Elle a été aussi directrice de cabinet de la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, entre 2014 et 2015.

Et c'est à ce titre qu'elle a d'ailleurs mené des négociations qui se sont avérées largement favorables aux sociétés privées dans le cadre du renouvellement des concessions d'autoroutes, comme l'a révélé le journaliste Benoît Colombat dans une enquête de Radio France. Enquête qui nous apprend au passage que Borne a été directrice des concessions autoroutières pour la société FH de 2007 à 2008. On l'a vu à l'œuvre ensuite, réforme de la SNCF avec ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de 2017 à 2019, soutien de la réforme assurance chômage dès 2020, lancée par sa prédécesseuse Muriel Pénicaud.

Il y a eu aussi la loi d'orientation sur les mobilités pour les vélos et transports en commun. Et en parallèle, un refus d'interdire les vols intérieurs aux bénéfices de lignes de train grande vitesse. Également, il y a eu la reprise de la loi énergie et climat à partir de 2019. Des exemples, on pourrait en citer beaucoup, tant ses responsabilités ont été nombreuses. Un autre, expliqué par Mediapart, en février 2020, alors ministre de l'Écologie, Elisabeth Borne annonce que les inspections annuelles de sites classés vont augmenter de 50% d'ici à 2022, après la catastrophe Lubrizol.

Mais en septembre, le gouvernement dépose le projet de loi ASAP, Accélération et simplification de l'action publique, qui assouplit les obligations faites aux industriels pour leurs sites les plus dangereux. D'autre part, Elisabeth Borne règle le dossier EuropaCity, ce méga-centre de loisirs et de commerce qui devait être construit sur les terres agricoles du triangle de Gonesse, qui se solde par l'abandon du projet, mais sans abandonner la ligne 17 du Grand Paris qui passerait par ces terres. Bref, beaucoup pointent un bilan ressemblant au en même temps présidentiel. Donc nous ici, on va essayer de comprendre ça avec Thomas.

D'abord, est-ce qu'Elisabeth Borne est-elle une femme de gauche, comme on peut beaucoup entendre sur les plateaux télé ces derniers jours ?

2:45
Invité

C'est très difficile de dire que c'est une femme de gauche quand on voit sur quel programme elle a rejoint Emmanuel Macron. C'est intéressant de rappeler ça, parce qu'on a très peu parlé en 2017 du programme d'Emmanuel Macron, mais c'était un programme qui était quand même d'orientation très libérale. Dans les grandes lignes, vraiment, il faut le rappeler, c'était 120 000 postes de fonctionnaires en moins. 70 000 dans les collectivités locales, 50 000 dans la fonction d'État. Alors, c'était 15 milliards d'économies sur l'assurance maladie, c'est-à-dire les hôpitaux, la santé.

Là, on voit que peut-être cet été, les médecins nous disent de ne pas tomber malade, parce que les urgences vont être probablement à 100, c'est les mots qui ont été utilisés. Et là, Macron comptait faire 15 milliards d'économies. 10 milliards sur l'assurance chômage, donc sur les chômeurs. C'était ça le programme de Macron. Et c'était la loi travail par ordonnance, c'était la baisse d'impôt sur les sociétés, la baisse d'impôt sur les 1% les plus riches. Je le rappelle encore, parce qu'on l'a déjà dit tout le temps, mais il faut que ça rentre dans la tête des gens.

1% les plus riches qui détient 25% du patrimoine français, c'est-à-dire de tout l'immobilier, de tout ce qu'il y a dans les comptes en banque. Et à ces gens, on a offert 4 milliards de baisse d'impôt. C'était ça le programme d'Emmanuel Macron. Et c'est des mesures qu'il voulait passer dès le début, dès le début de son quinquennat, et qu'il a passé dans les premiers mois. Et elle, elle a rejoint Macron sur ses convictions, sur ce programme-là. Donc la question de se poser si elle est de gauche, c'est pas parce qu'elle a été au PS qu'elle est de gauche. On sait que ça ne veut rien dire maintenant. Elle n'est absolument pas de gauche. C'est une libérale, c'est tout.

