Le militant anti-narcotrafic Amine Kessaci "prêt" à se lancer dans une campagne législative "si on [lui] demande"
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France Info
Bonjour Amine Kessassi. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul. Bonjour à tous. Amine Kessassi, le 13 novembre dernier, votre petit frère Mehdi était assassiné à Marseille. Mais la cible, c'est vous. Vous êtes sous protection rapprochée depuis le mois de septembre. On va parler de votre quotidien, de votre engagement politique dans ces conditions. Mais d'abord, revenons sur ce qu'il s'est passé jeudi soir à Aix-en-Provence. Vous êtes en pleine conférence de presse pour soutenir un candidat de la gauche au municipal. Quand soudain, vous devez être exfiltré en urgence. On écoute l'enregistrement, c'est un document du Parisien.
Vous êtes à la tribune, vous parlez de votre ville. Quand vous êtes interrompu par les policiers, on tend l'oreille, ça va très vite. On a tendance à mettre le projecteur sur Marseille, montrer ce qu'il se passe à Marseille. Il se passe des choses ailleurs. Ailleurs, il y a aussi... Pardon ? Pardon. Pardon, je suis désolé. Qu'est-ce qu'il s'est passé, Amine Kessassi ? Qu'est-ce qui a déclenché cette exfiltration ?
Merci de le rappeler, j'étais en conférence de presse avec Marc Pena, candidat de l'Union de la Gauche à Aix-en-Provence. Et j'allais expliquer que partout, le narcotrafic doit devenir un enjeu national. Parce que le narcotrafic ne doit pas être une ligne d'un programme sécuritaire, mais qu'il doit être un programme à proprement dit. Parce que la réponse face au narcotrafic, elle doit être transversale et sur tous les sujets.
Et donc, les policiers qui assurent ma protection, à qui je veux dire encore merci, parce que c'est des femmes et des hommes qui risquent leur vie, qui ont choisi de risquer leur vie pour protéger la mienne, sont entrés dans cette petite salle où on était une petite dizaine. Et comme on l'a entendu dans cet audio, on me demandait d'y aller en me disant on s'en va, on s'en va. Et donc, je ne comprenais pas ce que voulait dire on s'en va. Je pensais que c'était pour me dire on est en retard au meeting, il faut aller...
Vous n'avez pas compris que c'était parce qu'il y avait une menace sur le moment ?
Non, je n'avais absolument rien compris et je pensais, et ils étaient d'un calme absolu, en me disant on s'en va. Et je pensais qu'on était en retard pour monter sur scène, au meeting. Et donc, je me suis dit, les gars, ne me coupez pas la parole. C'est pour ça que vous dites pardon, je suis désolé. C'est pour ça que je disais pardon, je suis désolé, parce que je ne comprenais pas du tout ce qui se passait. Et donc, je quittais la salle comme ça sans dire au revoir à qui que ce soit. Et donc, je me suis excusé auprès des personnes qui étaient dans la salle. Et dans la voiture, on m'a expliqué qu'une menace imminente était à mon encontre.
Et donc, on a décidé de partir, de s'éloigner, pour justement garantir la sécurité de celles et ceux qui étaient présents dans cette salle.
Qu'est-ce que vous savez de cette menace imminente et quelle forme ça a pris ? C'était quoi ? C'était un appel, un SMS, un message ? C'était comment ?
Les policiers ont reçu des informations comme ils en reçoivent plusieurs par jour. Et pour éviter, justement, d'en arriver à des situations où on ne peut pas gérer, pour éviter d'en arriver à des situations où je mette en danger des personnes. Et ce n'est absolument pas mon objectif. Mon objectif dans cette campagne, c'est de garantir la sécurité, non pas de la mienne dans un premier temps, mais de celles et ceux qui m'entourent. des gens qui sont présents dans les salles où je me trouve, où je me rends. Et donc, c'était important pour moi, effectivement, qu'on parte tout de suite. Maintenant, il y a une enquête qui est ouverte. Les choses vont très rapidement nous dire où on en était.
