Climatisation : quel coût environnemental ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
sur l'effet de serre. Pourtant, personne ne parle d'opérer les gens à vif, sans gaz anesthésiant. - P.Cohen: Des arbres dans une ville minérale, c'est 2 à 3 degrés de moins potentiels.
C'est considérable. - C.Kallmann: La 2e vague de canicule que nous avons vécue la semaine dernière a laissé des traces.
Pas question de revivre une fournaise ces prochaines semaines sans solution d'appoint. Certaines enseignes en profitent. Regardez ces scènes de chaos chez une marque de hard-discount très connue.
C'était ce matin, pour acheter des climatiseurs et des ventilateurs à des prix attractifs. - Il fait 32 degrés dans mon appartement, même avec les rideaux fermés toute la journée. C'était essentiel. - Je sais pas comment ma mère a fait, mais elle a trouvé des ventilos directement.
On est très contents. - Faire de la publicité pour 10 clims, c'est pas normal. Vous faites une pub et vous savez qu'il y aura potentiellement 100 personnes qui viennent et vous en mettez 10 à disposition. - C.Kallmann: Cet après-midi, S.Lecornu a annoncé la livraison de 6000 climatiseurs et 7000 ventilateurs pour les hôpitaux.
Ils sont déjà en route, selon lui. Le sujet de la climatisation s'est imposé en quelques semaines comme un sujet majeur du débat politique. - M.Le Pen: Si je suis élue présidente de la République, je mettrai un plan massif de climatisation, en commençant par les Ehpad, les écoles et les hôpitaux. - J.-L.Mélenchon: Chère madame Le Pen, si vous mettez de la clim partout, vous ferez augmenter la température des villes de 3,6 degrés.
Est-ce que vous croyez que la solution au réchauffement est de réchauffer davantage? - M.Barbut: La climatisation permet de sauver des vies.
Il n'a jamais été question de remettre cela en cause. Mais vous conviendrez avec moi que la climatisation n'est pas la seule réponse au dérèglement climatique. - A.-E.Lemoine: Un commentaire sur chacune des affirmations qu'on vient d'entendre? - F.Gemenne: Sur le plan de M.Le Pen, OK, climatiser les bâtiments publics, tout le monde sera d'accord.
Il y a aussi un enjeu sur les logements. Mais penser que la climatisation va résoudre à elle seule le problème du changement climatique, c'est se mettre un doigt dans l'oeil. Penser que la climatisation épuise les sujets d'adaptation et remplace des solutions collectives, c'est se mettre le doigt dans l'oeil. - A.-E.Lemoine: Ca ne vous embête pas de voir le RN s'appuyer sur vos rapports après les avoir critiqués si longtemps? - F.Gemenne: C'est très agaçant.
De la même manière que je vois les gens qui ont détricoté les mesures pour faire avancer les choses et qui sont aujourd'hui surpris de voir les conséquences... - A.-E.Lemoine: L'affirmation de J.-L.Mélenchon? - F.Gemenne: Ca dépend beaucoup de la densité du bâti, si les rues sont étroites ou larges, s'il y a de la végétation...
Les études ont tendance à converger pour dire que dans les villes très densément peuplées, comme Paris, on est plutôt de l'ordre de 1,5 degré à 2 degrés. Ca ne réchauffe pas le climat global. Ca réchauffe l'atmosphère...
Pas l'atmosphère, mais l'air environnant dans la rue, à quelques mètres. - P.Cohen: Dans une maison avec jardin, ça n'aura pas d'effet particulier. - F.Gemenne: Il y a d'autres choses qui réchauffent, comme les voitures.
Elles ont le même effet de réchauffement que les climatiseurs. C'est un inconvénient, j'en conviens, pour les sans-abri, pour les gens qui travaillent dans la rue, mais ça ne réchauffe pas le climat global. - A.-E.Lemoine: C'est une solution, mais ce n'est pas la seule, dit M.Barbut. - F.Gemenne: Elle a raison.
Le problème, c'est ses déclarations idéologiques quand elle dit qu'elle serait horrifiée par les gens qui mettent la clim. Ca change des vies. Personne ne dit que la climatisation soit la réponse ultime à tous les problèmes.
On dit juste que ça fait partie des solutions. Le climat de la France change. On n'était pas équipés jadis parce qu'on estimait que c'était superflu.
Là, ça va devenir plusieurs semaines par an. - A.-E.Lemoine: On va devoir s'équiper comme les Américains où 90 % des foyers sont climatisés? - F.Gemenne: C'est ce qui va se passer.
Je suis d'accord avec le monsieur à la casquette. C'est scandaleux de la part de la chaîne de supermarchés d'avoir organisé sciemment ces émeutes et ces échauffourées pour réaliser un coup marketing. Si vous avez 10 climatiseurs par magasin, forcément, ça va provoquer ça, vu ce que les gens ont vécu la semaine dernière.
