Contre-Matinale #93 | Répression contre le convoi de la liberté, Roussel meilleur ami de la droite, BAC pro précaire... L'actu du jour
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Aujourd'hui, nous continuerons d'évoquer le regain de mobilisation dans la rue ce week-end à la faveur des convois de la liberté, un objet militant pour l'instant pas très bien identifié mais qui a entraîné dans son sillage certains gilets jaunes et autres membres de la grande galaxie de la France en colère. Nous parlerons de Montpellier où la répression judiciaire est déjà en marche avec des manifestants interpellés et qui sont mis en détention provisoire pour au moins un mois avant la date prévue de leur procès. Nous évoquerons aussi l'actualité politique et notamment la figure de Fabien Roussel, le candidat de gauche préféré de la droite.
Nous le ferons avec Nicolas Framont, co-rédacteur en chef de Frustration magazine qui vient de publier un article intitulé « Pourquoi la bourgeoisie adore-t-elle le communiste Fabien Roussel ? » « Communiste » entre guillemets, il faut préciser. Mais il y a aussi d'autres formes de lutte dans la vie comme celle des élèves qui sont en lycée professionnel considérés comme une voie de garage par beaucoup.
Je recevrai sur ce plateau Dylan Haïssi du collectif Une Voix pour Tous qui regroupe des personnalités, des associations, des organisations professionnelles, des syndicats d'élèves et étudiants et des anciens élèves en lycée professionnel unis pour une réforme ambitieuse des parcours en lycée professionnel. Il nous expliquera le projet et nous permettra d'entrer dans un univers au fond un peu invisibilisé mais on commence par la titrologie. Ce n'est pas tous les jours que la politique africaine de la France occupe la une d'un grand quotidien. Ce mardi, c'est le cas en ce qui concerne le journal de centre-gauche Libération. Opération Barkhane, chronique d'un échec français, titre Libé.
Le journal parle de déconfiture. « C'était écrit depuis des mois », soupire l'éditorialiste du quotidien. La succession de coups d'État dans la région du Sahel et la montée du sentiment anti-français ont fini par rendre intenable le maintien de la force Barkhane au Mali, écrit-il. D'autant plus que la popularité de la junte au pouvoir, qui noue une alliance stratégique avec les Russes, se trouve à peine contestée à Bamako, ce que Libé explique par, et je cite, « les propos populistes du Premier ministre et la répression des voix dissidentes ». Le quotidien d'inspiration communiste, l'Humanité, publie ce matin une grande enquête, chantage et raquette contre des éboueurs sans papier.
Ça se passe à Cépure, un des plus gros opérateurs dans la collecte des déchets ménagers en Ile-de-France. À la faveur d'une grève de travailleurs sans papier, comme il y en a eu dans beaucoup de services publics en France, les langues se délient. Certains grévistes confient avoir payé pour être embauchés. En gros, les chefs d'équipe en interne et les personnes au sein des agences d'intérim se font payer pour fermer les yeux sur le fait que ces travailleurs travaillent sous des alias, vu que justement, ils n'ont pas de papier, ils utilisent les noms et les papiers d'autres personnes.
Des sommes énormes sont versées à ces intermédiaires pour des travailleurs à la fois précaires et pauvres, de 100 à 400 euros par mois quand même. Une fois de plus, l'hypocrisie de notre organisation sociale qui maintient les travailleurs essentiels dans l'illégalité accroît leur souffrance, leur précarité et notre indignité. Le Figaro met à sa une aujourd'hui un sujet de société qu'on pourrait considérer comme léger, alors qu'il y a quand même des dossiers lourds qui nous pèsent dessus en interne, comme à l'international. Franglais, l'Académie sonne la sonnette d'alarme, titre Le Figaro. Dans un rapport qui sort aujourd'hui, les immortels, en fait, ils se prennent la tête entre les mains.
Les anglicismes pullulent, c'est une vraie invasion. Si on avait le cœur à rire, on en parlerait de grands remplacements lexicals. La faute à qui ? Eh bien, à nos grandes entreprises publiques et privées. La SNCF crée-t-elle une application pour rendre la recherche d'itinéraires plus intuitive ? Elle l'appelle Zenway. Le constructeur automobile Renault vante sa technologie Easy Life, etc. Bref, c'est très grave. Et j'imagine déjà ici les commentaires des francophones sourcieux dans le chat qui reprochent aux journalistes du Média d'utiliser justement trop d'anglicisme. La Croix reste également dans le registre sociétal.
« Changer de nom, pas si simple » titre le quotidien d'inspiration catholique qui indique que les sénateurs planchent sur une proposition de loi destinée à simplifier les changements de nom de famille. Une proposition de loi dont les conséquences sont difficiles à prévoir s'inquiète la Croix. Du côté de la presse indépendante en ligne, un article a attiré mon attention. Il a été publié par le site d'information Les Jours. Son titre, « Macron souffrait jeunesse ». C'est un peu un bilan des cinq années d'Emmanuel Macron en ce qui concerne la jeunesse et les promesses faites aux jeunes.
Un article qui vaut le détour et dont le chapeau bien tourné attise la curiosité, et je le lis, « Réduire les APL, mais traîner avec des youtubeurs. Macron essaye de se mettre les jeunes dans la poche tout en les sacrifiant délicats. » Le convoi de la liberté, le retour du spectre des gilets jaunes et la stratégie de la répression, ce n'était pas qu'à Paris ce week-end. À Montpellier, la rue a grondé samedi. Il y avait hier déjà des comparutions immédiates et des décisions de justice radicales rendues par une institution judiciaire qu'on pourrait considérer effectivement comme radicalisée.
Le média local indépendant Le Point a couvert la manif de samedi et la séquence judiciaire d'hier au tribunal correctionnel de Montpellier. Bien entendu, vous allez pouvoir lire ces articles sur le site du journal qui existe aussi en version papier. De notre côté, nous avons en tout cas décidé d'appeler Brigitte Chalande, journaliste dans ce média sérieux et engagée. Elle nous a d'abord raconté la journée de samedi.
La manifestation faisait suite à un appel national autour évidemment du pass vaccinal, mais aussi autour de la politique répressive du gouvernement à travers le pass vaccinal, à travers la vie chère. Il y avait vraiment un caractère très, entre guillemets, gilet jaune à cette manifestation samedi. Et il y a eu deux appels concomitants puisqu'il y avait le convoi de la liberté à Paris et il y avait en même temps la manifestation à Montpellier. Donc en fait, il y avait au moins 4000 personnes à Montpellier et la manifestation avait un caractère très vif, on va dire, très remuant, très revendicatif.