Pourquoi est-ce qu'un commando était en train d'arriver à cette salle à Aix-en-Provence ? Si tel est le cas, bien sûr que c'est grave, bien sûr que c'est dramatique. Moi, depuis la fin août, je sais que je suis menacé. Depuis la deuxième semaine de septembre, je suis sous protection policière. Donc, c'est la première fois depuis septembre que je suis exfiltré comme ça.
C'est la première fois que ça arrive. Vous dites, on va savoir au fur et à mesure de l'enquête, si un commando était en route pour venir vous cibler lors de cette conférence de presse. Il y a eu la rumeur qu'une balise avait été placée dans le cortège policier pour vous suivre. Mais l'expertise du convoi qui vous a escorté n'a pas détecté d'outil de traçage. Comment les personnes qui veulent vous atteindre ont pu savoir que vous étiez à cet endroit à ce moment ?
Justement, l'enquête est en train de déterminer qui avait accès à cette information. Donc, mes équipes, les gens qui m'accompagnent au quotidien, qui ont accès à mon agenda, sont eux aussi en train de voir à qui on a donné l'information à Aix-en-Provence, à quel journaliste on a donné l'information pour essayer de comprendre par où les choses ont pu fuiter. Vous n'en parlez pas beaucoup en général ? Non, tous mes déplacements sont très calés, très millimétrés et très secrets surtout. On n'annonce jamais ma présence à des événements. Est-ce que vous avez eu peur ? Est-ce que vous avez eu un petit moment de panique ? Pas de panique, mais d'incompréhension.
Je ne comprenais juste pas ce que vous voulez dire. On y va, on part tout de suite. Et je ne sais pas si c'était on sort de la salle ou on intervient au meeting. Mais encore une fois, mon objectif premier, il n'est jamais de mettre en danger les gens. Et donc, à chaque fois qu'il y aura des alertes, je serai le premier à partir, à m'éloigner pour éviter que le pire puisse se produire.
Qu'est-ce qui s'est passé après ? Vous êtes exfiltré de cette salle ?
Une fois que j'ai été exfiltré, on est allé dans un endroit sécurisé et jusqu'à très tard dans la nuit. Parce que, vous savez, moi j'entends beaucoup de choses. Et notamment du président de région, Paca, qui caricature ma... Je n'ai même plus envie de prononcer son nom. C'est tellement quelqu'un qui se rend indigne.
Bah bon, pourtant il vous a soutenu sur France Info ?
Ah bah non, il est parti dire que j'étais atteint du syndrome de Stockholm. Il est parti dire que j'étais fou de rejoindre Benoît Payan, que c'était sous Benoît Payan, que mes deux frères ont été assassinés.
Attendez, pourtant il a dit qu'il est nécessaire de protéger ce garçon qui est courageux. La voyocratie et les narcotrafiquants peuvent tout tenter. Donc il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'il n'arrive pas à drame. A-t-il dit sur France Info ?
D'accord. Et il a aussi dit dans toute la presse marseillaise que j'étais atteint du syndrome de Stockholm, que j'instrumentalisais la mort de mes frères. Et donc à ce monsieur, je veux dire que cette nuit-là, jusqu'à 4h du matin, on est resté dans une caserne de gendarmerie. Jusqu'à très tard, les policiers n'ont pas dormi, moi non plus. Et en fait, ma vie, c'est à ça qu'elle ressent. Moi, à chaque fois que je mets un pied dehors, je suis menacé. À chaque fois que je mets un pied dehors, je risque d'être assassiné. À chaque fois que je prends la parole sur ces sujets, je risque d'être assassiné. Et donc à ce monsieur et d'autres, d'ailleurs, je veux dire l'indignité de ses propos.
Pour moi, ce n'est pas un jeu ce que je suis en train de vivre. Ce n'est pas quelque chose qui... Et quand je parle d'une lutte à mort, c'est véritablement une lutte à mort. Je suis véritablement dans un combat où soit c'est la lutte, soit c'est les moyens de l'État, soit c'est la République qui gagne, ou soit à travers mon assassinat, puisque c'est probablement ce que ces gens veulent, c'est probablement ce que ces gens vont peut-être faire, m'assassiner. Et avec ça, ça serait finalement anéantir un espoir de guerre, de victoire dans cette guerre contre le narcotrafic.
