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Podcast / conversationLe Média (sur YouTube)· 3 janvier 2019 26 minContradictoireActualité / polémiqueSolidarités & familleÉconomie & entreprises

COMMENT LES MÉDIAS DIABOLISENT LES GILETS JAUNES - MARION BEAUVALET

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:00OuverteRéponse directe

    Les médias traditionnels détestent-ils les Gilets jaunes ?

  • 3:00OuverteRéponse directe

    Vous avez publié un article intitulé "le traitement médiatique des Gilets jaunes : Un mois de propagande Pro-Macron". Pouvez-vous expliquer votre raisonnement ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Comment se manifeste ce biais idéologique dans les unes de la presse ?

  • 7:00OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a une logique idéologique claire derrière ce traitement médiatique ?

  • 9:00OuverteRéponse directe

    Les bandeaux des chaînes d'information en continu sont-ils un instrument idéologique ?

  • 11:00OuverteRéponse directe

    Les éditorialistes et chroniqueurs osent-ils plus que les journalistes de terrain ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:00Marion BeauvaletFait
    « Ce qu'il faut rappeler c'est qu'au départ, le mouvement des Gilets jaunes, à la veille de l'Acte I qui était le 17 Novembre 2018, personne n'y croyait. »
  • 6:00Marion BeauvaletChiffre
    « Et c'est vraiment au lendemain du 17 novembre, que tout le monde s'est réveillé en voyant qu'il y avait plusieurs centaines de milliers de personnes qui s'étaient réunies partout en France, sur les ronds-points. »
  • 8:00Marion BeauvaletFait
    « Ce qui s'est passé par exemple, dans mon article je fait référence aux unes du Parisien qui sont assez amusantes parce qu’on voit que semaine après semaine, donc le mouvement s'est construit en Actes, et on voit qu'au fur et à mesure des Actes finalement, le Parisien met une sorte de gradation dans la violence. »
  • 10:00Marion BeauvaletFait
    « Je pense déjà qu'un exemple assez simple : quand on voit que les actes des Gilets jaunes commençaient très tôt le matin, sur Twitter, on voyait des tweets en direct qui y faisaient référence dès 5h du matin que des mobilisations… »
  • 12:00Marion BeauvaletFait
    « Donc envoyer des équipes filmer place de l'Étoile etc. parce que des images où il y a du feu, des explosions, des échanges de projectiles avec des CRS, ça permettra toujours d'intéresser et de garder la personne dans son fauteuil devant la télé que filmer un rond-point où somme toute, ils ne se passe pas grand-chose si ce n'est des scènes de vie. »
  • 14:00Marion BeauvaletFait
    « Ce qui fait que tous les bandeaux que l'on va voir sur toutes les chaines d'information en continu, ce sont globalement les mêmes sources d'information. »
  • 16:00Marion BeauvaletFait
    « Ce sont ces journalistes qui font de très bonne foi, je pense, leur métier avec passion et un certain idéal derrière qui vont pâtir du… et se retrouver discrédités par les prises de position de certaines personnes qui, je pense, n'ont même pas de carte de presse. »
  • 18:00Marion BeauvaletFait
    « Je pense à Le Vent Se Lève, il y a Le Média. Je pense aussi par exemple au Monde diplomatique qui a produit un excellent dossier sur la question des Gilets jaunes. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

[Générique] Les médias traditionnels détestent-ils les Gilets jaunes ? Les Gilets jaunes portent-ils un regard paranoïaque sur les médias traditionnels ? Ce qui est sûr, c'est que la défiance de ce mouvement populaire vis-à-vis du pouvoir exécutif, et plus généralement des institutions, se double d'une amertume profonde vis-à-vis du journalisme mainstream.

