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interviewRadio J — L'interview politique· 19 janvier 2024 12 min

Céline Calvez - Le Barbier du matin du 19/01/24

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Céline Calvez

Christine Calvez, bonjour. Bonjour. Et bienvenue, on va beaucoup parler d'éducation. Un mot pour commencer de ce qui est arrivé à la fille d'Alexis Corbière et Raquel Garrido, deux députés de la France Insoumise. Elle a été mise en garde à vue, soupçonnée d'apologie du terrorisme, la tenue des propos antisémites sur les réseaux sociaux. Est-ce que c'est la faute aux parents ? Est-ce que c'est pour vous un fait politique ?

0:24
Présentateur

Surtout, ça montre et ça rappelle à tout le monde que l'antisémitisme ou l'apologie du terrorisme, c'est interdit. Et que l'on peut effectivement être en garde à vue, et ça rappelle que c'est interdit. Par rapport à le lien entre les parents et les enfants, quand les enfants se montrent soupçonnés ou coupables de tels faits, il ne faut pas forcément en faire des attaques politiques par rapport à ces deux députés. Par contre, ça pose la question de la mise en place d'une culture qui pourrait prôner ce manque de tolérance. Il y a un bain idéologique ? Je ne sais pas s'il y a un bain idéologique.

En tout cas, ce que je constate, c'est qu'il y a parfois un bain idéologique en France et qu'on ne cesse de combattre. Et on renforce toute cette lutte contre les discriminations, contre le racisme, contre l'antisémitisme. C'est quelque chose auquel on tient énormément. Et cette affaire illustre que l'on doit et que l'on peut, avec la justice et la police, mettre un terme à ces agissements.

1:21
Céline Calvez

Vous avez entendu Myriam Barouk habillée pour l'hiver, Rachid Haddati, la nouvelle ministre de la culture. Il se trouve que vous lui avez posé à Rachid Haddati sa première question à l'Assemblée nationale, ce qu'on appelle les questions au gouvernement, en tant que ministre. Quel a été votre sentiment ? A-t-elle bien répondu ?

1:35
Présentateur

Moi, surtout, ce que je voulais, et c'était ma première question aussi pour l'année 2024, et je souhaite tous mes vœux aux auditeurs et aux auditrices pour cette belle année, c'était de rappeler que si la ministre, dans son discours, a bien parlé de l'accès à la culture, pour toutes et partout, et bien de rappeler aussi que depuis 2017, on avait mis en place, par le pass culture ou par l'éducation artistique et culturelle, des solutions pour le permettre. Mais il faut encore aller plus loin. Alors, sa compatibilité, Rachid Haddati, elle va pouvoir le mettre au profit de cette grande cause. Cette grande cause, c'est de se dire que la culture, c'est pour tout le monde.

Et on est tous porteurs de culture. Moi, c'est quelque chose que je veux vraiment en dire, c'est qu'il n'y a pas une culture descendante, c'est qu'on est tous un agent culturel. Et cette approche participative, ça a été illustré hier par le déplacement de Rachid Haddati et du président de la République à Clichy-sous-Bois, pas le Clichy de ma circonscription, mais le Clichy du 93, avec ce projet autour des ateliers Médicis, où on a aussi bien de la création que de la participation avec les habitants pour créer un lieu, un lieu culturel.

2:35
Céline Calvez

C'est-à-dire que c'est par le bas que la culture se crée, mais est-ce que ça ne va pas enfermer ces gens de milieu populaire dans leur culture, comme une sorte d'enfermement ?

2:45
Présentateur

Justement, la culture et la reconnaissance d'une culture populaire, c'est au contraire pouvoir faire des ponts entre une culture plus classique et ce qu'on reconnaîtrait comme culture populaire.

2:55
Céline Calvez

On la valorise.

2:55
Présentateur

Moi, je pense qu'on doit la valoriser et on doit la cultiver, parce que ça permet de co-créer. Hier, aux ateliers Médicis, on a pu aussi bien avoir des démonstrations de hip-hop qu'un concert classique. En fait, c'est ce qu'on retrouve aussi partout et ce qu'on veut faire partout. Et faire des ponts. En fait, je prends un exemple, le hip-hop symphonique s'est mis en place depuis 6-7 ans par Radio France et ça fait se croiser des acteurs du hip-hop. Et puis, les orchestres symphoniques de Radio France, c'est un formidable... Ça veut dire qu'on peut se rencontrer, on peut avoir une culture classique, mais on peut aussi découvrir des phrasés, du slam.

Et en fait, ça fait quelque chose de bien et ça peut nous réunir. Donc, cet accès à la culture, c'est aussi une reconnaissance. C'est la construction de notre identité commune française. On a besoin d'avoir des repères communs. Donc, il va falloir les construire. Et les célébrations de 2024, que ce soit Notre-Dame ou que ce soit les Jeux Olympiques, ça va nous permettre aussi de faire se croiser ces différentes influences et ces différentes joies.