Il y avait beaucoup de banderoles concernant justement la politique actuelle du gouvernement qui se sert de la crise sanitaire également pour assurer sa politique répressive et sa politique économique, etc. Et le cortège est parti et ça, c'est tout de suite… Il y a tout de suite eu des affrontements avec les forces de l'ordre. La manifestation est partie et dès, on va dire, dès les premiers 300 mètres, c'est-à-dire à l'arrivée devant la préfecture, ça a commencé l'envoi de gaz lacrymogènes, puis après, plus haut… Enfin voilà, il y en a eu tout le long, entre deux heures et demie de l'après-midi et sept heures et demie du soir.
Ah ben, les conditions de l'affrontement, ils ont été tout à fait entretenus par les forces de l'ordre, ça c'est vrai. Après, le départ, c'est toujours compliqué, je ne peux pas avoir d'assurance précise, mais en tout cas, ce qui est venu des forces de l'ordre, c'est le parcours, puisque donc il y avait un parcours imposé par le préfet, et alors que sur toutes les récentes manifestations qui ont lieu quand même tous les samedis à Montpellier depuis le mois de juillet, le parcours, alors qu'à chaque fois, il est imposé, mais il n'est pas forcément respecté, là, il y avait les forces de l'ordre qui empêchaient d'avoir le parcours que la manifestation s'était donnée.
Au final, huit manifestants sont interpellés, trois d'entre eux passent en comparution immédiate deux jours après, et comme à l'époque des gros actes des Gilets jaunes, l'institution judiciaire se montre impitoyable.
Il y a deux jeunes, très jeunes, puisque 19 et 23 ans, qui ont été jugés ensemble, est-ce que ça veut dire qu'ils auraient été interpellés ensemble ? Je n'en sais rien. Et puis un qui a été jugé après, et comme ils en ont la possibilité, ils ont demandé un délai, donc le procès est renvoyé au 28 mars, mais ce qui a quand même été énoncé, c'est donc l'effet de violence contre les forces de l'ordre et de destruction de matériel. Donc, voilà, les faits ont été exposés.
La procureure est intervenue pour chacun, pour les deux premiers et pour le troisième, en expliquant que c'était des gens qui n'étaient pas de Montpellier, qui étaient les deux premiers de Marseille et le troisième de Toulouse, qu'ils étaient donc venus exprès pour foutre le bordel à Montpellier, en gros, c'était l'argument du procureur, et que compte tenu de leur casier judiciaire, alors qu'il y en avait un qui avait un casier judiciaire vierge, l'autre avait juste un truc au casier judiciaire, le troisième avait plus de choses, compte tenu d'eux, c'était dangereux de les laisser sous contrôle judiciaire jusqu'à la date, la prochaine date du procès, à savoir le 28 mars.
Voilà, puisque l'avocat est intervenu sur le fait qu'effectivement, on n'était pas loin d'une décision politique dans cette situation-là, que c'était quand même des gens très jeunes, qui par ailleurs avaient une inscription sociale dans la vie, que ce soit l'emploi, que ce soit la famille, que ce soit le couple, etc., et qu'il n'y avait absolument aucune raison qu'ils disparaissent dans la nature d'ici le 28 mars, et que la prison n'était pas du tout la solution dans ce cas-là, et qu'ils demandaient donc un contrôle judiciaire, et donc après, la Cour a délibéré, et le rendu délibéré, c'est mandat de dépôt pour les trois. Voilà.
Bien entendu, ce choix radical des juges aura des conséquences sociales assez fortes pour les trois jeunes prévenus, trois jeunes prévenus, désormais incarcérés à la maison d'arrêt de Villeneuve-les-Maglones, qui se distinguent par un taux record de surpopulation carcérale, avec 920 détenus pour 630 places.
Je crois qu'ils sont tous les trois avec un emploi, alors pas du même ordre, un, je crois qu'il y en a un, c'était plus du côté des études, et les deux autres, c'est plus du côté d'un emploi. Leur famille ne pourra pas aller leur rendre visite en prison avant une quinzaine de jours. Et d'après ce que j'ai compris, l'avocat va faire appel, mais le temps que l'appel soit mis en place, etc., je ne sais pas, on ne sait pas du tout si ce sera possible qu'ils sortent de prison avant la date du procès qui est le 28 mars, c'est-à-dire dans plus d'un mois.
Moi, je suis allée voir l'avocat tout de suite après, je lui ai demandé si on pouvait parler d'une décision politique, qui était en lien avec les prochaines élections, etc. Et lui, il ne va pas répondre à cette question. Au moins, pour deux des trois, c'est-à-dire qu'il n'y avait soit pas de casier judiciaire, soit seulement une inscription casier judiciaire, on ne s'attendait vraiment pas à ça. Personne ne s'attendait à ça. Personne ne s'attendait à ce qu'ils partent tous les trois en mandat de dépôt.
En dehors du contexte national où l'on observe un exécutif craignant qu'une nouvelle insurrection de type gilet jaune ne vienne perturber l'entrée en campagne d'Emmanuel Macron, le contexte local, lui aussi, est venu à la rescousse de l'irassibilité judiciaire. Le dimanche 13 février, le maire PS de Montpellier, Michael Delafosse, pointait du doigt sur Twitter des groupes organisés venus de loin et appelait la justice à faire preuve de fermeté avant d'apporter son soutien à l'ensemble des commerçants. Dans quelques minutes, nous parlerons politique et campagne électorale avec Nicolas Framont, co-rédacteur en chef de Frustration Magazine.
Nous parlerons de Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste que la droite aime complimenter. Mais avant ça, évoquons un sujet, disons, un peu moins mainstream. il s'agit des élèves en bac professionnel, des élèves en échec, qu'on ne sait pas trop bien placer, qui n'ont pas le niveau. Les préjugés sont nombreux à leur sujet. Et pour les confronter, ces préjugés, peut-être les dépasser, je reçois sur ce plateau Dylan Haïssi. Dylan Haïssi est étudiant en communication après avoir fait des sciences politiques à la fac. Mais il est aussi un ancien élève en bac professionnel, membre du collectif Une Voix pour Tous, qui porte justement un projet de réforme de ce bac pro. Bonjour Dylan.
