Marine Tondelier : « Emmanuel Macron nous fait cinquante nuances d’obstruction »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Marine Tondelier. Bonjour. Merci d'être notre invitée. Vous êtes la secrétaire nationale des écologistes et vous venez de publier ce livre Demain si tout va bien. C'est chez Albain Michel. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Julien Léquier de La Voix du Nord. Bonjour Julien.
Bonjour Auriane. Bonjour Madame Tondelier.
Bonjour. Marine Tondelier, après avoir entendu les deux discours de politique générale de Sébastien Lecornu devant les députés, devant les sénateurs, est-ce que vous nous confirmez que les écologistes voteront la censure ?
Ah oui, quasiment à l'unanimité, le groupe votera la censure parce que vous devez comprendre que des écologistes regardent beaucoup de choses. Nous regardons tout ce qu'ils disent mais nous attendons forcément des choses sur l'écologie. Je pense que c'est logique pour tous vos téléspectateurs. Mais il n'en a parlé hier. Il n'en a même pas parlé. Alors il en a parlé hier au Sénat dans un exercice de rattrapage contrôlé parce qu'il n'avait même pas abordé le sujet à l'Assemblée nationale. Il y avait d'autres priorités.
Il y a d'autres priorités ? Non, j'allais dire d'autres priorités. Mardi, il fallait absolument parler des retraites. Il ne pouvait pas parler de tout en une demi-heure.
Le retraite était deux minutes sur son discours. Il lui restait beaucoup d'autres raisons.
Et là, hier, il a répondu. Est-ce que vous avez été convaincu ?
Vous faites très bien le comité syndical de M. Lecornu qui, je pense, n'en a pas besoin. Je vous dis une chose. Je suis écologiste à la tête d'un mouvement écologiste et vous avez un groupe écologiste à l'Assemblée nationale et un groupe écologiste au Sénat. À la fin, je le vois, ça fait des années que ça dure, il n'y a plus que nous qui tenons sur ce sujet, qui est un sujet très important pour les Français. Un sondage Ipsos commandé par le Résur Action Climat est sorti qui montre que plus de 80% des Français, un, tiennent à l'environnement, au climat. C'est un sujet de préoccupation majeure pour eux. Deux, estiment que le gouvernement n'en fait pas assez.
Et trois, disent qu'ils en veulent plus avec tout un tas de mesures. Nous avons fait trois rendez-vous avec M. Lecornu. On a vu M. Lecornu un, deux fois. On a vu M. Lecornu préfigurateur. On a vu M. Lecornu deux. On a vu M. Macron. Et dans tous ces rendez-vous, nous avons placé l'écologie en première priorité, ce qui est attendu de nous. C'est notre objet social, même si on en a d'autres. Attendez, à chaque fois, M. Lecornu nous a dit « Excusez-moi, je n'ai pas encore eu le temps de regarder ». Alors, lecornu un qui vient d'arriver peut-être, lecornu qui est là depuis 25 jours, qui dit qu'il n'a pas eu le temps de regarder, très préoccupant.
Et à l'Élysée, nous avons posé avec Cyril Châtelin, présidente du groupe à l'Assemblée nationale, ce sujet. Dans notre introduction et dans toutes nos relances, nous avons été les seuls à en parler. Et vous ne pouvez pas reprocher à des écologistes d'attendre des mesures fortes sur l'écologie,
ce n'est pas pour nous, c'est le sujet du siècle. On ne vous reproche rien. Et c'est la bataille.
Non, mais c'est un sujet qui détermine tout le reste.
Et sans faire le comité syndical…
Sans sauver la planète, il n'y a pas de retraite, il n'y a pas de sécurité sociale, ça ne marchera pas.
Sans faire le comité syndical, comme vous le dites, de Sébastien Lecornu, je me permets de rappeler ces propos et de vous demander un commentaire. Il dit « Hier, nous devons avancer avec efficacité et sans dogmatisme avec une approche locale, car l'écologie, c'est de l'aménagement du territoire ». En tout cas, cette approche vis-à-vis de l'aménagement du territoire, qu'est-ce que ça vous inspire ? C'est quoi ? C'est du verbiage ? C'est quoi ?
