"L'enjeu fondamental c'est celui du financement" : table ronde autour de la question du "bien vieillir"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:39OuverteRéponse directe
Cette proposition de loi est-elle un apéritif ou contient-elle des mesures fortes ?
- 3:39OuverteRéponse directe
Victor Castanet, cette journée est-elle un moment charnière ?
- 4:29RelanceRéponse partielle
La NUPES votera-t-elle la proposition de loi sans engagement sur la loi de programmation ?
- 5:13RelanceRéponse directe
Le risque de ne pas avoir la majorité est-il réel ?
- 5:47RelanceÉludée
La loi de programmation pour le grand âge aura-t-elle lieu ?
- 6:37OuverteRéponse directe
Cette journée est-elle à gros enjeux pour le secteur ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:58InvitéChiffre
« La dernière enquête indiquait que 73% des Français craignent d'être confrontés à une situation de maltraitance pour eux et pour leurs proches. »
- 6:53InvitéChiffre
« On a 80% des EHPAD publics qui sont en déficit aujourd'hui. »
- 8:56PrésentateurChiffre
« On nous dit, oui, c'est 9 milliards d'ici 2030. »
- 10:21Locuteur non identifiéFait
« Elle a dit qu'il y aura un projet de loi présenté par le gouvernement de programmation pour le grand âge, présenté avant juillet 2024 et adopté avant décembre 2024. »
- 11:14Locuteur non identifiéFait
« Dans les EHPAD, on manque de personnel. »
- 11:16Locuteur non identifiéFait
« Il n'y a pas assez d'aides-soignantes pour faire de manière satisfaisante la toilette des personnes âgées. »
- 11:20Locuteur non identifiéChiffre
« Dans les services à domicile, 15% des plans d'aide ne sont pas honorés parce qu'il y a une crise du recrutement. »
- 20:03InvitéChiffre
« On est en France aujourd'hui à six soignants environ pour dix résidents. »
- 20:12InvitéFait
« Tout le monde s'accorde à dire dans le secteur qu'il faudrait huit soignants pour dix. »
- 22:07InvitéChiffre
« Nous avons inscrit dans la loi de finances de sécurité sociale une trajectoire de recrutement de 50 000 postes d'ici 2027. »
Temps de parole
- Présentateur27 %
- Invité21 %
- Présentateur 215 %
- Invité 212 %
- Invité 310 %
- Locuteur non identifié9 %
- Auditeur5 %
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Étable ronde ce matin sur un sujet qui concerne toutes les familles de France ou les concernera un jour, c'est le grand âge. Que faire pour nos personnes âgées, pour nos vieux, pour qu'ils vivent au mieux cette période de la vie ? J'attends vos questions au standard Inter 01 45 24 7000 et sur notre application mobile. Pour en parler ici en studio, Annie Vidal, député Renaissance, rapporteur à l'Assemblée nationale du texte sur le bien vieillir. Victor Castané, journaliste indépendant, prix Albert Londres en 2022 pour le best-seller Les Fossoyeurs, disponible aujourd'hui en poche dans une édition augmentée chez Gélu.
C'est dans ce livre-enquête que vous révéliez les maltraitances subies par certains résidents d'EHPAD et les dérives financières du groupe Orpea. Laurent Guillot, troisième invité, vous avez pris la direction générale d'Orpea après la publication du livre de Victor Castané. C'était en juillet 2022. Orpea, je le précise, 227 EHPAD en France, plus de 1000 dans le monde. Bonjour à tous les trois. Bonjour. Et soyez les bienvenus au micro d'Inter.
Avant d'en venir à ce qui a changé dans les EHPAD depuis cette enquête, notamment de Victor Castané, un mot à Nividal sur cette proposition de loi, sur le bien vieillir qui doit être aujourd'hui voté à l'Assemblée nationale, prélude peut-être à la loi de programmation sur le grand âge, promise par Emmanuel Macron en 2017, et maintes fois reportée depuis. Cette proposition de loi, est-ce un apéritif, si j'ose dire, ou comprend-elle déjà des plats de résistance, des mesures fortes ?
