LES AFFAIRES DE BOLLORÉ DONT ON NE PARLE PAS CHEZ HANOUNA
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Vincent Bolloré n'est pas seulement le meilleur ami de Cyril Hanouna. Moi, je ne crache pas dans la main qui me nourrit. C'est aussi un homme d'affaires, puissant, un capitaine d'industrie et un vrai magnat des médias.
Mais le bruit et la fureur “hanounesques” feraient presque oublier l'origine du clash, l'évocation par le député Louis Boyard dans un média de Bolloré des affaires de Bolloré en Afrique. Ce sont les mêmes personnes qui appauvrissent la France et elles appauvrissent l'Afrique. Je vais vous donner l'exemple rien que de Bolloré.
Quelles sont ces fameuses affaires et pourquoi la justice française soupçonne l'homme d'affaires breton de corruption? Ça tombe bien, ça fait quelques temps à Blast qu'on prépare une série d'enquêtes sur les aventures de Vincent au Togo Une heureuse coïncidence, je vous l'assure. Une enquête de Nicolas Vescovacci et Andrew Vert en partenariat avec Africa Confidential. 26 février 2021 se déroule une scène étonnante au tribunal de grande instance de Paris.
Vincent Bolloré est convoqué par le parquet national financier pour une comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité sur des faits présumés de corruption intervenus au Togo en 2010. C'est une procédure bien pratique qui permet, quand on a de l'argent, de plaider coupable, payer et ressortir libre. Il y a eu un deal, 375 000 euros et en échange, il peut ressortir sans qu'aucune condamnation ne soit inscrite à son casier judiciaire.
Simple formalité donc, mais rien ne va se passer comme prévu. Je vous raconte la suite parce que, même si l'audience était confidentielle, j'étais dans la salle ce matin-là. Isabelle Prévost-Desprez la présidente du tribunal, lui demande s'il reconnaît sa culpabilité.
L'homme d'affaire se lève et répond « Oui, madame la présidente ». Sauf que coup de tonnerre, la présidente refuse d'homologuer le CRPF et estime nécessaire que les infractions reprochées à Vincent Bolloré et deux de ses collaborateurs soient jugées devant un tribunal correctionnel, «there is no deal». L'un des hommes les plus puissants de France devra donc répondre de faits de corruption qu'il a lui-même reconnus devant un tribunal.
Forcément, à la sortie de l'audience, le Breton fait grise mine. Un commentaire pour Blast à M. Bolloré?
Pas de commentaire pour une affaire en cours. C'est inédit, c'est la première fois à ma connaissance qu'un patron français reconnaît des faits de corruption devant la justice française. Ses avocats expliquent qu'il a reconnu ces faits de corruption dans le cadre d'une convention négociée pour mettre un terme aux poursuites judiciaires.
Donc que M. Bolloré aurait sacrifié son innocence, selon les mots de ses avocats, pour mettre un terme à toutes ces poursuites. Il n'en reste pas moins que vous avez là, ce jour-là, un patron français qui a des intérêts importants en Afrique, qui reconnaît des faits de corruption d'agents publics étrangers.
Et ça, pour moi, c'est inédit. Un pacte de corruption au Togo, les mots sont forts, mais de quoi parlons-nous? Il faut remonter à 2010.
Entre la fin de l'année 2009 et le début de l'année 2010, il se trouve qu'on est en pleine campagne présidentielle au Togo, que le président sortant, Faure Gnassingbé, est dans une campagne, qu'il y a une opposition, et qu'à ce moment-là, il y a un pacte qui va se jouer entre la présidence togolaise et le groupe Bolloré, pour financer une partie, une partie seulement, des frais de communication du président sortant. Le groupe Bolloré, à travers l'une de ses filiales, SDV Afrique, va payer à peu près 300 000 euros hors taxes de frais de communication. Le parquet a établi les faits, et donc c'est bien le groupe de M.
Bolloré qui a payé une partie de ces frais de communication pour un président de la République sortant en campagne pour sa réélection en 2010. Et évidemment, le président sortant, nous sommes au Togo, a remporté les élections. Ce qui veut dire qu'on a un patron français, de l'importance de M.
Bolloré, qui a joué un rôle majeur dans la réélection d'un président africain. Et ça aussi, de mon point de vue, c'est inédit. Alors c'est établi dans les documents judiciaires.
