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interviewPublic Sénat· 3 juin 2026 14 min

Edgar Morin : Emmanuel Macron rend hommage à l’homme de la « pensée complexe »

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Tant de fois, Edgar Morin avait vu la mort en face. À 10 ans, quand son père se posa grave devant lui, le jeune Edgar Naou compit en un instant que sa mère était morte. chagrin premier et inconsolable qu'il accompagna jusqu'au bout de son existence.

L'année suivante, le petit garçon, frappé d'un mal mystérieux, condamné par tous les médecins, en réchappa à force de soins donnés par sa tante. À 20 ans, Edgar Naou, devenu Edgar Morin, résistant, se rendit à un rendez-vous. Et au bas de l'escalier, un pressentiment comme un étourdissement.

Il rebroussa chemin. Un piège était en effet tendu par la guest àap. À 30 ans, Edgar Morin fit paraître l'homme et la mort, son premier livre. 10 ans plus tard, une hépatite le laissa dans le coma.

Chaque fois, Edgar Morin ressuscita. Chaque fois, il voulut encore davantage vivre de mort, mourir de vie. Oui, Edgar Morin aimait la vie.

Il l'aimait et fut tout au long de la sienne cet homme des renaissances, esprit de la renaissance aussi, mu par une ambition intellectuelle digne des siècles de l'humanisme et qui, comme montaigne, entendait embrasser toutes les facettes de notre condition, les idées, les lois, les arts, les sciences, les technologies, homme de toutes les renaissances, esprit de la grande renaissance. Et la pensée complexe qu'il établit et qu'il enseigna fut au fond avant tout cette pensée de la vie. Ce fut dans la résistance d'abord qu'Edgar Morin trouva sa voix.

Il s'y engagea en patriote, enfant d'un enseignement laïque dispensé à l'école de Ménil Montan, vibrant de son identité de français juifs traqué, opprimé, fort de sa conscience politique forgée devant la montée des fascismes dans les années 30. Malgré le deuil des camarades, la peur au ventre, il ne cessa de lutter. Dans la résistance, Edgar Naou avait trouvé son clandestin, Morin.

Il avait aussi et surtout trouvé un sens à sa vie. Une fraternité avec des camarades extraordinaires. Jean Cassou, Florence Malot, Mascolo, Yankelevic ou sa future épouse Violette Chapéobo.

Au plus près de la mort, la vie s'était éclaircie et la pensée complexe déjà pour comprendre comment la barbarie fut enfantée par la civilisation dans ce silence de la mer. Alors après la guerre, Edgar Morin encore soldat s'établit un temps en Allemagne sur les traces du nazisme produit par la même nation qui qui avait inventé Nietzs ou Bethov. génie si cher à son cœur.

Il en tira un livre à rebour de l'époque pour défendre l'idée de l'Allemagne qui l'aimait, l'idée de l'Europe qu'il aimait et ses idées dont il espérait la renaissance. Penser par soi-même, même contre l'époque, même contre les siens. Dans la France de l'après-guerre, encore sous les décombres, dans ces jours de dénument passé, rue Saint-Benoît, avec Robert Anthelme et Marguerite Duras vibré au tourbillon de la vie, chacun chez soi est reparti.

Il se fit durant ces décennies penseur de son temps, de l'époque avec lucidité, exigeant toujours sans jamais donner quelques leçons. C'est parce qu'il s'exerçait à cette pensée de vérité et de contradiction qu'Edgar Morin aperçu dans la conduite de la guerre en Algérie les risques fatales encourus par la République et qu'il s'engagea pour Messaliage et l'indépendance de l'Algérie. C'est ainsi qu'Edgar Morin discerner dans la puissance du Parti communiste le risque totalitaire et qu'il s'en affranchi en publiant un livre de rupture qui fit date autocritique.

C'est ainsi qu'à l'inverse de sa génération intellectuelle pronte à effacer la figure de l'homme au profit des lois de l'économie ou des formes du langage, lui ne cessait de placer l'homme ses passions, sa raison au cœur de tout. Oui, Edgar Morin par sa vie qu'il refusait de séparer de son œuvre avait appris à penser contre les apparences, contre les écoles, parfois contre lui-même. Pensée inclassable, intempestive et donc intemporelle.

Il fut aussi ce chercheur traquant les émergences, saisissant la société dans chacun de ses sousbres sauts. Devenu chercheur au CNRS, il su décrire la rumeur d'Orléan avec ses emballements, ses croyances, ses lâchetés et son travail éclaire encore ce que nous savons de ces poussées de fièvre imaginaires. Dans la folle nuit de la place de la nation, un concert de Johnny et Sylvie Vartan.