3:52
Céline Calvez

Votre domaine de spécialité, l'éducation, est sous les feux de la rampe depuis l'arrivée de la nouvelle ministre Amélie Oudea-Castera. Est-ce que vous la jugez apte à remplir sa mission compte tenu de l'incident, de la polémique qui a eu lieu entre elle et les syndicats depuis son arrivée ?

4:05
Présentateur

Amélie Oudea-Castera, moi, je l'ai vue aux manettes du ministère des Sports et des JO depuis qu'elle a été nommée. Et je peux vous dire qu'elle est tenace et courageuse parce qu'il a fallu affronter beaucoup de défis. L'organisation des Jeux Olympiques s'en est un. Des défis aussi pour soulever des questions de violence ou de manque d'éthique dans les gouvernances de fédérations.

4:26
Céline Calvez

Elle a cassé les forteresses, c'est évident.

4:27
Présentateur

Oui, et ça, franchement, il faut avoir le courage de le faire. Voilà. Donc, je pense que cette capacité à être courageuse et assez tenace, c'est important quand on doit relever aussi les défis de l'école. Alors, effectivement, ce n'a pas forcément commencé comme ça aurait dû l'être. Mais je pense qu'on a à cœur de faire réussir le défi éducatif et de soutenir tout ce qui ira dans ce bon sens.

4:49
Céline Calvez

Mais vous les connaissez bien, les syndicats de l'éducation nationale. Ils sont particulièrement rudes. Il y a une grève la semaine prochaine, dans deux semaines, déjà programmée. Est-ce qu'on peut se remettre de ça ?

4:58
Présentateur

On peut se remettre de ça en aussi invitant les syndicats à reconnaître que derrière le certain apaisement des derniers mois, et notamment aussi avec l'arrivée de Gabriel Attal, il y a eu une vraiment grande attention portée aux défis éducatifs. En fait, aujourd'hui, l'éducation, au même titre que d'autres ministères et d'autres défis, on peut le considérer que c'est régalien. Parce que, en fait, c'est le ministère de l'avenir. C'est le ministère qui va aller à former le citoyen, mais aussi à celui qui va être l'agent économique de demain. Et puis, finalement, on doit tous être autour. Moi, je pense qu'on peut renouer un certain dialogue et on sera aux côtés du gouvernement pour le rappeler.

On a un Premier ministre, Gabriel Attal, qui a fait et a dit qu'il ramenait le cause de l'école à Matignon. Il aura à cœur de regarder. Et on sera tous aussi, je pense, là, à lui demander des comptes par rapport aussi à ce qu'il a pu annoncer et commencer à mettre en place.

5:56
Céline Calvez

Si c'est régalien, ça veut dire que le président doit s'en occuper aussi. C'est à lui aussi de recevoir les syndicats, d'incarner cette politique éducative ?

6:04
Présentateur

Recevoir les syndicats, je ne sais pas, mais il l'incarne complètement. Lors de sa conférence de presse cette semaine, il a commencé en parlant de l'école. Ça veut dire que ça consacre un rôle, l'éducation, primordial. Il s'en occupe, il n'a jamais dit qu'il ne s'en occuperait pas. Le Premier ministre s'en occupe également. Il y aura un gouvernement, il y a au Parlement aussi beaucoup de personnes qui s'en occupent également. Dont vous ? Il faudra donc un ministre délégué ou un secrétaire d'État puissant, fort ? Oui, il faut renforcer. On a fait le choix de refaire un grand ministère de l'émancipation en liant l'éducation, la jeunesse, le sport et les Jeux Olympiques.

C'était d'ailleurs le cas jusqu'en avril 2022. Mais donc, à remettre au cœur ce grand ministère, il faut aussi pouvoir le doter de ministres délégués ou de secrétaires d'État qui puissent épauler la ministre et l'ensemble du gouvernement à relever ces défis de l'éducation.

7:00
Céline Calvez

Alors, la polémique autour d'Amélie Oudéa-Castera a soulevé deux sujets de fond. Le premier, c'est l'école privée. L'école privée sous contrat, donc une partie de l'école publique. Vous sentez se réveiller une guerre des écoles comme il y a pu y avoir au début des années 80 ?

7:14
Présentateur

C'est vrai qu'on parle de guerre scolaire, de guerre des écoles et ça excite un peu tout le monde. Sauf que derrière, moi je pense que ça peut faire réfléchir sur la façon dont on alloue les moyens pour l'école privée, pour l'école publique. La façon dont sont respectés les contrats signés par les écoles qui sont liés comme ça à l'État. Il faut contrôler. Il faut contrôler. Il faut contrôler et il faut pouvoir non seulement respecter et assurer le choix des familles, mais aussi se dire que la question de l'école et les engagements que l'on prend, ce n'est pas seulement pour l'avenir de ses enfants, c'est aussi pour l'avenir de la nation. S'il y a liberté, il y a aussi responsabilité.

7:49
Céline Calvez

Stanislas, l'école privée qui est sous les feux de la rampe parce qu'Amélie Oudéa-Castera a scolarisé ses enfants, va être privée de subventions par la mairie de Paris à la suite d'un rapport sur des propos homophobes. Ça vous semble trop rapide, trop brutal comme décision ? Vous comprenez ça ?