Vous ciblez donc Renaud Muselier, vous ne voulez pas prononcer son nom, donc on ne vous diffusera pas le sens qu'on avait prévu. Mais vous avez d'autres personnes en tête qui, selon vous, ne vous soutiennent pas assez ?
Non, non, du tout. Je parlais effectivement de ce monsieur parce qu'il a permis, il a ouvert une fenêtre, puisqu'après, les gens sur les réseaux sociaux ont envoyé des commentaires dans des comptes privés, etc. J'ai d'ailleurs été menacé sur les réseaux sociaux de mort. La personne a été arrêtée par les services de police, par les enquêteurs à qui je veux dire merci. Mais en fait, il y a véritablement un sujet. Vous savez, moi, quand je parle du narcotrafic, je parle de ce que nos vies, de ce que le narcotrafic coûte à nos vies.
Je parle de ce que cette guerre de la drogue coûte aux gens des quartiers populaires et comment ce trafic, comment la narcocratie, elle réduit la jeunesse des quartiers en esclavage, comment la narcocratie, elle tient en otage les familles des quartiers populaires. Et c'est en ça que je veux me battre.
Vous avez conscience tous les jours, quand vous vous levez, quand vous évoluez, que votre vie ne tient qu'à un fil, pour reprendre l'expression de bonheur en paillant, et que dans votre cas, vous exprimez faire de la politique, c'est risquer votre vie ?
Bien sûr. Bien sûr. Me taire, c'est risquer ma vie. Ne pas parler, c'est risquer ma vie. Partir travailler normalement, comme tout le monde, c'est aussi risquer ma vie. Aujourd'hui, je suis à une étape, à une phase où faire machine arrière, c'est plus possible pour la mémoire de mes frères qui ont été assassinés, pour Mehdi, mon petit frère, qui a été tué à ma place, pour rien, parce qu'il était mon petit frère. Et donc, quel frère qui ressentirait cette forme de culpabilité, qui ressentirait ce que je ressens tous les jours, peut se dire, bon, j'arrête, je vais me cacher et je ne fais rien d'autre ? Comment vous tenez ?
Je tiens parce que les familles, les mamans de ces quartiers, les mères de victimes, ma mère à moi, avec qui j'échange tous les jours, me témoignent finalement leur amitié, leur solidarité, leur compassion, mais surtout leur volonté qu'on aille au bout de cette guerre, qu'on aille au bout de ce combat, ces mamans de victimes qui tiennent debout, qui ont enterré des enfants qui sont toujours là, qui tiennent pour leur enfant, qui vont travailler, qui se lèvent le matin.
Et ces mères, ces vies, ces familles des quartiers avec qui j'ai grandi, que j'aime tant, etc., c'est ça qui me fait tenir, en fait, c'est de me dire que je ne suis pas en train de me battre pour demander une augmentation de salaire ou je ne sais quoi, je suis en train de me battre juste pour dire, nous, les habitants des quartiers populaires, on a le droit de vivre.
À quoi ressemble votre quotidien ? Vous disiez tout à l'heure que vous étiez extrêmement surveillé, vous êtes suivi par des voitures blindées, par des policiers, comment ça se passe ?
En effet, le dispositif de sécurité est très conséquent. Je lisais dans la presse que des spécialistes du crime organisé disaient que j'étais la personnalité, une des personnalités les plus protégées aujourd'hui en France. Une des trois personnalités. Tout à fait. Et donc, à 22 ans, bien sûr que ce n'est pas une vie. Bien sûr que ce n'est pas fun, bien sûr que c'est compliqué.
Mais c'est-à-dire que vous n'avez aucune liberté ? Vous ne pouvez pas sortir de chez vous sans appeler quelqu'un, lui demander de...
Je ne fais plus mes courses, je ne vais plus acheter mon pain moi-même, je ne sors pas avec mes amis, je ne suis plus allé nulle part pour manger un bout avec une copine ou pour aller manger un bout avec un ami. Et donc, bien sûr que ce n'est pas du tout une vie.
Vous êtes coupé de vos proches ?
Pas forcément coupé de mes proches. Parfois, il y a des temps où c'est nécessaire que je sois isolé, que je sois éloigné, etc. Mais j'arrive encore à avoir ma famille et ça, c'est ce qui m'importe.