Premièrement, il glisse un mot hier dans sa version, son discours de politique générale au Sénat, parce qu'il a oublié d'en parler à l'Assemblée nationale. C'était plus un mot quand même, c'était tout un paragraphe. Deux phrases. Je ne vous inquiéte pas, je regarde ça de très près. Il y avait quand même un bon paragraphe.
Dire que l'écologie, c'est de l'aménagement du territoire, oui, l'aménagement du territoire a un impact sur l'écologie, et on est bien placé pour le savoir au Sénat, puisque c'est au Sénat qu'a été battu en prêche le ZAN, le Zéro Artificialisation Net, qui empêche l'artificialisation du sol, auquel le sondage auquel je viens de faire référence montre que plus de 80% des Français, ils sont favorables, je crois que c'est même près de 90%. Bon, l'écologie, ça n'est pas que de l'aménagement du territoire. Ça fait partie du sujet, mais pas que. Si on considère que c'est de l'aménagement du territoire, alors il ne faut pas diviser par deux le fond vert.
Ce qui a été fait par le gouvernement Bayrou l'année dernière, et ce qui va être fait à nouveau par le gouvernement Lecornu cette année, c'est-à-dire que le fond vert, cette enveloppe, qui permet aux collectivités de s'adapter aux changements climatiques, d'aménager les zones humides, vous êtes de la Voix du Nord, vous vous rappelez ce qui s'est passé dans la région de Saint-Omer il y a maintenant deux ans, ou encore un collège a été construit en zone inondable. Ça n'arrête pas, les collectivités ne s'en sortent plus, elles ont besoin d'argent. Et donc là, quand on cumule 2024 et 2025, le fond vert aura été divisé par quatre.
Donc si on considère que l'écologie, c'est de l'aménagement du territoire, alors que ce n'est pas que ça, déjà on ne fait pas ça. Ensuite, vous dire quand même que moi je me suis étranglée quand j'ai lu la lettre de Lecornu 1 aux parlementaires du Socle commun, qui disaient ce qu'ils allaient faire. Il y avait cette petite phrase, alors ils ont dû se dire, le conseiller qui a écrit Koya, dû dire, je coche, on a parlé d'écologie, c'est bon. La phrase était, tenez-vous bien, l'action environnementale continuera d'irriguer les politiques de tout le gouvernement. Continuera d'irriguer.
Donc continue, on ne comprend pas ce verbe, puisque depuis le début de l'année, il y a eu 43 reculs environnementaux majeurs dans ce pays à l'initiative du gouvernement et votés par les parlements pour la plupart. Ce que ça veut dire, c'est qu'ils considèrent que quand on fait 43 reculs environnementaux majeurs, dont les Français ont bien entendu parler, et on a par exemple essayé d'attenter à leur santé en relarguant dans l'air des substances toxiques. Les Français se sont battus, ils ont entendu parler de ces trucs-là. Et là, on leur dit, on va continuer d'irriguer vraiment avec l'environnement, tout se passe bien.
Il y a quand même une forme de provocation dans la manière dont ce sujet est pris par-dessus la jambe à la légère. Et je le dis, cette bataille-là, la bataille du climat, de la biodiversité, elle détermine tout le reste, ce qu'on pourra manger demain, ce qu'on respirera, la qualité de l'eau qu'on boit à notre santé, l'avenir de nos enfants, de nos petits-enfants, et notre capacité même à...
– Là, vous avez vu ce qui manquait dans le discours sur l'écologie. Vous demandiez le renoncement au 49.3, il l'a fait. Vous demandiez la suspension de la réforme des retraites, il l'a fait.
– On demandait d'être nommés et de renoncer nous-mêmes au 49.3. – Non, pareil, c'est lui qui est nommé. – Le 49.3, la suspension de la réforme des retraites, c'était des demandes de la gauche et des écologistes. – Évidemment, et moi, je me félicite que notre opiniâtreté ait permis d'obtenir, non pas l'abrogation de la réforme des retraites, que l'on demandait ardemment, et d'ailleurs, on s'est battus pour qu'elle n'advienne pas. Deuxièmement, pas non plus la suspension de la réforme des retraites, ce n'est pas vrai, ce qu'il propose n'est pas vraiment une suspension, c'est un décalage d'un trimestre en fait de l'application.
