ProD2 : Une saison historique ! - En Avant l'Eco
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Vous voyez ce que ça fait déjà ? 1 million, Armina ? Où est l'argent ? Où est l'argent ?
En fait, je viens à retirer de l'argent. Philippe, fin de saison de Pro D2 ce samedi avec une finale Vannes-Provence-Rudby. Un exercice marqué par des budgets en hausse, des records d'influence et d'audience et un suspense constant. On va commencer par le terrain, Philippe. D'abord, est-ce que tu t'es régalé avec cette saison de Pro D2 ? Le niveau de jeu affiché et les ambitions portées vers l'offensive clairement par toutes les équipes.
Oui, bien sûr, c'est une saison assez remarquable de ce point de vue-là. D'abord, on le voit. On a reçu Philippe Saint-André la semaine dernière qui nous a parlé des moyennes et de combien de points il fallait les saisons précédentes pour se qualifier directement dans les deux premières places. Et que cette saison, on avait encore élevé les standards de façon importante par rapport à ça. Le top 6, l'année dernière, s'est joué à 77 points pour Montauban. Cette année, 86 points. Donc, vous voyez quand même 6 points d'écart. Donc, on a encore élevé le niveau et la densité en haut du tableau.
Et puis ensuite, sur le jeu porté vers l'offensive dont tu parlais tout à l'heure, c'est un peu la logique du rugby professionnel. Mais c'est vraiment très flagrant dans cette compétition de Pro D2. L'année dernière, on avait un peu plus de 50 points de moyenne par match. 50,9 et on a encore augmenté ça cette saison. On est à plus de 51,5 points de moyenne par match à la fin de la phase régulière. Donc, c'est des augmentations régulières et successives saison après saison. Et donc, ça offre bien sûr un nouveau regard sur cette compétition.
Il y a quelques années, on disait pour schématiser qu'en Pro D2, pour s'en sortir, il fallait un gros paquet d'avant, être très fort sur sa conquête et avoir un bon numéro 10. Force est de constater que depuis quelques années, on n'est plus du tout sur ces standards-là.
Et c'est d'ailleurs la particularité de la Pro D2. C'est le seul championnat professionnel d'une deuxième division dans le monde. L'un des meilleurs championnats de rugby, tous les amateurs de rugby disent que le top 14 est un peu attendu. La Pro D2, c'est toujours surprenant. Des résultats qu'on n'attend pas forcément et des ambitions de jeu. Comment on explique ça, que ce soit au niveau économique et au niveau du terrain ? Pourquoi la Pro D2 est à ce championnat vraiment à part ?
Ça s'explique d'abord par une grande densité et homogénéité sportive. Et ça, c'est super intéressant parce qu'il y a de l'incertitude. Ça s'explique aussi par sa longueur avec des scénarios un peu compliqués parce qu'à des moments de saison, il y a des clubs qui ont des coups de mou, qui ont des blessures, qui manquent un peu de profondeur de banc. Donc, il y a de l'incertitude. Et ça s'explique aussi par sa structuration économique. On y reviendra tout à l'heure. Mais c'est un championnat qui, même avant le top 14, a su être raisonnable et travailler autour d'une économie plutôt réelle. Et on voit aujourd'hui que ça porte ses fruits.
Donc, tous ces facteurs combinés font qu'on a un championnat extrêmement attractif. Et surtout, sur lequel on mise beaucoup pour l'avenir. Que ce soit sur la dimension de la structuration économique de notre vie professionnelle. Ou sous l'angle de la formation. Puisqu'on voit que de plus en plus, les passerelles se font entre les clubs de top 14 et de Pro D2. Notamment sur la mise en place de prêts de joueurs. Et ça, ça a un vrai intérêt commun pour les clubs de top 14 et ceux de Pro D2. Pour renforcer encore le niveau sportif et le développement de la formation française.
Justement, parlons un peu finance, Philippe. Quelle est la santé actuelle de cette Pro D2 ? Est-ce qu'elle est en bonne santé ? Ou elle est un peu malade et elle pourrait se porter un peu mieux ?
Non, elle est plutôt en bonne santé. Je le répète, mais c'est vrai que tu l'as dit tout à l'heure. Depuis que les Anglais ont sacrifié leur deuxième division professionnelle. Mais qui était déjà bien moins structurée que la nôtre. On se retrouve à être le seul championnat du monde à avoir une vraie deuxième division professionnelle digne de ce nom. Et si on regarde même tout championnat confondu, sans parler de niveau de division. On peut dire que la Pro D2 française est quasiment dans le top 10 des compétitions mondiales. Donc, c'est quand même pas neutre. Et ça génère bien sûr une économie autour qu'il faut toujours structurer. Et avec laquelle il faut rester bien sûr vigilant.