Et vous avez dû quitter votre quartier adoré du Frévalon dans le quartier nord de Marseille. Est-ce que vous pouvez continuer vos études de droit ?
Actuellement, j'ai d'ailleurs la fac où je suis inscrit, qui n'est pas la fac de Marseille, mais une fac ailleurs, et me propose des dispositifs de suivre du distanciel, etc. à qui je veux dire merci. Vous doutez bien qu'avec tout ce qui s'est passé depuis novembre, c'est assez compliqué pour moi, donc je pense refaire mon année l'année prochaine. Mais la faculté s'est montrée très coopérative et m'a proposé des dispositifs.
Et si vous êtes élu sur la liste de Benoît Payan, vous serez donc élu, voire adjoint maire, on ne sait pas encore. Comment vous pourrez être élu en étant sous cette très haute protection, avec quatre voitures blindées qui vous accompagnent et une quinzaine de policiers ? Comment vous allez faire ?
Vous savez, il y a différentes façons de faire de la politique. Moi, depuis les élections législatives, depuis 2024, j'ai sillonné, j'ai arpenté, je suis allé partout dans les 13e et 14e arrondissements de Marseille, ma circonscription, je suis allé dans toutes les réunions de CIQ, dans toutes les réunions d'associations. Et puis, on me connaît pour être quelqu'un de terrain, de proximité. Maintenant, je suis dans une situation qui est compliquée. J'ai continué à consulter les gens que je connais du terrain, j'ai continué à appeler les responsables associatifs, et je continuerai à le faire. J'apprends à faire campagne différemment. Il y aura des actions de terrain, et j'irai sur le terrain.
Comment vous faites campagne différemment ?
Non, pas pour provoquer, mais j'irai sur le terrain, parce que, dans un état de droit, on ne peut pas empêcher quelqu'un d'aller quelque part. Je ne vais pas aller me lever un matin, dire à mes policiers, on va aller au cœur de la cité Frévalon, provoquer tout le monde, ce n'est pas mon attention. Maintenant, je suis candidat à l'échelle de toute la ville, donc je vais pouvoir aller partout. Et puis, comment je fais campagne différemment ? On a appris dans des lieux différents, qui ne sont jamais les mêmes, à recevoir les personnes avec qui je veux échanger, les responsables associatifs avec qui j'ai commencé à participer sur le programme.
Et en fait, c'est que ça ne soit pas forcément moi qui aille chez les personnes, mais comment on peut travailler à faire venir les personnes dans des lieux différents à chaque fois, pour pouvoir échanger.
Quand on est dans cette situation, j'imagine que vous vous dites que ça s'inscrit peut-être dans la durée. Est-ce que vous avez un horizon ? Quel est votre horizon ?
Depuis le 13 novembre, depuis même un peu avant, j'ai un horizon politique pour ma ville. Je sais à quoi, comment je veux que mon action, elle résonne sur Marseille, avec le printemps marseillais, comment on voit la ville dans 10 ans, etc. Néanmoins, à titre personnel, j'ai appris à vivre le jour le jour et à me dire que peut-être demain matin, je ne serai plus là.
Le 830 France Info, Agathe Lambret, Paul Larouturou. Et c'était les titres de Diane Ferschit. Bien sûr, on continue avec Amine Kessassi, militant anti-narcotrafique et candidat au municipal sur la liste d'Union de la Gauche de Benoît Payan à Marseille. Le drame vous a touché à plusieurs reprises, Amine. Paul, on en parle. Le 13 novembre, la morte de votre frère Mehdi, 20 ans, a bouleversé et Marseille et toute la France, comme pour la menace qui a provoqué votre exfiltration en urgence jeudi. C'est le PNACO qui est en charge de l'enquête. Que vous dit les enquêteurs presque trois mois après le décès de votre second frère ?
Aujourd'hui, dans le dossier de mon petit frère Mehdi, c'est la quête aux informations. Je veux savoir ce qu'il s'est passé. Je veux qu'on réponde à cette question. Je pense que la seule question que je me pose et à laquelle j'ai besoin de réponse, c'est de savoir si on a assassiné mon petit frère pour m'intimider ou si on l'a simplement assassiné par erreur parce qu'on pensait que c'était moi. Et ça, c'est important pour moi de le savoir. Et aujourd'hui, j'attends toujours ces informations. Il y a une enquête qui est en cours. Il y a des moyens qui sont mis dans cette enquête.