Comment les choses en sont-elles arrivées là ? Pour documenter cette controverse, j'ai invité Marion Beauvalet, responsable de la rubrique "média" au sein du site d'information et d'analyse "Le Vent Se Lève". Bonjour Marion. – Bonjour Théophile. – Avant toute chose j'aimerais qu'on regarde ensemble un extrait vidéo de BFM TV qui me semble assez révélateur, assez instructif, regardons. – … qu'on n'est pas toujours les bienvenus, BFM TV, et que moi je me pose la question, je suis un journaliste de BFM TV, pourquoi ?

Qu'est-ce qu'on a fait de mal ? Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Qu'est-ce qu'on a dit qu'il ne fallait pas dire ?

Je pense qu'on est d'une objectivité et d'une impartialité totale. Et ça c'est important de le dire aussi… – [rires] – Non mais c'est important de le dire aux Gilets jaunes. On a des jeunes journalistes qui sont traumatisés… – Vous pouvez rire, vous pouvez en penser ce que vous voulez, c'est le cas. – Je ne parle pas de vous.

Marion, vous avez publié il y a quelques jours un article qui a eu un certain retentissement dans "Le Vent Se Lève", un article intitulé : "le traitement médiatique des Gilets jaunes : Un mois de propagande Pro-Macron". Ce qui signifie que vous n'êtes pas d'accord avec les plaintes et les lamentations de Dominique Rizet de BFM TV, et vous argumentez assez bien votre point de vue, ce qui peut permettre d'ouvrir un débat constructif au-delà des anathèmes qui peuvent être très facilement répandus et lancés à la volée, notamment sur Twitter. Alors vous fondez votre raisonnement sur l'analyse d'un certain nombre de unes de la presse, de la grande presse nationale, et vous y voyez une sorte de biais idéologique, si j'ai bien compris. – Oui tout à fait, ce qu'on voyait c'est, pendant toute la durée du mouvement, une sorte de construction.

Ce qu'il faut rappeler c'est qu'au départ, le mouvement des Gilets jaunes, à la veille de l'Acte I qui était le 17 Novembre 2018, personne n'y croyait. Tout le monde pensait que ça allait être un mouvement en quelque sorte "mort-né". Donc il y avait assez peu d'attention de la part de la presse, si ce n'est pour dire que ça n'allait pas fonctionner.

Et c'est vraiment au lendemain du 17 novembre, que tout le monde s'est réveillé en voyant qu'il y avait plusieurs centaines de milliers de personnes qui s'étaient réunies partout en France, sur les ronds-points. À Paris, Porte Maillot puis sur les Champs dans l'après-midi du 17 novembre. Et à partir de là, l'enjeu pour la presse a été de décrédibiliser ce mouvement.

Alors, pour ce faire, il y a eu plusieurs moyens. Et ça, il y a toute une partie de la classe politique qui s'est rangée derrière ça. C'était de dire que finalement, une partie des gens qui participaient à ce mouvement étaient peut-être des gens un peu d'extrême droite etc. et de faire une sociologie, qui n'avait aucun sens, d'un mouvement à peine né.

Ensuite, quand les gens se sont rendu compte que le mouvement prenait de l'ampleur, tout a été bon pour discréditer ce mouvement. Donc, finalement faire référence à des points… à se focaliser sur la violence du mouvement, ou sinon à se focaliser sur des éléments un peu marginaux du mouvement, à prendre par exemple des figures etc. pour décrédibiliser l'ensemble des personnes qui participaient à cela.

Et il y a eu vraiment toute une dynamique, où la presse, par le biais de chroniqueurs, d'éditorialistes sont tombés sur ce mouvement pour le discréditer. – On va parler des éditorialistes, mais est-ce qu'on peut parler un peu des unes de la presse, parce que vous avez beaucoup accentué votre propos là-dessus. Comment se scénarise cette opposition qui n'est pas franche par rapport au mouvement des Gilets jaunes, enfin… au début elle n'est pas franche.

Peut-être qu'aujourd'hui elle est franche, mais au début elle était moins claire. Comment ça s'est manifesté, comment ça s'est raconté ? – Tout d'abord, c'est sûr qu'il faut faire preuve de subtilité.

