François Ruffin : "Le point central de la police doit être d’instaurer de la confiance avec le citoyen"
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Nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 le député La France Insoumise de la Somme. Questions et réactions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Après des semaines de polémiques politiques, après les critiques des défenseurs des libertés publiques, la mobilisation des collectifs de journalistes, après les manifestations du week-end, dernier un peu partout en France, le gouvernement a donc changé de pied et l'article 24 de la loi sécurité globale sera intégralement réécrit. Il était mal formulé, a dit le patron des députés LREM à l'Assemblée Nationale, Christophe Castaner.
Est-ce que, tout simplement, François Ruffin, le gouvernement a bien fait de reculer ?
Moi, en tout cas, je vais vous dire, ce que je ne comprends pas, c'est qu'au printemps, on a eu l'affaire Cédric Chouvia, un livreur ordinaire qui se retrouve à subir un contrôle d'identité, qu'il a été écrasé par trois policiers, en décède. Et ce qui permet que ça existe dans l'espace public, ce sont à l'époque des petits téléphones qui filment ça. Quand la loi qui vient après ce fait divers tragique, c'est la décision par le gouvernement de supprimer la possibilité de filmer les policiers, de diffuser, soyons précis. Oui, oui, mais enfin bon, on sait ce que ça va donner à l'arrivée.
De toute manière, ils vont la retirer, mais c'était une interdiction diffusée.
Je veux dire, moi, j'attendrai de ce fait divers et de l'histoire de la police ces dernières années, avec tout ce qui se passait sur la crise des Gilets jaunes, d'autres réactions et d'autres réformes, que juste, on interdit de filmer. C'est pas... On est à côté de la plaque.
On n'interdit pas de filmer. On répète cet article 24, mais parce que... Non, non, mais ils ont aussi joué sur les mots. Gérald Darmanin avait laissé entendre qu'il y avait du floutage. C'est interdire la diffusion malveillante, avec une intention malveillante, des policiers en action. Mais vous avez publié, François Ruffin, en septembre, un court livre intitulé « Que faire de la police ? » qui s'inspirait notamment de la mort de Cédric Chouvia. On va en parler dans un instant avec vos préconisations pour la police. Mais sur le fond de cet article 24, « Le fait de vouloir protéger la vie privée des policiers, n'est-ce pas recevable ?
» Quant à l'ère des réseaux sociaux, le visage du policier, son nom, son adresse peuvent être divulgués. N'est-ce pas légitime pour le législateur, pour le gouvernement, de se saisir du problème ? Ou non, il n'y a pas de problème circulé, il n'y a rien à voir ?
En tout cas, il faut apporter d'autres réponses. Quand il y a quelque chose qui se produit, comme Cédric Chouvia, on ne peut pas avoir un projet dont le seul but est de limiter. Parce que vous savez, une fois qu'on dit que c'est la diffusion qui est interdite, sur le terrain, très concrètement, aujourd'hui, d'ores et déjà, les policiers ne sont pas très bienveillants quand on les filme. C'est déjà le cas. Donc, ça veut dire quoi ? Ça serait à traduire en une interdiction de filmer. Or, malheureusement, je dis bien malheureusement, il y a un concept qui devrait être au cœur de ce qui se passe sur la police, c'est le concept de redevabilité. C'est-à-dire, à qui la police rend compte ?
Aujourd'hui, la police ne rend pas compte devant le Parlement. La police rend peu compte devant la presse. La police ne rend pas compte devant une institution indépendante. Donc, la seule redevabilité externe de la police, aujourd'hui, c'est par ce petit téléphone. Donc, supprimer la seule redevabilité externe, or, si demain on veut améliorer le fonctionnement de la police, ça passe centralement par la redevabilité. C'est-à-dire, rendre des comptes à l'extérieur de l'institution. Non pas rendre des comptes à l'IGPN, ou rendre des comptes au ministère de l'Intérieur, qui appartiennent à la même institution et qui la protègent, quelque part, mais rendre des comptes à l'extérieur.
On avait ce petit outil technologique qui est apparu. Je pense que la première mesure ne doit pas être de le supprimer, mais au contraire, de se demander comment on fait pour qu'il y ait davantage de redevabilité à l'égard des citoyens du pays.