Eh bien, tout d'abord, merci de nous donner l'occasion à tous les trois de parler de ce sujet du grand âge, qui effectivement est une préoccupation de bon nombre de Français. Et permettez-moi aussi de dire à celles et ceux qui nous écoutent que la majorité est soucieuse de la prise en charge de l'accompagnement de nos aînés, et la proposition de loi pour bâtir la société du bien vieillir, que j'ai eu l'honneur de rapporter, en est l'une des expressions. Alors, cette proposition de loi, ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas, ce n'est pas un projet de loi, nous y reviendrons.
Ce qu'elle est, c'est une loi sociétale qui porte un certain nombre de mesures pragmatiques, concrètes, pour améliorer le quotidien des personnes âgées, de leurs aidants et des professionnels. En quelques mots, je vais vous parler des mesures emblématiques, je ne veux pas vous dresser l'ensemble des mesures. Non, mais les trois, quatre importants qui sont dans le texte. Alors, quelques mesures emblématiques, toutes les mesures autour de la prévention de la perte d'autonomie. Vous savez, les Français vieillissent, mais nous n'allongeons pas la durée de vie sans incapacité. C'est tout l'objet de l'ensemble des mesures de prévention qui sont contenues dans cette loi.
Un nombre de mesures aussi très importantes pour lutter contre les phénomènes de maltraitance. La dernière enquête indiquait que 73% des Français craignent d'être confrontés à une situation de maltraitance pour eux et pour leurs proches. Donc, nous mettons en place tout un dispositif pour alerter, suivre et analyser ces alertes. Et puis, bien évidemment, les mesures de transparence de la qualité. C'est important pour restaurer la confiance qui a pu être perdue. Et puis, des mesures en faveur des intervenants du domicile, la carte professionnelle, la mobilité et la sortie de la tarification horaire par une tarification globale ou forfaitaire.
Alors, Victor Castanet, vous qui avez enquêté pendant des mois et des mois sur ce qui se passe dans les maisons de retraite, sur ce qu'on appelle le grand âge. Aujourd'hui, c'est une journée importante à l'Assemblée nationale ou c'est un prélude et vous attendez le... C'est un apéritif, comme disait Nicolas, et vous attendez le...
C'est un moment charnière et je vais rajouter un élément de tension dramatique à cette matinale. C'est que dans les heures qui vont suivre, il y a beaucoup de choses qui vont jouer pour le secteur du grand âge. Parce qu'il y a effectivement cette proposition de loi qui va être votée cet après-midi à l'Assemblée nationale, qui va être proposée au vote. Et pour l'instant, il n'est pas sûr qu'elle soit votée. Dans cette proposition de loi, il y a un certain nombre d'avancées, mais il n'y a pas de changement majeur structurel sur la planification, sur le financement surtout, qui est la question prioritaire. Et donc, il n'est pas certain tout à l'heure que cette proposition de loi soit votée.
Parce que pour l'instant, Annie Vidal peut-être connaît mieux encore les équilibres que moi, mais la NUPES, et notamment le Parti Socialiste, ont dit « Ok, nous, on voit des avancées dans cette proposition de loi, mais on la votera que si Matignon s'engage à faire cette fameuse loi grand âge, cette fameuse loi de programmation pluriannuelle, qui va enfin définir les contours d'une refondation de ce secteur. » Et donc, pour l'instant, si Matignon ne dit pas dans la journée qu'il y aura ce grand projet de loi du grand âge, il y a un certain nombre de députés, à la fois au Parti Socialiste et chez les Républicains, qui ne vont pas voter cette loi.
Ah, donc vous risquez de ne pas avoir la majorité ? Ce que dit Victor Castaner est juste ? C'est-à-dire qu'il y a une question de majorité qui se joue là, sur un texte qui est quand même un texte plutôt de compromis. C'est difficile de s'y opposer. Même si on peut dire que ce n'est pas suffisant, mais c'est difficile de s'y opposer. C'est difficile de s'y opposer parce que les mesures sont attendues, mais c'est vrai que cette proposition de loi, qui est soutenue par la ministre Fadila Khatabi, porte en son sein une loi de programmation. Loi de programmation, pour quoi faire ? Pour définir la politique en matière de grand âge, ses financements et sa temporalité.
Mais elle aura lieu, cette loi de programmation ? Parce que, madame la députée, on va dire les choses, c'est une promesse d'Emmanuel Macron depuis 2017, la grande loi pour le grand âge, la grande loi de programmation pour le grand âge. Elle a été reportée à moult reprises parce qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses. En gros, appelons un chat à chat. Gabriel Attal, dans son discours de politique générale, n'a pas parlé de cette loi de programmation pour le grand âge. Catherine Vautrin, quelques jours plus tard, en a parlé. Elle va avoir lieu ou pas ?