On ne peut pas descendre un mouvement social comme ça, de manière vraiment explicite. Ce qui s'est passé par exemple, dans mon article je fait référence aux unes du Parisien qui sont assez amusantes parce qu’on voit que semaine après semaine, donc le mouvement s'est construit en Actes, et on voit qu'au fur et à mesure des Actes finalement, le Parisien met une sorte de gradation dans la violence. Il commence à titrer : "Attention" et ensuite vraiment, on a l'idée d'une escalade.

Et on voit aussi sur les photos qui sont utilisées, donc qui sont toujours des photographies d'endroits où on voit du feu, notamment sur les Champs ou la place de l'Étoile, on ne parle jamais des petit ronds-points en province, où finalement les gens passent la journée et recréent du social ensemble. On se focalise toujours sur les endroits qui sont les endroits d'échauffourées, et on voit des scènes où on voit du gaz lacrymogène répandu partout, du feu et on voit une sorte de montée en tension au fur et à mesure des semaines. Et ça, c'est vraiment un choix délibéré de la part des journalistes qui s'occupent de faire ces unes.

À la fois, je pense, pour vendre, mais aussi pour faire peur finalement. – Quelque part dans votre traffic, vous dites qu'effectivement il y a une logique idéologique claire. On veut pour protéger des intérêts politiques et économiques, une certaine vision du monde parce que ce sont quand même des médias qui appartiennent à des milliardaires.

Donc les propriétaires de ces médias sont en opposition frontale avec les Gilets jaunes d'un point de vue des intérêts qu'ils défendent, mais vous parlez aussi d'une logique d'audience. C'est-à-dire que la violence, ça fait vendre ? – Tout à fait, je pense déjà qu'un exemple assez simple : quand on voit que les actes des Gilets jaunes commençaient très tôt le matin, sur Twitter, on voyait des tweets en direct qui y faisaient référence dès 5h du matin que des mobilisations… moi je sais par exemple que le 17 novembre quand je me suis rendu Porte Maillot, dès 8h30 du matin, on était là.

Donc ça veut dire que les chaînes ont à faire du direct dès 8h du matin jusqu'à très tard le soir, parce qu'on ne sait pas lorsque tout cela va s'arrêter. Le téléspectateur, le samedi, il faut réussir à le tenir devant l'écran. Donc très clairement oui, mettre en scène… plus se focaliser sur des points de violence.

C'est toujours plus intéressant, c'est ce que je disais, que d'aller sur des petits rond-points. Et c'est sûr que par ex. pour les journalistes des chaînes d'info en continue : BFM TV, Cnews, LCI, qui avaient du monde sur Paris, c'est possible d'envoyer des gens sur la ville, sur les points où il y a des échauffourées.

Donc envoyer des équipes filmer place de l'Étoile etc. parce que des images où il y a du feu, des explosions, des échanges de projectiles avec des CRS, ça permettra toujours d'intéresser et de garder la personne dans son fauteuil devant la télé que filmer un rond-point où somme toute, ils ne se passe pas grand-chose si ce n'est des scènes de vie. Donc oui, il y a toute une instrumentalisation de la violence pour créer de l'audimat.

Et c'est très exemplaire des chaînes d'info en continue. On n'est plus tant sur de l'information que sur une scénarisation de l'information un peu spectacle pour réussir à garder la personne devant la télé. – Franchement, demain ce Gilet jaune qui est moche, qui est laid, qui ne va avec rien, portez-le !

Pourquoi ? Parce que la France est le pays le plus taxé du monde. Il y a 195 pays sur la planète, eh bien le pays le plus taxé, c'est la France Et c'est scandaleux, parce que vous savez bien que ce soit la gauche ou la droite, ou Macron qui est au pouvoir qui n'est soi-disant ni de gauche ni de droite, eh bien on met face à ça une taxe.