Mais aujourd'hui, cette Pro D2, elle est tirée par des chiffres qui parlent pour elle. D'abord, une attractivité en termes de spectateurs. La saison dernière était déjà une saison record avec un peu plus de 1,4 million de spectateurs dans les stades. On a dépassé cette saison 1,5 million de spectateurs. C'est une hausse de plus de 8% par rapport à la saison dernière qui était elle-même en hausse de 6%. Donc, vous voyez le niveau de croissance pour cette compétition ces dernières années. Et d'un point de vue aussi des budgets des clubs. On a des clubs qui se structurent vraiment.
qui travaillent avec une vision moyenne long terme autour de leurs infrastructures, autour du rôle qu'ils ont à jouer sur leur territoire. Et donc, on a augmenté la moyenne des budgets cette saison encore. On était sur une année record la saison dernière avec 10,7 millions de budget moyen. Cette année, on est un peu plus de 11,2 millions. Donc, vous voyez, c'est des évolutions qui sont quand même importantes et significatives. Le point de vigilance pour moi de cette compétition, c'est l'écart de niveau et de structuration des clubs qui peut exister versus le top 14, où les écarts sont quand même plus importants.
Vous avez dans cette compétition de Pro D2, un club comme Carcassonne cette saison qui était à 5,1 millions d'euros. Et puis ensuite, vous avez les ogres comme Brieff qui sont à plus de 21 millions. Ça fait des écarts de 1 pour 4. Et c'est quand même beaucoup. Parce qu'entre le bas du classement et le haut, les écarts sont quand même très importants. Ils sont beaucoup plus relatifs en top 14. Même si cette année, il y a eu Montauban qui vient un peu fausser cette lecture. Mais grosso modo, en top 14, on sait que le club qui monte de Pro D2 structure un budget autour de 20 millions d'euros. Et aujourd'hui, vous avez Toulouse qui explose avec environ 55 millions d'euros de budget.
Mais vous voyez quand même que les échelles ne sont pas les mêmes. Et l'enjeu de cette Pro D2 pour sécuriser encore son modèle économique, ça va être de gommer un peu ces écarts qui existent entre les clubs de sa division.
Justement, avant de reparler sur notamment les jours de match, Philippe, est-ce que cette Pro D2 n'est pas handicapée peut-être par forcément les phases finales pour le premier qui monte ? Alors que quand on voit une saison comme 20, qui a plus de 20 points d'avance, qui doit passer par des demi-finales pour pouvoir accéder en top 14, est-ce que ce n'est pas la limite pour cette Pro D2 pour ne pas donner la sensation que c'est une ligue fermée le top 14, mais qu'on va dire que la Pro D2 est vraiment un tremplin vers le top 14 avec un vainqueur au bout de la phase régulière qui monte directement ?
Sincèrement, il y a deux façons de le voir. On a vraiment dans notre sport une culture des phases finales qui est très particulière. Et au-delà de ça, en tant qu'amoureux du rugby, on aime l'incertitude du jeu. Le parcours de Montauban la saison dernière en phase finale, il est quand même magnifique, même si cette saison est très complexe pour eux et qu'ils ont quelque part un peu faussé le top 14 aussi, sportivement, sans leur faire offense. Mais d'un point de vue de la méritocratie, moi j'ai aimé ce qu'a proposé Montauban la saison dernière.
Donc si vous le regardez sous l'angle de l'amateur de rugby qui aime assister à ce genre de scénario, qui déjoue les pronostics, avoir un stade plein, la fête qu'il va y avoir à Ernest Vallon demain, comme ces dernières saisons depuis que la finale de Pro D2 s'est installée là, l'enjeu et la dramaturgie un peu de l'access match. Donc de ce point de vue-là, la formule est bonne.
Mais si vous vous placez du côté des quelques clubs qui sont en mesure de monter et qui ont fait l'effort toute l'année pour monter et qui potentiellement ne montent pas ou qui savent au dernier moment qu'ils vont monter et qui sont pénalisés de façon très importante et financièrement et en termes de délai pour structurer le recrutement, là oui on peut se poser la question de la formule. Mais c'est très dur d'avoir une réponse tranchée.
Après Philippe, il y a la possibilité, pourquoi pas, que le premier monte et qu'on imagine des barrages avec du 2 au 6ème, quelque chose comme ça, pour jouer l'access match contre le 13ème du top 14. Vu que le dernier du top 14 descend obligatoirement, on peut partir du principe que le premier monte et ensuite c'est plutôt une lutte de phase finale pour l'access match.
