13-Novembre : la douleur et la menace demeurent - C dans l’air - 13.11.2025
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Questions et réponses
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- 2:00OuverteRéponse partielle
La France a-t-elle réussi à dépasser le traumatisme du 13-Novembre ?
- 4:00OuverteRéponse directe
Comment la menace islamiste a-t-elle évolué depuis 2015 ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Les grandes messes républicaines tournent-elles à vide ?
- 10:00OuverteRéponse directe
Le terme de résilience ne vous plaît pas. Pourquoi ?
- 12:00OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui a changé depuis le 7-Octobre ?
- 16:00OuverteRéponse directe
La menace est-elle principalement djihadiste ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00A.BauerFait
« Dans toute tragédie, assassinats ou homicides, vous avez une douleur immédiate des proches de la famille, des survivants, quand l'un a survécu et pas l'autre, mais c'est rare d'avoir une douleur collective, nationale, sociale, qui dépasse la proximité de l'événement. »
- 5:00A.RosencherFait
« Le 13 novembre, ça bascule. Les discours pacifistes du genre "ne provoquons pas et comme ça, nous n'aurons pas de menace terroriste..." "C'est à cause de la laïcité, notre façon de blasphémer..." Tout ça s'effrite. »
- 7:00D.DelsenyFait
« On se rend compte cette nuit-là que c'est une opération planifiée pendant un an. On a projeté des gens depuis la zone syrienne jusqu'en Belgique puis en France. »
- 14:00N.SchulzFait
« On ne pouvait pas ne pas prendre ce temps de se rendre sur les lieux de chaque attentat, à commencer par le Stade de France. C'était ressorti au moment du procès, à quel point les victimes du Stade de France se sentaient oubliées. »
- 17:00A.RosencherFait
« TikTok, 1er prédicateur salafiste de France, il faut le regarder de front. Certains jeunes passent 7 à 8 heures par jour dessus. »
- 20:00D.DelsenyFait
« L'EI a compris avant le 13 novembre qu'il y avait une communication à faire. Ils avaient un organe de communication avec lequel ils publiaient des vidéos pour faire passer ce poison partout dans le monde. »
- 23:00A.BauerFait
« En France comme en Europe, on a largement importé le conflit israélo-arabo-palestinien, et vous utilisez le mot que vous voulez, comme des éléments permettant par des opérations projetées, en général, mais aussi par des opérations locales... »
- 26:00B.CazeneuveFait
« Quand j'arrive à Beauvau en 2014, la loi sur le renseignement date de 1991. A l'époque, il n'y avait ni portable ni Internet. »
- 29:00B.CazeneuveFait
« Une partie de la gauche s'est placée dans un angle mort sur ce sujet. Dire que tous ceux qui luttent contre l'islamisme sont des islamophobes alors que les 1res victimes du totalitarisme islamisme ont été les musulmans eux-mêmes, ça repose sur une méconnaissance de l'histoire. »
- 32:00A.BauerFait
« L'Etat s'est tiré une balle dans le pied au moment où il a revisité le concept de laïcité. Il a considéré que ce concept était une neutralité. »
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parlez-en à votre pharmacien. ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". Le Stade de France, Le Carillon, Le Petit Cambodge, La Bonne Bière, Le Comptoir Voltaire, La Belle Equipe, le Bataclan...
La République en hommage à ceux qui ont vécu cette nuit d'horreur. La France revit ces heures où des terroristes s'en sont pris aux habitants de la capitale, faisant 132 victimes, car 2 personnes se sont suicidées depuis. Nous nous sommes dotés de règles et d'outils nouveaux alors que la menace reste élevée.
La menace djihadiste se durcit. Des profils plus jeunes, radicalisés sur les réseaux sociaux les plus difficiles à détecter. La France a réussi à dépasser ce traumatisme?
Le peut-elle? Comment la menace islamiste a évolué? Sommes-nous prêts à lui faire face?
Avec nous pour en parler, A.Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers. Je présente votre dernier livre.
D.Delseny est rédacteur en chef adjoint en charge du service police-justice du "Parisien-Aujourd'hui en France". Voici la une du "Parisien".
N.Schulz est avec nous. Vous êtes grand reporter police-justice à France Télévisions.
Vous avez suivi le procès des attentats. Je cite votre podcast avec une longue interview de l'avocat de S.Abdeslam.
A.Rosencher est directrice déléguée de la rédaction de "L'Express". Je rappelle votre édito sur le 13-Novembre.