Voilà, problème : taxe, problème… J'ai porté un Gilet jaune lors de la manifestation du 17 Nov, moi la première, mais je trouve que l'ultra violence, que les dérapages qui se sont déroulés un peu partout en France, il y a eu des blessés partout, à Tours… Enfin… dans des tas de capitales régionales, de petites villes, je trouve que cette ultra-violence et que ces dérapages ce week-end ont pour moi discrédité le mouvement. Je trouve d'ailleurs que, d'une manière plus générale, que le mouvement des Gilets jaunes a un peu perdu son âme. Pour moi, c'était un mouvement anti-taxe, très intéressant au début, profond et c'est devenu quelque chose que je ne maîtrise plus et que je ne comprends plus, voilà, mesdames, messieurs. – Demain, je peux être votre porte-parole à la télé et si vous voulez venir me voir chaque fois que vous avez un message et qu'on puisse faire avancer les choses dans le calme et faire que les choses ont avancé pour les Français que vous défendez parce que vous défendez la cause de tous les Français en sortant dans la rue, il y en a plein qui ne peuvent pas sortir, mais voilà, que demain ça puisse faire avancer les choses… – Il y a des petits qui ne peuvent pas sortir, mais qui participent à tout ça. – On le fera avec plaisir parce que nous, on a envie que d'une chose c'est que tout le monde se sente bien dans cette société. – Alors la logique d'audience devrait normalement prendre en compte le fait que la majorité de la population, en tout cas un grand nombre de Français, soutiennent les Gilets jaunes.

Et pourtant, les médias d'information en continue et les médias mainstream de manière générale sont plutôt défiant vis-à-vis des Gilets jaunes. Est-ce qu'on peut expliquer le fait que, au commencement, des animateurs comme Éric Brunet ou Cyril Hanouna donnaient l'impression de soutenir ce mouvement comme une nécessité de coller à une audience et d'accompagner quelque chose puis finalement, ça devient trop compliqué et on prend un peu de distance ? – Oui, je pense que par exemple, Cyril Hanouna est très exemplaire de ça.

Parce que quand il a fait venir des Gilets jaunes sur son plateau, ça été très rapidement après le début du mouvement et en fait on est sur des chaînes privées qui ont aussi pour objectif, il faut le rappeler, de faire de l'argent. Et donc Cyril Hanouna, quand il fait venir des Gilets jaunes, c'est peut être à la fois pour coller à une certaine tranche de son audimat des gens qui le regardent qui sont issus d'un milieu assez populaire, et aussi en même temps pour donner à voir un phénomène qui va intéresser les gens, qui va les attirer et qui va assurer le soir où il va faire venir des Gilets jaunes sur son plateau, possiblement une explosion de l'audimat. Cyril Hanouna, on le sait, il va suivre un petit peu en temps réel via Twitter, via les hashtags, les demandes des gens.

On est vraiment, en fait, sur des chaines qui fonctionnent comme ça, et qui donnent à voir aux gens ce qu'ils ont envie de voir. – Jusqu'à un certain point quand même. – Hé bien oui, parce que, notamment Éric Brunet est très intéressant par rapport à ça.

Les Gilets jaunes, le mouvement s'est fait au fur et à mesure. Jusqu'à un certain point, on peut le soutenir, mais au bout d'un moment, il s'agit de re-défendre certains intérêts, et on a toute une caste qui va prendre peur et qui va se dissocier de ce mouvement-là. – Les bandeaux des chaines d'information en continu suscitent beaucoup de commentaires.

Est-ce que vous pensez, comme les unes de la presse, c'est un instrument idéologique ces bandeaux-là ? Est-ce que le fait qu'ils restent longtemps à l'écran, le fait qu'ils fixent un cap, qu'ils proposent un sorte de cadre d'analyse permanent, est-ce que c'est ce qui explique qu'il y ait autant de focalisation sur ces bandeaux ? Est-ce qu'ils racontent une histoire ? – Tout d'abord sur les bandeaux, il faut préciser qu'ils sont faits avec les données qui sont celles notamment de l'AFP, ou de groupes.