– Oui, mais nous demandons, un, on demandait l'abrogation,
que cette loi soit nulle et non avenue, et qu'on revienne de manière rétroactive sur les effets qu'elle produit déjà. – Deuxièmement, la suspension…
– Marine Thondé, vous avez gagné sur ce point, vous avez gagné sur le 49.3.
– Oui, mais j'explique parce que je pense qu'il y a une grande confusion, vraiment, il y a une grande confusion chez les gens qui nous regardent, qui ne comprennent plus, moi j'ai écouté beaucoup d'émissions hier, tout le monde ne raconte pas la même chose, c'est extrêmement confus.
– Même les parlementaires.
– Et donc je veux dire qu'en fait, si vous avez 56 ans ou moins, le décalage qu'ils appellent suspension, mais qui est un décalage de quelques mois, ne changera rien pour vous. Ce que ça va changer, c'est pour les personnes qui sont nées entre 1964 et 1968, qui en fait vont gagner un trimestre, en gros. Donc c'est plus de 3 millions de personnes, je ne dis pas que c'est rien, je me suis battue pour et notre primiètre T sur ce point a payé. Mais est-ce que ça vaut le fait de laisser ce gouvernement qui n'a rien à faire là ? Deuxièmement, est-ce que ça veut dire qu'on a réglé le problème des retraites ?
Non, et surtout ce qui m'inquiète énormément, et plus j'écoute les émissions sur ce sujet, moins je suis rassurée, c'est comment ils vont faire ? Parce qu'il y a eu un flou artistique sur est-ce que ça sera une loi spéciale, un amendement dans le PLFSS ? On apprend maintenant que ce sera un amendement dans le PLFSS.
Vous auriez eu un Premier ministre de gauche ou une Première ministre de gauche à Matignon, vous refusiez l'usage du 49-3, vous auriez été exactement dans la même position. Vous ne pourriez pas lui reprocher ça ?
Pourquoi sommes-nous dans cette situation ? Parce qu'Emmanuel Macron nous fait, depuis maintenant plus d'un an, 50 nuances d'obstruction. Si ce que vous voulez me faire dire, c'est que le fait qu'il est nommé très tardivement Michel Bagne, et qui est tombé et a mis M. Bayreault dans une confusion, qui est retombé et qui met… Non, ce qu'on vous dit c'est qu'il a fait ce que vous demandez. Non, non, non, attendez, je vais au bout de ma démonstration.
Ce qui se passe, pourquoi on doit fonctionner à l'arrache totale par un amendement au PLFSS, dont on ne sait ni s'il sera adopté, ni comment il sera financé, ni les conséquences en cascade que ça aura sur les autres postes du PLFSS qui doit boucler ? Vous avez entendu le premier ministre, il dit que pour que ça rentre en vigueur rapidement, il faut que ça passe par ce… Attendez, vous ne voulez pas que je le dise, mais je vais le dire quand même, parce que en fait c'est important. M. Macron fait de l'obstruction, ce qui fait que tous les gouvernements bossent dans une panique générale. M. Lecornu, il a été nommé en septembre.
Il aurait eu le temps, s'il avait été nommé avant, parce que je vous rappelais qu'il devait être nommé à l'automne dernier, de préparer bien un budget. Là, c'est fait dans la confusion, et donc même entre eux au gouvernement, ils ne savent pas comment ils vont faire. Vous avez M. Farandou, ministre des Solidarités, qui dit au JT de France 2 que ça sera une loi spéciale. Vous avez Mme Monchalin qui s'occupe du budget, qui rétro-pédale la commission en disant « Non, non, pas du tout, ce sera une loi, mais en fait ce sera le PLFSS ». On ne comprend rien.
Même les socialistes ne savent plus trop comment ça va se passer, parce qu'on comprend qu'en fait c'est aussi un piège pour obliger la gauche à voter le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Et il faut que vos téléspectateurs comprennent ce qu'il y a dedans. Il y a une augmentation des franchises médicales. Il y a un gel de toutes les prestations sociales. – Ça c'est la proposition initiale. – Voilà, il y a un débat parlementaire.
– C'est la copie initiale. Le 49.3 permet normalement de faire un débat parlementaire.
– Non, M. Vécuyer, soyez honnête. Le 49.3…
– Je le suis, arrêtez, Marie-Condellier.