Aujourd'hui, je ne peux pas m'engager, d'ailleurs ça n'est pas de mon initiative, et je peux vous dire qu'à ce stade de la journée, je n'ai pas d'agenda, je n'ai pas de calendrier. J'espère qu'il y aura des engagements pour convaincre nos collègues qui sont encore réticents à voter cette proposition de loi.
Et vous, Laurent Guillaume, alors, cette journée, vous, journée à gros enjeux donc ?
Oui, gros enjeux. Dans cette loi, il y a énormément d'avancées. Donc je pense que ce serait dommage que cette loi ne soit pas votée. En revanche, l'enjeu fondamental, c'est vraiment l'enjeu du financement. On voit bien, et tous secteurs confondus, c'est-à-dire public, privé, associatif, on a 80% des EHPAD publics qui sont en déficit aujourd'hui. Ça ne peut pas durer. Il faut trouver une solution, à la fois une solution de court terme, mais aussi une solution de long terme. On connaît la démographie sur les 10-15 prochaines années.
Il y a des enjeux en termes de formation, il y a des enjeux en termes de ressources humaines, on n'a pas assez de soignants, il faut planifier ça sur le long terme. Et évidemment, ça veut dire aussi des enjeux en termes de financement qui sont majeurs. Donc vous vous dites que c'est une loi importante, enfin déjà, c'est un premier pas, ce serait dommage qu'elle ne soit pas votée parce qu'il n'y a pas la majorité. Ce serait dommage qu'elle ne soit pas votée. Ce que dit ce matin le patron d'Orpéa. Ce serait dommage qu'elle ne soit pas votée, et ce serait très dommageable pour le secteur qu'il n'y ait pas de loi sur le financement.
Oui, ça serait catastrophique pour le secteur. En fait, il y a plusieurs scénarios qui se jouent aujourd'hui. Il y a le scénario du pire, c'est que la proposition de loi ne soit pas votée. Et donc, ces avancées qui sont importantes sur la prévention de l'isolement social, la prévention de la maltraitance, il y a une cellule d'enquête de remontée d'informations sur des signalements de maltraitance qui doit être mis en place. Le droit de visite obligatoire, ça aussi c'est très important. On ne se rend pas compte, mais quand même, on l'a vu au moment de la crise du Covid, dans les EHPAD, c'était quand même avant un lieu de privation de liberté.
Là, dans ces dispositions, il y a le fait qu'il y a le droit de visite obligatoire, par exemple. On peut venir dans les EHPAD, on ne peut pas vous interdire de voir votre famille. C'est essentiel. Et les animaux ? Oui, il y a aussi les animaux. Non, mais ça fait sourire, mais c'est important. Mais je suis désolée, c'est important. C'est-à-dire que c'est des éléments qui, effectivement, permettent de... Parce que là, on n'avait pas le droit de venir avec son petit chien. Exactement, qui permettent de lutter contre l'isolement social et la solitude. Et pourquoi c'est une journée déterminante pour vraiment finir là-dessus ? Parce que le scénario du pire, c'est que les équilibres ne se font pas.
Matignon n'annonce pas tout à l'heure de grandes lois de programmation pluriannuelle. Et il n'y a pas de vote tout à l'heure. Ça veut dire pas de PPL et pas de loi grand âge. Et le meilleur scénario, c'est s'il y a une vraie ambition qui est annoncée tout à l'heure et de dire, OK, on va se retrousser les manches. Et d'ici la fin de l'année, on va réfléchir ensemble à comment on refinance ce secteur. Et c'est très important parce qu'on nous dit, oui, c'est 9 milliards d'ici 2030. Mais déjà, il y a plein de dispositions qui peuvent se faire sans dépenser autant d'argent. Et surtout, de toute façon, à un moment, va se poser cette question. Le mur démographique, il est face à nous.
Donc de toute façon, on va devoir se la poser.