8:02
Présentateur

Alors je pense que c'est à titre conservatoire. Tout à fait, c'est une suspension. C'est une suspension et c'est surtout un appel à ce que l'État, par rapport à l'enquête administrative qui a été vue et qui a été révélée notamment cette semaine, puisse éclairer la façon dont l'État va demander au collège et au lycée Stanislas de respecter une plus grande attention à pouvoir respecter les valeurs de la République. Et aujourd'hui, si des agissements ont été constatés, il faut qu'on soit sûr que ça n'existe plus.

8:36
Céline Calvez

Mettre ses enfants dans le privé, c'est aussi, pour les parents souvent, aller chercher la sécurité. Je pense notamment aux élèves de confession juive qui parfois dans le public ne sont plus en sécurité. Est-ce qu'on est vraiment conscient de ce problème dans l'État ?

8:48
Présentateur

Je pense qu'on est conscient, parce qu'on a constaté qu'il y avait un évitement pour plusieurs raisons, pas que des questions de sécurité. Il y a aussi des raisons parfois logistiques. On est conscient, ce qu'il faut faire aujourd'hui, c'est faire choisir les établissements publics ou en tout cas faire choisir la vie en commun. Et pour ça, il faut pouvoir assurer une qualité, un niveau d'excellence, un niveau de sécurité. Mais qu'on puisse faire ce choix. Encore une fois, la liberté de choix, elle est très importante. Il faut qu'on soit attaché à le préserver. Il ne faut pas nier les évitements de cartes scolaires. Il ne faut pas nier les raisons pour lesquelles le faire.

Mais moi, je regrette parfois qu'on soit, qu'il y ait moins de mixité dans les cours d'école qu'avant. Et mixité, je parle des filles, des garçons, des religions, des religieuses. Je pense que moi, j'ai eu la chance en Bretagne d'être dans une école publique où j'avais aussi bien des fils de médecins que des fils d'ouvriers. Je pense que ça m'a beaucoup appris de choses. Et moi, j'aimerais bien qu'on soit un peu plus dans une ouverture à la mixité.

9:53
Céline Calvez

Le problème, Odea Kassera, a aussi soulevé le sujet de l'absentéisme. Alors, est-ce que les profs sont trop absents ? Est-ce que notamment, ils devraient faire leur séance de formation hors du temps scolaire ?

10:02
Présentateur

On a réglé la question des absences à long terme. On doit encore régler celle des absences à court terme. Et les absences à court terme, c'était parfois, effectivement, quand vous alliez deux jours en formation, alors que c'était sur votre temps, normalement, devant élève. Il faut qu'on puisse organiser cela. Ce n'est pas seulement les formations, c'est aussi les réunions de coordination. Et pour autant, il faut qu'on puisse gérer le temps des élèves, mais aussi le temps des enseignants. Le temps des enseignants, il ne faut pas non plus venir bousculer complètement.

Moi, je pense qu'il y a une clé qu'on peut relever, c'est que les formations telles qu'elles sont faites, parfois, elles sont descendantes, elles ne correspondent pas forcément à ce que souhaiteraient et ce dont ont besoin les enseignants. Ils s'auto-forment beaucoup. Il faut qu'on puisse reconnaître le temps qu'ils puissent passer entre eux à s'auto-former. Et peut-être que des formations présentielles de deux jours, on peut faire des modules à distance, autrement, et ça peut faire avancer tout le monde et avoir des temps de présence entre élèves et enseignants en même temps. L'uniforme, ce qu'on appelle la tenue unique, vous êtes favorable ? Moi, je suis favorable à l'expérimentation.

11:05
Céline Calvez

Et on verra.

11:05
Présentateur

Et on verra. Quand Gabriel Attal lance l'expérimentation, c'est parce qu'il n'a pas de conviction étayée par des études sur la façon dont ça peut avoir des conséquences sur un meilleur résultat ou une meilleure entente et un meilleur climat. Là, aujourd'hui, c'est de dire, OK, l'État va mettre au pot avec les collectivités volontaires pour qu'on puisse, et de manière suivie, évaluer ce que donne l'uniforme. Il y a plusieurs, déjà, dizaines d'écoles ou même de villes qui se sont montrées, qui ont levé la main. Dans ma circonscription, à Levallois, le conseil municipal a voté le fait de pouvoir prétendre à cette expérimentation. Nous voyons. Et après, si généralisation il faut, pourquoi pas ?

Mais je pense que ce n'est qu'un moyen de pouvoir relever les défis de l'école. Un moyen, il y en a plein d'autres qu'on mettra en place.

11:55
Céline Calvez

Eh bien, vous viendrez en reparler. Céline Calvez, merci, bonne journée.

11:59
Présentateur

Merci. Merci beaucoup, Christophe Barbier. On vous retrouve, évidemment, comme chaque matin, et donc dès lundi, à 7h45.

12:05
Céline Calvez

Avec Elie Korshia, qui nous racontera son voyage en Israël. Il l'a évoqué avec vous tout à l'heure un petit peu.

12:09
Présentateur

Tout à fait, avec le magazine David Adom.