Donc ce n'est pas du tout une femme de gauche. C'est une femme, pas de gauche.

4:03
Présentateur

Et donc, quel bilan, toi, tu ferais de son action économique ?

4:07
Invité

Alors, tu l'as rappelé, sur l'écologie, on voit bien que c'est dû en même temps. C'est-à-dire qu'il y a quand même eu la victoire d'Europa City, qu'il y avait quand même des militants depuis des années qui manifestaient, même si ça n'a pas été une victoire totale, parce qu'il y a toujours cette ligne. Mais malgré tout, c'est une victoire sur quelque chose que le PS avait soutenu, que des élus locaux PS soutenaient. Et là-dessus, elle a mis fin au projet. Donc c'est une victoire. Sur l'écologie, il y a dû en même temps. Après, elle a quand même mené de front la réforme de l'assurance chômage.

Et la réforme de l'assurance chômage, en nous faisant croire que c'était le volet social d'Emmanuel Macron. Rappelons-le. C'est pour ça que des gens qui ne misent pas les programmes, ou qui, à mon avis, ont une capacité à analyser un petit peu biaiser les faits, ils disaient que c'est le volet sécurité de Macron, la réforme de l'assurance chômage. Donc elle est plutôt à gauche. Sauf que ce volet, comme je l'ai dit, a été conditionné à une économie de 10 milliards. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on allait offrir des prestations chômage aux démissionnaires, aux auto-entrepreneurs, tout en faisant des économies. Et donc la conséquence de cette réforme de l'assurance chômage, c'est quoi ?

C'est que pour un million de bénéficiaires, un million de chômeurs, les prestations chômage vont diminuer. Je veux dire, quand on est chômeur, on ne roule pas sur l'or. Il faut arrêter d'avoir cette idée en tête que le chômeur, il a plus intérêt à être chômeur que d'aller travailler. Vous avez 5 millions de chômeurs. Sur 5 millions de chômeurs, il y en a la moitié qui ne touche rien. Ils ne touchent rien du tout. L'autre moitié, ce qui touche en moyenne, c'est autour de 1 000 euros, légèrement au-dessus, 1 050 euros. Donc on ne roule pas sur l'or. Et sur ces gens-là, donc les 50% qui touchent en moyenne 1 050 euros, on va retirer 200 à 300 euros par mois. Donc ça va être dramatique.

Ça va être dramatique dans une situation où, on l'a bien vu, l'économie n'est pas encore repartie. Il y a de l'inflation qui est en train de grignoter tout le pouvoir d'achat des gens. Les prestations ne sont pas revalorisées. On les diminue plus tôt. Et quand on les a, elles ne sont pas revalorisées au niveau de l'inflation. Donc on s'appauvrit. Et malgré tout, on va continuer cette réforme de l'assurance chômage qui n'a qu'un seul but. C'est économiser pour donner des gages à Bruxelles en échange du plan de relance. Donc ça, c'est assez emblématique de ce qu'elle est.

C'est-à-dire qu'elle défend bec et ronde que c'est le volet social de Macron, alors que c'est un volet qui baisse les prestations. Et puis elle dit en fait que le système d'assurance chômage, c'est-à-dire le fait d'avoir des prestations chômage quand tu ne travailles pas, fait en fait que les entreprises, en conséquence de ça, les entreprises font des contrats courts. Je ne sais pas comment elle voit ça, mais il faudra m'expliquer la logique. Alors qu'elle-même a voté la loi travail qui offre un volet de flexibilité aux entreprises et qui permet de licencier plus facilement et d'avoir justement un recours à ce type de contrats qui sont beaucoup plus précaires.

Donc non, non, il y a un ensemble de choses qui montrent que, voilà, elle est très clairement installée dans le logiciel libéral. Ça, c'est sûr.

