Crème, noisette, ou camel : dans le vestiaire beige des ultrariches
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Moca, noisette, cappuccino, makiato, on croirait lire la carte d'un coffee shop new yorcais. En réalité, c'est le nuancier du vestiaire des ultra riches. Les milliardaires et les princesses se ressemblent tous.
Un long manteau camel, un pull avoine, un pantalon chocolat et pour parfaire la silhouette, petit coup de folie, une écharpe crème. Mais d'où vient cette passion soudaine pour des couleurs longtemps jugées trop fad ? Oubliez le rouge cardinal. et la pourpre royale.
Les broderies et les perles qui habillaient les dentilles de l'ancien régime terminaient aussi le noir des costumes bourgeois du 19e siècle. Aujourd'hui, l'élite s'habille comme un laté géant. Kate Middleton en costume sable, Bieber en manteau camel.
La liste est longue, le café est devenu le ralliment des puissants. Pendant des siècles pourtant, le brun et le beige étaient associés aux vêtements de travail, au monde utilitaire. Ils ne faisaient pas rêver.
On leur préférait l'éclat des couleurs rares, coûteuses, difficiles à obtenir. Porter du rouge Carmin au 18e siècle revenait presque à porter de l'or sur soi puisque ce pigment dérivé de l'insecte cocheni pouvait valoir plus que les métaux précieux. Le noir lui-même, couleur de l'élégance depuis la fin du Moyen-Âge, a longtemps été réservé au puissant.
Ce n'est pas le cas du marron. juger trop banal et trop terme, c'est justement cette banalité qui séduit aujourd'hui. Dans un monde où la richesse est contestée, où l'ostentation est critiquée, le beige devient un camouflage.
Dans les coulisses du luxe, les vendeurs racontent que les ultra riches ne veulent plus être vus. Ces couleurs racontent que vous pouvez vous permettre de ne pas montrer que vous êtes riche. Quand tout le monde cherche à briller, le vrai luxe est de rester dans l'ombre.
C'est une nouvelle grammaire sociale. Plus vous êtes riche, plus vous vous fondez dans la neutralité. Mais cette stratégie fonctionne aussi parce que les matières font la différence.
Un pull en acrylique marron restera banal, mais un col roulé en cachmire camel, une jupe en velours ou un manteau en laine couleur noisette et le discret devient prestigieux. Même l'autorité mondiale en la matière, le Panton Color Institute, a élu pour 2025 une tente baptisée Mocamousse comme couleur de l'année. Un choix assumé pour incarner confort, sécurité et longévité.
Tout un programme. Alors pourquoi les ultra riches s'habillent couleur café ? Parce que dans un monde saturé de signes et d'images, le vrai pouvoir ne cherche plus à s'imposer par le clinquant.
Il préfère se cacher derrière un mur de neutralité chic. Et dans cette armée de manteau sable et de pull noisette, le message est clair. Le luxe, c'est se faire oublier.
Derrière cette neutralité, il y a aussi une peur qui naît chez les ultra riches. Les inégalités n'ont jamais été aussi visibles et l'ostentation n'a jamais été aussi risquée. Dans un monde où la colère contre les élites grandit, où les écarts de richesse se creusent, porter des couleurs trop voyantes reviendraient à tendre le bâton pour se faire battre.
Alors, le beige devient une stratégie d'effacement, un luxe discret, presque défensif, qui camoufle la richesse au lieu de l'exhiber.
Christian Jacob