– Alors, vous êtes honnête, donc vous allez reconnaître que l'article 40, qui est un article qui régit les travaux parlementaires, empêche à tous les parlementaires de déposer des amendements qui créent de nouvelles dépenses pour l'État. – Tout à fait, oui. – Est-ce qu'on pourra dégeler le RSA, toutes les prestations sociales ? Non. Est-ce qu'on pourra se battre contre le fait que les retraites vont être sous indexés ? C'est-à-dire que jusqu'en 2030, les retraites ne suivront pas l'inflation. – C'est les règles communes chaque année. – Est-ce que vous pensez qu'on pourra se battre parce qu'il manque plusieurs centaines de millions d'euros sur l'APL ?
Est-ce que vous pensez qu'on pourra se battre pour faire en sorte que les gens à l'ALD, en affection longuée, se sont formés ?
– Si vous faites des économies par ailleurs, ça a toujours été les règles. L'article 40 n'est pas une création de cette année.
Nous n'avons pas le droit de déposer ces amendements.
– Comme chaque année.
– Seul, le gouvernement peut le faire. Mais chaque année, qu'est-ce qu'on fait ? On prépare en amont du dépôt du PLFSS.
Il y a des discussions. – Chaque année, vous ne le votez pas parce qu'il y a un 49.3.
– Cette année, ça n'a pas été fait. Et si nous avions été au gouvernement, ce qui est notre demande, nous aurions pu déposer des amendements gouvernementaux qui, eux, ne sont pas soumis à l'article 40 puisque le gouvernement, lui, évidemment, a le droit de faire ce qu'il veut comme amendement. Et donc, j'invite vos téléspectateurs à être très, très attentifs à ce qui va se passer dans les trois mois qui viennent s'ils y comprennent quelque chose. – Vous dites comme Manuel Bompard
que c'est un énorme leurre, c'est ça ? – C'est ma grosse crainte. – Vous êtes exactement sur la même ligne que Manuel Bompard.
– Je ne dis pas que c'est rien et que ça ne changera rien à personne, ça n'est pas vrai. Et je me suis battue pour obtenir tout ce qu'on pouvait et ce qu'on a pu, ce n'est pas grand-chose.
– Est-ce que pousser vers la dissolution, ce n'est pas encore pire que d'essayer de négocier ?
– Vous savez, Naomi Klein a écrit un très beau livre qui s'appelle « La stratégie du chaos », « La stratégie du choc » qui décrit exactement ce qui nous arrive en France. Comment le libéralisme est arrivé à ses fins dans beaucoup de pays du monde ? En expliquant, en fait, en provoquant la peur, ce que M. Bayrou a fait tout l'été. Vous allez tous mourir, on va crever, le budget va exploser, il y a une voie d'eau, le Titanic, machin truc. Tout le monde était paniqué. Ensuite, vous commencez à apporter des solutions en expliquant qu'on n'a pas le choix.
Le PLF, ça, voilà, des remboursements des médicaments, les franchises médicales, l'ALD, le RSA, les retraites qui ne suivront pas l'inflation, on n'a pas le choix. Et on vous explique qu'en plus, c'est pour vous qu'on le fait. Et ce que je constate, c'est que ce gouvernement et les précédents ont supprimé des dizaines de milliards par an d'impôts pour les plus riches et que celles et ceux qui vont faire que ça boucle parce qu'on a rebaissé les impôts pour les plus riches, ce sont tous les Français et en première ligne est plus modeste. C'est ce que l'on dit depuis plus d'un an. Et maintenant, on nous explique qu'on n'a pas le choix, sinon c'est la dissolution.
Et donc, vous voyez, c'est un gouvernement qui agit par la peur. C'est tellement pervers. Il va nous faire peser sur nous le poids des récursions
qu'il s'apprête à faire payer aux Français. Est-ce que vous comprenez le choix du Parti Socialiste qui fait le pari du débat parlementaire ?
Je ne vais pas vous dire que je ne les comprends pas. J'en ai beaucoup discuté avec eux. Mais très sincèrement, je pense qu'ils étaient tellement prêts à faire ça et tout le monde le savait tellement que ça empêchait notre nomination. C'est ça la vérité. Parce que... C'est à cause du PS qui n'a pas un Premier ministre de gauche ? Je pense que dans le rapport de force pour exiger d'être nommé, ça a pesé. Parce qu'en fait, les macronistes disaient je pense qu'avec on pourra s'arranger. Et donc je le dis, à un moment on est dans un rapport de force qui est extrêmement violent.