Alors, je voudrais tout de même prolonger la question de Léa. Après l'article 24 de la loi de sécurité globale, l'article 25 du projet de loi sur le séparatisme visera également à protéger l'ensemble des agents publics, et non plus seulement les policiers, contre la diffusion d'informations relatives à leur vie privée sur les réseaux sociaux. Cet article vient en débat après l'assassinat de Samuel Paty, dont le nom et l'adresse avaient été jetés en pâture sur les réseaux. Donc, je vous repose la question. Là encore, faut-il s'emparer de ces sujets, François Ruffin, ou au nom de la liberté d'expression, laisser à la haine le droit de se déverser ?
Non, mais évidemment que non. Je pense qu'on n'a pas envie que votre nom, votre adresse, votre numéro de téléphone circulent sur les réseaux sociaux, que vous soyez journaliste, que vous soyez enseignant, ou que vous soyez policier. Maintenant, je veux dire, moi je veux poser la question de qu'est-ce qu'on fait la police ? Que faire de la police ? Quel est le but aujourd'hui de la police ? On n'a pas, le point central, c'est que depuis deux ans, notamment depuis le lancement de la crise des Gilets jaunes, il n'y a pas un ministère qui vient guider la police, on la suit. Moi, ce que je pose comme but central de la police, c'est l'institution de la confiance.
On doit former la police à établir de la confiance avec le citoyen. Une confiance qui s'est brisée dans la durée dans les quartiers populaires et qui, plus généralement, s'est érodée en France depuis la crise des Gilets jaunes. Et ces petits articles pris les uns après les autres, ce n'est pas ça qui permet de résoudre la crise de confiance.
Justement, Gérald Darmanin, devant la commission des lois de l'Assemblée, a reconnu sept péchés capitaux au sein de la police, parmi lesquels l'insuffisance ou la vétusté du matériel, une hiérarchie trop insuffisante en nombre, avec des conséquences sur l'encadrement des policiers sur le terrain. Il a dit qu'il n'y avait pas assez de chefs. Il n'exclut pas de placer à la tête de l'IGPN une personnalité indépendante qui ne soit pas issue des rangs des policiers. Donc, pas d'indépendance de l'IGPN, mais quelqu'un d'autre qu'un policier à la tête de l'IGPN. Est-ce que ce que vous avez entendu du ministre de l'Intérieur va dans le bon sens, François Ruffin ?
D'abord, je ne voudrais pas qu'on soit comme des espèces de poissons rouges, vous savez, on fait un tour dans le bocal et puis on passe à un autre sujet.
Non, c'est pour ça qu'on y revient longuement.
Mais je veux dire, il va falloir, si on veut une réforme de la police dans ce pays, il va falloir la porter dans la durée et pas que ça s'efface au bout d'une semaine, quinze jours et ainsi de suite. Moi, il y a encore, le mois dernier dans le budget, je posais centralement la question de la formation, de la formation initiale et de la formation continue. On se moquait de moi, parce qu'on est dans l'opposition et tout ça. Et finalement, c'est plus ou moins repris par le ministre. Je ne vais pas être contre. Par contre, c'est à quoi on forme. Et est-ce qu'on forme juste à la technique et à du juridique ? Ce n'est pas ça seulement.
Pour moi, le métier de policier est avant tout un métier relationnel. C'est-à-dire établir des relations correctes avec le citoyen, dans la rue et ainsi de suite, qu'il y ait un... Or, aujourd'hui, ce que montrent les sociologues, c'est qu'il y a quasiment une incapacité à insérer des relations normales avec les citoyens. Les policiers ne sont pas formés à ça. Ils sont formés à du technique et à du juridique. Et il faut aller vers comment on instaure de la confiance dans la société. Vous pensez à la police de proximité ? C'est ce type de police que vous avez en tête ? Par exemple, je veux dire, aujourd'hui, il n'y a pas de cap à la police. Le dernier ministre...
Les derniers ministres qui ont donné un cap à la police française, c'était Jean-Pierre Chevènement avec la police de proximité et Nicolas Sarkozy avec la police du chiffre du résultat immédiat. Mais depuis, on n'a pas de cap qui est donné à la police. À quoi elle sert ? Eh bien, je dis, le point central de la police doit être d'instaurer de la confiance avec le citoyen. Et y compris les services d'intervention. Mais voilà. Et aujourd'hui, ce n'est pas fondé, ce n'est pas ce qui apparaît comme étant le point central. Le but qui est visé. Ce n'est pas du tout ça. Par exemple, on doit se poser la place du contrôle d'identité dans la police française.