Sans compter que certains climatiseurs sont en vente à 700 euros en ligne. - A.-E.Lemoine: Le risque, c'est qu'on s'équipe avec des appareils moins efficaces, plus polluants. - F.Gemenne: Comment en vouloir aux gens?
Je veux pas jeter l'opprobre sur les gens. Il est certain que les climatiseurs mobiles sont moins efficaces que des climatiseurs fixes. Le problème, c'est que les climatiseurs fixes coûtent beaucoup plus cher.
Il y a une inégalité dans l'accès à la climatisation. Et il faut les installer. C'est pas possible dans tous les logements.
Il faut trouver un installateur. On ne réalise pas encore l'enjeu industriel que ça représente. On n'a pas, en Europe, de fabricants de climatiseurs.
On avait un français, Atlantic, qui a été vendu aux Américains. Les gouvernements ne réalisent pas l'enjeu industriel que représente la transition. - A.-E.Lemoine: Il y a la clim, mais il y a plein d'autres choses concrètes à faire.
Dans la vie quotidienne, pour commencer... - F.Gemenne: La question des ventilateurs, des brasseurs d'air, des volets...
Tout ça est très important. Ca permet de faire baisser la température de quelques degrés. Mais il faut aussi être honnête avec les gens.
Vous n'allez pas passer de 35 degrés à 23 degrés avec des volets, des brasseurs d'air et des ventilateurs. Dans les logements, la climatisation va de facto s'imposer. Comment est-ce qu'on dépasse ce débat et comment on fait concrètement? - A.-E.Lemoine: Il y a des mesures qui vont prendre beaucoup plus de temps que l'installation de volets ou de la clim. - F.Gemenne: La végétalisation des villes, bien entendu.
Tout le monde reconnaît que c'est utile, mais les arbres ne poussent pas en 15 jours. Si on attend d'être le dos au mur, au moment de la canicule, pour planter des arbres, on ne le fera jamais. C'est pour ça que c'est très important de parler de ces sujets en dehors des canicules, des incendies et des inondations. - A.-E.Lemoine: Pour financer la rénovation des logements, faire en sorte que ce soit mieux isolé, vous imaginez des nouveaux mécanismes fiscaux? - F.Gemenne: Il y a la question de l'isolement et aussi de la climatisation.
Globalement, on voit bien qu'aujourd'hui, il faut changer de paradigme. Le bâti en France a été conçu pour résister au froid. Désormais, il faut l'adapter pour qu'il résiste également au chaud.
Ca demande des moyens considérables. L'Etat n'a plus d'argent. On n'arrête pas de raboter MaPrimeRénov'.
Je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur usage de l'argent public. Je pense qu'il y a toute une série de propriétaires qui, aujourd'hui, ont des économies importantes mais hésitent à faire ces travaux de rénovation parce que le retour sur investissement est assez long, sur 10 à 20 ans. Je propose que les montants investis dans des travaux de rénovation complet du logement puissent être déduits des droits de succession au moment où ce logement sera transmis aux enfants et petits-enfants.
Ca permet d'éviter aux gens que la valeur de leur logement soit dépréciée. Aujourd'hui, il va y avoir une dépréciation massive de logements qui sont des passoires thermiques ou des bouilloires thermiques. Ca permet aux boomers de faire une sorte de dotation à leurs enfants et petits-enfants.
Cette question de l'équité entre générations devient très importante dans le débat. Ca permet de mobiliser les moyens nécessaires à l'adaptation du bâtiment dès aujourd'hui. Ca permet de relancer l'activité dans le bâtiment avec des emplois non délocalisables.
Et bien sûr, c'est un manque à gagner en termes de recettes fiscales, mais c'est étalé dans le temps. A mon avis, ce sera largement compensé par le regain d'activité et les recettes fiscales que ça va générer. Ca permet de mobiliser l'argent sans attendre. - A.-E.Lemoine: En espérant que vos propositions soient reprises par certains candidats à la présidentielle. - F.Gemenne: Il y a un vrai sujet sur la fiscalité écologique. - A.-E.Lemoine: Le bilan de cette canicule continue de grimper. - C.Kallmann: Un nouveau chiffre affolant a été divulgué ce matin, celui des noyades.
Depuis le 19 juin, en France, 90 personnes sont mortes. A l'été 2025, il y a eu plus de 400 victimes par noyades en tout. Ca laisse craindre pour l'été 2026 un bilan beaucoup plus important.