M. Bolloré a bénéficié de contreparties industrielles, économiques et fiscales pour de nombreuses de ses filiales présentes au Togo. De la fin 2009 à mai 2010, les différentes filiales du groupe Bolloré vont bénéficier d'avantages très importants, et notamment la construction d'un troisième quai sur le port de Lomé, mais aussi des avantages fiscaux.
Ce qui veut dire que pour le parquet, on assiste bien à ce moment-là à un pacte de corruption entre des intérêts politiques togolais et un groupe français aussi puissant que le groupe Bolloré. Il se trouve que le port de Lomé est le seul port en eau profonde de l'Afrique de l'Ouest. Le Togo, c'est un tout petit pays, c'est 5,5 millions d'habitants.
Mais son port détient les clés de la logistique pour une grande partie de l'Afrique de l'Ouest. C'est dans le port de Lomé que vous pouvez faire arriver des cargos très importants. Et donc, le port de Lomé manquait au tableau de chasse du groupe Bolloré à la fin des années 90.
Lomé est un pays stratégique sur la côte d'Afrique de l'Ouest. Et donc, c'est naturel, avec un grand tirant d'eau, c'est naturel qu'on fasse un gros investissement ici. Vincent Bolloré serait donc intimement lié avec le clan qui dirige le Togo.
Nous serions face à un véritable réseau politico-financier que je vous propose de découvrir. Au centre du réseau, il y a un homme, Charles Kokouvi Gaffan. Monsieur Gaffan serait le parfait apparatchik.
C'est-à-dire quelqu'un qui s'est hissé jusqu'au sommet grâce à son réseau personnel. Il travaille pour le groupe Bolloré, depuis 1985. Il en est l'un des piliers aujourd'hui, non seulement dans le système de Vincent Bolloré au Togo, mais il est aussi très très proche de la présidence togolaise.
Jusqu'à avoir servi d'intermédiaire entre la présidence togolaise et le groupe Bolloré. C'est l'une des révélations de cette enquête, au moment de la création de Vivendi au Togo. Le groupe Bolloré, à travers sa filiale africaine, Vivendi Afrique, va offrir, littéralement offrir, donner 14% de la filiale togolaise à son homme lige, à son référent togolais.
Pour quelles raisons ? C'est un mystère puisque monsieur Gaffan a refusé de répondre à nos questions. S'agit-il d'un cadeau ?
C'est possible. S'agit-il d'un portage financier ? Est-ce que monsieur Gaffan représente les intérêts d'une autre personne qui serait rémunérée de la sorte ?
C'est une hypothèse qui est possible également mais que nous ne pouvons pas confirmer puisque au Togo il est très difficile de démêler les liens financiers et d'avoir accès à des documents. Rien qu'avoir eu accès à ce document est quelque chose qui nous permet d'étayer davantage ce réseau politico-financier que monsieur Bolloré a tissé au cours des années. Mais c'est vrai que monsieur Gaffan, à travers ses 14%, est réaffirmé à ce moment-là, on est en 2015, comme le pilier de ce réseau politico-financier au Togo.
Mais l'appétit de Vincent Bolloré ne s'arrête pas au secteur portuaire, il y a aussi les télécoms. Pour bien comprendre ce qu'est Vivendi en Afrique, il faut effectivement parler de Cina Lawson. Cina Lawson, c'est l'une des sœurs Lawson qui est ministre des Télécoms dans le gouvernement de Faure Gnassingbé depuis 2010.
C'est une jeune femme talentueuse formée à Sciences Po à Paris, qui a eu des responsabilités dans différents groupes privés, notamment chez Orange, mais elle a aussi travaillé à la Banque mondiale. Elle est très proche du président de la République togolaise et c'est elle qui va nouer les premiers liens avec l'empire Bolloré et demander les premiers conseils pour refonder la politique, je vais dire, internet et numérique du Togo. En s'adressant à une filiale du groupe Bolloré qui s'appelle Polyconseil.
Au moment où le Togo veut se développer du point de vue internet, veut développer la fibre, eh bien il va y avoir une sorte d'appel d'offre, un appel d'offre qui va se transformer en une distribution de licences internet que Vivendi va récupérer, Vivendi va récupérer l'une de ces licences. Et ce qui est vraiment marquant dans ce petit épisode, c'est qu'en fait Vivendi va récupérer une licence internet alors que la société n'est même pas encore créée au Togo. C'est-à-dire qu'elle n'est même pas officiellement reconnue au Togo qu'elle a déjà récupéré une licence.
