Un remaniement "loin d'être anodin" d'après Bruno Cautrès
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Le suspense est presque terminé. Un remaniement ministériel doit avoir lieu aujourd'hui.
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Bonjour Bruno Cotteresse. Vous êtes chercheur au CNRS, enseignant à Sciences Po et politologue.
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Il y a une stratégie précise d'Emmanuel Macron de lancer un chantier remaniement comme ça en plein été.
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Ça veut dire qu'on essaie de minimiser de la part de l'exécutif ce remaniement en parlant d'ajustement ?
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Ce sont des ministères clés qui devraient changer aujourd'hui : la santé, l'éducation. Quel signal politique ça envoie ?
- 3:38OuverteRéponse directe
C'est vrai que Pap Ndiaye pourrait donc être remplacé par Gabriel Attal au ministère de l'Éducation.
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« Alors on dit que c'est un petit remaniement, mais s'il y a une dizaine de ministres qui sont concernés, ça va faire quand même de l'ordre d'un tiers du gouvernement. »
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« C'est loin d'être anodin en fait. »
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« Pour lui, il s'agit de minimiser effectivement la portée politique, ce qui veut dire sans aucun doute qu'on est encore loin d'avoir cette fameuse majorité absolue à l'Assemblée nationale. »
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« On sait qu'à l'hôpital, ça ne va pas très bien. L'ensemble du secteur de la santé est en crise. »
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« Et premier, évidemment, premier gros dossier pour le nouveau titulaire de ce poste, la rentrée, que la rentrée soit réussie. »
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« Oui, ce serait sans aucun doute une très grande surprise. »
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« Il y a eu la conférence citoyenne qui s'est déroulée sur ces questions. »
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RCF. La matinale RCF, le grand invité. Le suspense est presque terminé. Un temps pressenti hier soir puis cette nuit. C'est finalement bien aujourd'hui que le remaniement ministériel doit avoir lieu. Plusieurs interrogations demeurent, notamment sur l'heure exacte, la forme qu'il prendra ou même son ampleur. Une chose est sûre, la première ministre Elisabeth Borne est bien confirmée. Bonjour Bruno Cotteresse. Bonjour. Vous êtes chercheur au CNRS, enseignant à Sciences Po et politologue. Nous sommes en plein mois de juillet. Les Français sont pour une grande partie en vacances. Il y a une stratégie précise d'Emmanuel Macron de lancer un chantier remaniement comme ça en plein été.
Il veut passer en quelque sorte inaperçu.
Alors l'objectif, la stratégie, c'est sans aucun doute de pouvoir, une fois que le gouvernement, le nouveau gouvernement, va aussi se mettre en vacances, comme tout le monde au mois d'août, sans aucun doute de pouvoir aborder la rentrée au mois de septembre avec une équipe qui aurait été une équipe un peu renouvelée. Alors on dit que c'est un petit remaniement, mais s'il y a une dizaine de ministres qui sont concernés, ça va faire quand même de l'ordre d'un tiers du gouvernement, un peu moins d'un tiers du gouvernement qui serait renouvelé. C'est loin d'être anodin en fait. Et puis il y a surtout un certain nombre de personnalités un peu emblématiques qui risquent de quitter le gouvernement.
Tout le monde pense évidemment à la secrétaire d'État et à l'économie sociale solidaire, Marine Schiappa, peut-être au ministre de l'Éducation, pas à peine dirille.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on essaie de minimiser de la part de l'exécutif ce remaniement en parlant d'ajustement ?
C'est vrai qu'Emmanuel Macron visiblement a souhaité banaliser ce remaniement. Beaucoup d'indicateurs d'indication nous semblent dire qu'Élisabeth Borne voulait un changement de plus grande ampleur. Peut-être qu'elle avait aussi besoin, ayant senti le vent du boulet, si je puis dire, passer pas loin elle aussi, eh bien peut-être qu'Élisabeth Borne souhaitait, avec un plus grand changement de gouvernement, peut-être un peu se relégitimer, se ressourcer. Elle-même, Emmanuel Macron, est dans une autre optique.
Pour lui, il s'agit de minimiser effectivement la portée politique, ce qui veut dire sans aucun doute qu'on est encore loin d'avoir cette fameuse majorité absolue à l'Assemblée nationale qui lui fait tellement de défauts qu'il serait venu par exemple avec un accord avec les Républicains ou avec l'entrée de personnalités emblématiques des Républicains au gouvernement. On n'est visiblement pas dans ce cas de figure.
Vous l'avez dit, ce sont des ministères clés qui devraient changer aujourd'hui la santé, l'éducation, quel signal politique ça envoie le fait que ce soit ces grands ministères-là qui devraient changer ?
Alors ce sont des dimensions fondamentales de l'action publique traditionnellement et plus encore en France, où ce sont des postes budgétaires très importants dans le budget de notre pays, l'éducation, la santé. Évidemment, ce sont des dossiers qui ont aussi fait l'objet de... Il y a beaucoup de questions qui se sont posées. On sait qu'à l'hôpital, ça ne va pas très bien. L'ensemble du secteur de la santé est en crise. L'éducation, il y a aussi beaucoup de sujets sur l'éducation.