C'est-à-dire que la police française, quand on la compare avec l'international, elle procède à beaucoup, beaucoup plus de contrôle d'identité et encore plus sur les minorités que les pays qui nous entourent. Donc là, il y a deux biais. Or, c'est vécu par la police comme étant un acte banal, le contrôle d'identité. À tel point que c'est banal que, quand on rentre au commissariat, on n'en rend même pas compte à son supérieur hiérarchique. On ne tient pas compte. Il n'y a aucune statistique du nombre de contrôles d'identité effectués. Or, pour les citoyens qui le victent, ce n'est pas un acte banal.
Et donc, quelle est votre préconisation, par exemple ? C'est de remettre le récépissier, le fameux... C'est un serpent de mer que François Hollande avait promis qu'il n'a pas fait par l'opposition des policiers. C'est qu'à chaque fois qu'on se fait contrôler, on nous donne un papier, c'est ça ? C'est possible.
Ça serait une mesure technique. Maintenant, je le redis, c'est qu'est-ce qu'on veut faire de la police ? Ça veut dire que dans les années de formation initiale, puis dans la formation continue, on se dit si on va procéder à des contrôles d'identité, quel est le but ? Pourquoi on le fait ? Est-ce qu'on doit le faire comme ça ? Et on doit en rendre compte à son supérieur hiérarchique. Et s'il y a eu des problèmes, on doit en rendre compte aussi.
Gérald Darmanin a promis l'installation de caméras piétons pour tous les policiers au 1er juillet prochain. Je rappelle que ce sont donc des caméras portées par les policiers qui filment tout lorsqu'ils sont en service. Est-ce que la généralisation, François Ruffin, d'un dispositif de ce genre, avec la transparence qu'il permet, est une bonne chose ?
Peut-être que ça peut aider, mais je crois très peu que ce sera seulement des dispositifs techniques qui vont permettre de résoudre cette question-là. Aujourd'hui, c'est, je le redis, qu'est-ce qu'on veut faire de la police ? Quel est le but visé par la police ? Aujourd'hui, il n'y a pas de cap qui est fixé là-dessus. Je veux même replacer le débat de manière plus générale pour vous dire qu'est-ce qui me guide, moi, dans la période qu'on vit, et au moins depuis la crise des Gilets jaunes, voire depuis Nuit Debout. Je pense qu'on est dans un moment que Gramsci appelle le détachement de l'idéologie dominante.
C'est-à-dire que des mots comme concurrence, croissance, mondialisation, ne sont plus du tout des mots qui font envie. Dans ces moments-là, le pouvoir, ne pouvant plus gouverner, ne pouvant plus diriger, se met à dominer. Et à la place d'entraîner la société par l'envie, par l'enthousiasme, il l'entraîne par la force de coercition. Voilà dans quel temps on se trouve.
D'où la centralité de la police qui se retrouve en première ligne pendant Nuit Debout, qui se retrouve en première ligne dans le mouvement des Gilets jaunes, parce qu'on ne parvient plus à entraîner la société vers un cap par l'envie et l'enthousiasme, mais on remplace ça par du bâton, y compris pendant le temps de crise sanitaire, qui est géré essentiellement par des mesures policières.
L'évacuation musclée de 500 migrants qui s'étaient installés, place de la République à Paris lundi dernier, a fait polémique. Une fois la polémique retombée, qu'est-ce qu'on fait de ces migrants, François Ruffin ? Par exemple, ceux qui n'ont pas le droit à l'asile, qui sont déboutés, ils peuvent rester sur le territoire ou ils doivent être reconduits aux frontières ?
Je pense qu'il y a un devoir d'humanité à avoir. Maintenant, surtout ce qu'il faut revoir dans tout ça, ce sont les accords de Dublin. Tant qu'on n'aura pas revu les accords de Dublin, on va se retrouver incapables de gérer tous ces dossiers. Donc la priorité pour moi est de continuer à revoir les accords de Dublin.
