Jérôme Guedj - Le Barbier du matin du 08/07/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Tout de suite, l'invité de Christophe Barbier, c'est Jérôme Guetsch qui a été réélu député dans la sixième circonscription de l'Essonne.
Jérôme Guetsch, bonjour. Bonjour. Et bienvenue et bravo pour votre réélection. Qu'est-ce qui a fonctionné pour vous dans l'Essonne ? C'est le fait d'avoir dit dès le début, le Front populaire, ce n'est pas pour moi, je ne veux pas de collusion avec Jean-Luc Mélenchon ?
Écoutez, le choix que j'ai fait de ne pas avoir de soutien, de refuser l'investiture de la France insoumise, c'était un choix de clarification que j'ai souhaité porter au premier tour. Parce que moi, je pense qu'il y a, entre Mélenchon et Macron, un espace politique qui est celui d'une gauche républicaine, universaliste, laïque, écologiste, sociale, européenne. Bref, cette gauche qui peut être désirable. Le choix a été validé par les électeurs au premier tour. Au deuxième tour, et il ne faut jamais l'oublier, dans mon cas comme dans celui de beaucoup de ceux qui ont été élus, c'est le Front républicain, qui m'a permis d'être élu hier avec un peu plus de 74%.
Je sais que ce ne sont pas 74% d'électeurs de gauche qui m'ont élu hier. Et donc, il ne faudra jamais oublier qui vous a élu. Ça m'oblige d'une certaine manière pour la suite. Les gens ne voulaient pas, c'est un des enseignements du scrutin d'hier, les gens ne voulaient pas, les Français n'ont pas voulu que le Rassemblement national exerce le pouvoir. Ils ont vu que Jordan Bardella, les équipes autour de lui, les candidats farfelus, le programme économique, tout cela n'était pas sérieux. Ils n'ont pas voulu reconduire le bloc d'Emmanuel Macron.
Ils ont envoyé à la gauche la responsabilité d'essayer de faire quelque chose autour des enjeux de justice sociale, de redistribution, de partage des richesses. Mais la gauche, elle toute seule, ne peut pas le faire toute seule. C'est le défi du moment.
Si je vous comprends bien, hier, c'est plus le Front Républicain qui a fonctionné que le Front Populaire qui a gagné. Et donc, ça ne va pas être simple.
En tous les cas, c'est un Front Républicain qui a privilégié l'ossature et le socle Front Populaire, ou en tous les cas, le Rassemblement de la gauche et des écologistes. Donc, c'est une ligne de crête que tout le monde doit avoir en tête. On ne peut pas fanfaronner en disant que c'est la victoire du seul programme qui suffira dans son application pure et parfaite à 100%. En gros, ce que dit Jean-Luc Mélenchon en disant tout le programme, rien que le programme du Front Populaire. Ce n'est pas non plus uniquement le Front Républicain. Il a été déterminant, mais il s'est quand même traduit par une orientation qui a été privilégiée.
Et donc, tout le monde doit avoir en tête cette lucidité du côté du président de la République, du côté des députés de gauche et des autres formations politiques. Les Français ont privilégié, donné une orientation en disant aux députés de gauche et écologistes, essayer de nous proposer quelque chose qui répond à nos préoccupations. Moi, pendant cette campagne électorale, matin, midi et soir, on m'a parlé de pouvoir d'achat, de logement. Sujet qui a complètement disparu du débat public, mais la question de l'accès au logement, de la rénovation des logements. On m'a parlé de services publics, on m'a parlé de personnes âgées, de dépendance, on m'a parlé d'écoles, de police, de justice.
Bref, des services publics qui sont essentiels pour réduire les inégalités sociales et territorielles. Et donc, le point a été donné, et c'est la difficulté du monde, à une sensibilité, celle de gauche, en disant, essayez de proposer et de convaincre les autres formations politiques, puisqu'il n'y a pas de majorité. Demain, en fait, ce sera un gouvernement forcément minoritaire, mais qui devra et qui pourra fonctionner parce qu'il répondra aux aspirations majoritaires des Français.
Et c'est-à-dire que vous pouvez, sur cette base-là de réforme sociale, trouver une majorité relative, mais jouable, en allant vers la gauche de la Macronie, quitte à rompre avec la France insoumise ?
Dès que c'est formulé en termes de tambouille de cette nature, alors les gens vont se méfier. Il ne faut pas que ce soit une coalition des contraires. Il faut que ce soit des parlementaires qui prennent leur responsabilité. Je vais prendre un exemple. Si demain, une proposition est faite par un gouvernement, quel qu'il soit, de revenir sur la réforme des retraites. Je vais vous parler d'aspiration majoritaire dans le pays. S'il y en a bien une, c'est celle-là, puisque au moment du mouvement des retraites, 85% des Français, selon tous les sondages, 90% des salariés, étaient opposés à cette réforme.
Ce qui veut dire qu'il y avait parmi eux des électeurs du bloc de gauche, des électeurs probablement aussi Renaissance, des électeurs LR, et assurément des électeurs du Rassemblement National. Le jour où cette réforme est proposée, c'est-à-dire revenir aux 62 ans, est-ce que vous voyez des députés, notamment de la France insoumise, refuser de voter cette réforme, qu'ils participent ou non à une majorité à l'intérieur d'une coalition gouvernementale ? Non.
Donc il y aura sur chacun des textes des gens qui devront prendre la responsabilité et regarder, et donc laisser fonctionner un gouvernement futile minoritaire, qui proposerait un certain nombre d'orientations programmatiques qui correspondent à leurs attentes. Là où la difficulté est plus grande, c'est que sur d'autres sujets, est-ce que ça se trouvera de la même manière ? C'est tout le challenge, c'est tout le défi. On a d'une certaine manière un temps devant nous, parce que pendant un an, le président ne peut pas dissoudre. Donc, pendant ce temps-là, est-ce que le pays tourne ou pas ? Moi, je suis un républicain qui pense qu'il faut servir à l'intérêt général sans renier ses convictions.
C'est le défi du moment.
Eh bien, Jérôme Gage, projet par projet, texte par texte, merci, bravo encore et bonne journée.
Jérôme Guedj