Juste un mot, j'ai dit une bêtise sur les chiens et les chats ? On accueille déjà des animaux. Alors pourquoi il y a cette disposition dans la production de loi ? Ce n'est pas un droit. Mais en revanche, on connaît tous et tout le secteur, tous les directeurs d'établissement connaissent les bienfaits des animaux. Alors c'est une disposition qui ne sert à rien ? Non, ce n'est pas une disposition qui ne sert à rien parce que le fait de rehausser la disposition au niveau de la loi la renforce bien évidemment. Et donc, nous inscrivons cela dans la loi en l'encadrant avec les mesures de faisabilité.
Alors on est en ligne, on a bien compris à vous entendre, Victor Castaner, que le vote des députés socialistes sera déterminant aujourd'hui. On est en ligne avec Jérôme Gage. Bonjour.
Bonjour.
Vous êtes député socialiste de l'Essonne, spécialiste des questions du vieillissement. C'est une journée très importante donc aujourd'hui et vous retenez pour l'instant votre vote.
Oui, parce qu'Annie Vidal l'a dit, c'est quand même dingue, c'est un problème démocratique. Au mois de novembre, les députés à l'unanimité ont inscrit dans cette proposition de loi la demande d'une loi de programmation pour le grand âge. Les sénateurs ont fait pareil et à l'époque, Elisabeth Borne, la première ministre, dans l'enceinte sacrée de l'hémicycle, a confirmé un calendrier. Elle a dit qu'il y aura un projet de loi présenté par le gouvernement de programmation pour le grand âge, présenté avant juillet 2024 et adopté avant décembre 2024. Donc normalement, aujourd'hui, ça devrait être la première étape, la première brique pour aller à ça.
Le problème, c'est que depuis le mois de janvier, et c'est pour ça que je dis que c'est un problème démocratique, Gabriel Attal, Premier ministre, pas une seule fois n'a repris cet engagement. Catherine Vautrin, ministre du secteur dans l'hémicycle, pas une seule fois. Fadila Khatabi, ministre des personnes âgées, pas une seule fois. Donc, sur la forme, c'est une forme de bras d'honneur aux parlementaires qui, à l'unanimité, demandent cette loi de programmation. Et puis surtout, sur le fond, parce que pourquoi on a besoin de cette loi de programmation ? C'est parce que nous sommes face à une crise du vieillissement qui a déjà commencé. Dans les EHPAD, on manque de personnel.
Il n'y a pas assez d'aides-soignantes pour faire de manière satisfaisante la toilette des personnes âgées. Dans les services à domicile, 15% des plans d'aide ne sont pas honorés parce qu'il y a une crise du recrutement. Il y a un problème de reste à charge. Ma collègue Christine Pires-Bone a bien montré que, pour les familles, payer l'EHPAD est une difficulté. Il y a une crise de l'isolement. Bref, on a des chantiers gigantesques et on nous propose, pour l'instant, une proposition de loi que je soutiens dans ses intentions sympathiques. C'est plusieurs mesures qui sont utiles, nécessaires. Mais franchement, des chiens et des chats dans les EHPAD, pourquoi pas ?
Mais on a surtout besoin d'aides-soignantes et d'infirmières pour accompagner les résidents.
Donc, vous nous dites ce matin que vous ne voterez pas cette proposition de loi dont vous dites « je soutiens ses intentions » si jamais vous n'avez pas l'engagement de Matignon. Vous ne voterez pas, le Parti Socialiste ne votera pas la proposition de loi. Vous nous dites ça.
Si nous n'avons pas la confirmation par le Premier ministre de la manière la plus solennelle qu'il respecte la parole, il y a un enjeu de continuité. C'est d'État quand même. Sa Première ministre précédente a pris un engagement. Elle est inscrite dans ce texte de loi et personne ne nous dit « oui, ça va avoir lieu ». On devrait déjà être en train de rédiger ce projet de loi tous ensemble, de manière transpartisane, de co-construire. C'était l'engagement d'Aurore Berger au mois de novembre dernier, donc en l'état actuel. Parce qu'encore une fois, si on ne fait pas ça, alors on ne va pas répondre aux idées majeures qui existent.
La réaction d'Annie Vidal, la rapporteure de ce texte qui arrive aujourd'hui de cette proposition de loi. Moi, je soutiens ce que dit Jérôme Guège au niveau de la nécessité d'avoir une loi grand âge ou une loi de programmation pour inscrire un certain nombre de mesures et la volonté politique de financement, de gouvernance, etc. Pour autant, je ne suis pas du tout d'accord avec lui lorsqu'il dit qu'il ne va pas voter parce que c'est dommageable aux personnes âgées. Et ça veut donc dire que des postures politiques viendront nuire à la fois aux personnes âgées et à la fois aux professionnels qui sont très engagés dans le secteur du grand âge. Ça, c'était la parenthèse politique.