Ce qui fait dire à toute l'opposition togolaise que cet appel d'offre était cousu de fil blanc et que les intérêts politiques, économiques étaient tellement noués depuis longtemps que tout ça a été développé pour favoriser les intérêts du groupe Bolloré. Alors il se trouve que les Lawson sont une grande famille togolaise et que parmi les maillons de ce réseau politico-financier, vous avez une sorte une soeur qui s'appelle Cathia Lawson. Cathia Lawson est une jeune femme représentante à la Société Générale des Intérêts Africains de la Banque, elle siège aujourd'hui au Conseil de Surveillance de Vivendi et depuis 2020, elle est aussi au Conseil d'Administration de l'Agence Française de Développement qui n'est autre que le bras armé de la France pour l'aide au développement, évidemment en direction de l'Afrique mais pas seulement sur tous les continents.
Et entre amis, quand il faut trouver un travail pour un demi-frère, il y a toujours moyen de s'arranger. Alors oui, Patrick Bolouvi c'est le demi-frère effectivement de Faure Gnassingbé, ce qui est assez intéressant c'est que monsieur Bolloré dit l'avoir rencontré dans un cocktail, d'avoir remarqué que ce monsieur était d'une qualité rare et c'est pour ça qu'il a demandé à ses équipes de l'embaucher dans sa filiale togolaise. Or, au sein des équipes, même de son groupe, on a commencé à se demander qui était ce Bolouvi puisqu'apparemment il ne venait que très peu souvent au bureau et il n'avait finalement aucune responsabilité très concrète, on a même parlé d'emploi fictif.
La réalité c'est qu'en fait c'est une des pièces, un des maillons supplémentaires du réseau politico-financier tissé par Vincent Bolloré au Togo et il fallait dans ce réseau avoir une de ces pièces qui est le demi-frère du président de la République. Ça peut servir un demi-frère de président de la République quand on fait des affaires au Togo et monsieur Bolouvi est devenu une pièce maîtresse de ce système avec un salaire pas négligeable pour un togolais, aux alentours de 8 à 8500 euros par mois. Face à ses ennuis judiciaires, le capitaine d'Industrie est en train d'abandonner son bateau africain.
Aujourd'hui, monsieur Bolloré, pratiquement concomitamment à son histoire judiciaire avec le Togo, a décidé de céder ses intérêts logistiques et portuaires en Afrique. Monsieur Bolloré n'est pas un Africain. Monsieur Bolloré n'est pas quelqu'un qui connaît intimement l'Afrique.
C'est quelqu'un qui a utilisé l'Afrique pour ses propres intérêts financiers. Il y a trouvé des marchés, des débouchés industriels, il y a fait beaucoup d'argent. Le jour où il considère qu'il faut en partir, il cède ses intérêts aux plus offrants et il se trouve que là, il s'agit d'un groupe Italo-Suisse, MSC, qui va racheter, qui a racheté ses intérêts pour un peu plus de 5 milliards d'euros, ce qui est un très très bon prix.
Il y a à peu près huit mois, devant la commission sénatoriale qui enquêtait sur la concentration des médias, Vincent Bolloré a affirmé qu'il ne faisait pas de politique, qu'il ne faisait que du business. Cette histoire démontre exactement le contraire. Évidemment, le clan Bolloré récuse ces affirmations et considère qu'il n'y a pas eu de contrepartie.
Le parquet affirme, encore une fois, qu'il y a bien eu un pacte de corruption et que ce pacte de corruption a été noué par Vincent Bolloré en personne. Depuis février 2021, le parquet national financier a renvoyé le dossier à l'instruction. L'homme d'affaires conteste sa mise en examen.
Tous les recours judiciaires n'ont pas encore été épuisés par ses avocats. S'il a lieu, le procès ne devrait pas se tenir avant l'automne ou le printemps 2023. Il faudra alors que les juges ne tiennent pas compte du fait que Vincent Bolloré a déjà reconnu sa culpabilité précédemment.
Kafka, tout ça Un dernier mot Cyril ? On ne vient pas chez les gens pour chier sur le tapis. Voilà, cette vidéo est à présent terminée.
Pour aller plus loin, rendez-vous sur notre site pour consulter les 4 volets de cette enquête sur l'empire africain de Bolloré. Sur notre antenne, Vincent Bolloré n'a pas d'amis, ni d'ennemis d'ailleurs, et nous sortons les affaires que nous voulons. Pour l'instant, il ne nous a pas rachetés, et avec votre soutien, ce sera encore le cas pendant longtemps.
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Olivier Faure