Chevallier remonte le temps : Marc Bloch, un historien brillant au Panthéon - 23/06
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC. Et c'est l'heure de remonter le temps comme chaque jour. 7h22 sur RMC et RMC Story. Arthur, ce soir, l'historien Marc Bloch va faire son entrée au Panthéon. Cérémonie et discours du président de la République. Et justement Arthur, vous étiez hier avec Emmanuel Macron au Panthéon dans les derniers préparatifs vous-même en tant qu'historien.
Oui, c'est la sixième panthéonisation d'Emmanuel Macron depuis son entrée en fonction. Elle aura donc lieu ce soir à 21h. Et ça sera peut-être la dernière puisque le président quitte le pouvoir dans un an. Alors, si on est clair, cette entrée au Panthéon, Apolline, ça sera forcément un message politique.
Emmanuel Macron s'est même confié à vous. Il vous a dit la raison pour laquelle il avait choisi Marc Bloch.
Mais absolument, il me l'a dit. Marc Bloch, c'était un des plus grands historiens du XXe siècle qui était aussi professeur à l'université. On lui doit des livres très marquants. Et pour le président, le faire entrer au Panthéon, c'est d'abord rendre hommage aux enseignants qui ont beaucoup souffert ces dernières années. Notamment avec l'assassinat de Samuel Paty, Dominique Bernard ou encore Agnès Lassalle. Cette panthéonisation, c'est donc remettre l'éducation au centre du projet républicain. Et Emmanuel Macron a prononcé une phrase que j'ai trouvée très très juste. Cette phrase, la voici. Marc Bloch incarne la République scientifique.
La République scientifique. Marc Bloch, c'est aussi un grand soldat.
Et oui, puisqu'il a combattu avec héroïsme pendant la première guerre mondiale de 1914-1918. Il a même reçu la croix de guerre, qui est la plus haute distinction militaire française. Mais ce n'est pas tout, puisque pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il a 53 ans, qu'il est malade, qu'il est père de famille nombreuse, il va s'engager volontairement dans l'armée pour servir à nouveau son pays.
Et Marc Bloch va aussi affronter l'antisémitisme.
Absolument. Pendant l'occupation, donc entre 1940 et 1945, c'est le maréchal Pétain qui dirige la France. Et il met en place un antisémitisme d'État. En gros, les Juifs n'avaient plus aucun droit, ou presque. Marc Bloch, qui était Juif, va donc tout perdre. Alors normalement, les Juifs n'avaient pas le droit d'être professeurs. Mais Marc Bloch avait été tellement courageux pendant la première guerre mondiale, qu'il a obtenu une exemption pour service rendu à la France, qui était très très rare. On lui prend quand même son appartement parisien. Du coup, il est obligé de se réfugier dans la Creuse.
Mais là encore, il ne se laisse pas abattre.
Et non, puisqu'il va s'engager dans la résistance. A 56 ans, un dernier acte de bravoure qu'il va payer très cher, puisqu'en 1944, il est arrêté à Lyon avant d'être emprisonné, torturé et exécuté par la Gestapo, la police politique des nazis. C'est donc un patriote exemplaire qu'on rendra hommage ce soir, un intellectuel et un homme d'action à la fois, ce qui est rare.
Merci beaucoup Arthur. Arthur Chevalier, l'historien d'Apolline Matin. Et je ne peux que recommander la lecture, la relecture de l'étrange défaite qui dit tant aussi des fragilités de la France. Votre chronique à lire et à retrouver et à écouter sans s'enlasser en podcast et sur le site et l'application RMC.