6:32
Présentateur

Et donc, niveau bilan écologique, Mediapart, je les ai cités, je vais les reciter, ne mâche pas ces mots. Contrairement à ce que pourrait laisser penser un storytelling paresseux, ce parcours ne dote pas Elisabeth Borne d'une fibre écologiste. Au contraire, quand on revisite ses actions et interventions sur les dossiers phares qu'elle a eus à traiter, c'est un véritable passif qui la caractérise. Au fil des ans et des majorités présidentielles, elle a soit exécuté les volontés de l'Elysée en s'alignant sur une ligne de moins dix ans écologiste, soit directement contribuer à des arbitrages problématiques. On vient un peu d'en parler.

Toi, Thomas, est-ce que tu penses qu'elle pourra mener la planification écologique comme sa fiche de poste l'indique ?

7:05
Invité

Je ne pense pas. Je pense que là, Macron, il fait de la com'. Je veux dire, Macron et planification, planification veut dire vision de long terme. Ça veut dire qu'on arrête de faire des coups, des coups de court terme en fonction de ce que pensent les gens, on a une vision de long terme. Ce n'est pas du tout ce qui caractérise Macron. Macron, il fait des coups constamment. Il fait la Convention citoyenne pour le climat parce que c'est le moment de faire parler les gens, puis après, il n'en tient pas du tout compte. C'est ça. Là, pour faire la planification écologique, il faut avoir une vision sur 20 ans. Qu'est-ce qu'on veut comme énergie sur 20 ans ?

Qu'est-ce qu'on veut comme mix énergétique sur 20 ans ? Si on veut plus de nucléaire, c'est la décision du gouvernement. Dans ce cas-là, il faut voir comment les autres énergies vont se combiner à ce plus de nucléaire. C'est à peu près ça. Quelle va être la part du renouvelable ? Parce que si on met plus de nucléaire, on sait que ça va jouer contre le renouvelable. Parce que l'énergie nucléaire produit à 75% du temps. C'est-à-dire que c'est un paquebot qui produit de l'énergie en quantité majeure. Alors que les renouvelables, elles, elles produisent que quand il y a du vent ou quand il y a du soleil et ainsi de suite.

Donc si vous mettez du nucléaire, vous empêchez de fait de se développer le renouvelable. Qui, lui, est par définition un peu plus intermittent parce que le nucléaire produit de l'énergie plein pot. Donc si vous faites 4, 5, 6 réacteurs en plus, vous empêchez les renouvelables de se développer. Mais il faut avoir une vision. L'énergie dans laquelle on investit aujourd'hui et l'énergie que l'on consommera dans 20 ans. Donc il faut une vision obligatoirement de long terme, voir le mix énergétique qu'on veut et ensuite avertir nos voisins européens du mix énergétique que l'on a prévu pour que justement l'équilibre d'énergie européen tienne.

Parce que vous savez que dans les périodes de pointe, on s'échange de l'énergie entre nous. Les Allemands ont besoin de notre énergie nucléaire en période de pointe. Quand tout le monde allume la lumière à 8h du matin, l'énergie n'est pas stockable. Il faut de l'énergie tout de suite, de l'électricité tout de suite. Et donc là, on a besoin de nos voisins.

Et donc si on fait une transition énergétique, quelle qu'elle soit, si on va plus dans le nucléaire, si on va plus dans le renouvelable, il faut tenir compte, il faut en parler à nos voisins pour qu'ils s'adaptent à ça et qu'on ne puisse pas avoir ce qu'on appelle les fameux blackouts, c'est-à-dire que tu allumes ta lumière et tu n'as pas d'électricité. Et donc ça, il faut avoir une vision de long terme. Mais ce n'est pas du tout ce qu'a ce gouvernement. Ce n'est pas ce qu'il a montré ces dernières années. Donc planification écologique, c'est aussi la rénovation des bâtiments. La rénovation des bâtiments, c'est quoi ?

Tu dois rénover grosso modo, alors il y a 35 millions à peu près d'habitations en France, un peu plus, 35 millions. Sur les 35 millions, il n'y en a que 4, 5 millions qui sont au top en termes d'isolation. Le reste, c'est mauvais. Il y en a 4 millions qui sont des passoires énergétiques où là c'est très mauvais. C'est 44% de la consommation d'énergie, 25% des émissions de CO2. Donc il y a des gains énormes en termes d'économie d'énergie. Et on voit aujourd'hui que c'est important l'économie d'énergie parce qu'il y a une partie du gaz qui vient de Russie, ainsi de suite. Donc il faut faire la rénovation, il faut isoler ces habitations.