On va le dire maintenant, Nicolas.
Oui, on va faire un point d'étape. Donc, deux ans après la publication de votre enquête, Victor Castané, Laurent Guillot, qu'avez-vous fait concrètement en arrivant à la tête d'Orpea en juillet 2022 ?
On a pris énormément de mesures. Deux axes principaux. Prendre soin de nos équipes parce qu'on ne peut pas prendre correctement, faire son travail, qui est de prendre soin des patients et des résidents si on ne prend pas soin de ces équipes qui sont au quotidien auprès de nos patients et résidents. Ça veut dire renforcer le dialogue social. Enfin, mettre en place un dialogue social. La réalité, c'est plutôt celle-là. Mettre en place des mesures de qualité de vie au travail. Augmenter les salaires, évidemment, pour rendre le travail auprès de nos résidents beaucoup plus attractif.
Et puis, évidemment, on a pris un tas de mesures pour mieux prendre soin de nos patients et de nos résidents, à la fois en augmentant les taux d'encadrement dans chacun de nos établissements, mais aussi, évidemment, en augmentant les budgets sur, par exemple, des sujets comme l'alimentation. Donc, la rentabilité, qui était l'objectif absolu de la gestion d'Orpea, comme quand on lisait les faux soyeurs, n'est plus une des données. Il y en a d'autres, maintenant, c'est ça ? L'équilibre financier est important parce qu'il faut continuer à investir, à innover, à améliorer la qualité des soins. Mais le centre, on a remis le soin au centre de notre entreprise.
En tout cas, l'intérêt, c'est de vous faire débattre. Victor Castané, vous êtes l'auteur de cette enquête. Est-ce qu'il y a des avancées et qu'est-ce qui n'avance pas assez vite ?
Non, déjà, ce qui a changé fondamentalement, vous savez, ce qui joue, au fond, dans ces établissements, c'est la pression financière que vous mettez dessus. Et ce qui se passait avant, c'est qu'on trouvait normal qu'on fasse des taux de renta à 30%, qu'on fasse 30% de marge. Parce que vous aviez des actionnaires, comme la famille Peugeot, le fonds de pension canadien, qui demandaient cette rentabilité-là. Bon, ce qui a changé, c'est que l'actionnariat a changé. Et maintenant, c'est la Maïf et la Caisse des dépôts qui sont actionnaires d'Orpéa. Et moi, j'ai rencontré Éric Lombard de la Caisse des dépôts et Pascal Demurgé de la Maïf.
Et on a eu des discussions très intéressantes sur un point important, qui est précisément celui-là, c'est celui de la rentabilité. Et qu'est-ce qu'ils sont en train de mettre en place ? C'est la notion de bénéfice raisonnable. C'est-à-dire, ils disent, ok, on est un acteur privé, mais dans un segment très particulier, où on traite quand même d'êtres humains vulnérables. Et donc, on va essayer d'inventer quelque chose. C'est la notion de bénéfice raisonnable. C'est-à-dire que, en vrai, on ne peut pas faire n'importe quoi. Et donc, il faut gagner de l'argent, parce que si vous avez des EHPAD déficitaires, c'est une catastrophe. Il y a une pression financière qui se met en place.
Et forcément, vous marchez, vous fonctionnez en mode dégradé. Et si vous êtes trop excédentaire, c'est une catastrophe aussi. Et donc, il y a cette notion de bénéfice raisonnable. Et moi, j'espère que Orpea, qui était plutôt un phare négatif avant, c'est-à-dire, il emmenait le secteur dans une mauvaise direction, une direction avec trop de rentabilité. Je pense qu'il peut amener le secteur dans une nouvelle direction si on arrive à développer cette notion de bénéfice raisonnable qui peut faire des petits dans d'autres secteurs de la santé où vous êtes face à la vulnérabilité.
Annie Vidal, il y a eu une défiance des Français qui a conduit un certain nombre de familles à retirer leurs parents des EHPAD après la publication du livre Les Fossoyeurs. Est-ce qu'aujourd'hui, vous diriez, deux ans après, que la confiance revient petit à petit, que ce mouvement-là a été stoppé ?