Il a perçut l'émergence de la génération des Yé, enfant né après la guerre, animé de l'urgence de vivre. Dans les stars, il vit l'avèement d'une nouvelle culture de masse. Dans le journal de Plosevette écrit après une immersion en Bretagne la fin de la société rurale.

Mort, naissance, renaissance toujours, vie d'une société. description de la France. Dans la Californie des années 1970, Edgar Morin se réinventa une vie, laissa son existence de chercheur et engloutit de nouveaux continents du savoir.

Sur les rives du Pacifique, il se laissa gagner par l'air de la modernité à toute allure. Informatique, révolution de la jeunesse, sciences nouvelles. À la manière d'Arthur Rimbau, il voulut se faire voyant. par ce long, immense et raisonné des règlements de tous les sens.

Comprendre toujours comment ce qui transforme est lui-même transformé. Pour Edgar Morin, cela revenait à savoir pourquoi après la chute du mur de Berlin, après l'essort de la mondialisation, le modèle occidental entrait en crise. Au moment de sa victoire politique et économique, il se corrodait de ses excès et de ses succès.

C'était la crise écologique qu'Edgar Morin avait discerné dès 1972. C'était au cœur même de la modernité politique le retour du fondamentalisme religieux. C'était la crise de l'ordre international avec le surgissement des guerres, des conflits, des massacres à grande échelle.

C'était au moment même du triomphe de la pensée humaine par le progrès matériel et technologique, la menace de son asservissement par les machines et de sa colonisation par les empires numériques. aussi jusqu'à la fin. Edgar Morin enseignait à des millions d'esprits à travers le monde à ne jamais se résigner au simplisme.

Pour lui, la vérité ne résultait jamais d'un seul camp, d'un seul dogme. L'engagement ne pouvait être l'embrégement et l'avenir était promis au chaos si l'on cédait à l'accablement ou à l'inaction. Pour Edgar Morin, cette pensée complexe fut toujours le prélude à l'action juste.

Pensée complexe, le mot intimide. Edgar Morin pourtant l'avait illustré par sa vie. La partie vaut pour le tout.

Vie d'un siècle français. À présent, il n'est plus. Et jamais Edgar Morin n'apparut si vivant, vivant par ses intuitions, son travail sur les rumeurs devancant les algorithmes devenus fous, vivant grâce à son œuvre somme, la méthode, plaidant l'unité de tous les savoirs, vision éclairée à l'heure de l'intelligence artificielle vivant parce que la nécessité de réconcilier les hommes avec la nature et avec eux-mêmes n'a jamais été si impérieuse.

Ce qui transforme est lui-même transformé. Certes, il demeurait tel qu'en lui-même. Enfant de Ménil Montan, fou de cinéma, de Rimbo, de Dostoyevski, juif et méditerranéen, passionné du Maroc.

Monsieur le premier ministre, proche des siens de sa famille, de ses filles, amoureux de la vie de son épouse, cher sabat, complice d'existence et de pensées, aimés amis, fidèles de chaque instant, humaniste, planétaire, certes, mais irréductiblement français toujours pour ces combats de liberté, celui de de la résistance et du front de libération pour ces combats d'égalité, d'émancipation, pour ces combats de fraternité aussi avec tous les peuples privés de leurs droits. Pourtant, Edgar Morin, au fil de ses 104 ans de pensée et de combat, avait lui-même été changé et transformé par la vie. Il avait opéré tant de renaissance. quittant les dogmes, les étiquettes, les parties et les appartenances pour se réinventer sans cesse parce qu'il guettait en tout l'imprévu.

Êtes-vous heureux ? C'était la question que posait au passant Edgar Morin dans son film documentaire tourné avec Jeanou chronique d'un été. Sommes-nous heureux ?

Heureux de l'écouter encore ? Car Edgar Morin enseigne que nos génération confronté à tant d'épreuves politiques, climatiques, stratégiques, économique ne doivent jamais perdre l'espérance dans l'homme. Seul et ultime responsable du monde tel qu'il est.

Avec Edgar Morin, s'éteint un destin exceptionnel dans le siècle. Mais cette énergie française généreuse, ambitieuse, universelle va continuer de renaître. Sommes-nous heureux ?

Nous sommes désormais sans lui, privé de son sourire, de sa voix, de sa bienveillance. Mais là, avec son œuvre, sa pensée, elle est retrouvée. Quoi ?

L'éternité, c'est la mer allée avec le soleil. Alors cher Edgar, vous avez retrouvé l'éternité et vous êtes heureux. Alors nous sommes heureux, d'accord ?

Car c'est là l'élégance de la vie que vous nous avez aussi transmise. Et chacun en guettant ce chapeau qui pourrait s'envoler, le revoilà. avec son sourire, sa voix, revoit ses yeux fendus de bonheur et ce qui sent peut-être un pas de danse, vivre en poésie.

Merci Edgar, vive la République, vive la France. Oh.