Ce qui fait que tous les bandeaux que l'on va voir sur toutes les chaines d'information en continu, ce sont globalement les mêmes sources d'information. Ce ne sont pas des journalistes de terrain qui vont aller compter, constater, etc. C'est par souci de rapidité de l'information, les chaines qui vont reprendre les informations qui leur sont elles-mêmes données.

Ce qui fait que, d'une part, on a une sorte d'uniformité en fait. Chaque chaîne reformule un peu à sa sauce une espèce de grande trame qui leur est elle-même donnée. Donc déjà, on a toutes les chaînes d'information en continu qui disent toutes plus ou moins la même chose, et qui convergent vers une idéologie déjà latente à tout cela.

Et les bandeaux, ce qui est très insidieux, on a l'impression d'une sorte d'information un peu neutre, où on va avoir des données quantitatives, etc. On va avoir "plusieurs dizaines de milliers de Gilets jaunes", etc. On a l'impression que tout ça est assez neutre et en même temps, aucun média, aucune opinion en soi n'est neutre.

Et sur les bandeaux c'est ça, par exemple, on va voir "le mouvement s'essouffle". Déjà dire le mouvement s'essouffle, on a une opinion derrière, on a l'idée que ça va se terminer. Quand les bandeaux parlent d'une sorte de coût du mouvement, c'est pareil. – De coût financier. – De coût financier, oui tout à fait.

On a la construction de l'opinion contre ça. Quand on voit par exemple "plusieurs centaines de camions sur une route", plusieurs centaines c'est quoi ? C'est 101, c'est 900 ?

En fait on a une information qui est très très floue, qui apparaît souvent avec des couleurs assez agressives tout au long de la journée, avec l'idée d'un direct, donc encore une fois pour le spectateur, on a une sorte d'adrénaline qui va être créée, où on va vouloir attendre un petit peu la suite. Et donc là clairement, ce n'est pas une information qui est neutre et qui participe en fait de la construction d'une narration, d'une dramatisation, mais qui je pense est encore plus insidieuse que ce que va pouvoir dire un chroniqueur, un éditorialiste. Parce qu'on a vraiment l'impression, en lisant le bandeau, qu'on a quelque chose de neutre, or ce n'est absolument pas le cas. – "Moi je pense qu'il y aurait quelque chose de très populaire à faire.

C'est de supprimer la redevance télé, et ça, beaucoup de Gilets jaunes sont des gens qui regardent la télé, parce qu'ils n'ont pas beaucoup d'autres distractions dans la vie." Ils n'ont pas beaucoup d'autres distractions dans la vie. ils n'ont pas beaucoup d'autres distractions dans la vie. – Alors parlons justement des éditorialistes, des chroniqueurs et de leur partition.

On a l'impression que ce sont eux, qui osent le plus, qui clivent le plus, dans leurs chroniques. Mais aussi sur Twitter où ils sont plutôt décomplexés dans leur manière d'exprimer une forme de mépris social assez franche. Il y a quelques tweets légendaires, qu'on regarde à l'écran en ce moment, d’ailleurs.

Est-ce que c'est une stratégie délibérée, ou alors c'est juste ce qui exsude de leurs préjugés qui ressort ? Est-ce qu'ils font exprès de se montrer aussi clairs, aussi agressifs, aussi "désagréables" vis-à-vis, non seulement du mouvement des Gilets jaunes, mais de la France d'en bas ? – Sur "est-ce qu'ils font exprès ? ", moi je ne suis pas dans la tête de Jean Quatremer, et j'en suis assez contente.