Bonsoir à tous les 4. Merci de participer à cette émission en direct. Je commence avec les mots du chef de l'Etat, E.Macron.
Un message sobre posté dans la journée: "10 ans après, la douleur demeure." On est retournés en terrasse, depuis. Il y a eu de nouveaux concerts au Bataclan mais quelque chose est plombé dans l'humeur du jour? - A.Bauer: Dans toute tragédie, assassinats ou homicides, vous avez une douleur immédiate des proches de la famille, des survivants, quand l'un a survécu et pas l'autre, mais c'est rare d'avoir une douleur collective, nationale, sociale, qui dépasse la proximité de l'événement.
Dans le 13-Novembre, il y a un moment particulier, rare dans l'histoire des humains, où chacun sait ce qu'il faisait. Avant l'émission, on s'est tous demandé ce qu'on faisait à cette heure. C'est pesant, stressant, prenant et c'est toujours là.
D'habitude, les familles expliquent qu'elles font leur deuil comme elles peuvent mais qu'elles n'oublient jamais, qu'il y a toujours une douleur persistante dont on ne sort pas ou qu'on surmonte en faisant autre chose. Là, c'est une douleur collective permanente, même de gens qui n'ont jamais été proches du Bataclan, qui n'étaient pas à proximité, qui n'ont peut-être même pas vu d'images, mais qui savent que cet événement a eu lieu. Il ne faut pas oublier le prélude de janvier, "Charlie Hebdo" et l'émotion nationale et aussi l'Hyper Cacher, plus les assassinats entre les deux.
On comprend assez rapidement à quel point il y a un trauma collectif dans l'affaire de 2015, particulièrement en novembre. - A.Rosencher: La France a été meurtrie par de nombreux attentats depuis 15 ans.
Chacun a un peu sa signification dans la population française. Chacun l'interprète et le ressent...
Bien entendu, ceux du 13-Novembre, cette effroyable tuerie de masse, a sa signification particulière. Si on regarde les attentats juste avant...
Enfin...
Il y a M.Merah à Toulouse en 2012. Toulouse et Montauban.
Il tue 3 militaires puis 4 juifs, dont 3 enfants dans une école confessionnelle. A ce moment-là, on ne comprend rien. Je me suis replongée dans les archives.
On ne sait pas ce qui se passe. On parle de loup solitaire. Il y a des gens qui parlent de jeux vidéo, de l'ultraviolence des jeux vidéo, alors que tout désigne un parcours djihadiste d'islamiste radical, y compris géographique.
Il y a "Charlie", l'Hyper Cacher. Là encore, on comprend mieux. On sait que c'est l'islamisme mais il y a cette idée...
Des versions accusatoires...
Il y a C.Jean-Philippe et l'idée que les islamistes détestent les juifs. Il y a cette idée que le citoyen lambda peut vivre à l'abri.
Le 13 novembre, ça bascule. Les discours pacifistes du genre "ne provoquons pas et comme ça, nous n'aurons pas de menace terroriste..." "C'est à cause de la laïcité, notre façon de blasphémer..." Tout ça s'effrite.
On s'aperçoit que ce qu'ils vivent, ce n'est pas seulement nos principes. C'est nos moeurs, le fait qu'on célèbre dans des salles de concert, à la terrasse des cafés...
C'est ça, la signification particulière du 13-Novembre. - C.Roux: "Cette nuit qui nous hante encore", à la une du "Parisien". - D.Delseny: Ca dit beaucoup de notre fragilité, cette nuit-là.
On se rend compte cette nuit-là que c'est une opération planifiée pendant un an. On a projeté des gens depuis la zone syrienne jusqu'en Belgique puis en France. On se demande comment on a pu ne pas voir ce qui s'est passé.
Ca rend tout le monde fébrile, fragile. - C.Roux: C'est là qu'on mesure notre fragilité? - D.Delseny: Oui.
Je suis d'accord avec l'analyse de dire que ces attentats du 13-Novembre ont une résonance différente parce qu'on frappe tout le monde. On frappe un pays, un mode de vie, une culture, à travers les gens qui se trouvent au concert, en terrasse ou à un match de foot. Plus personne n'est à l'abri.
Plus personne n'est à l'abri d'une action parfaitement coordonnée, même si l'adverbe est maladroit. Quand on se plonge dans l'enquête, on se rend compte à quel point le degré de préparation Et de planification a été très élevé. - C.Roux: Sur cet aspect et cette idée...