Alors, je ne me prononcerai pas sur ce mouvement-là, mais je vous dirais que nous avons pris un certain nombre de mesures dans la proposition de loi pour restaurer la confiance. Par exemple, l'autorisation pour un établissement sera conditionnée au résultat des contrôles qui seront effectués. Et pour les établissements qui manquent à leurs obligations financières, il y aura des amendes importantes avec un renforcement très important des contrôles. Donc, nous avons pris en compte cette situation. Et par ailleurs, nous imposons une transparence des évaluations de la qualité et la publication d'indicateurs, justement, pour restaurer une confiance qui a pu être perdue.
Alors, je voudrais qu'on passe au standard d'Inter où nous attend Marie sur la question du personnel dans les EHPAD. Bonjour Marie, bienvenue.
Bonjour, merci. Bonjour à tous. Alors, je vais essayer d'aller au-delà de mon émotion. Bon, voilà, je travaille en EHPAD, un EHPAD public qui est dans le rouge comme quasiment tous les EHPAD publics. Le problème essentiel, malgré tous les blablas, malgré tout ce qu'on peut dire, c'est le personnel. Il n'y a pas assez de personnel. Et en plus de ça, il n'y a pas assez de personnel formé.
C'est-à-dire qu'il y a un tel déficit actuellement qu'on prend des gens qui n'ont aucune formation, aucune connaissance sur la personne âgée, aucune connaissance sur les pathologies liées à la personne âgée, aucune connaissance sur les démences liées aux personnes âgées, et qu'on met sur des secteurs Alzheimer, par exemple. Donc, la base de tout, si on veut restaurer la confiance, si on veut rassurer les familles, il faut embaucher du monde, il faut embaucher des gens formés.
Et vous nous dites qu'il y a deux soignants pour 80 résidents la nuit, c'est ça ?
Oui, la nuit, il y a deux soignants pour 80 résidents. Oui, et je pense que nous ne sommes pas les seuls dans cette situation-là, sur des secteurs différents. Ça veut dire que quand ils sont sur un secteur, ils ne sont pas sur l'autre. Des gens qui ne peuvent pas forcément, du fait qu'ils soient démons, utiliser des sonnettes s'ils sont en danger. À un moment, il faut prendre le taureau par les cornes, et je suis d'accord, on ne peut pas voter une proposition de loi où il n'y a que du blabla. Le problème, on le connaît depuis des années, c'est le manque de personnel. Et j'insiste sur le manque de personnel formé.
Merci Marie pour votre intervention. J'ajoute celle de Beaux Repères sur l'application Je suis aide-soignante. Le travail en EHPAD est innommable dans la plupart des structures. C'est un soignant pour 17 résidents. Victor Castané, à la fois sur Beaux Repères et Marie. Oui, la question du personnel et du ratio de personnel, c'est la question centrale. Là où on peut percevoir même les effets de cette crise, de l'attractivité du personnel. Moi, j'étais, il y a la semaine dernière, invité à faire une conférence dans un lycée professionnel avec des lycéens qui partaient pour bosser dans le médico-social en EHPAD.
Et donc, je leur demandais comment ça se passait, s'ils étaient confiants, s'ils avaient de travailler. Ils me disaient, il y a un gros problème, c'est qu'aujourd'hui, on n'arrive pas à trouver des stages en EHPAD. J'en fais, ah bon, mais pourquoi vous ne trouvez pas des stages ? Bah écoutez, depuis deux ans, en fait, il y a de plus en plus d'EHPAD qui refusent de nous prendre en stage parce qu'ils ont pu l'encadrement suffisant pour pouvoir nous accompagner pendant ces périodes de stage. Et donc, même la future génération, aujourd'hui, elle se forme en mode dégradé. Donc, c'est sûr que c'est le problème numéro un et c'est la question sans fin du ratio de personnel.
C'est-à-dire qu'on est en France aujourd'hui à six soignants environ pour dix résidents. Tout le monde s'accorde à dire dans le secteur qu'il faudrait huit soignants pour dix. Et là, c'est un problème de fond qu'il y a avec le gouvernement. Moi, j'avais eu cette discussion avec M. Combes, l'ancien ministre de l'autonomie, et qui disait à ce moment-là, oui, mais en gros, ça ne sert à rien de dire qu'on ne va plus s'embaucher parce que de toute façon, il y a un problème d'attractivité. C'est-à-dire, même si on dit aux gens qu'on va embaucher, en fait, c'est tout le contraire qui se passe. Si vous dites qu'on va embaucher, les gens vont venir.