Mais très clairement, déjà sur les éditorialistes, ce qu'il faut voir c'est quand même que c'est toute une frange des journalistes, si on peut les appeler comme ça, qui sont déjà installés dans le métier. Ce n'est pas un pigiste qui va débuter pour BFM TV et qui va aller couvrir des scènes de violence, quitte, à la limite, à se mettre parfois en danger. C'est des gens qui sont dans leurs fauteuils et qui font des chroniques, qui écrivent des éditos tous les jours finalement, et qui sont là aussi parce qu'ils défendent un certain point de vue… – Et qui sont très bien payés. – Oui, en plus ça, il faut le rappeler.

Alors après, oui clairement, ce qui est assez frappant, c'est que sur Twitter, ces gens-là usent d'une liberté de ton qui est sans aucune mesure. Et donc, là où finalement, par exemple, pour des Gilets jaunes, ou certains représentants de certaines idées, le moindre petit faux pas pourrait discréditer par là-même l'ensemble du mouvement, on voit pour ces éditorialistes, chroniqueurs, je ne vois pas trop comment je dois les appeler, on voit qu’eux peuvent dire ce qu'ils veulent quitte à être très insultants, et sans jamais donner, finalement, de fonds non plus. Jean Quatremer, ses tweets… – Jean Quatremer de Libération. – Oui, de Libération en plus, donc, là se pose la question de la différence entre la ligne éditoriale de Libération, qui est censé, quand même, être plutôt de centre gauche, et les propos de Jean Quatremer qui sont d'un mépris de classe assez éhonté.

Vraiment, ils usent d'une liberté de parole qui est énorme et qui n'apporte jamais à la réflexion collective en fait. C'est juste une opinion bien tranchée, et souvent de l'insulte. – Alors, vous avez beaucoup regardé, lu, observé les médias.

Est-ce qu'on peut spéculer une sorte d'opposition entre des stars du commentaire, donc un peu hors sol, celles dont on vient de parler, et les journalistes de base ? Notamment, dans Libération, j'ai vu un article sur les questionnements qui commencent à monter à BFM TV, notamment sur leur groupe, le fil Whatsapp de la rédaction certains journalistes estiment qu'ils sont desservis par les éditorialistes qui sont bloqués dans leur corpus idéologique. Est-ce qu'on peut sentir une tension ?

D'autant plus que quand on observe, on voit bien que beaucoup de journalistes de terrain évoquent les violences policières, tandis que le cadrage normatif idéologique des grands médias parle surtout de la violence supposée des Gilets jaunes. – Oui, je pense que tout d'abord il faut rappeler que c'est sur le week-end du 7 et 8 décembre, il y a eu des images de journalistes à Paris qui ont eux-même subis les violences policières. Il y a des vidéos, on voit qu'ils se font gazer, et voire ils se font un peu frapper au sol.

Donc déjà, on a des journalistes qui, pendant ce mouvement, ont été victimes eux-mêmes des violences policières. Et oui, je pense que très clairement on a une sorte de dichotomie entre les journalistes "de base", sans mépris, et justement ces gens qui sont installés dans la profession et qui sont une minorité. Tout le monde n'est pas Bernard-Henri Lévy, tout le monde n'est pas Jean Quatremer, et encore heureux.

Et en fait, la grande majorité des journalistes sont des gens qui vont faire du terrain, qui vont écrire des articles, mais qui n'ont pas cette visibilité, cette aura qu'ont ces grands chroniqueurs. – Eux, ils pâtissent de cette image-là, parce que finalement c'est eux qu'on retrouve sur le terrain, c'est eux qu'on houspille, c'est eux qu'on critique de manière véhémente sur le terrain. Alors que ceux qui sont à la télé et donnent leurs opinions ne sont pas sur le terrain.

Il y a une injustice quand même quelque part. – Oui clairement. Ce sont ces journalistes qui font de très bonne foi, je pense, leur métier avec passion et un certain idéal derrière qui vont pâtir du… et se retrouver discrédités par les prises de position de certaines personnes qui, je pense, n'ont même pas de carte de presse.