On avait eu cette formule il y a quelques saisons. Il y a quelques années, Bayon avait survolé les débats. Oui, mais ça pour le coup, c'était une formule qui me paraissait intéressante parce que je me souviens d'une saison où Bayon avait vraiment survolé ce championnat, un peu comme Vannes cette saison et avait pu vraiment très bien travailler sur son recrutement. La saison d'après, il monte en top 14 et il joue un match de barrage à Toulouse, au Stade Toulousain, en top 6. L'histoire leur a donné raison dans cette formule et donne raison à la formule. Après, en effet, c'est un débat qu'on peut toujours avoir. Il y a plein d'options qu'on peut mettre sur la table.
On avait évoqué un jour avec Jean-Bas un sujet intéressant qui était un système de draft. Aujourd'hui, par exemple, je parle du Stade Toulousain qui a un vivier de joueurs qui est très important et qui a mis en place de façon quand même assez importante des prêts, notamment à Colomiers, à Provence Rugby. Pourquoi pas avoir un deal où les meilleurs clubs de top 14 et les meilleurs joueurs à disposition soient identifiés, fléchés en priorité pour le club de Pro D2 qui monte puisque ça reste des budgets très raisonnables puisque les salaires sont assumés en partie par le club qui reçoit le joueur en prêt et puis en partie celui qui le prête. Il y a des choses à mettre sur la table.
En tous les cas, c'est vrai qu'il faudrait réussir dans le temps à inverser cette dynamique et à stopper le fait que le club qui monte en top 14 ne s'en sort pas. Parce que malgré tout, ça fait trop de saisons que ça se passe comme ça et ça va commencer à poser question sur la viabilité du modèle et sur l'intérêt d'un top 14, peut-être même à terme.
Exactement. Dernière question sur cette Pro D2, Philippe. On l'a vu au niveau des jours de match, la progression que ce soit au niveau structurel, d'hospitalité et d'animation. Est-ce que pour toi, il y a quand même encore des axes d'amélioration pour cette Pro D2 pour continuer à grandir et à se progresser dans tous les points et notamment économiques ?
Bien sûr, je le disais tout à l'heure, la Pro D2 n'échappe pas à la règle. Notre sport repose sur l'économie jours de match. Et je le disais tout à l'heure, ce qui tire aussi cette économie de Pro D2 vers le haut, c'est son affluence moyenne et son évolution en termes de spectateurs. En chiffre, c'était 5 900 en moyenne la saison dernière. On est à 6 150 cette saison, avec des clubs, bien sûr, qui tirent tout ça vers le haut de façon très importante. Brive et Vannes cette année qui a le record d'affluence moyenne. Mais pour ça, il faut des enceintes, il faut renforcer la vie jour de match, il faut donner envie aux gens de venir au stade.
Et donc, il y a des choses à mettre en place après la difficulté aujourd'hui, en Pro D2 comme en Top 14, mais encore plus en Pro D2 puisqu'on est plus sur des formats de ville moyenne. C'est des enjeux économiques importants autour desquels les collectivités doivent abonder de façon massive. Et donc, il faut que ça s'inscrive dans des projets territoriaux d'impact sur le territoire qui sont des projets ambitieux, mais globaux, qui n'inclent pas que le club de rugby parce que sinon, c'est difficile d'amener à vous les collectivités et les amener et les inciter à financer. Et donc, aujourd'hui, pour les propriétaires de clubs de Pro D2, ce n'est pas forcément évident.
Mais en tous les cas, ça passe par là puisqu'on sait aussi que l'économie du rugby se structure de plus en plus autour des droits télé. Alors, pour qu'il y ait aussi des téléspectateurs, il faut aussi que ce soit bien filé, filmé, qu'on ait des beaux stades, qu'on ait des stades pleins. Donc voilà, tout ça fonctionne ensemble. Mais en tous les cas, ça va dans le bon sens. On a vu quand même en Pro D2 des projets assez ambitieux de rénovation ou d'amélioration de stades ces dernières saisons pour servir cette dynamique.
Et saison après saison, on sent quand même que les propriétaires de clubs travaillent sur une vraie vision moyenne long terme de leurs outils, ils ont compris leur intérêt, ils ont compris que l'actif principal se jouait autour de ça. Et en tous les cas, je sens vraiment les clubs tourner vers cette réflexion de façon générale.
Merci beaucoup Philippe. Évidemment, en avant l'écho, ta chronique à retrouver sur sudradio.fr, sur l'application Sud Radio, mais également sur la chaîne YouTube de Sud Radio. Merci beaucoup Philippe. On te retrouve demain soir, juste avant le multiplex de Top 14. Très bonne soirée. Merci encore Philippe Sponguereau d'avoir été avec nous.