Ça vous aidera dans le processus de deuil de savoir déjà la cause ? J'ose l'espérer. Sur les soupçons que ce soit la DZMafia, il y a du neuf ou pas du tout ?
Je ne suis pas là pour infirmer ou confirmer quoi que ce soit. Il y a vraiment une enquête qui est en cours, une enquête sérieuse, une enquête très profonde dans laquelle plusieurs pistes sont étudiées. Et c'est important parce que lorsqu'on met... Et d'ailleurs, les journalistes qui tout de suite ont dit que c'est la DZMafia, je ne leur dis pas forcément merci parce que lorsqu'on pointe tout de suite une piste, on écarte toutes les autres et donc on ne les investigue pas. Et c'est comme ça qu'on rate des enquêtes. C'est important d'avoir toutes les pistes, d'étudier tous les cas possibles. Et ça nous mènera à ce qui s'est passé ce 13 novembre.
Et j'attends en tout cas avec impatience que les auteurs les lâchent, les traîtres, les assassins, les personnes qui ont tué Médie. J'attends avec impatience qu'elles se retrouvent face à moi au tribunal.
Après son assassinat, vous aviez appelé les grandes voix, les Marseillais, à se soulever comme un seul homme. Très peu de grandes voix de la ville ont répondu à votre appel. Comment vous l'avez vécu et comment vous l'analysez ?
Moi j'ai vu des milliers de personnes se lever. En Marseille, on était plus de 10 000 ce jour-là. Des visages qui m'étaient familiers, d'autres qui ne me l'étaient pas. Des jeunes de quartier, des mémés de Mazars qui ont pris un taxi pour venir jusqu'à ce rond-point que je maudis et que je déteste. Moi j'ai été honoré, touché. Et je me suis senti moins seul dans cette lutte avec ces milliers de personnes qui se sont levées et à qui je veux dire encore merci.
Le climat de psychose, selon vous, n'a pas éloigné certaines personnes de vous ? Certaines personnes qui auraient voulu vous exprimer leur soutien,
mais qui ont eu peur peut-être ? Oui, bien sûr. J'ai reçu des messages sur les réseaux sociaux de personnes qui me disaient « On te soutient, on a un peu peur donc on ne sera pas forcément là ». Et encore une fois, mon enjeu, mon attention lorsque je fais des choses, c'est toujours la sécurité des autres. Et jamais je ne ferai prendre le risque à qui que ce soit. J'ai déjà assez de batailles internes dans moi avec la culpabilité que je peux avoir dans l'assassinat de mon petit frère Mehdi. Donc je ne veux pas encore en plus causer des torts aux personnes qui m'entourent.
Et vous parliez du soutien indéfectible et très important de toutes les maires de Marseille dont la voie Troisila, mais est-ce que vous vous sentez suffisamment entouré et soutenu dans ce climat de psychose ?
Oui, oui, oui. Les Marseillaises et les Marseillais, ils se montrent à chaque fois plus étonnants que la dernière fois, plus courageux que la dernière fois. Et les gens sont debout. Moi, dans cette campagne des municipales, puisque je me suis engagé sur la liste du maire Benoît Payan, des centaines de personnes m'ont écrit en me demandant comment rejoindre les boucles de discussion parce qu'on ne voulait pas forcément se mobiliser dans cette campagne, mais tu y es, on va venir tracter, on va venir se battre, on va venir porter des choses. Et donc, en effet, les Marseillaises et Marseillais sont un courage extraordinaire.
Amine Kessassi, vous parlez de Benoît Payan, justement, votre combat commun à Marseille. Vous parlez de narcocratie, vous voulez lutter contre les narcomicides. Vous l'aviez dit au président Macron à Marseille en 2021, déjà. Écoutez, vous l'avez apostrophé à l'époque. Ça ne sert à rien de venir avec un plan qui vient de Paris, avec un plan qui a été fait dans un avion ou je ne sais où. Il faut que ce plan, vous le construisez avec nous, les élus locaux, avec nous, les associations, avec nous, les familles de victimes. Est-ce que vous rediriez la même chose aujourd'hui ? Ça ne sert à rien de venir de Paris avec un plan.