Oui, d'accord. Mais par exemple, Arnaud Montebourg dit qu'il faut remettre des frontières nationales. Est-ce que vous y êtes favorable ? Oui, je suis favorable au retour des frontières nationales, pas seulement européennes.
Moi, je suis favorable au retour des frontières sur capitaux, marchandises et personnes. Mais je suis favorable au retour des frontières aussi pour les gens du Nord qui vont voyager partout dans le monde. Je pense qu'il faut... Là, j'aborde un autre sujet. Mais il faut poser des limites aussi à la circulation tous azimuts des personnes. Oui.
Il ne faut plus circuler librement.
Oui. En Europe, il faut poser des limites. Il faut poser des limites. On ne doit pas...
Des limites à l'accueil du nombre de réfugiés, des limites... Donc vous êtes quelqu'un qui n'est pas universaliste de ce point de vue-là, comme la gauche l'est.
Ce n'est pas universaliste de dire que... En tout cas, je pense que les frontières ne sont pas quelque chose de négatif. Les frontières permettent de se construire aussi.
On va aller aux standards de France Inter. Bonjour Jean-Marc. Bonjour. On vous écoute.
Merci de prendre ma question. Je vous en prie. J'espère que, contrairement à la dernière fois, vous n'allez pas me couper en prétextant que je suis hors sujet, parce que vos invités avaient ensuite démontré que c'était bien dans le sujet.
Vous avez raison et je vous présente mes excuses a posteriori. Alors allez-y Jean-Marc.
Je suis très content de parler directement à M. Ruffin. Je vous estime beaucoup. Je vais parler vite pour ne pas prendre trop de temps. En fait, j'ai deux questions. La première, c'est allez-vous tout faire pour qu'il y ait une vraie alliance de vraie gauche à la présidentielle, pour qu'on n'ait pas Macron-Le Pen au deuxième tour, parce qu'on est plusieurs à vouloir se pendre dans ce cas-là. Et la deuxième, c'est que vous avez vu le dernier discours du président. Il nous a fait tout le détail du plan de déconfinement, mais il n'a pas parlé d'un seul moment de l'hôpital et des masques pour les enfants, par exemple.
Alors d'après ce qu'il nous a dit, lui-même, après nous avoir dit qu'on était prêts pour la deuxième vague, on nous a reconfinés toujours pour la même raison, pour ne pas engorger l'hôpital. Donc si l'hôpital était plus fort, on ne nous aurait pas enfermés à nouveau. Aucun lit n'a été ouvert après le premier confinement. Des services d'urgence sont même fermés. Il nous a annoncé un grand plan pour l'hôpital, il a roulé ça dans la farine. Après, il nous fait peser ses mauvais choix sur nos libertés jusqu'à nos enfants en leur mettant un masque. Il y a des études sur la dangerosité physique et psychique qui s'avèrent inutiles en plus, puisqu'ils l'utilisent forcément mal, les enfants.
Hier, nos enfants n'étaient obligés de le porter qu'à l'école. Maintenant, alors qu'on déconfine, c'est en plus obligatoire dans les magasins et tous les lieux publics.
Mon cher Jean-Marc, je ne veux pas vous censurer, évidemment, mais vous coupez, il y a d'autres auditeurs au standard. Il y avait deux questions, les uns en tête. Je vous remercie de les avoir posés. François Ruffin y répond. D'abord, sur la présidentielle et la gauche, je précise qu'il y a énormément de questions sur ce thème au standard ce matin.
Je pense qu'on a un devoir qui est de tout faire pour ouvrir un chemin entre l'extrême droite et l'extrême argent. C'est ce que j'ai dit constamment. Donc voilà, on fera ce qu'on peut maintenant. C'est vrai que moi, je n'ai pas envie d'être centré là maintenant sur les questions de présidentielle, présidentielle, présidentielle. Je n'ai pas envie que la vie des grands remplace la vie des gens. Et je veux continuer à être le porte-parole des sans voix.
Jean-Luc Mélenchon a déclaré sa candidature pour 2022. Est-il votre candidat, François Ruffin ?
Je le redis. Moi, je me donne... Je me suis fait dix commandements. Vous savez, c'est la première fois que je vis une campagne présidentielle. Parce que jusqu'à maintenant, la dernière, j'étais petit reporter en Picardie après la sortie de Merci Patron. Mais moi, je me suis fait dix commandements. Et le premier, c'est jusqu'à l'été, tu te tairas. Donc si vous voulez, vous me réinviterez à l'été. Mais pour l'instant, c'est...