Donc si on isole demain 1 million d'habitations par an, il nous faudra pratiquement 30 ans. C'est énorme 30 ans. 1 million d'habitations. On n'a jamais réussi à en faire plus de 300 000 par an. Donc là, si on en fait 1 million par an, ça nous prendrait 30 ans. Combien ça coûterait ? C'est 1 million, c'est l'État qui l'est fait en investissement public. Ça coûte 20 milliards par an. 20 milliards. Donc il faut être prêt à faire un plan pratiquement de 30 ans et mettre 20 milliards par an sur la table d'investissement. Ça ne veut pas dire qu'on ne les jette pas dans une poubelle. On investit et ça rapporte de l'activité, non délocalisable parce que c'est sur place qu'on les fait.

Si on met quelques conditions aux entreprises, elles embauchent localement, sans des contrats précaires. Ça crée des filières de formation. Et après, l'argent que tu investis, tu le retrouves. En Allemagne, il y avait une étude qui avait été faite sur chaque euro d'investissement public mis dans la rénovation des bâtiments. L'État a récupéré de 2 à 4 euros de rentrée fiscale via l'activité générée. Donc ça rapporte plus même que ce que ça coûterait. Mais il faut être prêt à mettre en place ce plan-là. Et ça, c'est une vision de 20 ans. Et là, on n'est pas là-dessus. Macron, il est sur des incitations. C'est-à-dire Macron, les gens ne veulent pas rénover.

Alors, ils ne veulent pas rénover peut-être parce qu'une rénovation, ça vaut 20 000 balles. Alors, on va leur faire un crédit d'impôt ou une subvention au départ. C'est que des trucs comme ça. Donc, c'est des trucs, en fait, pour inciter les gens. Ce n'est pas un vrai plan de planification. Donc, on va rester là-dessus. Moi, je pense qu'on va rester sur des incitations de marché.

C'est-à-dire des choses qui font en sorte que le marché devienne plus agréable dans la rénovation, que le marché devienne peut-être plus intéressant pour les renouvelables, que le marché devienne moins intéressant via des taxes comme la taxe carbone sur les carburants, sans qu'il y ait une vraie vision de long terme du mix énergétique que nous voulons ou de la société que nous voulons. Que ce soit sous Hollande ou sous d'autres. Je pense qu'on ne le voit plus parce que dans les formations de grandes écoles, on ne forme plus les gens à ça.

Et là, il a repris ce terme pour mettre un petit coup à Mélenchon et pour reprendre un terme de Mélenchon et pour faire comme si ce truc-là n'appartient pas qu'à Mélenchon, il m'appartient aussi. Mais c'est juste de la gesticulation politique. Il n'y a rien dans le fond.

11:27
Présentateur

Le programme de la nouvelle Union populaire, écologique et sociale, la NUPS, a été dévoilé jeudi dernier. Social, emploi, écologie, partage des richesses, services publics, justice, égalité, internationale et Union européenne. Ce sont pas moins de 650 propositions pour une alternative au système en place. Il y a 30 propositions en nuance, c'est-à-dire où les partis dans l'Union, je le rappelle, PCF, ELV, LFI et PS, n'ont pas trouvé un accord total et seront discutés à l'Assemblée si l'Union accède à la majorité, notamment sur les thèmes de l'Europe, l'OTAN, le nucléaire, mais aussi la chasse ou les nationalisations.

Nous, dans tout ça, on a décidé de vous expliquer deux volets où les discours se multiplient de part et d'autre. D'abord, l'Europe, l'Union européenne où on entend tout et son contraire. Sur l'Europe, donc, la NUPS écrit « partagez l'objectif commun de mettre fin aux cours libérales et productivistes de l'Union européenne, même si nos histoires avec la construction européenne diffèrent. » La France insoumise et le Parti communiste français sont héritiers du nom de gauche au traité constitutionnel européen en 2005.