Bonjour. Content de t'avoir sur ce plateau, nous sommes en pleine allée électorale et vous voulez mettre en avant la structuration actuelle du bac professionnel que vous décrivez comme une machine à reproduire les inégalités sociales. Quels arguments vous poussent à présenter le bac pro ainsi ?
Les arguments, c'est d'abord les chiffres qui existent sur ça, indépendamment des expériences personnelles qu'auront les membres du collectif qui sont des professeurs, des élèves, des anciens élèves comme moi. Ce qui nous a particulièrement marqué, c'est l'existence de toute la littérature sur le lycée professionnel. C'est de voir que dans des rapports publics, on voyait qu'il y avait 75% des élèves issus de l'immigration subsaharienne qui étaient orientés en bac professionnel. C'est de voir qu'on a 45% des élèves de bac pro qui accumulent au moins un an de retard scolaire à l'entrée en seconde. C'est de voir qu'on a 88% des décrocheurs scolaires au lycée qui sont issus de bac professionnel.
Donc c'est cette accumulation de faits, de données, de chiffres qui prouvent que le bac professionnel est une voie de garage aujourd'hui, qui n'a même plus vocation à insérer professionnellement, qui nous a poussé à vouloir structurer ce collectif pour pouvoir porter
une autre ambition. Et donc, quand vous avez structuré ce collectif, qu'est-ce que vous avez découvert ? Quelles sont les expériences qui vous sont remontées ?
D'abord, la situation des professeurs en bac professionnel. Moi, c'est vrai qu'étant ancien élève, j'ai redécouvert ce métier. C'est-à-dire que c'est un métier bien plus compliqué et bien plus engageant que ce que j'avais pu imaginer, qui se retrouve souvent face à des situations extrêmement compliquées à gérer et qui sont assez peu considérées par le ministère et les autorités publiques. Et puis, encore une fois, nous, ce qui nous a particulièrement marqués après la publication d'une tribune en juillet, c'est toute l'existence de la littérature. C'est le fait que, finalement, ça ne soit même plus caché.
C'est le fait que Nathalie Mons, qui est la présidente du CNESCO, le conseil d'observation du système éducatif, dise dans un édito que le bac professionnel n'a plus qu'une vocation sociale. Et pas professionnelle. Et pas professionnelle. Ça veut dire qu'on sait très bien qu'on envoie des élèves dans des filières qui n'insèrent plus. On le sait, puisqu'on est à 51% de chômage sept mois après l'obtention du bac. On sait très bien qu'on est dans des filières qui n'offrent pas de perspective d'avenir, puisqu'on a souvent des métiers du tertiaire, notamment, qui sont voués à disparaître. Et donc, cette idée qu'il y avait finalement une sorte de...
soit une incompétence des pouvoirs publics, soit une volonté totale de caser des élèves qui, on le sait, et qui, comme le montrent les chiffres, sont majoritairement, très majoritairement, issus de milieux défavorisés, que ça soit dans les zones urbaines
comme les zones rurales. Parce que, justement, vous parlez, vous pointez les inégalités sociales, mais également les inégalités territoriales.
Absolument. Absolument, parce qu'on adosse, effectivement, le lycée professionnel à des problématiques urbaines, ce qui est totalement réel et évident. Mais c'est vrai que ce que moi aussi, j'ai pu découvrir par ailleurs, c'est que, dans un territoire rural, les métiers bac pro, les filières, pardon, bac pro, seront des filières liées aux métiers de la terre et donc offriront peu de perspectives de mobilité. Donc, il y a une discrimination sociale et une discrimination territoriale qui s'additionnent.
Alors, vous expliquez que la réforme portée en 2018 par Jean-Michel Blanquer a aggravé les choses. Comment ?
Absolument. On sait, comme je le disais tout à l'heure, qu'on a des lycées dans lesquels se concentrent des élèves avec un certain nombre de problématiques scolaires et académiques. Cette réforme vient en partie diviser le nombre d'heures d'enseignement en général. C'est-à-dire qu'on sait très bien qu'on a donc 45% d'élèves qui sont à au moins un an de retard scolaire en seconde et on vient diviser par presque deux le nombre de Français d'histoire-géographie, de mathématiques. Alors, il n'y a aucune volonté de former des citoyens, il n'y a aucune volonté de former des gens qui réfléchissent, des gens qui s'engagent. Et donc, c'est en ça que la réforme vient principalement aggraver la chose.
Et puis, c'est en surfinançant l'apprentissage et finalement qui traduit peut-être une volonté de préparer directement les élèves à aller dans l'entreprise, à devenir des travailleurs à 16 ans, à 14 ans, que cette réforme-là vient un peu perturber justement tout ce processus que devrait être l'école,
c'est-à-dire de formation à la citoyenneté. En plus, sociologiquement, aujourd'hui en 2022, il y a peu de travailleurs de 16 ans justement.
Absolument, absolument, mais c'est tristement ce qu'on est en train de revoir et apparaître, c'est-à-dire que les entreprises peuvent maintenant pouvoir développer leur propre filière de formation. Et donc, on voit l'investissement qui est très fort dans l'apprentissage depuis ces derniers temps.
Autant plus que ce sont des filières qui sont très aidées par l'État, ça revient pour les entreprises d'une certaine taille à quasiment avoir des petits travailleurs pas payés, pas payés par l'État. Absolument, c'est de la main-d'œuvre toute faite. Ça correspond quand même à une forme de philosophie éducative de l'exécutif Macron.
Complètement, c'est un peu le cynisme que moi j'ai découvert en travaillant sur ce sujet, c'est-à-dire qu'on sait très bien ce qui se fait, on sait très bien qu'on a des lycées qui sont des enclaves de précarité, on sait très bien qu'on a des lycées qui concentrent un nombre incroyable de difficultés, avec des élèves qui eux-mêmes se confrontent à un nombre incroyable de difficultés. On sait déjà que les lycées de territoire ou de périphérie défavorisés sont très discriminés et ont bien moins de moyens que des lycées en centre-ville, mais lorsqu'on observe la situation des lycées professionnels, on ne peut que justement observer une sérialisation scolaire.
Alors, est-ce que vous avez des propositions ? Je suppose que vous en avez ?