Les gens que nous avons en face de nous ne veulent pas nous nommer, ne veulent pas rendre le pouvoir, ne veulent pas que les capes des politiques publiques changent. Donc ils vous ont affaiblis dans le rapport de force. Pour qu'on puisse aller pavoiser sur les pâteaux télé en disant qu'on est content. Moi je ne suis pas contente. Je ne vais pas faire semblant des contentes et je ne dirai pas que je suis contente parce que quand les Français vont voir tout ce qui les attend dans le PLFSS, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale, ça va faire extrêmement mal. Et les premières victimes de ce projet de loi de financement de la sécurité sociale,
est-ce que vous pensez qu'il sera censuré Sébastien ? Petite précision, vous nous dites la quasi-totalité du groupe écologiste votera la censure. Oui, il y a Delphine Bateau
qui n'est pas membre des écologistes qui est membre du groupe, elle est de génération plus. Il manquera juste une voix, pas plus. On verra, mais chacun fait ce qu'il veut par ailleurs, les gens sont libres. Mais il en a encore plus. Des discussions que nous avons depuis maintenant quelques semaines, je n'ai pas beaucoup de doutes sur le sujet. Vous pensez qu'il sera censuré ? On faisait des décomptes encore dans la loge parce que ça bouge beaucoup.
Il a à peu près 20 voix de marge et on voit qu'il y a, par exemple, au Parti Socialiste, tous les députés ultramarins, et je les comprends et je les soutiens, qui disent, nous, vu ce qu'il y a pour nos territoires dans ce projet de loi de financement, on ne peut pas voter. Alliott s'attend un petit peu alors que leur président de groupe a quand même été nommé en charge des relations avec le Parlement au gouvernement. Chez LR, alors on a quand même... Elle n'est plus LR, elle est Horizon, on ne comprend rien avec la droite tellement ça bouge, mais Christelle Morancé, cette présidente de groupe, qui dit qu'il faut censurer, donc est-ce qu'à LR, à Horizon, tout le monde votera d'un bloc ?
On verra après 20, la marge est quand même haute, moi je pense qu'il va passer aujourd'hui. Vous appelez les députés socialistes à désobéir ? Ça va être long quand même jusqu'en décembre, préparez-vous.
Est-ce que vous appelez les députés socialistes à désobéir comme le fait Emmanuel Bompard ?
Mais ils n'ont pas besoin de nous, écoutez, ils font ce qu'ils veulent, ils votent en conscience, s'ils ont envie de ne pas voter, ils ne votent pas, s'ils ont envie de voter, ils votent. Tout le monde est adulte dans cette Assemblée nationale. Je ne vais pas commencer à arranguer la foule en disant, oui, je m'en rappellerai. Franchement, ils pensent juste, je pense que c'est compliqué, je pense que les mois qui viennent me donneront raison, et voilà.
Est-ce que quand même, pour les Français, le spectacle politique qui a été donné ces derniers jours, il ne contribue pas à la fatigue collective, à la résignation générale que vous dites redoutée dans votre livre ?
Il y a 86% des Français qui ont dit dans un sondage, c'était il y a 15 jours en plus, c'était avant les 15 derniers jours, qui trouvaient le spectacle politique actuel navrant. Et moi, je fais partie de ces 86% de Français, je vous le dis très sincèrement. Il ne faut pas mentir aux gens, il ne faut pas dire, ça y est, on a reculé de 3 mois l'application de la femme des retraites, vous aurez un trimestre, on a sauvé. Ce n'est pas vrai, il faut le dire aux gens. Ce qui va se passer est terrible, sur le plan environnemental, sur le plan social, y compris sur le plan économique et budgétaire. Donc, il faut se le dire.