Donc oui clairement, il y a une très grande injustice. Ce ne sont pas Bernard-Henri Lévy ou Jean Quatremer qui a subi les violences policières le week-end du… je crois le 7 décembre. Ce sont les journalistes de BFM TV, Cnews ou que sais-je, à qui on a dit "il faut aller couvrir, il faut aller place de l'Étoile.

Il faut aller sur les scènes où il y a des violences et vous mettre entre les casseurs et les CRS." Ils se sont retrouvés entre eux et ils se mettent même physiquement en danger pour, encore une fois, pas tant produire de l'information, que de l'audience, et faire vendre un contenu qui va captiver le téléspectateur. – Mais est-ce qu'il n'y a pas aussi une forme de masochisme de la part des spectateurs ?

Puisque finalement, les médias les plus contestés, leur audience ne pâtit pas de leur positionnement. – Au contraire, justement. J'avais regardé quelques articles sur l'audimat et là, pendant le mois de décembre notamment et sur fin novembre aussi, les moments où les chaînes avaient leur plus gros boum d'audience, c'est par exemple les soirs où elles invitaient des Gilets jaunes sur leurs plateaux.

Et aussi sur les journées où elles couvraient en continu ces journées-là. Je pense que d'une part il y a une sorte de dynamique qui se crée, qui s'auto-entretient, à savoir que les gens qui vont un peu créer et fixer l'agenda médiatique, ce sont les chroniqueurs libéraux qui vont décider de parler du coût financier du mouvement ou des violences. Ce qui fait qu'en même temps, à partir du moment où on ne parle que des violences, le téléspectateur, même s'il est plutôt enclin à soutenir les Gilets jaunes, va graver en lui l'idée qu'il y a des violences, et donc du coup être désireux de voir quelles sont ces violences.

Et à partir de là, on a une sorte de dynamique qui se crée, où on a une sorte de production de demande et de fait d'offre, etc. et que les deux s'auto-entretiennent. Je ne sais pas si c'est du masochisme de la part du téléspectateur, mais dès lors qu'on nous rabâche qu'il y a des violences, on a envie de voir à quoi ces violences font référence, ce que c'est concrètement, donc ça va être tentant de regarder ce qu'on nous vend sur BFM TV. – Tout cela montre aussi la permanence de la puissance de l'outil télévisuel.

Parce qu'aujourd'hui, il y a… En 1995, par exemple, lors des grandes manifs, il n'y avait pas Internet, il n'y avait pas la diversité de sources, il n'y avait pas les smartphones. La télévision était le média par lequel on était quasiment obligés de regarder… la télévision et la presse écrite étaient ceux qui nous racontaient de manière quasi obligatoire les faits. Aujourd'hui, il y a une diversité de médias.

Il y a des médias sur Internet, comme Le Média, mais l'emprise de la télévision demeure quand même assez forte. Quand on regarde les commentaires, quand on regarde l'audience de ces chaînes, on voit que l'emprise de la télévision est quand même assez forte. C'est quelque chose qu'il convient quand même d'analyser. – Oui, tout à fait.

Parce que je pense que, notamment ces chaînes d'information en continu qui n'existaient pas avant, vont satisfaire une demande d'instantanéité. Si on nous dit qu'on peut avoir l'information en continu, en direct, tout le temps, c'est plus tentant et plus attirant si on sait qu'il se passe des choses dans le pays, que d'attendre le flash info du soir à 20h. Donc je pense que c'est chaînes-là, qui font beaucoup d'audience et qui causent aussi beaucoup de mal à la société, vont aussi satisfaire une sorte de désir qu'on peut tous avoir.

Qui n'a jamais regardé BFM TV un après-midi pour voir ce qui se passait en manifestation. Même en étant très critique, on peut par exemple être attiré par des chroniqueurs, parce qu'il y a tout le temps des plateaux en continu. Il y a tout le temps des directs. – On les regarde pour les critiquer. – Les critiquer ou même on se dit "tiens, il y a tel intervenant qui m'intéresse" etc.