Complètement. Nous, on a trois axes de propositions. La première, qui est plus symbolique qu'autre chose, mais qui traduit peut-être la considération qu'on a pour le lycée professionnel, c'est l'absence de la philosophie. Donc, on sait très bien qu'on ne fait pas de philo, soit parce qu'on n'a pas envie que des ouvriers pensent, soit parce qu'on considère que les élèves de lycée pro sont trop cons. La deuxième proposition qu'on fait, c'est la création de nouvelles filières. On pense que la revalorisation du bac professionnel, ça ne passe pas seulement par la revalorisation des métiers, ce qui a été fait depuis 20 ans. Ça passe aussi par la création d'autres filières.
On pense que si demain, tous les élèves qui choisissent leur orientation sont dans des filières qui leur conviennent, il n'y aura plus de problème de valorisation. Absolument, le problème, c'est qu'aujourd'hui, puisqu'il y a un problème de motivation dû à une orientation subie, on envoie des élèves, des flux importants d'élèves dans des filières qu'ils ne choisissent pas forcément et donc ces filières sont dévalorisées. Et donc nous, par exemple, on propose la création d'un bac pro vers les métiers de la communication, du juridique, du sport, les métiers du social et des solidarités. On propose aussi la création d'un bac pro sur les métiers du jeu vidéo.
Plein de métiers d'avenir qui ne sont pas encore aujourd'hui survolés par le lycée professionnel et qui, quand on en parle, peuvent faire sourire parce qu'évidemment, le lycée pro, dans la tête de tout le monde, ce n'est absolument pas un endroit où on pense. C'est un endroit où on arrache tout et c'est un endroit où on prépare des ouvriers. Et donc du coup, nous, notre principale proposition, c'est la création de ces nouvelles filières. On se dit que demain, si on a un panel de filières et d'offres qui correspondent aux ambitions des élèves, on n'aura plus ce problème de dévalorisation.
Et enfin, on considère que le bac professionnel, différemment à ce qu'il est aujourd'hui, devrait pouvoir permettre l'insertion immédiate pour celles et ceux qui le souhaitent. C'est pour ça qu'on propose que l'obtention du bac puisse être équivalent à des diplômes, à des brevets d'État et que pour le bac pro, par exemple, des métiers du social et des solidarités, cela puisse être équivalent au BAFA pour le bac pro métier des sports, cela puisse être équivalent au BPGEFS, pour exemple.
Ok. Alors, est-ce que vous êtes en contact avec les différents candidats justement pour leur proposer vos idées ?
Bien sûr, nous, c'est le travail sur lequel on s'est lancé. C'est vraiment de sensibiliser, de faire découvrir ce sujet qui, comme tu l'as dit, est pas souvent, est trop peu souvent connu. Donc oui, on travaille et on propose aux équipes de campagne nos propositions qui sont parfois reprises, parfois pas. Mais en tout cas, on sent chez certains et chez certaines qu'il y a une sensibilité à ça.
Ok. Alors, j'aimerais savoir un peu de manière à titre personnel, comment toi, finalement, tu as fait un bac pro et tu as réussi finalement à t'extraire de la fatalité, en tout cas, de l'assignation sociale des élèves en bac pro puisque tu as fait des études de sciences politiques à Nanterre et puis aujourd'hui, tu fais de la communication, tu es alternant dans une belle ONG. Comment ça s'est passé ?
Moi, j'ai eu la chance, je pense, d'avoir des rôles modèles. C'est-à-dire qu'il y avait des personnes autour de moi qui avaient...
Rôles modèles, je viens de te dire que la cabine d'énieur française n'est pas très contente parce qu'on utilise des anglicismes.
Absolument.
Alors, rôle modèles, comment on peut... C'est-à-dire que... Des modèles,
oui, voilà, des modèles, des gens qui avaient aussi des parcours scolaires un peu compliqués, qui avaient réussi à bifurquer vers des études à l'université ou pas, mais en tout cas, à continuer dans leur parcours scolaire. Donc, moi, j'ai eu un parcours scolaire assez pété jusqu'au milieu du lycée. Mais parce que, justement, j'avais ces exemples, parce que je suis dans une ville où on permet quand même d'investir la jeunesse dans certaines choses, la politique m'a toujours intéressé. Quelle ville ? Bagneux. Voilà, petite dédicace. Mais en tout cas, il y avait cette possibilité de voir autre part.
Et donc, ça t'a ouvert l'horizon et après le bac pro, t'as décidé d'entrer à la fac. Est-ce que ça a été facile ? Ça n'a pas du tout été facile.
D'abord, parce qu'en termes de compétences académiques, que ce soit rédactionnelles, moi, je me rappelle avoir fait mes premières dissertations à la fac et je m'en souviendrai longtemps. Mais l'intérêt était là. L'intérêt était là, donc ça ne paraissait pas être du travail. Et finalement, c'est aussi tout le discours qu'on porte. C'est-à-dire, finalement, on est dans un système éducatif qui est une lessiveuse et qui anéantit les ambitions, qui anéantit les ambitions dès le départ, mais avec un lycée professionnel qui accélère justement cette extinction. Mais finalement, il faut qu'on soit dans une société quand même où les gens soient contents de se lever le matin.
Il faut qu'on soit dans une société où les gens s'épanouissent. Et moi, c'était mon cas lorsque c'est mon cas dans mon parcours d'études et c'est ce qu'on souhaite pour tout le monde. Sauf que malheureusement, c'est trop souvent les mêmes personnes qui ne sont pas dans cette possibilité de s'épanouir et de pouvoir avoir de l'ambition pour eux.
Merci beaucoup, Dylan. En tout cas, c'est un parcours qui peut inspirer des élèves en bac pro qui nous écoutent et finalement, en réalité, l'élève en lycée pro n'est pas assigné à résidence. Il peut sortir de lui-même. On peut avoir été un mauvais élève jusqu'à 16 ans, mauvais élève entre guillemets, bien sûr et en fait, parce qu'on se raccroche à des passions, trouver l'énergie pour s'ouvrir à la culture, à un certain nombre de choses. Donc, en fait, ça signifie qu'effectivement, les savoirs généraux, fondamentaux sont toujours bons à prendre parce qu'ils peuvent nous permettre à 16 ans, à 20 ans, à 25 ans de choisir notre vie et c'est ça l'émancipation républicaine normalement.