Après, moi, si j'ai écrit Demain, si tout va bien, ce livre qui est sorti aux éditions Albain Michel, c'est parce que ma plus grande crainte, c'est la résignation générale. C'est ce moment où tout le monde aurait baissé les bras. Mais là, ça n'a pas y contribué, les gens qui vous regardent. Moi, j'ai quand même écrit un livre pour donner de l'espoir. C'est-à-dire que je suis beaucoup en dédicace, j'étais à Arras hier, je suis ce soir à Caen, j'étais avant de serre à Montreuil. En fait, les gens qui ont commencé à lire me disent « merci, ça me donne de l'énergie ». Eh bien, je me dis que si on a ça, on n'aura déjà pas tout perdu, parce qu'en fait, ça va se jouer au mental.
Ce qu'ils veulent au gouvernement, c'est nous dire « vous signez des pétitions, comme les 2 millions sur l'heure du plomb, ça ne sert à rien. Vous faites des manifestations, ça ne sert à rien. À vous voter, je vous demande une élection, j'organise une élection, tout le monde s'y met pendant un mois, et à la fin, je ne respecte pas le résultat. » Et donc, on sent qu'il y a un travail de sape morale, mais du coup, de sape aussi de nos institutions et du degré de confiance que peuvent avoir les Français. Et je pense qu'en 2027, il faudra beaucoup parler des institutions et de la VIe République, parce qu'on voit bien qu'on a touché le fond.
Mais Dansely, vous parlez beaucoup de vos racines, de votre territoire, des Nains-Beaumont. Vous y habitez encore, c'est une ville RN. Vous racontez d'ailleurs, comme c'est difficile d'être élu d'opposition dans cette ville, pour vous, pour votre famille. Est-ce que provoquer une dissolution demain, ce n'est pas faire le jeu du Rassemblement national, donner gagnant dans les sondages ?
– Oui, mais vous voyez bien dans quelle situation ils nous mettent, c'est qu'en fait, il n'y a plus de bonnes solutions. À partir du moment où vous remportez une élection et qu'on ne vous nomme pas à Matignon, tout ce que vous pouvez faire est un piège qui se referme, pas sur nous, mais sur tout le monde. C'est-à-dire qu'on nous dit, bon, cohabitation, c'est trop compliqué, dissolution, c'est trop compliqué, Emmanuel Macron ne peut pas partir, bon, résultat, on va continuer. C'est vraiment, on n'a pas le choix. L'argument qui a été donné pendant des mois pour ne pas nous nommer, c'était l'argument de la stabilité, je vous rappelle. Emmanuel Macron disait, ça devrait être eux.
Mais au nom de la stabilité, je ne peux pas les nommer. Bon, résultat, il a nommé Michel Barnier qui a duré le moins longtemps de toute la Ve République, avant M. Lecornu. Ensuite, François Bayrou qui s'est jeté du haut de la falaise, on n'a pas compris. Et maintenant, M. Lecornu, dont le premier gouvernement a duré 14 heures et dont le deuxième ne tient qu'à un fil et à, ce que je pense, être une entourloupe dont nous verrons les conséquences dans les mois qui viennent. C'est ça, c'est là où on en est. Et donc, nous dire que c'est la stabilité qui fait qu'on ne peut pas vous nommer, ça me fait sourire. On nous manque quand même beaucoup.
On va parler un petit peu des municipales, si vous voulez bien. Avec plaisir. Et de la gauche, de manière générale. La France insoumise, c'est le PS, ça ne vous a pas échappé, continue de s'écharper. Et vous, au milieu, on a l'impression que vous essayez de tenir ce bel attelage ensemble.
Vous perdez l'espoir, vous avez raison.
Oui, j'ai vu. Vous croyez toujours à cette union de la gauche et des écologistes ?
Le sujet n'est pas que j'y crois ou pas, c'est qu'est-ce que je pense qu'il faut faire. Et je vous le dis, moi je suis écologiste, donc je ne suis pas en train d'animer un bras de fer entre le Parti socialiste et la France. Ça y ressemble quand même à Marine Tongellier. Oui, mais ça c'est leur histoire. Et je pense que ce qu'ils sont qui sont responsables, parce que ça contribue aussi beaucoup à miner le moral de notre propre électorat, dont nous aurons besoin, spoiler alert, qu'il se déplace aux prochaines élections.