Le Parti socialiste, lui, est attaché à la construction européenne et ses acquis, dont il est un acteur clé, et Europe écologie les verts est historiquement favorable à la construction d'une Europe fédérale. Fin de citation. Par contre, pour arriver à cette UE souhaitée, il faudra être prêt à ne pas respecter certaines règles, écrit la NUPS, alors ce sera désobéir pour les uns, déroger de manière transitoire pour les autres. Ce n'est pas un objectif politique en soi, mais un outil, je cite.

De nombreux États ayant déjà eu recours, comme l'Allemagne, pour éviter la mise en concurrence du secteur de l'eau, une coalition d'États pour interdire les OGM ou l'Espagne pour intervenir face à la flambée des prix de l'énergie. Cela ne peut se faire que dans le respect de l'État de droit. Fermez la citation. Thomas, est-ce que tu peux nous expliquer ce qu'on vient de lire ? Est-ce que c'est possible de désobéir dans cette forme ? Est-ce que ça marche ? Pourquoi ? Quel risque ? Et est-ce que c'est sortir de l'Europe comme avance certains ?

13:08
Invité

Il faut savoir que ceux qui ont le plus désobéi dans la construction européenne, ceux qui ont le plus désobéi, ce sont deux personnages politiques de droite. Le général de Gaulle, qui a fait ce qu'on appelle la politique de la chaise vide, qui a mis un soupe pas possible dans les institutions, et Margaret Thatcher. Margaret Thatcher, qui ne voulait plus que l'Angleterre paye des contributions à l'Europe, elle trouvait qu'elle payait trop. Elle a dit « I want my money back ». C'est nous, les Français, qui avons compensé. Et elle a eu sa baisse de contributions, comme elle l'a voulu. Et pareil, elle a mis un soupe de dingue dans les institutions européennes.

Donc, ce n'est pas des affreux, on va dire, anarchistes. C'est des gens de droite qui savaient où était l'intérêt de leur pays dans l'Union européenne et qui ont fait jouer cet intérêt. Il y en a d'autres qui n'ont rien dit et qui ont récupéré des contributions européennes et qui, de l'autre côté, ont baissé la fiscalité pour attirer les sièges sociaux de leurs voisins, qui ont dit « Vive l'Europe » et en même temps qui ont joué la concurrence européenne. C'est le cas des paradis fiscaux, mais qu'on n'a pas le droit d'appeler paradis fiscaux, le Luxembourg, l'Irlande, etc. Mais on n'a pas le droit de le dire. Pourtant, en Irlande, Apple paye 0,005 % d'impôt.

C'est-à-dire, il paye probablement un impôt beaucoup moins important que toutes les boulangeries de l'Irlande, qui a déjà un taux d'imposition sur les sociétés à 12 %, donc qui est extrêmement faible. Mais on n'a pas le droit de le qualifier de paradis fiscal. C'est interdit. Il est considéré comme un État parfaitement normal. Ce qui fait qu'à la fin, Apple ne paye quasiment pas d'impôt en Europe et que d'autres multinationales comme Nike et tout ne payent quasiment rien en termes d'impôt sur les sociétés. Donc, non, on peut déjà, un, être conscient de cet état de fait et critiquer l'Europe sans être anti-européen.

Moi, je crois, au contraire, de voir comment fonctionne aujourd'hui l'Europe avec cette concurrence fiscale, avec cette concurrence sociale, avec le fait, par exemple, que vous n'avez pas le droit d'aller à plus de 3 % de déficit et même à 0,5 % de déficit structurel sur les administrations. Dernier traité qui a été fait après 2010, dénoncer ça, c'est justement être pour l'Europe parce que ces règles-là, elles sont en train d'étouffer entièrement. Elles sont en train de casser le service public en Europe, d'accord ?