Laurent Guillaume, je vous soumets aussi sur l'appli d'Inter, ce que dit Victor Castané, Hélène, remarque d'Hélène, il n'y a toujours aucune mesure pour revaloriser les salaires dans les maisons de retraite pour qu'enfin ce soit attractif d'aller y travailler. Alors, c'est exactement le contraire de ce qu'on a fait. Je suis 100% d'accord avec ce qu'a dit Marie, avec ce qu'a dit Hélène. C'est exactement le projet inverse de ce que nous, on fait. Ce qu'on a fait en arrivant, c'est d'embaucher. On a embauché entre 600 et 800 personnes par mois pendant les six premiers mois après mon arrivée pour remonter les taux d'encadrement.
Et en même temps, on a relancé le dialogue social avec la première négociation annuelle obligatoire aboutie chez Orpea depuis 15 ans pour améliorer les conditions de vie et de travail. Santé, sécurité au travail, c'est fondamental dans nos maisons de retraite. On a un taux de fréquence d'accident deux fois plus élevé que dans le BTP. Et donc, il faut travailler sur ce sujet et évidemment, travailler les rémunérations pour être attractif. Et on voit bien que quand on a fait ça, on est attractif et aujourd'hui, on a, par exemple, moins de personnes qui partent de nos établissements, moins de salariés qui partent de nos établissements qu'il y a deux ans. Tout n'est pas réglé.
On a encore un gros travail devant nous, mais on peut le faire.
Sur le ratio d'encadrement, Annie Vidal, Julien, sur l'application d'Inter, directeur d'EHPAD, ce ratio n'a pas évolué depuis dix ans alors que la dépendance accompagnée a fortement évolué. Le système est à bout, dit-il. Que lui répondez-vous ?
J'entends ce qu'il dit sur le ratio d'encadrement. Je voudrais quand même préciser que nous avons inscrit dans la loi de finances de sécurité sociale une trajectoire de recrutement de 50 000 postes d'ici 2027, ce qui nous permettra, à échéance de 2027, d'atteindre un ratio de 0,75, donc près de 0,8. Il faudra forcément poursuivre cette trajectoire de recrutement. Donc, il y a eu des évolutions malgré tout. Il y a eu également des revalorisations salariales à travers les mesures Ségur et à travers les mesures pour la branche du domicile. Donc, le ratio d'encadrement évolue, peut-être pas à la hauteur de la nécessité, mais il évolue malgré tout.
Juste un mot, en dix secondes, qu'est-ce que ça dit, le succès de Maisons de retraite, le film de Kev Adams, qui a été diffusé sur TF1 en prime time dimanche, il y a une semaine et qui a fait sans doute le plus gros score d'audience pour une fiction. Qu'est-ce que ça dit ? Est-ce que ça vous fait sourire ? C'est un grand film populaire.
Victor Cassel. Non, alors en dix secondes, oui, ça dit. Moi, je m'en suis rendu compte depuis quelques mois, quelques années. Le regard quand même de la société sur le grand âge a changé. C'est-à-dire, moi, je vois de plus en plus de comédies au cinéma, mais aussi de pièces de théâtre. On m'a invité plusieurs fois à des pièces de théâtre, à des expositions photo sur le grand âge. On change notre regard et je pense que c'est très important. Annie Vidal.
Ça nous dit ce que sont nos aînés avec tout ce qu'ils ont à nous transmettre. Et ça nous dit aussi qu'ils sont notre histoire collective et individuelle. Et ça me dit que nous devons, nous avons le devoir de leur offrir les conditions du bien vieillir et de respecter leur choix de vie. Laurent Guillot, alors pour le coup, la maison de retraite de Kev Adams, elle fait sans doute plus rêver que Corpea, parce que c'est un peu la maison du bonheur. Vous avez tant, vous devriez venir visiter nos maisons. On a des belles maisons aussi. Je pense surtout que c'est un enjeu de société qui est absolument majeur que de s'occuper de l'ensemble des plus fragiles d'entre nous, dont les personnes âgées.
Merci à tous les trois. Annie Vidal, Victor Castané, Laurent Guillot.