Donc jusqu'à l'été, vous n'apportez pas votre soutien à Jean-Luc Mélenchon ?
Pour l'instant, c'est des gens, tu parleras, des gens, tu parleras, des gens, tu parleras.
D'accord. Mais vous le soutenez ou pas ? Parce que ce que je veux dire, c'est que tous les insoumis se sont réjouis de sa déclaration de candidature. Et pas vous. Alors pourquoi ? Il y a un problème ?
J'ai juste... Non, il n'y a aucun problème. Alors je vous assure que vous pourrez chercher. J'ai encore discuté avec lui hier. Maintenant, je le redis, 2022, c'est loin. Jean-Luc Mélenchon est la personnalité de gauche qui est la plus populaire. Moi, je demande juste, pour moi, chacun son rôle. Lui, je comprends qu'il parte tôt. Parce que par tant de crises sanitaires pour mener une campagne, ça va être bien compliqué. Moi, il nous reste un an et demi à vivre avant la présidentielle.
Je veux, pendant les six mois à venir, porter la voix des femmes de ménage, porter la voix des auxiliaires de vie sociale, porter la voix des assistantes maternelles, porter la voix des accompagnants d'enfants en situation de handicap, porter la voix des livreurs, porter la voix des caissières. Vous savez, j'ai passé tout le budget pendant un mois à parler de ça. Et si je n'avais pas été là pour prononcer le mot assistante maternelle, pendant tout ce mois-là, le mot n'était pas prononcé.
Mais vous pourriez parfaitement défendre les gens, comme vous dites,
et dire votre soutien à Jean-Luc Mélenchon. Je pense que des fois, ça fait écran. Moi, je viens ici, vous voyez, je veux prononcer le mot assistante maternelle. Quand on pense qu'au printemps dernier, le président de la République nous disait qu'il faudra se rappeler que notre pays tient tout entier sur ces femmes et ces hommes que nos économies rémunèrent et reconnaissent si mal. On est maintenant 6 mois, 8 mois derrière. Je ne vois rien qu'il a fait en direction de tous ces métiers-là pour les reconnaître davantage.
Une question sur l'application France Inter. Elle nous vient de Benjamin. Il vous tutoie. Peux-tu dire un mot sur la situation des clubs de foot et le sport amateur en général ? Bonne journée. Là, on est sur les conséquences de la crise sanitaire.
Moi, très personnellement, je ne joue plus dimanche. Et j'en suis frustré. Et le pire, je pense, c'est que mes gosses ne jouent pas non plus au hand ou à autre chose. Je suis séduite. Et en plus, je viens d'apprendre que je dois annuler ma réservation à Kstat pour mes vacances d'hiver. Donc, voilà.
Alors, justement, les stations de ski ouvertes, mais les remontées de ski fermées, c'est la décision du gouvernement pour mesures sanitaires. Vous la comprenez ?
On peut tout comprendre. Je veux dire, ça peut se comprendre que ce soit un des clusters possibles pour faire repartir le virus. Moi, ce que je vois dans tout ça, c'est à quel point le gouvernement et le chef de l'État peuvent être très marqués sur les libertés privées. C'est-à-dire que là, vous n'irez plus à l'étranger pour faire du ski. Bon, moi, je n'ai pas réservé un Kstat.
C'est bien de le préciser. En fait, Emmanuel Macron veut des mesures restrictives et dissuasives pour dissuader les Français d'aller en Suisse skier. Il dit, je fais ça pour protéger les stations de ski françaises.
Oui, mais bon, on voit comment le gouvernement et le chef de l'État peuvent être extrêmement intrusifs sur notre vie privée. Sur, vous n'irez plus pisser à plus d'un kilomètre de chez vous pour faire du jogging. Ah, on étend à 20 kilomètres. Vous avez de la chance. Et en revanche, quand ça touche la liberté économique, là, on ne peut rien faire. Bridgestone, fermeture de Bridgestone. Si on se met à dire qu'il ne faut plus un pneu Bridgestone vendu à France, non, ce n'est pas possible. Et c'est l'impuissance.