Et elles sont en train d'étouffer certaines économies européennes, notamment les économies du Sud, où vous avez des chiffres qui sont hallucinants sur l'augmentation de la pauvreté, sur les augmentations des dépressions, des taux de suicide, sur la part des dépenses de santé dans le PIB et il y en a qui font comme s'ils ne voyaient pas ça. Alors c'est très simple de dire oui, moi je suis de la gauche européenne. D'accord, ok, mais alors regarde les faits, regarde la matrice européenne. Je ne sais pas, tu ne peux pas me dire que tu es de gauche et accepte cette matrice.

Quand vous avez la Commission européenne qui demande entre 2011 et 2018, qui fait 63 demandes aux États pour qu'elles réduisent leurs dépenses de santé, et tu vas me dire moi je suis européen, je valide ça, tu ne peux pas valider ça. On voit la conséquence aujourd'hui chez nous, on avait le meilleur système de santé, regarde notre système de santé maintenant. Il est à feu et à sang. Donc on ne peut pas avoir ça. Donc il faut absolument remettre en cause ce fonctionnement. Surtout si on est de gauche parce que c'est un fonctionnement qui est libéral. Après, il y a une différence entre remettre en cause ce fonctionnement et en sortir. Je m'explique.

Remettre en cause ce fonctionnement, ce serait quoi ? Ce serait faire comme a fait Margaret Thatcher, etc. Ouvrir une crise au niveau de l'Union européenne. C'est la première solution. La deuxième solution, c'est de faire ce que j'appelle moi de l'ingénierie comptable. C'est-à-dire qu'on fait ce qu'on a à faire chez nous. On investit dans l'hôpital, etc. Et après, on fait de l'ingénierie comptable et on essaie de faire passer ça à Bruxelles. Certains pays l'ont fait. Alors, tu ne peux pas aller trop loin parce que les gens ne sont pas bêtes au bout d'un moment. Mais tu peux faire de l'ingénierie comptable et faire passer ton truc.

Moi, je pense qu'il faut ouvrir une crise parce que là, ça va droit dans le mur. Pas que pour nous et pour d'autres pays, ça va droit dans le mur. Mais après, la question suivante, c'est la question de la sortie de l'euro. Et là, beaucoup de gens, c'est très simple de dire autour d'une table « je suis pour la sortie de l'euro ». Moi, je peux vous le dire théoriquement comme ça. Mais sincèrement, la sortie de l'euro, on va passer dans une étape de secousse très forte. Ce n'est pas comme le Brexit. Le Brexit, ils n'étaient pas dans l'euro. En fait, le Brexit, ils n'avaient quasiment rien. Ils payaient leurs contributions et ils faisaient ce qu'ils voulaient avec leur monnaie.

Ils avaient leur monnaie et ils faisaient ce qu'ils voulaient quasiment. Et quand ils ont fait la désintégration, ça a été très simple. Nous, on ferait une désintégration monétaire d'un autre niveau. Et de mémoire, je n'en connais pas moi. Je connais certains pays dans le KM, l'Ouzbékistan, le Kazakhstan qui sont sortis de l'URSS. Il y a eu une désintégration de leur économie. Mais c'était pour aller vers une économie de marché. Donc toutes les banques étaient derrière pour les financer. Nous, si demain, on fait cette désintégration, les taux d'intérêt peuvent augmenter, la confiance peut disparaître, il peut y avoir quand même des secousses.

Et je veux dire, dans tous les textes de gens qui ont expliqué cette désintégration, cette sortie de l'euro, ils ont dit qu'elle ne pourra se faire que si les gens sont prêts à en assumer le coup dans un premier temps. Parce qu'après, peut-être que ça ira. Peut-être que ça ira même beaucoup mieux. Mais dans un premier temps, il y a un choc à accepter. Je n'ai pas l'impression, moi, que les gens, après tous les chocs qu'ils ont pris là, crise de 2008, crise du Covid, Ukraine, etc., inflation, ils soient prêts à se prendre un autre choc comme ça et à se serrer la ceinture pendant deux ans en se disant oui, oui, je ne suis pas sûr.