Encore faudra-t-il
que le système puisse le permettre. Ça veut dire que moi, j'ai cette chance-là mais ce n'est absolument pas le cas de tout le monde. On voit qu'on a un décrochage scolaire qui est extrêmement fort, qui entraîne un décrochage social, qui entraîne un décrochage civique et nous, notre ambition, c'est que justement, on puisse avoir un enseignement général qui soit complet, qui soit équivalent, qui permette justement de mettre tout le monde sur le même pied d'égalité face à la société dans laquelle on vit. Donc, moi, j'ai un parcours qui fait du bien peut-être à entendre mais malheureusement, ce n'est pas le cas de tout le monde.
Aujourd'hui, notre projet, c'est de pouvoir porter une réforme qui permette que ça, ce ne soit pas seulement une exception.
Merci beaucoup, Dylan. Merci à toi. C'est désormais le moment de la dernière partie de notre contre-matinale. Je vais recevoir par la magie de la visio Nicolas Framont. Nicolas Framont est le co-rédacteur en chef de Frustration Magazine. Il est aussi chroniqueur au Média TV. Il vient de publier un article qui fait déjà son petit effet dans les sphères militantes, un brûlot dont le titre est « Pourquoi la bourgeoisie adore-t-elle le communiste Fabien Roussel ? » Communiste émis entre guillemets et on va lui demander pourquoi. Mais avant ça, regardons un petit magnéto. Les propositions
constructives de gauche et de droite, j'ai vu que M. Roussel disait des choses intéressantes. Je connais Fabien Roussel, c'est un homme engagé, c'est un homme authentique, c'est un homme de conviction. Il y en a un qui se démarque quand même, c'est le candidat communiste. Fabien Roussel est tout à fait à cet égard et tout à fait intéressant. À l'un que le groupe pourrait voter pour Fabien Roussel ? Je ne sais pas. J'aimerais qu'on l'entende un peu plus sur les ondes. Je ne sais pas si vous connaissez Fabien Roussel, c'est un type exceptionnel. C'est vraiment, lui, il mérite, c'est lui qui aurait dû représenter le Parti Socialiste.
Fabien Roussel, le leader du Parti Communiste, a fait des interviews intéressantes sur la sécurité, sur la laïcité, sur la vaccination.
Il y a peut-être un candidat de gauche pour qui il se passe quelque chose, c'est Fabien Roussel. La police d'ailleurs, pareil, il est comme vous, il ne dit pas beaucoup de gens, beaucoup de gens détestent la police que l'a dit Jean-Luc Mélenchon. Je salue Fabien Roussel, je salue Fabien Roussel pour ses mots puisqu'il s'est prononcé très clairement. Je ne suis plus mitigé sur des comportements d'autres politiques qui encore une fois sont très ambigus. Vous pensez à qui ? Je pense encore une fois à des élus de la France insoumise, aux premières déclarations d'Adrien Caténens qui vient comparer ça à des paroles de Brassens et qui dit que tout ça n'est pas une histoire.
Il y a un moment où il faut savoir condamner les propos quand ils sont tenus et qu'ils ne sont pas responsables. Fabien Roussel est extraordinairement courageux. C'est le souci de la droite. Extraordinairement courageux. Il soutient le nucléaire, il soutient une agriculture moderne, il soutient la science, il soutient la technologie, l'universalité, il soutient tout ce que Mélenchon a abandonné depuis 10 ans. C'est absolument incroyable. Alors Fabien Roussel je le trouve de plus en plus formidable, je vous l'ai dit dès le début.
Je trouvais que le dernier à parler gauche, à se souvenir ce que c'est d'être gauche, c'est Fabien Roussel et de le voir à 2%, c'est désolant parce qu'on cherche la gauche. Aussi étrange que ça paraît, c'est le Parti communiste. C'est intéressant, c'est le candidat du Parti communiste. Fabien Roussel. Moi je suis étonné parce que vraiment moi qui ai toujours été un anticommuniste de base, il est tout à fait honorable. Pour lui je ne le ferai pas hélas parce que j'ai 2%. Il est tout à fait honorable. Mais en fait, Fabien Roussel, c'est le candidat socialiste dans cette élection. C'est le candidat de la social-démocratie.
C'est Fabien Roussel qui pour vous incarne le plus les valeurs que vous défendez ? Ces valeurs-là ? Oui pour le coup, pour ce que j'entends de lui, à chaque fois il se démarque enfin de Mélenchon et de l'islamo-gauchisme.
Allez, des retours sur le plateau où on va parler avec Nicolas Framont de Frustration Magazine. Bonjour Nicolas. Bonjour. Alors, Frustration Magazine vient de publier un article qui fait déjà jaser. Il faut dire que vous avez le chic pour ça. Cette fois-ci, vous taillez un costard à Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste français. Alors, je lis le titre de votre article. Pourquoi la bourgeoisie adore-t-elle le communiste Fabien Roussel ? Vous mettez même le mot « communiste » entre guillemets. Pourquoi ?
Pourquoi ? Parce que je pense que les communistes eux-mêmes le savent. On n'est plus dans… quand on regarde même le programme de Fabien Roussel et surtout, on va en parler des positions qu'il met en avant. Ce ne sont pas des propositions communistes ni au sens de Marx ni au sens de Lénine. Bon, mais ça, les communistes le savent, effectivement. Le Parti communiste, maintenant, il défend plutôt une option sociale-démocrate comme toute une partie de la gauche, en réalité, et pas un programme révolutionnaire. Donc ça, c'est plutôt une chose admise.
On ne va pas vers une société… Mais ça ne date pas de Fabien Roussel ? Pardon ? Et cette inflexion ne date pas de Fabien Roussel ?
Exactement. Oui, cette inflexion, elle date d'il y a beaucoup plus longtemps. Donc ce n'est pas un phénomène qui est particulièrement lié à Fabien Roussel, le fait que le Parti communiste ne défend pas une société sans classe ou ne défend pas particulièrement la lutte entre le capital et le travail. Donc ça, c'est une première chose. C'est pour ça qu'on l'a mis entre guillemets parce que bon, normalement, il faut bien utiliser les mots et le projet communiste, ce n'est pas celui-ci. Donc ça, c'était une première distinction à faire. Mais ce n'est pas pour ça qu'on s'est dit qu'on allait parler de Fabien Roussel.