Mais vous le savez, ça a culminé pendant le budget, avec une ministre qui est venue nous dire, pourtant c'était un amendement porté par En Marche sur la fusion, enfin, le rachat à l'OPA hostile de Veolia sur Suez. Un député marcheur dit qu'on ne doit pas faire d'OPA hostile par temps de crise sanitaire. Et la réponse de la ministre a été de dire que ça serait une restriction excessive des libertés. Si on interdisait les OPA hostile par temps de crise sanitaire, nous, ça ne les dérange pas de nous interdire d'aller balader notre chien à plus d'un kilomètre de chez nous, de nous forcer à faire des papiers pour sortir, et je ne le conteste pas.
Mais en revanche, on voit que dès qu'ils sont face à des multinationales, dès qu'il s'agit de liberté économique, là, c'est un espèce de domaine sacré. Et moi, je pense qu'aujourd'hui, il faut avoir un État qui ne soit pas seulement un fauve face aux citoyens, mais qui est là, qui devienne une carpette face aux multinationales. Et donc, je demande à un État qui soit fort aussi face aux multinationales.
François Ruffin, vous allez vous faire vacciner ?
Je l'ai dit, je me ferai vacciner, non pas pour moi, parce que je pense que quand on regarde les taux de létalité dans ma tranche d'âge, quand on est plutôt en bonne santé, c'est faible. Mais si jamais ça apparaît nécessaire pour protéger mon entourage, protéger mes parents, protéger les gens que je croise, j'irai me faire vacciner.
Et est-ce que vous avez le sentiment, le gouvernement dit, on sera prêt pour la grande campagne de vaccination, on sera prêt pour les vaccins ? Est-ce que vous avez le sentiment que le gouvernement sera prêt ?
D'abord, j'espère qu'ils seront un peu mieux préparés pour ce qui est des tests. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est de se dire que, pour l'instant, on ne sait rien sur ces vaccins. Il y a zéro homologation. Les études, elles ne sont pas rendues publiques, donc il faut espérer qu'on aura tous les protocoles qui seront remis, non seulement entre les mains des pouvoirs publics, mais éventuellement aussi lisibles par les citoyens. On ne sait pas, ces différents vaccins, s'ils sont bons pour les personnes âgées, s'ils sont bons pour les gens d'un âge normal. On ne sait rien du tout.
Donc, là, je m'appuie sur ce qui est des déclarations de l'observatoire pour la transparence du médicament. Et ce que je réclame d'abord, c'est la transparence. Et c'est vrai, je lance l'alerte, mais quand ça commence, cette transparence, par nous nommer un monsieur vaccin, Louis-Charles Viosa, qui, quand on lit son CV simplement sur LinkedIn, je n'ai pas fait des recherches formidables, on voit que le gars, Énarc, passé par l'Inspection Générale des Affaires Sociales, il passe 5 ans, près de 5 ans, comme chef des lobbyistes pour Eubot, à démarcher les gouvernements à la fois américains et européens.
Eubot, c'est un laboratoire pharmaceutique.
Pour un géant de l'industrie pharmaceutique, il est le lobbyiste et il revient pantouflage dans un sens, rétro-plantouflage dans l'autre, pour être nommé monsieur vaccin du gouvernement.
Alors là, le ministère de la Santé dit qu'il n'est pas monsieur vaccin, qu'il est un des rouages de l'organisation, du lancement de cette campagne de vaccination.
Mais disons que comme il a fait une petite équipe sur ce point du CV et que maintenant il apparaît publiquement, on nous dit que ce n'est finalement plus le monsieur vaccin numéro 1. Moi, si c'est lui qui doit aller négocier les vaccins, le tarif des vaccins, le coût que ça peut avoir, alors que la puissance publique met déjà des centaines de millions et en vérité dans la durée des milliards pour l'industrie pharmaceutique, j'interroge.
Il y a un versant économique, évidemment, à cette course aux vaccins. La Bourse de Paris a bondi de 20% en novembre, c'est colossal et c'est un record. Les investisseurs sont optimistes précisément car les vaccins anti-Covid sont bientôt disponibles et qu'ils vont donc permettre à l'économie de repartir. Est-ce que, tout simplement, vous vous réjouissez de ce fort rebond de l'économie attendu en 2021, plus 6% de PIB pour 6 points de PIB pour la France selon l'OCDE ce matin, François Ruffin ?