Donc je ne peux pas être un apprenti sorti et vous dire oui, on sort de l'euro. Je peux le dire théoriquement dans un café avec d'autres mecs qui pensent la même chose, c'est très marrant. Mais dans la vraie vie, j'aurais du mal à dire ça. Parce qu'il y a des choses après. Donc on peut, sans prendre le risque potentiel de cette sortie de l'euro, aller au moins déjà, ce qui n'a jamais été fait jusqu'à aujourd'hui, être un des plus grands pays de la zone euro et ouvrir une crise pour remettre sur la voie cette Europe. Et après, on verra. Mais ce sera déjà la première chose à faire. Ça n'a jamais été fait. Hollande devait le faire, il ne l'a pas fait. Donc c'est à faire.

18:08
Présentateur

Autre point qu'on a décidé d'aborder aujourd'hui et pas des moindres, c'est le partage des richesses et la justice fiscale. Je vais vous présenter quelques propositions, mais ce n'est pas du tout exhaustif au vu du nombre de propositions justement. Ce programme, il assume vraiment des mesures fortes face aux entreprises comme la relocalisation, la réindustrialisation, le conditionnement aussi des aides aux entreprises et au respect des critères environnementaux et sociaux. Ou encore renégocier le cadre de l'Organisation mondiale du commerce, l'OMC et le placer sous l'égide de l'ONU.

Il y a un autre volet aussi, c'est revenir sur les privatisations et défendre l'outil industriel national avec par exemple renationaliser les aéroports et les autoroutes, élargir le droit de réquisition de l'État pour les usines et les entreprises de l'intérêt général en cas de nécessité, décréter un moratoire sur les partenariats publics-privés et interdire les licenciements économiques par les entreprises qui versent des dividendes ou recevant des aides publiques.

Autre grosse proposition, créer un pôle public bancaire grâce à la socialisation de certaines banques généralistes qui réorienta le crédit vers la bifurcation écologique et sociale de la France et financera les très petites, petites et moyennes entreprises sur des critères sociaux et environnementaux ou encore d'autres propositions comme ça, définanciariser l'économie réelle, refuser le chantage à la dette publique ou faire la révolution fiscale et encore beaucoup de choses.

Mais Thomas, est-ce que tu peux nous aider à comprendre ce projet fiscal et qu'est-ce que tu dis des arguments que cela ferait fuir les entreprises créatrices d'emplois ou encore que tout cela détruirait notre économie française ?

19:31
Invité

Ce que tout le monde constate, c'est que ça fait des années en fait qu'on écoute beaucoup les grandes entreprises, enfin les représentants en tous les cas des entreprises, le MEDEF. On se souvient quand même que le CICE qui a été mis en place comme la mesure phare de François Hollande a été soufflé très fortement par le MEDEF et il nous avait dit que ça allait créer un million d'emplois. Ça a créé 100 000 emplois. Tous les rapports le montrent, c'est 100 000 emplois, pas un million, dix fois moins.

Donc si on continue à les écouter, et là Macron continue à les écouter, on baisse les impôts de production alors qu'on a des impôts de production plus élevés que l'Allemagne, c'est ce qu'on nous dit. On a des subventions à la production beaucoup plus élevées que les autres pays. En réalité, on est toujours au même niveau avec les autres pays. Nous on a des impôts, nous on a aussi des subventions élevées. On va baisser des impôts sans les subventions. C'est-à-dire que les mecs vont être ultra, enfin limite subventionnés. Donc il y a plein de choses comme ça où on écoute le discours. Et on a écouté ce discours, qu'est-ce qu'on nous a dit ? Ça a créé des emplois. Ça a nous empêché de partir.

C'est ce qu'on nous a dit, ça a nous empêché de partir. Donc il faut nous soutenir avec de l'argent public et puis ça va nous permettre de faire un bon travail. Qu'est-ce qui s'est passé ? Les délocalisations ont continué. Les licenciements massifs ont continué. La logique actionnariale qui vise à placer l'actionnaire au cœur de l'entreprise, c'est ça la définanciarisation de l'entreprise. C'est-à-dire que la logique actionnariale, c'est l'action qui compte. C'est-à-dire que le dirigeant regarde plus le cours de l'action que ce qui se passe dans ses usines. Et il doit satisfaire ce cours de l'action.

