Noël Mamère
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:10OuverteRéponse directe
La bataille parlementaire autour de la loi travail commence cet après-midi à l'Assemblée. Vous en serez, de cette bataille ?
- 1:33OuverteRéponse directe
Donc à vos yeux, il ne peut pas être amendé ce projet ?
- 1:48OuverteRéponse directe
Donc exercice pratique, la droite va présenter une motion de rejet qui sera défendue par Jean-François Copé cet après-midi. Vous la votez ?
- 2:25OuverteRéponse directe
Et une éventuelle motion de censure du gouvernement au cas d'usage du 49-3 ?
- 3:23OuverteRéponse directe
Alors ce livre, Noël Mamère, contre Valls, réponse néoconservateur, livre qui paraîtra la semaine prochaine...
- 4:03OuverteRéponse directe
C'est l'homme à abattre, Manuel Valls ? C'est tout ce que vous détestez en politique, vraiment ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:34Invité politiqueFait
« une réforme qui va consister à permettre aux entreprises de faire ce qu'elles veulent par rapport aux accords de branche. »
- 0:56Invité politiqueFait
« les propositions qui sont faites vont viser d'une certaine manière au dumping social »
- 1:13Invité politiqueFait
« c'est la gauche qui est à l'origine de cette initiative et de ce recul. »
- 1:26Invité politiqueFait
« le Premier ministre a dit lui-même, on ne changera rien sinon à la périphérie. Rien d'essentiel. »
- 2:51Invité politiqueFait
« passage en force devant les parlementaires sur une loi à caractère social, ça me paraît quand même assez extravagant. »
- 3:09Invité politiqueChiffre
« il manque à peu près 40 députés. Le rapporteur socialiste. »
- 4:35Invité politiqueFait
« la gauche a franchi une ligne rouge. C'est-à-dire que c'est une faute morale. »
- 4:40Invité politiqueFait
« constitutionnaliser la déchéance de nationalité, d'appliquer cela dans notre pays. »
- 5:12Invité politiqueFait
« J'ai présidé la commission d'enquête parlementaire sur le maintien de l'ordre après la mort de Rémi Fraisse. »
- 5:32Invité politiqueFait
« On voit bien aujourd'hui ce qui est en train de se passer, notamment la nuit debout, où tous les jours et tous les soirs, il se passe quelque chose avec la police qui essaie d'empêcher cette liberté d'expression. »
- 5:57Invité politiquePromesse
« L'interdiction de l'usage de flashballs et de lanceurs de balles de défense, les LBD. »
- 6:02Invité politiqueFait
« C'est une LBD ou un flashball qui a crevé l'œil d'un jeune homme à Rennes, encore un blessé. »
- 6:11Invité politiqueFait
« les forces de l'ordre sont épuisées, qu'elles ne touchent même pas d'ailleurs leurs heures supplémentaires à cause de l'état d'urgence. »
Temps de parole
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Le 7-9, Patrick Cohen, sur France Inter.
Bonjour Noël, ma mère. Bonjour. La bataille parlementaire autour de la loi travail commence cet après-midi à l'Assemblée. Vous en serez, de cette bataille ?
J'en serai par député interposé, puisque nous avons Eva Sasse et Jean-Louis Roumégas et un certain nombre d'autres députés qui suivent cette loi. Bien sûr que j'en serai, parce que je pense que nous avons à nous mobiliser contre ce projet de loi qui se présente comme une réforme, mais qui est en fait une contre-réforme, c'est-à-dire une réforme qui va consister à permettre aux entreprises de faire ce qu'elles veulent par rapport aux accords de branche. Si les salariés le veulent. Oui, si les salariés le veulent, mais enfin, dans le rapport de force, ce n'est pas le salarié qui est en position dominante, il est en position de suggestion, si je puis dire, puisqu'il est dépendant de son patron.
Donc les propositions qui sont faites vont viser d'une certaine manière au dumping social et plutôt que de se livrer à une concurrence qui serait liée à la productivité ou à la capacité industrielle, on va assister à une forme de régression qui remet en cause un certain nombre des conquêtes sociales. Et ce qui est d'autant plus dramatique quand on regarde ce paysage, c'est que c'est la gauche qui est à l'origine de cette initiative et de ce recul.
Donc c'est la raison pour laquelle nous ne devons pas céder et accepter à la marge, comme l'a dit depuis la Nouvelle-Calédonie le Premier ministre, un certain nombre de petits arrangements, parce que le fond de cette loi, il est mauvais et il faut donc que cette loi soit retirée.
Donc à vos yeux, il ne peut pas être amendé ce projet ?
Le Premier ministre a dit lui-même, on ne changera rien sinon à la périphérie. Rien d'essentiel. Bon, alors rien d'essentiel. Alors comme l'essentiel n'est pas bon, je ne vois pas pourquoi nous voterions cette loi.
Donc exercice pratique, la droite va présenter une motion de rejet qui sera défendue par Jean-François Copé cet après-midi. Vous la votez ?