Moi, vous savez, quand j'entends que ça repart, que ça relance, que ça rebondit, tant mieux sans doute pour un certain nombre d'emplois. Maintenant, moi, j'aimerais qu'on change de direction. Aujourd'hui, on fonce, mais on fonce droit dans le mur, si on reprend la croissance économique et ainsi de suite. Ce que je vois, c'est qu'on nous annonce que 70% des vertébrés ont disparu durant ma seule génération. Qu'est-ce qui va rester à nos gosses ? Je veux dire, je pense qu'on ne peut pas être dans le temps présent sans avoir, comme paysage mental, cette forte conscience du choc qu'on est en train de vivre.
Et pour moi, je vais vous dire, le fond de ma pensée, c'est que je vis cette crise sanitaire et ce Covid comme étant seulement un prémice de ce que nous allons avoir à traverser. C'est-à-dire ? C'est-à-dire que le choc climatique va faire qu'on va avoir des crises en série. Et du coup, ça m'interroge sur la réponse qu'on a à ça. Est-ce qu'on a une réponse qui est une réponse autoritaire ou est-ce qu'on a une réponse qui est démocratique à ce type d'enjeux ?
Alors, François Ruffin, une dernière question parce que vous vous êtes mobilisé pour elle. Vous avez demandé le 18 novembre, avec 68 autres députés de tous bords politiques, le versement d'un 13e mois aux femmes de ménage travaillant à l'Assemblée nationale. Le premier caisseur de l'Assemblée, le député La République En Marche, Florian Bachelier, a estimé que vous vous moquiez du monde. Il dit vous avoir demandé un cahier des charges idéal pour les entreprises prestataires des femmes de ménage, mais vous n'avez rien fait. Et dit-il, c'est plus facile de faire des vidéos de YouTube que de travailler. Vous répondez quoi à ça ?
Moi, je n'ai pas envie de polémiquer avec M. Bachelier, vous voyez. Simplement, dans l'hémicycle, j'ai demandé l'inversement d'un 13e mois aux femmes de ménage. Vous savez que je suis engagé sur ce dossier dans la durée. J'ai un dossier qui est épais comme ça chez moi. Bon, M. Bachelier qui était présent m'a dit qu'elles avaient un 13e mois. J'ai été voir leur fiche de paye et elles n'ont pas de 13e mois. Donc simplement, je demande à M. Bachelier de mettre ses actes en accord avec ses propos et de maintenant procéder au versement d'un 13e mois pour les femmes de ménage de l'Assemblée nationale.
Il faut imaginer qu'on est dans une maison où les députés sont payés 5 800 euros, où tout le monde est bien payé là-dedans. Et on a des femmes de ménage qui se lèvent à 4 heures du matin, en 3e couronne de la région parisienne à Mantes, qui prennent d'abord le bus, qui prennent le train, qui prennent ensuite le métro, qui arrivent pour 3 heures de ménage payé 10 euros et qui se retrouvent à la fin des mois avec des fiches de salaire entre 600 et 800 euros par mois. Je veux dire, on ne peut pas, c'est une situation qui est indécente. On devrait avoir honte de cette situation-là. Et donc simplement, je demande à ce qu'on résolve un peu ça.
Allez, dernière question, ce sera une réaction à Jean Castex qui vient d'annoncer que des contrôles aléatoires seront instaurés aux frontières avec les pays où les stations de ski fonctionneront normalement, avec possibilité de mise en isolement, donc quarantaine si vous allez faire du ski en Suisse, traduction.
Moi, je voudrais bien qu'il y ait des contrôles à l'entrée de nos frontières sur les pneus en provenance de l'Asie, par exemple. Puisque Agnès Pagnon-Renachier nous a parlé du pneu asiatique comme si c'était une espèce de fléau naturel comme le frolon, alors que c'était politiquement et économiquement organisé. Donc si on est capable de le faire sur les gens qui vont skier à l'étranger, et ce n'est pas mes copains qui vont skier a priori en Suisse, mais si on est capable de faire ça, je ne vois pas pourquoi on n'est pas capable de le faire sur des conteneurs avec des pneus, par exemple.
François Ruffin, merci. Député La France Insoumise de la Somme. Merci d'avoir été ce matin au micro d'inter.
François Ruffin