Ah pas, bien sûr. Bien sûr que ça ne sert à rien. Bien sûr que ce plan, il faut le construire avec nous. Et d'ailleurs, je pense que le président l'avait bien compris, puisque par la suite, on avait été associés à des moments d'échange, etc. Et bien sûr que ça ne sert à rien de faire un plan ailleurs. On a besoin du plan des Marseillaises et des Marseillais. On a besoin de notre plan construit avec la base, avec le socle, avec les gens qui vivent les problématiques. Et donc, c'est une évidence pour moi.
La lutte contre le narcotrafic, elle ne peut se mener que si on agit sur un plan transversal, sur la question de l'éducation, sur la question des transports, sur la question, effectivement, de la répression. Et là-dessus, j'ai milité au Parlement européen avec Marie Toussaint, qui est députée européenne écologiste, et Nora Mébarek, députée socialiste. On a porté une résolution qui vise à donner la ligne que l'Europe doit tenir en matière de lutte contre le narcotrafic. Et l'Europe, elle doit nous protéger avec la création d'un OFAST, un office anti-stupéfiants au niveau européen, et notamment avec une agence du renseignement européenne.
On a besoin de savoir où sont les comptes en banque des narcotrafiquants. On a besoin de savoir où sont leurs biens pour travailler sur la confiscation des biens, pour remettre à disposition des associations, des habitantes et habitants...
À dire au niveau de la tête de la pieuvre, les morts ont baissé dans le narco-banditisme. 17 personnes tuées en 2025, un chiffre en baisse par rapport aux années précédentes. Est-ce que, selon vous, c'est le signe que la politique du gouvernement fonctionne ?
Il y a eu des actions, des actions coup de poing, des actions de terrain, des actions qui ont plutôt réussi, des actions qui ont moins bien réussi. Moi, je suis de celles et ceux qui, à chaque fois qu'un euro, à chaque fois qu'un effort est déployé pour Marseille, le soulignent, l'applaudissent, et je serai toujours dans cette démarche constructive. Néanmoins, ce qui m'inquiète, c'est qu'on a mis beaucoup de personnes en prison, beaucoup, et c'est aussi pour ça aujourd'hui qu'il n'y a pas d'explosion en matière d'homicide.
Mais une fois qu'on n'aura pas réussi à juger toutes ces personnes, une fois que les délais seront passés, une fois que leur remise en liberté devra être appliquée, on va se retrouver avec toutes ces personnes d'un coup à l'extérieur. Et donc, moi, je demande juste à ce qu'on travaille sur le fond. Aujourd'hui, on a mis un pansement à cette réponse. On a mis un pansement sur la plaie qui était le narcotrafic. Mais maintenant, comment on travaille sur nos cités au long terme, comment on travaille sur la réponse globale du narcotrafic au long terme, et pas uniquement avec des peines de prison de 20 ans, puisque dans 20 ans, on fait robelote.
Vous aviez un autre frère, votre grand frère Brahim, qui, contrairement à Mehdi, était un dealer. Il est mort dans une guerre de territoire il y a 5 ans, le 29 décembre 2020, à 4h45, retrouvé calciné dans une voiture. Le procès de ses assassins présumés aura lieu à l'automne. Dans un chapitre de votre livre, Marseille et suite et larmes, vous écrivez « On a des comptes à régler, Brahim ». Quel compte ?
On a des comptes à régler. C'est cette expression qui me permet d'expliquer que lorsqu'on parle d'assassinat de personnes, lorsqu'on parle de frères, de pères, d'enfants qui ont été assassinés, retrouvés calcinés dans une voiture, on ne peut pas parler de règlement de compte. Et moi, je me suis toujours opposé à ce terme. Régler un compte, c'est mener une dispute, c'est mener quelque chose avec quelqu'un. Mais assassiner quelqu'un, tuer quelqu'un, brûler quelqu'un, ce n'est pas un règlement de compte. C'est un homicide sur fond d'arcotrafic, c'est un homicide sur fond de trafic de superfiliens.