C'est bien par rapport à ses positions récentes et donc à cet énigme un petit peu qui était de comprendre pourquoi toutes ces personnes que vous venez de diffuser le soutenaient à ce point. Et en fait, la réponse, c'est plutôt que Fabien Roussel, c'est un peu l'homme de gauche que la droite préfère parce qu'en fait,
il ne tient plus vraiment des positions de gauche. Justement, qu'est-ce qui le distingue des positions de gauche ? Le fait qu'il parle beaucoup de gastronomie, du bon vin et du bon fromage, on espère que ce n'est pas ça quand même, Nicolas ? Non, ce n'est pas ça.
Et précisons d'ailleurs que le programme du Parti communiste sur le papier, c'est un programme qui reste quand même très à gauche par rapport au spectre politique actuel puisque c'est un programme qui prône une réforme des retraites, la retraite à 60 ans qui est ambitieuse, une hausse du SMIC, des grandes nationalisations. Ça, c'est vraiment sur le papier et c'est ce que porte le Parti communiste qui donc devrait faire pâlir de peur finalement la classe bourgeoise. Mais ce n'est pas le cas. Alors pourquoi ? En fait, nous, on a cherché à comprendre ces différentes raisons.
D'abord, ce n'est pas, si vous voulez, le fait qu'une partie de la bourgeoisie, et une grande partie de la bourgeoisie et de ses éditocrates l'adorent, ça ne doit pas être une raison pour le détester. Mais ce qui est intéressant, c'est de voir qu'il y a des vraies choses qui provoquent ça, notamment toute une série de positions en réalité qui sont tenues sur Fabien Roussel. Fabien Roussel, en tant que candidat médiatique, c'est quelqu'un qui ménage beaucoup les possédants, qui va dire que, par exemple, il ne faut pas les braquer, qui a dit récemment que les grandes fortunes, c'était des gens très intelligents, qu'il ne fallait pas faire fuir.
Donc déjà, on a une narration sur la classe dominante qui est timide. D'ailleurs, il ne parle pas de bourgeoisie ou de classe dominante, il dit la finance. La finance, c'est un terme qui est beaucoup utilisé dans le champ politique parce qu'en réalité, il est très inoffensif. La finance, ça désigne tout le monde et personne, c'est comme dire les marchés financiers, si vous voulez, ça ne désigne pas une classe en soi. Donc ça, c'est la première chose, ce n'est pas tant cette histoire de bouffe, c'est cette histoire de position économique et sociale et de façon de parler de l'adversaire, c'est aussi sa façon de parler de la police.
Après le mouvement des Gilets jaunes et les différents mouvements anti-violence policière, Fabien Roussel, lui, se démarque de la gauche radicale en disant que lui, en ayant un discours plutôt très positif sur la police, en n'ayant pas un discours offensif sur la façon dont il faudrait réformer le fonctionnement de la police et dont il faudrait attaquer ces violences. C'est pour ça aussi qu'il est salué. C'est-à-dire qu'en réalité, sur tous les grands débats qui ont agité la France ces dernières années, donc la question des violences policières, la question du racisme et de l'islamophobie, la question écologique également, eh bien, Roussel se range plutôt du côté de la classe dominante.
Et c'est pour ça qu'il est adoré, quand bien même il peut défendre… Par exemple,
tu dis la question du racisme et de l'islamophobie, mais lui va plutôt dire la question de la laïcité exigeante.
Oui, c'est le terme consacré de la classe dominante actuelle, de faire comme si la laïcité c'était autre chose que la séparation de l'Église et de l'État et qu'en fait, finalement, la laïcité c'était lutter contre une religion dans toutes ses formes d'expression. Voilà, la laïcité c'est devenu ça. Donc, s'ils nous disent que la laïcité exigeante finalement, il est au diapason des termes dominants. Ce n'est pas grave, mais voilà, il se trouve que c'est cette situation qu'on a voulu mettre en valeur. C'est comment un candidat au-delà de son programme est au diapason des positions dominantes sur les grands débats qui agitent la société.
Est-ce que quelque part il s'est construit ainsi ? Est-ce que c'est juste une sorte de coïncidence ou bien il y a une volonté de se positionner comme ça et pourquoi, de qui et de quoi voulait-il se distinguer Fabien Roussel dans ce cas-là ?
Je pense qu'il y a des effets d'opportunité médiatiques qui sont logiques parce que sous la Ve République, quand on est un petit candidat crédité d'un faible score dans les sondages, effectivement, c'est difficile d'avoir une attention médiatique d'autant que l'attention médiatique actuellement, elle est massivement portée sur les candidats de droite et d'extrême droite. Il suffit de voir la composition des invités de Cyril Hanouna, par exemple. Du coup, évidemment, tous les autres, ils doivent exister médiatiquement et parfois, tout est bon à prendre. Donc, par exemple, pourquoi Fabien Roussel a une obsession pour la viande et la bonne bouffe dans toutes ses interventions ?
C'est parce qu'il a réussi à avoir une polémique qui l'opposait à Sandrine Rousseau au Parti écologiste. ça a buzzé et donc maintenant, il capitalise là-dessus et c'est pour ça que finalement, il tient ce discours sur la viande, l'importance de la viande, etc., qui est un discours, on le montre clairement dans l'article, qui est au diapason du discours et de la propagande des industriels
de l'agroalimentaire. Vous parlez d'anti-écologisme faussement populaux qui fait les affaires des lobbies de la viande. Oui, faussement populaux, c'est très important
d'en parler parce qu'il y a cette idée que oui, mais dans le fond, Fabien Roussel, ça va être le premier à défendre les classes populaires parce qu'enfin, il parle de la façon de l'entendement du tout. Alors déjà, c'est des positions ultra caricaturales.
Moi, je suis toujours consterné de voir que moins la classe ouvrière est représentée dans le champ politique, plus on parle en son nom, mais généralement, on parle en son nom pour tenir ses propres positions et en fait, en France, la consommation de viande, elle est réduite pour toutes les classes sociales, évidemment, plus pour les cadres et les professions intellectuelles supérieures que pour les ouvriers et les employés, mais ça réduit également pour les ouvriers et les employés. Et face à ça, on a une industrie agroalimentaire qui est complètement aux abois et qui cherche toujours de nouvelles techniques marketing pour réussir à enrayer la chute.