Il faut des personnalités emblématiques qui ont une grosse capacité à porter le dossier et surtout à incarner par rapport au personnel ou par rapport aux patients ou par rapport aux parents d'élèves qui ont une forte capacité à incarner. Et force est de constater que les deux personnalités en charge de ces dossiers, pour le moment, issus de la société civile, tous les deux, pour le moment, ont eu beaucoup de mal. C'est une difficulté un peu classique de notre vie politique. Des personnalités que rien ne prépare à l'exercice de fonction ministérielle sont bombardées du jour au lendemain. Et c'est un métier dont l'apprentissage est souvent un peu long et parfois douloureux.
C'est vrai que Pape Ndiaye pourrait donc être remplacé par Gabriel Attal, au ministère de l'Éducation. C'est un petit peu la caution de gauche, en quelque sorte, de la Macronie ?
C'est vrai que le poste ministre de l'Éducation est un poste qui est très important. Et c'est vrai que pour Emmanuel Macron, symbolisé aux yeux de ceux qui aiment bien le secteur de l'éducation, effectivement, c'est un moyen pour Emmanuel Macron d'essayer de maintenir son fameux et de gauche et de droite, même si on voit bien que le centre de gravité de l'action du gouvernement, le centre de gravité politique du gouvernement s'est progressivement déplacé plus vers le centre droit que vers le centre gauche. Et c'est un des indicateurs qu'il va falloir suivre de très près aujourd'hui, lorsqu'on aura les nouvelles nominations.
Est-ce qu'il y a des personnalités qui sont issues du centre gauche ? Beaucoup s'attendent à ce que des personnalités du centre droit arrivent, mais est-ce qu'Emmanuel Macron arrivera à maintenir cet équilibre entre le centre gauche et le centre droit ?
Gabriel Attal qui reprendrait l'éducation, c'est un petit événement. C'était l'ancien porte-parole du gouvernement pendant la crise sanitaire, puis aujourd'hui ministre délégué chargé des comptes publics. Le fait qu'il s'empare d'un grand ministère comme ça, il apparaît vraiment comme l'homme de confiance, si je puis dire, d'Emmanuel Macron.
Gabriel Attal est là depuis le début. C'est effectivement une personnalité clé du dispositif d'Emmanuel Macron. C'est incontestablement, tous les observateurs le soulignent, l'une des nouvelles personnalités jeunes qui s'est affirmée sous les mandats d'Emmanuel Macron et qui est aujourd'hui considérée unanimement comme une personnalité qui a sans doute beaucoup d'avenir devant elle. Donc ministre de l'éducation, c'est vrai que c'est un challenge parce que c'est un poste dans l'équipe gouvernementale qui n'est jamais simple. Les attentes sont fortes, les difficultés sont nombreuses.
Et premier, évidemment, premier gros dossier pour le nouveau titulaire de ce poste, la rentrée, que la rentrée soit réussie, que les attentes des enseignants en termes de revalorisation de leur carrière soient remplies. Puis surtout que les principaux usagers, les élèves et leurs parents, trouvent une école qui réponde à toutes les attentes de la nation sur le secteur de l'éducation qui est encore une fois un des domaines les plus emblématiques de l'action publique en France.
Parmi les ministres également sur la sellette, comment ne pas évoquer le prénom et le nom de Marlène Schiappa qui devrait faire les frais de l'affaire du fond Marianne ? Ce serait une grande surprise de la voir poursuivre l'aventure ministérielle aujourd'hui ? Il n'y a plus de retour en arrière possible ?
Oui, ce serait sans aucun doute une très grande surprise. Elle est très fragilisée, bien évidemment. Tout le monde a en tête son audition dans la commission d'enquête du Sénat qui a été une audition marquée quand même par beaucoup d'interrogations fortes qui ont été posées par les sénateurs, des réponses qui ont semblé un peu évasives de l'actuel secrétaire d'État à l'économie sociale et solidaire. Alors par contre, c'est vrai qu'elle a été très longtemps un emblème de la Macronie, un symbole de cette nouvelle génération de personnalités issues de la société civile avec un profil qui ne répondait pas au canon de la vie politique française.
C'est-à-dire qu'elle n'avait pas une longue carrière dans un parti, elle n'avait pas occupé de fonctions électives avant. Mais bien évidemment, si elle était maintenue, ça serait une des surprises du jour.
Parmi les autres ministres qui devraient terminer leur fonction aujourd'hui, il y a François Beaune, ministre de la Santé, ou Jean-Christophe Combes. Est-ce que peut-être, finalement, ils sont opposés, le fait qu'ils soient opposés à l'aide active à mourir, ils feraient les frais de cette opinion-là, entre guillemets ?
Alors c'est sûr qu'il y a un débat qui est pendant, dans notre vie publique, dans la société française. Il y a eu la conférence citoyenne qui s'est déroulée sur ces questions. Et on voit que c'est une question sur laquelle l'exécutif, sans aucun doute, souhaite sans aucun doute légiférer ou en tout cas émettre un signal. Alors le fait d'avoir des personnalités qui, effectivement, ne sont pas pleinement alignées avec l'exécutif de ce point de vue-là, c'est un dossier à charge hautement symbolique, bien évidemment, pose une difficulté pour eux, bien sûr.
Merci beaucoup, Bruno Cotteres, d'avoir été avec nous sur RCF. Je rappelle que vous êtes politologue, chercheur au CNRS et professeur à Senspo pour parler remaniement ce matin. Merci beaucoup.
Merci. Merci. Merci. Merci. Merci.