Et donc, on a besoin de mettre les mots justes parce que la société a tendance à justifier les assassinats. Et quand on parle de règlement de compte, on se dit, bon, il le méritait, tant pis, c'était dans son coin. Et c'est pour ça que j'utilise cette expression.
Et c'est pour ça aussi qu'au-delà de Marseille, vous voulez nationaliser votre combat contre le narcotrafic. Votre association Conscience accompagne aujourd'hui plus de 800 familles. Vous l'avez créée à 16 ans, avant les deux drames. Et aujourd'hui, vous nous annoncez ce matin un nouveau projet. Vous voulez lancer une association des maires de France contre le narcotrafic. De quoi s'agit-il ?
Tout à fait. Cette association, elle va avoir deux objectifs. La première, c'est de créer cet espace de discussion, de plaidoyer entre les différentes institutions nationales, européennes et internationales avec les maires, avec les premiers acteurs, les maires de communes qui sont en première ligne face au narcotrafic, qui dans les petites communes de zone rurale se sentent seules parce qu'ils n'ont pas été préparés, parce qu'ils n'ont pas vu ce phénomène arriver il y a 20 ans et ils le voient tout juste arriver. Et donc, il y a besoin de structurer, d'accompagner et de faire en sorte que les maires ne se sentent pas seules.
Et moi, je le dis, je serai debout à côté de tous les maires de communes qu'ils aillent de la droite jusqu'à la France insoumise. Je serai debout à côté de ces maires pour faire en sorte que la lutte contre le narcotrafic ait la résonance nationale qu'elle doit avoir. Et puis après, dans cette association nationale, il doit y avoir des dispositifs concrets. Et on aura un dispositif dit de dépaysement qui permettra à ce que le maire de Lyon, par exemple, pourra interpeller le maire de Bordeaux en disant j'ai deux jeunes de ma ville qui sont dans le narcotrafic, qui doivent en sortir. Il faut leur trouver un emploi et un logement dans ta ville pour permettre le dépaysement.
Amine Kessassi, comme toujours, c'est le moment de la question qui ? A retrouver sur les réseaux sociaux de France Info. Aujourd'hui, la question qui croit encore. Vous écrivez dans votre livre « La politique ne m'a jamais tendu la main, alors j'ai décidé de la prendre à la gorge ». Qu'est-ce qui vous fait encore croire dans la politique ?
Vous savez, moi, venant de cités, venant de quartiers, je sais ce que la politique a comme action concrète sur nos vies. Je sais que c'est les politiques qui, au travers des plans de rénovation urbaine, décident des tailles de nos fenêtres, décident de la forme de nos portes, décident de la couleur de nos halls d'immeubles, décident de si nos rues sont rénovées ou pas, décident de combien de fois il y a des levées de déchets dans nos quartiers par les éboueurs. Et donc, je sais ce que la politique fait concrètement sur nos vies. Je sais que la politique, elle peut nous sortir de cette situation.
Et c'est parce que nos vies en dépendent, parce que nos vies sont menacées, qu'aujourd'hui, je crois encore à la politique, et la politique au sens noble, pas celle des logiques partisanes, mais celle qui peut nous permettre d'apporter des réponses concrètes aux valeurs et aux préjudices de nos vies.
En deux mots, vous avez perdu de 800 voix face au Rassemblement national aux dernières élections législatives. Vous n'avez pas le cœur de votre circonscription, donc on va vous projeter. Est-ce qu'après les municipales, vous pourriez être candidat pour devenir député de Marseille ?
Vous savez, moi, je n'ai pas vocation à être candidat à toutes les élections. Il y en a une qui est actuelle et je prends ma part, je viens me lever, je fais des propositions, etc. Maintenant, mon combat, il a toujours été de dire qu'il faut qu'on se dote en France de textes législatifs qui nous permettent de pouvoir mener des réponses concrètes face au narcotrafic.
Peut-être où il y a prêt ?
Et donc, je dis que si on me demande de me mobiliser, je serai prêt à me mobiliser dans une prochaine campagne.
Merci beaucoup, Amine Ketassi, d'avoir répondu aux questions de France Info. Merci, Paul. A demain. A demain.
A demain.