Et une des techniques marketing, c'est effectivement celle-ci, c'est de se considérer comme défenseur de la joie de vivre, du bien-vivre contre les écolos tristes et puis défenseur des classes populaires et du terroir. Or, ce qu'on montre dans l'article, la consommation de viande à chaque repas, ce n'est pas une tradition populaire, ce n'est pas la France des barbecues. D'ailleurs, les barbecues, c'est quelque chose qu'on fait exceptionnellement de temps en temps. Non, la consommation de viande tous les jours qui a un problème de santé publique, c'est quelque chose qui a été mis en œuvre tout au long du XXe siècle par les industriels de l'élevage et de l'agroalimentaire.
Donc, c'est des habitudes qui ont été forgées d'en haut qu'on a tous adoptées et ce, dès notre plus jeune âge parce que c'est quelque chose qui a beaucoup concerné les cantines scolaires dans lequel les industriels se sont infiltrés et continuent de s'infiltrer. Ça, c'est Greenpeace qui le montre dans une étude récente.
Donc, en fait, ce n'est pas du tout une tradition populaire contrairement à ce que Roussel dit et cette façon de toujours se réclamer du populaire pour défendre des propositions au diapason de la classe dominante, ça, c'est une tactique politique très récurrente et qui, finalement, pour moi, est le stade ultime de la dépossession de la classe ouvrière et des classes laborieuses par rapport à la politique. C'est qu'en plus, on parle en leur nom pour faire passer des politiques qui sont contraires à leurs intérêts.
Fabien Roussel est quand même le candidat du Parti communiste français. C'est un parti qui compte en son sein encore beaucoup d'ouvriers et d'employés, quand même.
Eh bien non, ce n'est plus très vrai en réalité. Donc, je fais référence aux travaux d'un sociologue que j'estime beaucoup qui s'appelle Julien Michy qui, en 2014, a sorti un livre qui s'appelle Le communisme désarmé qui est vraiment un livre sur la sociologie du Parti communiste et son évolution. Et ce qu'on constate, c'est que depuis les années 80-90, le Parti communiste s'est embourgeoisé, à l'image de tous les autres partis politiques de gauche et en particulier le Parti socialiste. Mais en réalité, dire que le Parti communiste c'est le Parti des ouvriers, c'est plus très vrai et ce n'est surtout pas vrai en ce qui concerne sa classe dirigeante.
Fabien Roussel, c'est un journaliste, fils de journaliste et même s'il met toujours en avant ses appartenances à la France dites périphériques, on pourrait reparler aussi de ce terme qui n'est pas toujours très pertinent, ce n'est pas du tout quelqu'un qui fait partie de la classe populaire et les figures du PCF n'en font plus partie. Yann Brossat n'en fait pas partie. Yann Brossat qui a été candidat aux élections européennes. Donc, le Parti communiste n'est plus le grand parti des travailleurs et c'est bien dommage parce que du coup, ça se ressent dans la politique qui mène et le discours qu'il a.
Si le Parti communiste était le grand parti des travailleurs, alors il n'y aurait pas ce discours caricatural sur la consommation alimentaire des classes populaires ou en général ce discours très faible sur la théorisation des antagonismes sociaux et cette façon de parler de classe populaire versus la finance qui est quelque chose de très faible et qui n'est pas du tout conforme à ce que le Parti communiste a pu amener comme discours de lutte des classes dans la société française pendant le XXe siècle on est vraiment au-delà, on est vraiment en dessous de ce niveau auquel on avait été habitué pendant un siècle.
Alors, vous constatez dans votre article la frustration que ce qui arrange la classe bourgeoise et ce pourquoi elle fait semblant de ne pas voir les aspects radicaux du programme de Fabien Roussel c'est que, par exemple, il parle de recrutement massif de fonctionnaires ce qui ne va pas forcément plaire à ceux qui l'ont le sens mais voilà, cette classe bourgeoise cette classe procédante sait qu'il n'a aucune chance de gagner et du coup, selon vous, il se transforme en une sorte d'éditocrate, il est candidat officiellement mais en réalité, il fait partie de la sphère, de la bulle explicative, du commentariat plus que, en fait, il est plus dans le commentaire que dans l'action politique visant à obtenir une victoire.
Exactement, alors c'est dur à entendre pour des gens qui sont dans ces équipes-là mais dans la Ve République, quand on est un petit candidat, c'est-à-dire qu'on est crédité d'un faible score dans les sondages et que donc ces chances d'accéder au second tour sont très faibles voire inexistantes, eh bien le rôle qu'on peut se donner, c'est celui d'être le porte-parole de cause et de vouloir alimenter le débat public dans un certain sens.
C'est ce que font, par exemple, les candidats d'extrême-gauche comme Philippe Poutou, Alain Skazib ou Nathalie Arthaud, c'est des gens qui ne pensent pas gagner par les jeunes, je pense que d'ailleurs ils ne le veulent pas parce qu'ils défendent une option révolutionnaire mais qui viennent dans le débat public pour insuffler des idées de lutte d'éclatement notamment.
Et Fabien Roussel, ce n'est pas du tout ce qu'il fait, il se comporte comme s'il pouvait gagner admettons, je n'ai pas de jugement là-dessus, mais par contre, ce que je constate et ce qu'on constate à frustration, c'est que les éléments qu'il apporte dans le débat public sont des éléments qui sont en cohérence avec les éléments déjà apportés son programme qui existe et qui est sur le site du Parti communiste et qui est un programme radical, eh bien, il y a les discours et il y a ce qui est mis en avant médiatiquement.
Évidemment que s'il est encensé actuellement par toutes ces ditocraties, c'est bien parce qu'il a ce discours-là qu'il fait un pied de nez à l'écologie et que notamment, et pourquoi sa parole a particulièrement de valeur, ça on le dit dans l'article, c'est parce que déjà, les gens de droite adorent comment quelqu'un labellisait de gauche quitte des trucs de droite parce que du coup, ça crédibilise les trucs de droite et puis la bourgeoisie adore quand des gens qui représentent le populaire vont dans le sens de leurs idées parce que ça crédibilise leurs idées d'un aura populaire.