Non, on ne vote pas les motions de rejet de la droite. On a à faire notre travail en tant que représentant, en tant que membre de cette majorité brinque-ballante. Et on a à faire notre travail de députés écologistes qui vont présenter un certain nombre d'amendements, parce que c'est notre travail. Nous devons aller jusqu'au bout, même si nous savons que cette loi, elle est aujourd'hui viciée dans son origine. Et la motion de renvoi en commission qui sera défendue, elle, par les communistes, ça, ça peut... Oui, bien sûr que ça peut être voté par les députés écologistes.
Ça vous le votez ? Et une éventuelle motion de censure du gouvernement au cas d'usage du 49-3 ?
Alors le 49-3, ce serait un déni démocratique et ce serait, je crois... Déni démocratique, mais ce n'est pas un putsch quand même, c'est une règle qui a été instaurée par la Ve République
pour éviter les coalitions de blocage ?
Certainement, mais de la part d'un gouvernement de gauche, demander le 49-3, c'est-à-dire un passage en force devant les parlementaires sur une loi à caractère social, ça me paraît quand même assez extravagant. Ça a été fait des dizaines de fois, vous le savez bien, par Michel Rocard, par d'autres... Peut-être cela a-t-il été fait des dizaines de fois, mais là on touche au code du travail, c'est-à-dire on touche au statut des salariés, on touche à une régression. Et pour cette raison, nous ne devons pas accepter le 49-3, et si la gauche le fait, ça veut dire d'abord qu'elle n'a pas de majorité au sein de ses propres troupes, ce qu'a dit Christophe Sirug, il manque à peu près 40 députés.
Le rapporteur socialiste. Ce qui est le rapporteur socialiste. Et d'autre part, ça serait, je crois, pour le président de la République, une atteinte à la faible légitimité qui est à la sienne aujourd'hui, une atteinte de plus.
Alors ce livre, Noël Mamère, contre Valls, réponse néoconservateur, livre qui paraîtra la semaine prochaine, que vous signez avec votre complice habituel Patrick Farbiaz, réquisitoire impitoyable pour un premier ministre accusé de tous les mots, non pas accusé, mais plutôt coupable, coupable de la mort de Rémi Fraisse, coupable de n'être que la doublure de Nicolas Sarkozy, d'avoir inventé ou réinventé le bonapartisme de gauche, le choc des civilisations, le social-libéralisme décomplexé, la lutte anti-religieuse sous couvert de laïcité, le coup d'État permanent, le combat anti-écologique, j'ai oublié quelques formules. C'est l'homme à abattre, Manuel Valls ?
C'est tout ce que vous détestez en politique, vraiment ?
Moi, d'abord, je n'ai pas de détestation et je ne suis pas un imprécateur. Donc ne me faites pas passer pour un imprécateur. Quand on résume et quand on parcourt le livre, c'est un câblant. Il faut contextualiser les choses. Oui, c'est un câblant, c'est un câblant pour ce que représente Manuel Valls. Ce n'est pas la personne qui nous intéresse, c'est ce qu'il représente aujourd'hui. C'est-à-dire comment la gauche, ou comment le parti socialiste et une partie de la gauche, s'est laissée contaminer par les idées de la droite et a essayé d'une certaine manière de les trianguler.
Ce qui est le plus obscène dans ce qu'elle a pu faire, c'est effectivement de vouloir constitutionnaliser la déchéance de nationalité, d'appliquer cela dans notre pays. Moi, je pense que ce jour-là, la gauche a franchi une ligne rouge. C'est-à-dire que c'est une faute morale. Vous parlez de Rémi Fraisse. La manière dont la chaîne de commandement aujourd'hui est peut-être mise en cause dans le maintien de l'ordre ne me paraît pas être, comment vous dire, il me semble qu'il est normal qu'on remette en cause la chaîne de commandement quand on voit ce qui s'est passé à Sivins avec cette mort tragique de Rémi Fraisse, quand on voit ce qui se passe aujourd'hui dans le maintien de l'ordre.
Je peux en parler d'expérience. J'ai présidé la commission d'enquête parlementaire sur le maintien de l'ordre après la mort de Rémi Fraisse. J'ai voté contre, avec Mme Buffet, le rapport du rapporteur Pascal Poplin, puisque l'idée, c'était de se demander comment adapter le maintien de l'ordre à la liberté d'expression ou au droit de manifester. Et dans le rapport, c'est devenu comment adapter le droit de manifester et la liberté d'expression au maintien de l'ordre. On voit bien aujourd'hui ce qui est en train de se passer, notamment la nuit debout, où tous les jours et tous les soirs, il se passe quelque chose avec la police qui essaie d'empêcher cette liberté d'expression.
C'est la faute de la police. On a vu ce qui s'est passé le 1er mai. Et tout le monde vous dira comment elle s'est comportée. Et puis, il y avait cette demande que nous avions formulée depuis déjà longtemps pour certains nombres d'entre nous. L'interdiction de l'usage de flashballs et de lanceurs de balles de défense, les LBD. C'est une LBD ou un flashball qui a crevé l'œil d'un jeune homme à Rennes, encore un blessé. Je pense que notre police est aujourd'hui excédée, que les forces de l'ordre sont épuisées, qu'elles ne touchent même pas d'ailleurs leurs heures supplémentaires à cause de l'état d'urgence.