Pour tenter de contenir au maximum ces chiffres, la brigade nautique des sapeurs-pompiers organise des opérations de prévention pour qu'il y ait une vraie prise de conscience. Elle a décidé de s'accompagner de proches de morts de noyade ces dernières années. - C'est essentiel d'éviter qu'un drame comme ça se reproduise une 2e fois.
C'est pour notre ami qu'on fait ça. - La Marne a l'air calme, mais pas du tout. Il y a beaucoup de courant, des objets métalliques qui peuvent te couper, des tourbillons... - Ca peut être extrêmement rapide, la noyade.
Le réflexe n'est pas d'aller chercher la victime dans l'eau. Ca occasionnerait un suraccident. La priorité est d'appeler les secours. - C.Kallmann: On ignore combien de personnes ont succombé à cette dernière canicule.
SOS Médecins révèle que 513 décès ont été constatés la semaine dernière, quasi 2 fois plus que la semaine d'avant. SOS Médecins constate aussi une hausse de 85 % des décès chez les plus de 75 ans en 7 jours. Mais cette canicule, c'est évidemment une bombe à retardement.
Elle peut avoir un différé sur la santé. C'est ce qu'on appelle la décompensation. Le directeur du Samu de Paris, on l'écoute. - Ce sont des patients qui décompensent des maladies chroniques, qui ont eu un organisme très stressé pendant la canicule.
Ce sont des patients qui ont des fragilités au niveau du rein, du coeur, du foie...
Ils peuvent présenter des défaillances vitales, comme une insuffisance rénale ou une déficience cardiaque. C'est un autre type de malades que pendant la canicule. Ce sont des hospitalisations longues. - A.-E.Lemoine: Vous comparez la surmortalité provoquée par les températures extrêmes aux accidents de la route. - F.Gemenne: Chaque année, la chaleur tue à peu près 5000 personnes en France.
C'est plus que les accidents de la route. On voit les moyens qu'on a investis pour la sécurité routière, les radars, les limitations de vitesse...
C'est très bien et ça permet de réduire la mortalité routière. Il faut qu'on prenne conscience de la chaleur sur cet excès de mortalité. Souvent, au risque de mettre les pieds dans le plat, on a tendance à considérer que ce sont des morts moins importantes parce que c'est des personnes qui étaient déjà malades, des personnes très âgées.
On se dit que la canicule n'a fait que hâter leur décès. Je refuse qu'on ne mette pas sur le même plan un mort dans un accident de la route et un mort dans une canicule. Un mort est un mort.
Chaque mort est une mort de trop. - P.Cohen: Ils n'ont pas le même profil.
Les accidents de la route, souvent, les victimes sont plus jeunes. - F.Gemenne: Mais chaque mort qui peut être évitée doit être évitée.
Je suis stupéfait par les accidents de noyade. Il y a un enjeu sur les cours de natation et sur les piscines. S'il y a autant de noyades, c'est parce que les gens vont se baigner dans des lieux non autorisés et font face à des courants qu'ils n'avaient pas prévus.
Il faut construire davantage de piscines publiques dans ce pays. Il faut aussi se poser la question sur les piscines d'hôtel. Pourquoi on ne permettrait pas que les résidents puissent accéder aux piscines d'hôtel pendant 1 ou 2 heures chaque jour? - A.-E.Lemoine: A Paris, c'est intéressant.
Les hôtels qui ont une piscine, ce n'est pas n'importe qui. Si vous expliquez aux palaces qu'on réquisitionne leur piscine... - F.Gemenne: Il y a un vrai manque de piscines publiques aujourd'hui.
On ne va pas pouvoir les construire immédiatement. Il y a plein de de piscines en rénovation. Il y a un vrai sujet sur les accès à l'eau. - A.-E.Lemoine: Pourtant, il y a beaucoup de piscines privées. - F.Gemenne: Il y en aura de plus en plus. - A.-E.Lemoine: Ce qui est dénoncé, parce que ça cause des pénuries d'eau. - P.Lescure: Vous parliez de morts d'autres catégories.
Chaque degré de réchauffement ferait augmenter les violences conjugales d'environ 5 %. Une étude espagnole publiée en 2018 évoquait une hausse de 28 % des féminicides pendant les canicules. On sous-estime l'ensemble des effets sociaux de la canicule. - F.Gemenne: Il y a des effets sur les violences, sur la productivité, sur les résultats scolaires...
On sous-estime gravement les conséquences sociales des canicules. On se dit que c'est juste une épreuve à passer, une sale semaine à supporter, mais on sous-estime les conséquences, y compris de long terme, des canicules. - A.-E.Lemoine: "Parler du climat sans plomber l'atmosphère", c'est le titre de votre dernier ouvrage.
Vous pensez que l'adaptation n'est pas forcément une série de restrictions ou de punitions. - F.Gemenne: Le but de la transition
Christian Jacob