Il faut faire un très grand travail de déconstruction pour se rendre compte que ce n'est pas parce que sur le plateau on a un politologue, un économiste, telle personne, tel représentant des Républicains, d'En Marche ou que sais-je, que finalement ces gens-là vont nous servir des points de vue différents. Mais que justement, ils vont tous participer à la construction d'une même idéologie. Chacun à travers son petit paradigme.

Il faut faire un très grand travail de déconstruction, en tant que téléspectateur. Ce qui n'est pas forcément évident à faire parce qu'on a l'impression qu'il y a une sorte de variété d'opinions qui s'exprime sur les plateaux. – Est-ce que finalement ce n'est pas le format des chaînes d'information en continu qui est critiqué ?

Parce que, quelque part, personne n'a encore fait de chaîne d'information en continu sans utiliser les ficelles qui sont dénoncées. Est-ce que ce n'est pas même la télévision d'information en continu qui porte en elle les germes de cette contestation ? Est-ce que, si on pense ça, cela voudrait dire qu'on critique un peu trop les hommes qui la produisent et un peu moins le format ? – Je pense qu'encore une fois, le format et les personnes participent d'une même logique.

Par "les personnes", je ne parle pas des journalistes qui font leur travail, mais plus des grands chroniqueurs. Tous ces gens qui ont accédé à une sorte de renommée, de reconnaissance au quotidien par Twitter et les chaînes d'info. Finalement, ce qui se passe, c'est qu'on a vraiment une sorte de culte de l'instant, de l'absence de recul.

Le format de la chaîne d'information en continu correspond parfaitement à ça. Et les personnes qui ont aussi vraiment accédé à la lumière et à un certain statut grâce à ces chaînes, sont aussi des gens qui vivent de la dramatisation, de petits commentaires par-ci, par-là. – Alors, Vous, vous travaillez pour Le Vent Se Lève.

Quelle peut-être la part des médias qu'ont dit "alternatifs" dans ce qui apparaît clairement comme une forme de combat idéologique, de bataille du récit ? Les chaînes d'information en continu sont là, elles sont bien installées. Est-ce qu'il est possible seulement de faire entendre une voix dissidente face à cette architecture-là, face à cette infrastructure-là ? – Encore une fois, toute la difficulté c'est que quand on est un média indépendant et qu'on fait face à toute l'architecture des médias, qui sont finalement ce qu'on disait tout à l'heure, possédés par Drahi, par Xavier Niel, etc. qui sont possédés par des milliardaires, encore une fois la difficulté c'est de faire face un petit peu aux forces de l'argent, parce qu'on a pas les mêmes moyens, on a pas la même assises.

Parce que finalement, tous ces titres aujourd'hui qu'on pense même de gauche et qui appartiennent à des grands groupes, ce sont des titres qui ont plusieurs décennies d'existence derrière eux et qui ont été rachetés. Donc en tant que médias indépendants, clairement on a une part à jouer. Je pense à Le Vent Se Lève, il y a Le Média.

Je pense aussi par exemple au Monde diplomatique qui a produit un excellent dossier sur la question des Gilets jaunes. Clairement, il y a un rôle essentiel à jouer pour informer différemment. Pour aussi clairement donner une sorte de perspective plus critique aux personnes qui vont soit nous regarder soit nous écouter.

Mais encore une fois, c'est être une sorte de Petit Poucet face aux forces de l'argent. Après aujourd'hui, on a la chance, je pense pour les médias indépendants, d'avoir justement accès à Internet. Et ce qui fait que par exemple avec une page Facebook, c'est le cas de Le Vent Se Lève, on peut accéder à une certaine reconnaissance et réussir, de fil en aiguille, à être lu.

Mais c'est toujours plus dur d'être un site qui se veut en plus alternatif que d'être le Monde. – Et c'est bien dommage. Merci, Marion. – De rien. [Générique de fin]