Donc si on leur dit toute la semaine que l'un est nul, l'autre est horrible, et qu'on réserve nos mots les plus durs à nos partenaires de gauche, alors on participe au problème de notre non-accession au pouvoir. Donc nous, nous sommes écologistes, nous sommes un parti écologiste. On n'est pas au Parti socialiste, on n'est pas la France insoumise. Mais quand l'histoire l'exige, et en ce moment l'histoire l'exige, on travaille avec tous nos partenaires pour trouver des solutions. Sur les municipales, je le dis, on a une responsabilité immense pour que les villes écologistes restent écologistes, pour que les villes de gauche restent de gauche, et j'y prendrai toute ma part.
Mais on a aussi la responsabilité que des villes de droite basculent à gauche. Et j'y prendrai toute ma part aujourd'hui, c'est pour ça que je prends le train après notre émission pour aller à Caen, et que dans les semaines qui viennent, je serai à Mulhouse, je serai à Nice, à Lorient, dans toutes ces villes dont j'estime qu'elles peuvent basculer à gauche, parce qu'on ne gagnera pas 2027 sans avoir marqué des victoires d'État. Mais dans les villes qui sont déjà écologistes, Lyon par exemple,
il y a un sondage qui a été publié récemment qui donne Jean-Michel Aulas largement devant le maire écologiste sortant Grégory Doucet. Ça vous inquiète ? Vous pensez que vous allez conserver vos villes ?
Alors, merci beaucoup de me poser la question, ça me donne l'occasion d'expliquer ce qui se passe à Lyon. On a M. Aulas, donc l'ancien président du club de foot, qui se... un peu à la Trump en fait, qui dit, tiens, les affaires c'était sympa, maintenant je veux le pouvoir. Bon, il se lance dans cette aventure, la fleur au fusil, en racontant des choses stupéfiantes. Il a par exemple dit que lui, s'il était maire, il licenciait tous les gens, il n'y aurait plus de cabinet, des conseillers, ça ne servait à rien, parce qu'il est tellement fantastique, et donc que l'argent qui servait à payer l'équipe du maire, ça serait donné aux associations.
Bon, les gens disent, c'est sympa pour les associations, mais si M. Aulas devient maire, ce que je ne souhaite absolument pas, ça me terrifie. Les gens vont aller dans la rue en disant, ah, au fait, M. mon logement, au fait, mon... Et il va dire quoi ? Il va dire, bah... Je ne sais pas, il va prendre le numéro, il va appeler lui-même, ça n'a aucun sens. C'est un leurre, et c'est vraiment le trumpisme qui arrive en France. Et quand je vois que ce monsieur est soutenu par Gabriel Attal, par Édouard Philippe, par Laurent Wauquiez, je me dis, le goût de la revanche pour eux leur fait faire des choses qui sont irresponsables et qui n'ont aucun sens. Alors après, M.
Aulas, il a une grande notoriété dans le coin, ce qui joue dans des sondages aussi loin que de l'élection. Deuxièmement, il faut savoir que les maires, ce n'est pas que les maires écologistes, c'est tout le monde, ils rentrent en campagne plus tard. Parce que, vous savez, pour la continuité... Normalement, les maires sortants, ils ont un avantage quand même. Oui, mais pour la continuité du fonctionnement de la vie, parce qu'en fait, ils sont au travail en ce moment, souvent, ils rentrent en campagne à partir du mois de janvier.
Et donc, c'est vrai qu'on en a un qui a boulet rouge en campagne, Grégory Doucet qui ose à faire, qui se préoccupe des Lyonnais et qui s'occupe de leur quotidien tous les jours et de préserver leur lendemain aussi. Et donc, il rentrera en campagne plus tard. Il y a quand même une prime aux sortants, en général. Et ça va se jouer aussi dans les derniers mois. Mais je le dis... Marine Tondelier. Oui, je suis inquiète, vous m'avez demandé. Je suis très inquiète parce que je vois le vent populiste qui souffle sur ce pays et qu'on est pris à vendre n'importe quoi aux Français. Marine Tondelier.
Vous n'avez peur de pas conserver vos vies. C'est toujours une frayeur. Donc, il y a un vent froid qui souffle, y compris dans le Nord-Pas-de-Calais. Est-ce que vous serez candidate au municipal des Nimbomont ?