C'est exactement ce qui se passe actuellement pour cette histoire de nourriture mais en réalité, c'est ce qui se passe sur bien d'autres sujets parce que finalement, Roussel, lui, il apporte ce vernis populaire à toutes ses prises de position, notamment ses prises de position pro-policière par exemple, ses prises de position pro-nucléaire et finalement, le ton modéré qu'il a à l'égard du patronat par exemple. Donc, il a une fonction dans l'équilibre médiatique actuel et cette fonction est plutôt favorable aux idées de droite et aux intérêts de la classe bourgeoise, aux idées de gauche et aux intérêts de la classe laborieuse. C'est tout.
Merci beaucoup Nicolas. Alors, je rappelle le titre de l'article de Frustration Magazine, pourquoi la bourgeoisie a tort tel le communiste Fabien Roussel. Frustration Magazine est un média indépendant comme le média qui vit des abonnements de ceux qui l'aiment et donc peut aussi profiter pour vous abonner. Vous aussi ne pouvez pas être d'accord avec Frustration Magazine et je crois que le débat, la discussion est ouverte notamment sur Twitter. Exactement. Merci à toi et bonne journée. Merci Théophile. Bonne journée. Avant de terminer, regardons un petit module. C'est le zap hebdomadaire du groupe des socios engagés.
Une sorte de revisitation de nos contenus de la semaine dernière qui vous donneront peut-être envie d'aller regarder plusieurs de nos vidéos qui vous auraient échappé ou que vous voulez regarder une fois de plus. Magneto. Les fachos ont-ils gagné
la bataille culturelle ? Et il y a l'ensemble, on sent bien, du champ politique et médiatique qui s'est droitisé, voire même extrême-droitisé et qui a aussi une certaine peur. Il y a une certaine peur, je pense, de la part de pas mal de médias d'être en contradiction avec ce champ-là parce que c'est les champs de la force, c'est les champs qui font peur l'extrême-droite. Média et extrême-droite, la grande banalisation.
Alors que la course à l'Elysée est partie pour s'intensifier ces prochaines semaines, il paraît net que l'extrême-droite profite d'une banalisation record afin de servir une fois encore d'assurance-vie aux libéraux qui souhaitent rester au pouvoir face à une gauche qui a sa chance. L'extrême-droite, aujourd'hui, elle espère non pas uniquement prendre de la place dans l'espace politique de cette présidentielle-là, mais elle veut aussi nous intimer l'ordre de dégager des universités, etc.
Ça fait dix ans qu'on subit les attaques des milices fascistes organisées de l'extrême-droite qui sont proches aujourd'hui, qui militent pour Zemmour, qui ont milité pour Le Pen et qui continuent à le faire d'ailleurs. Partout où Éric Zemmour passe, partout où il prend la parole, partout où il exprime des idées, derrière, il y a un déferlement de haine parce que sa candidature, elle incarne ce qu'il y a de pire quelque part dans l'extrême-droite française aujourd'hui. Elle laisse s'ouvrir des champs entiers à des gens qui étaient dans les poubelles de l'histoire, qui n'osaient pas revenir à la lumière.
Comme en 2017, les ouvriers seraient toujours à l'extrême-droite, trois ouvriers sur dix voteraient aujourd'hui en faveur de Marine Le Pen contre un sur dix pour Éric Zemmour. C'est plus que pour tous les candidats de gauche réunis. Quand on ne comprend pas les structures qui sont à l'œuvre, quand on ne comprend pas les systèmes et les schémas, y compris de domination qu'on vit, on peut parfois se tromper de conclusions, tirer des conclusions qui sont très mauvaises. Contrairement à ce qu'il a commencé par dire, Zemmour ne cherche pas à réconcilier les classes. Ses mesures libérales contribuent à dissoudre les outils par lesquels les travailleurs s'organisent et existent en tant que classe.
Ça paraît incroyable comme projet de société. C'est une véritable performance artistique. La situation économique et sociale du pays est tellement difficile que c'est plus simple effectivement de regarder son voisin que d'aller regarder les véritables causes du système qui mettent les gens dans des sasses de pauvreté. Il y a une partie de la bourgeoisie qui se dit pour maintenir nos intérêts, finalement, peut-être qu'on va se tourner vers des personnages comme Zemmour, comme Marine Le Pen et il leur laisse champ libre. On est à un point de bascule en réalité.
Aujourd'hui, c'est sans en tant vers la révolution, vers l'émancipation, soit en tant vers le fascisme et vers la contre-révolution et ça, c'est Marine Le Pen, c'est Éric Zemmour et aujourd'hui, on est vraiment à ce point de bascule-là et on attend de voir la suite. Nous avons besoin d'une gauche de gouvernement, oui, mais d'une gauche de gouvernement radicale qui réponde aux préoccupations et qui ne soient pas celles qu'on a connues avec le Parti Socialiste et notamment François Hollande aux affaires. Il n'a pas vraiment été satisfaisant, mais ce n'est pas sur ce plateau que je vais rappeler tous les doutes qui entourent le fait d'associer François Hollande aux mots de gauche.
Taubira s'est présentée il y a 20 ans. Lisa, t'étais un enfant encore quand elle s'est présentée et là, elle se représente. Vous voyez, les politiques ne changent pas trop. Tout ça est lié, c'est un même système qui écrase et qu'en réalité, il y a des alliances, il y a des liens, il y a des fils à relier justement entre toutes ces questions. Pour le débat public, on pense qu'il y a un enjeu ultra nécessaire à ne pas laisser s'exprimer notamment des idéologies terroristes. On le dit comme le grand remplacement. Oui, c'est une idéologie utilisée par les terroristes. Oui, c'est une idéologie terroriste.
Oui, il y a des idéologies racistes notamment condamnées par la justice et on pense que ces gens-là ne doivent pas s'exprimer. Et s'ils ont place nette sur les plateaux des milliardaires comme Bolloré, dans nos rues, ça ne doit pas s'exprimer. Oh ! Aïe, aïe, aïe, on aime, on aime, on aime. En fait, elles sont belles, nos valeurs. Notre projet de société, il est beau, on peut en être fiers.
Voilà, c'était le module des socios engagés. Vous pouvez vous abonner à leur chaîne YouTube. La contre-matinale du Média s'est terminée pour aujourd'hui. Demain, à ma place, se trouvera ma collègue et camarade Nadia Lazouni. Quant à moi, je vous retrouverai lundi. D'ici là, devenez abonnés sociétaires du Média. Faites-nous un don, mensualisé ou ponctuel. Engagez-vous à nos côtés. Aidez-nous à porter votre voix. À plus !
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Fabien Roussel