Et parfois, vous savez, quand vous avez une mauvaise année, que vous ne faites pas autant de profit que d'habitude, il faut compresser les coûts. Tu fermes une usine, tu la mets en Portugal, tu la mets en Roumanie, en Europe, dans l'Europe de la gauche, vous voyez ? Et bien, qu'est-ce qui se passe ? Vous compressez les coûts, vous augmentez le profit, l'action augmente. Les actionnaires sont contents. C'est ça en fait. C'est quand tu regardes plus ton cours de l'action que ce qui se passe dans ton entreprise. C'est ça la financialisation de l'économie. Et en fait, toutes ces réformes ont été faites pour satisfaire le capital. Le capital, il a le droit de bouger tranquillement.

Le mouvement des capitaux, c'est dans le marché unique, européen, de gauche. Donc les capitaux, ils se déplacent où ils veulent. Et comme ils se déplacent où ils veulent, on joue la concurrence fiscale dans les pays pour les attirer. Voilà. Et tout ça est génial et validé par tous les plus grands esprits et même construit par un ancien du PS, M. Delors. Donc, en fait, ce qu'on nous dit, c'est quoi ? C'est qu'il faut continuer là-dedans et que ça changera. Alors que ça n'a pas changé. Je veux dire, il y a un chiffre qui est important. C'est que depuis 2008, il y a plus de 900 usines de plus de 50 salariés qui ont fermé. C'est-à-dire qu'il y en a 6 par mois qui ferment en France.

6 usines par mois qui ferment. On en entend 1, 2, 3 par an. Mais il y en a 6 par mois qui ferment de plus de 50 salariés pour s'installer souvent et principalement en Europe. Donc à un moment, il va falloir arrêter cette spirale. On a appliqué ça depuis 30 ans. Ça n'a pas marché. Il faut faire différemment. Et ça, c'est ce qu'ils proposent de faire. Et moi, je pense qu'il faut aller au bout. Il faut faire différemment. Et ça se trouve, on aura des bonnes surprises. Ça se trouve, les gens vont retrouver un emploi. Ils vont être contents. Alors bien sûr, il y aura moins de bénéfices pour les actionnaires. Mais vous savez, aujourd'hui, les actionnaires, ils récupèrent 60 à 80 % des profits.

Alors il y a tout ce qui est payé avant, les salaires, mais tout ce qui dégage comme profit, ils récupèrent 60 à 80 %. Après, vous avez 10 % pour les salariés et le reste pour l'investissement. D'accord ? Dans les années 50-70, ils récupéraient 40 %. Est-ce qu'ils se sont appauvris plus que ça ? Non. Il y a eu cette logique qui a fait qu'ils veulent de plus en plus. C'est peut-être bien de revenir à avant, au niveau d'avant. Et là, ça génère de l'argent un peu plus. Pourquoi ? Pour l'investissement, pour l'avenir de l'entreprise, mais aussi pour les salariés, pour les motiver, pour qu'ils soient contents d'appartenir à un groupe, etc.

Et ça limite tout le travail précaire que nous connaissons, les sociétés d'intérim, etc., qui sont des volants de flexibilité qui servent les entreprises. Donc oui, il va falloir faire autrement parce que la méthode qu'on a fait avant n'a pas porté ses fruits, contrairement à ce que nous a dit le patronat. Donc moi, je pense que ces réformes-là, à titre personnel, même en tant qu'expérience économique, je pense que ce serait bien de les tester parce qu'elles n'ont pas été testées encore et qu'on en voit la conséquence des anciennes. Donc on sait que ça ne marche pas. Donc il faut faire autre chose.

23:05
Présentateur

Merci Thomas. Merci beaucoup d'avoir suivi cet instant porché. Et si Le Média tient, c'est grâce à vous qui avez choisi de soutenir un média indépendant et une information différente. Rendez-vous sur lemediatv.fr. Nous sommes ravis de décrypter l'actualité Merci de toujours nous suivre pour tous vos commentaires et vos pouces en l'air sous la vidéo. Spectateurs, abonnés, donatrices et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine.