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interviewBFMTV· 14 avril 2022 12 min

L'interview d'Anne Hidalgo et de Vitali Klitschko sur BFMTV en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Nous allons tout de suite retrouver en direct de Kiev le maire de la ville, Vitaly Klitschko. Bonsoir, monsieur le maire. À vos côtés, Anne Hidalgo, la maire de Paris que je salue aussi, bien entendu. À Kiev, le quotidien est souvent rythmé par la découverte quasi quotidienne de nouveaux charniers à la périphérie de la ville. Et les élus européens, notamment, se rendent sur place pour se rendre compte des atrocités et pour vous apporter leur soutien. C'est le cas d'Anne Hidalgo, qui est dans la capitale ukrainienne ce soir. Bonsoir et merci à vous deux de prendre la parole en direct sur BFM TV. Anne Hidalgo, ce sera ma première question.

Qu'avez-vous ressenti aujourd'hui lors de votre arrivée à Kiev ?

0:36
Anne Hidalgo

Je me suis d'abord rendue sur les différents sites, à Bouchka, Irpin et Borodianca. Et je peux vous dire que de voir ces villes détruites, des cibles qui étaient des cibles civiles, puisque ce sont des appartements, des immeubles qui ont été détruits, c'est un spectacle de désolation. J'ai eu l'occasion d'échanger avec le maire de Borodianca et de voir avec lui aussi, avec la population, le sentiment qu'on a vraiment visé des civils. Moi, je suis venue ici pour apporter mon soutien, bien sûr aussi, à Vitaly Klitschko, le maire de Kiev. Vous savez que la ville de Kiev a été faite citoyenne d'honneur de la ville de Paris.

Je suis venue lui remettre cette citoyenneté d'honneur et puis établir avec lui et avec les maires des villes qui ont été touchées tout un plan aussi pour les accompagner dans cette reconstruction, une fois que la guerre sera finie. Mais malheureusement, elle ne l'est pas encore. Mais je veux dire aussi le courage des Ukrainiens, le courage de toutes ces familles qui résistent, qui sont là, qui ne baissent pas les bras, qui ont perdu beaucoup des leurs.

Et je crois qu'il faut que vraiment on voit ces images, qu'on voit cette situation, parce que cette guerre, elle touche avant tout des civils ici à Kiev, des femmes et des hommes qui ont vu leur vie basculer, basculer, parce qu'à un moment donné, il y a eu cette agression de la Russie. Et je suis aussi venue, bien sûr, leur apporter mon soutien, comme je le fais maintenant depuis des mois.

2:22
Présentateur

Alors, on vous a vu, M. le maire Klitschko, en tenue militaire sur le terrain. Vous l'êtes ce soir aussi à la télévision. Aujourd'hui, est-ce que votre ville a retrouvé un semblant de fonctionnement normal ? Et par ailleurs, de quoi manquez-vous concrètement ? De quoi avez-vous besoin ?

2:37
Invité

Tout d'abord, je voudrais saluer tout le monde.

2:54
Invité politique

Et je voudrais remercier mon amie Anne Hidalgo qui est venue ici avec cette mission symbolique. C'est le soutien des habitants de Kiev. C'est très important. Je voudrais remercier tous ceux qui soutiennent l'Ukraine et qui donnent aussi la possibilité de se loger aux Ukrainiens. Je remercie la France pour le soutien politique, pour le soutien économique, parce que ce serait encore plus difficile sans ce soutien-là. Nous défendons l'Ukraine, nous défendons nos familles, nous défendons le futur de nos enfants. Et le plus important, nous défendons chacun de vous, car nous défendons les principes démocratiques et les valeurs démocratiques qui existent en Europe démocratique.

C'est ça la chose la plus importante. Et nous luttons non seulement pour l'avenir de nos enfants, mais nous luttons pour l'avenir de toute l'Europe. Et c'est pour cela que c'est tellement important que la paix revienne en Europe, car c'est la deuxième guerre après la seconde guerre mondiale en Europe. C'est une énorme tragédie pour l'Ukraine et c'est aussi une énorme tragédie pour tous les Européens. Et c'est aussi une énorme tragédie, ils vont le comprendre pour les Russes, car ceux qui sont venus ici pour combattre, pour nous combattre, nous n'avons pas d'autre choix que de nous défendre. Donc notre vie ici à Kiev reprend tout doucement.

Il y avait un corps de bombardement il y a une semaine, mais aujourd'hui c'est plus tranquille. Néanmoins, vous savez qu'il y a maintenant des combats à l'Est. On essaie de revenir à la vie normale, mais nous avons entendu hier un général russe qu'il n'exclut pas de nouveaux tirs sur la capitale ukrainienne. Donc nous devons faire tout le possible pour revenir à la paix, tous ensemble, pour que tout le monde soutienne l'Ukraine, pour que nous soyons ensemble dans la famille européenne.

5:15
Auditeur

– Oui, M. le maire, bonsoir. Aujourd'hui même, Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères et européennes, a annoncé que l'ambassade de France, qui avait été déployée à Levif, dans l'ouest du pays, pour des raisons de sécurité, va revenir et réouvrir ses portes à Kiev. C'est-à-dire que l'ambassadeur de France va revenir à Kiev. Ça vient d'être annoncé. Quelle est votre réaction ? Est-ce que c'est le signe, justement, d'un retour progressif à la normale ? Et c'est aussi, j'imagine pour vous, une preuve du soutien de la France aux côtés de l'Ukraine, dans cette phase délicate de son histoire ?

5:58
Invité politique

Pour dire la vérité, personne ne croyait que les Ukrainiens allaient tenir contre cette armée la plus forte du monde. Nous avons ruiné et démolé le mythe de la force de cette armée. Pourquoi ? La réponse est très simple. Les militaires russes, ce sont des commerciaux, en fait, et ils combattent pour de l'argent. Nous, les Ukrainiens, on combat pour défendre nos enfants, nos familles. Vous sentez la différence ? Combattre pour être payés et combattre pour défendre notre terre et pour défendre l'avenir de nos enfants.

C'est pour cela que la chose la plus importante dans la guerre, c'est l'esprit, c'est la volonté, c'est la fierté de sa terre et la fierté d'être libre et de cette volonté de vivre dans un pays libre. Donc, le retour des ambassadeurs, c'est vraiment un très bon signe.

7:17
Invité

Je salue tous ceux qui reviennent à Kiev. C'est vraiment un signe de retour à la normale. Mais bien sûr, nous devons faire restaurer la paix sur tout le territoire ukrainien.

7:34
Invité politique

Vous savez que l'armée russe planifie une offensive suivante, qu'il y a beaucoup de villes au sud de l'Ukraine qui ont été prises, et il y a beaucoup de maires qui ont été tuées.

7:51
Invité

Donc, le danger existe en Ukraine.

7:55
Invité politique

Mais je suis persuadée que nous allons pouvoir restaurer la paix.

8:00
Présentateur

Vitaly Klitschko, le massacre de Bouchak a été évoqué par Anne Hidalgo il y a quelques instants à AMU, bien entendu, le monde entier. Nous confirmez-vous que ces atrocités sont en fait une guerre de terreur menée par les Russes dans bien d'autres villes du pays et visant les civils et votre population ?

8:18
Invité politique

En fait, il se trouve que beaucoup de journalistes internationaux se trouvent à Kiev et ils avaient la possibilité de visiter à Bouchak, à Irpin, à Gostomel, voire à Bordianca. Ce sont des villes tout près de Kiev, donc ils pouvaient s'y rendre, mais il n'y a pas de journalistes internationaux à Moriopol, il n'y a pas de journalistes internationaux à Sèvres-Donetsk, ni aux autres villes près de Kharkiv.

9:06
Invité

C'est pourquoi je peux vous dire que la situation qui est là-bas est encore pire. Des milliers de civils sont morts à cause de ces attaques.

9:18
Invité politique

Ne croyez pas à la propagande russe qui dit qu'ils combattent les nationalistes, les extrémistes, qu'ils défendent. Il s'agit du génocide du peuple ukrainien. Il s'agit du génocide des personnes civiles. Les journalistes ont vu cela avec leurs propres yeux. Comment est-ce qu'une babouchka qui a 70 ans, qui a été tuée, pouvait menacer le monde russe ? Comment est-ce que les enfants pouvaient le menacer ? On ne peut pas trouver un nombre assez important de personnes civiles aujourd'hui. Ils ont disparu. C'est vraiment des tortures. C'est vraiment incroyable, terrible ce qu'on fait aux civils. C'est très bien que les journalistes aient cette possibilité de parler aujourd'hui.

Mais je suis persuadée qu'est-ce qu'on voit à l'est de l'Ukraine, c'est encore pire qu'est-ce qu'on peut voir ici près de Kiev.

10:22
Présentateur

Anne Hidalgo, une dernière question peut-être plus personnelle. Vous venez de subir un échec violent dans la course à l'Elysée. Il vous a forcément marqué. Et être confronté aux souffrances subies par la population ukrainienne. Vous l'évoquiez vous-même il y a quelques instants. Est-ce que ça remet les choses en place ?

10:39
Anne Hidalgo

Bien sûr, mais depuis toujours. Vous savez, je crois que le combat politique, quand on a la chance de le mener dans un pays sans risquer sa vie, mais simplement en défendant ses idées, on en accepte, y compris la violence, y compris lorsqu'il ne se traduit pas par le résultat qu'on attendait. Mais bien sûr que les choses, pour moi, elles sont toujours à leur place. Je me défends. Je défends toujours les valeurs, la liberté, la démocratie.

Et le fait d'être ici en tant que maire de Paris, qui est une ville de liberté, qui a toujours porté ces valeurs-là et d'apporter le soutien à Kiev, aux maires de Kiev et à la population de Kiev, c'est bien sûr une façon de continuer à garder toujours une boussole. Et puis les choses à leur bonne place. Il y a quelque chose d'essentiel qui se passe ici. Le combat pour la liberté d'un peuple, pour la démocratie. De Paris, de France, on pourrait se dire que c'est loin. Mais en fait, non, ça concerne aussi notre propre liberté à venir. Et je pense que c'est important de regarder ce qui se passe à Kiev, pas en spectateur, mais de se sentir concerné directement et impliqué.

Je peux vous dire aussi que j'ai eu la chance de rencontrer également aujourd'hui la procureure générale de l'Ukraine. Et que tout le travail de droit qui va se faire maintenant, de droit international, pour qualifier les actes de guerre, les crimes et les viols qui ont été commis, est aussi un travail très important sans lequel nos démocraties ne pourraient pas vivre. Donc oui, les choses sont bien à leur place. Merci.

12:16
Présentateur

Nous allons en parler justement maintenant. Merci à tous les deux en tout cas d'avoir pris la parole en direct sur BFM TV. Merci à Audrey Allos et Isabelle Gollens d'avoir assuré ce duplex.