Mais vous avez des solutions pour le maintien de l'ordre ? Oui, il y avait des solutions qui étaient posées.
Pour empêcher les casseurs de casser ? Mais il y a toujours eu des casseurs. Il y a toujours eu des casseurs dans toutes les manifestations.
Il n'y en a quasiment jamais eu sur les manifestations du 1er mai.
Les solutions, il y en avait par exemple dimanche 1er mai puisque la police s'est interposée devant les têtes de cortège. Puis après, la nation a laissé les casseurs cassés pendant deux heures alors qu'ils pouvaient procéder à un certain nombre d'interpellations.
La police a délibérément laissé les casseurs cassés ?
Je pense qu'il y a de la part du ministère de l'Intérieur et du Premier ministre une volonté de stigmatiser et de criminaliser ceux qui aujourd'hui sont ce qu'on appelle les membres de la nuit debout, c'est-à-dire tous ceux qui aujourd'hui essaient de se réveiller et de réveiller le débat démocratique et qui sont tous, c'est une évidence, des non-violents, des casseurs, il y en a toujours eu. Et je pense qu'on pourrait procéder autrement qu'en installant un climat de tension.
Les policiers sont blessés sur ordre du ministère de l'Intérieur ou du Premier ministre ? Mais non, mais j'essaie de comprendre parce que...
Je n'ai jamais dit que les policiers étaient blessés sur ordre du Premier ministre. Quand il y a un état de tension, quand les gens sont fatigués, comme c'est le cas des forces de l'ordre qui sont extrêmement sollicitées, quand on crée un climat qui, justement, conduit à cette tension permanente, il ne faut pas s'étonner qu'à un moment donné, il puisse y avoir des blessés d'un côté comme de l'autre. Je ne dis pas que le ministère de l'Intérieur demande que les policiers soient blessés, et je n'ai jamais demandé ça.
Je pense que le maintien de l'ordre, c'est une responsabilité très importante de l'État, que la tradition du maintien de l'ordre dans notre pays, c'est le maintien à distance, ce n'est pas l'affrontement.
Avec des canons à eau dont on a interdit l'exercice, est-ce qu'il faut les rétablir, par exemple ?
Non, non, moi je ne fais pas partie de ceux qui réclament les canons à eau. Je vous dis, j'ai présidé cette commission d'enquête parlementaire qui a rendu son rapport le 25 mai 2015. Je me suis prononcé contre avec Mme Buffet, parce que c'était un rapport qui allait à l'encontre de ce que nous souhaitions, c'est-à-dire comment assurer le maintien de l'ordre en respectant le droit de manifester et la liberté d'expression. Aujourd'hui, on voit bien que ce gouvernement, il n'ose pas dire qu'il ne veut plus de la nuit debout et qu'il ne veut plus de ses réunions sur les places de la République et d'ailleurs. Et donc, qu'est-ce qu'il fait ? Tous les soirs, il pratique de la provocation.
Hier soir, quand je suis arrivé, je suis sorti de la station de métro de la République. Il y avait des policiers et des CRS, des gendarmes mobiles et des CRS qui vous demandaient d'ouvrir vos sacs avant de pénétrer sur la place de la République. La station de métro République a été incendiée, vous le savez. Vous l'avez vu aussi quelques heures auparavant. Oui, mais bien sûr qu'il y a des dérits. Un mot encore. Il ne faut pas accuser ceux qui organisent les manifestations et les accuser d'être incapables de maintenir l'ordre dans leur propre organisation. J'essaie juste de suggérer que c'est compliqué.
Oui, c'est compliqué, je le reconnais, bien sûr. Face à des images des deux camps qu'on voit. Un mot sur la mort de Rémi Pras. Vous n'imaginez pas qu'un ministre ou un Premier ministre puissent vouloir ou se réjouir de la mort d'un manifestant. Je n'ai jamais dit ça.
J'ai dit qu'il y a un problème.
La façon dont vous accusez Manuel Valls dans votre livre.
Oui, je dis qu'il y a un problème dans la chaîne de commandement et que le Premier ministre avait donné des consignes de fermeté. Mais nous n'avons pas pu, avec cette commission d'enquête parlementaire, parce qu'il y a un certain nombre de règles qui empêchent de le faire lorsqu'il y a une instance en justice, nous n'avons pas pu aller jusqu'au fond des choses sur les causes de la mort de Rémi Pras. Et aujourd'hui, vous voyez bien qu'on met beaucoup de temps à savoir exactement ce qui s'est passé.
En tout cas, ce que nous savons, c'est qu'un jeune homme qui était venu pour soutenir des manifestations qui est non-violent, qui n'était pas un zadiste, d'ailleurs, qui n'était pas installé depuis plusieurs mois à Sivas, a été victime d'un tir de grenade offensive. Et c'est là où il y a un problème.
Noël Mamère avec nous jusqu'à 9h et on vous retrouve dans quelques minutes avec les questions, les commentaires des auditeurs de France Inter qui nous appellent au 01 45 24 7000.
Noël Mamère