Alors, déjà, on n'arrête pas de me poser la question donc je ne vais pas être claire donc je le redis. Je ne serai pas tête de liste au municipal des Nimbomont parce que j'ai déjà... Mais vous serez sur la liste. Ce n'est pas vous qui l'a faite. Non, mais c'est une question. C'est juste une question. Non, mais vous avez le don de vouloir avoir pour les dix prochaines années tout ce qui va se passer. Non, non. C'est pas comme ça que ça marche. Là, on est dans quatre mois. Non, mais vous m'avez... Paf ! Les deux en même temps.
Bah oui, mais vous ne répondez pas. Est-ce que vous serez sur la liste ?
J'arrête ou je pars ou je reste ? On m'a demandé si j'avais tête de liste. J'ai dit que ce serait Inès Thaori la tête de liste à qui j'ai fait confiance en 2020 qui est une excellente présidente de groupe et qui aura plus de temps que moi parce qu'il faut savoir qu'une municipale, je l'ai fait en 2020. C'est être tous les jours dans la ville à travailler le porte-à-porte, les marchés et je ne serai pas en mesure de le faire puisque je vais être en campagne dans toutes les villes de France qui doivent basculer ou qui doivent rester à gauche. Dernière question. Je ne serai pas tête de liste aux municipales.
Un peu plus personnel parce que vous parlez aussi de votre vie, de votre histoire dans ce livre. Alors déjà, on apprend que vous appelez Marine parce que c'est le nom de la fille de Michel Platini. Exactement.
Ça, c'est déjà une information. Ça m'a inspiré ma mère qui l'avait vue dans Paris. Il était d'ailleurs joueur chez Les Verts de Saint-Été. Hasard, je ne pense pas.
Et alors, puisqu'on parle de vert et que vous portez une veste verte, vous parlez aussi de vous raconter l'histoire de cette veste verte dans le livre qui est devenu plus qu'un simple vêtement. C'est devenu aussi un marqueur de votre identité.
Oui, j'ai eu beaucoup de retours. Cette veste, je l'avais achetée un peu par hasard. C'est un copain qui, le jour de la déclaration du NFP, je lui dis, ma veste, elle est vraiment… J'ai vu des photos de moi sur le plateau ici même avec. Elle était vraiment très animée. Je l'avais achetée sur un truc de seconde main. Et donc, il me dit, on va en acheter une nouvelle. Il en achète trois. J'arrive et je dis, celle-là ne va pas. Je les essaye, ça ne va pas du tout. Il ne reste plus que celle-là. Elle tombe bien, mais elle est vraiment très verte. Il me dit, oui, et c'est dans 20 minutes. Et c'est vrai que j'ai vu, ce jour-là, il y a la photo de famille qui est faite avec tout le monde.
Et comme tout le monde est souvent en bleu marine, en noir un peu sinistre, on ne voyait que ça. Et du jour au lendemain, tout le monde a commencé à me dire, tu viens faire ma campagne, mais tu viens avec la veste. Et je vois que les jours où je ne l'ai pas, je n'ai que des remarques toute la journée sur pourquoi je ne la mets pas. Donc, je suis maintenant prisonnière. Vous en avez combien, du coup ? J'en avais deux et j'en ai acheté une troisième là parce qu'en fait, à force de la passer au fard passer, elle commence à s'abîmer. Voilà, je précise qu'elle est 100% laine et fabriquée en Europe. Mais du coup, ce vêtement, c'est un peu comme un doudou pour les enfants.
Vous voyez, les gens, c'est le moment où ils ont cru que c'était la fin qu'il y a des rennes qui arrivaient à Matignon et ils se sont raccrochés à cette veste pour une raison qui m'échappe un petit peu. Mais c'est comme ça et donc, cette veste qui a aussi de l'espoir dedans, elle est verte, vous voyez. Un vert qui croit encore au printemps et je continuerai de la porter aussi longtemps que possible. Et le titre de votre livre aussi, il est vert. Demain si tout va bien, c'est aux éditions Albin Michel. Un chapitre gratuit sur demain si tout va bien.fr pour ceux qui veulent voir un peu à ce quoi ça ressemble. Et je crois d'ailleurs, c'est le chapitre sur la veste verte qui est à l'exposition
sur le site. Merci Marine Pombélé. La une de la boîte du Nord, c'est les retraites. Un trimestre, ça se prend.
On est allés voir les gens.
Merci à tous les deux. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Marine Tondelier