Je demandais si la France pouvait surmonter. Evidemment que la France n'oubliera jamais. Est-ce qu'on a surmonté?
On entend beaucoup "résilience". On a expliqué vite qu'on n'était pas tombés, qu'on avait continué à vivre. Un rescapé du Bataclan avait fait une association mais il a décidé de la dissoudre.
Il dit qu'il se retourne quand il va aux commémorations. Il dit qu'il voit les snipers, les cars de CRS, les personnes de la société civile. Il y une phrase que j'aimerais commenter Avec vous: "Les grandes messes républicaines qui tournent à vide." Cette journée tourne à vide? - N.Schulz: Elle était nécessaire.
On ne pouvait pas ne pas prendre ce temps de se rendre sur les lieux de chaque attentat, à commencer par le Stade de France. C'était ressorti au moment du procès, à quel point les victimes du Stade de France se sentaient oubliées. - C.Roux: On parle beaucoup des attentats du Bataclan. - N.Schulz: On ajoute souvent les terrasses mais on oublie le Stade de France.
Pourquoi? Parce qu'il y a eu un homme tué, un chauffeur d'autocar. Il a déposé des supporters là-bas. 63 ans, père de famille.
Il est mort emporté par l'explosion d'un kamikaze. Il y a eu des dizaines de blessés car les kamikazes avaient des ceintures remplies de boulons qui ont fait des dommages terribles. Au procès, on avait entendu cette souffrance supplémentaire qui était de ne pas avoir été reconnus, d'avoir été oubliés en tant que victimes.
Il était nécessaire de prendre le temps aujourd'hui, de se rendre sur les lieux de chaque attentat, de commémorer, de donner les noms des victimes et de déposer des gerbes de fleurs. Est-ce que ça suffit à réparer les dommages? Je ne suis pas sûre. - C.Roux: Ce soir, hasard du calendrier, il y a un match au Parc des Princes.
Le mot de "résilience" ne vous plaît pas beaucoup. Vous dites que c'est une façon feel good de mettre les choses sous le tapis. Qu'est-ce que ça veut dire, "mettre les choses sous le tapis"?
En disant ça, on ne regarde pas réellement l'état de la menace ou ce que ça a fracturé dans la société française? - A.Rosencher: Le terme de résilience à l'échelle individuelle est nécessaire et justifié.
C'est ce qui explique que le cerveau humain, et c'est magnifique, peut se relever de traumatismes incroyables. Ce n'est pas le terme lui-même mais plutôt son utilisation en politique qui me dérange. Ca peut rejoindre le diagnostic d'A.Dénouveaux quand il parle de "tourner à vide".
Si c'est mettre les choses sous le tapis entre 2 attentats, c'est une façon de s'aveugler. Il ne faut pas considérer les attentats comme quelque chose qui tombe du ciel, d'un coup, quelqu'un qui décide, parce qu'il serait fou ou par des voix...
Entre les attentats, il y a une idéologie, le djihadisme. Ca prospère et ça continue d'infuser. On en parlera avec des nouveaux modes d'infusion, notamment sur les réseaux sociaux auprès des très jeunes.
Quand on ne regarde pas ça, et c'est l'objet de travaux, comme H.Micheron, qui a fait un livre, "La Colère et l'oubli." Entre la colère de l'attentat et l'oubli des années qui passent, il faut quand même regarder qu'il y a une menace qui est toujours là, qui a pris des ressorts différents, mais tant qu'on ne se confronte pas au djihadisme et son idéologie et à ses vecteurs de diffusion, on ne se confronte pas à la chose politique que représentent ces attentats. - C.Roux: Je voulais citer la directrice générale de la sécurité intérieure: "Ce sont les victimes de leur famille qui nous donnent la force et le recul pour ne pas se laisser habiter par la haine." - A.Bauer: J'aimerais compléter et aller dans le même sens qu'Anne en disant que, paradoxalement, Le secteur académique et universitaire, qui avait anticipé, notamment avec Gilles Kepel, le père spirituel de Micheron...
De nombreux travaux aidés par les magistrats...
Les magistrats ont compris plus vite qu'il se passait quelque chose en Algérie. "Tout cela va nous exploser à la figure." Ca a été lu par 3 personnes avant de caler une armoire.
Ces éléments ont été très travaillés. Le projet "13 novembre attentat" est un travail académique de grande qualité. Certains collègues ont sorti leur livre, notamment sur "La Déradicalisation".
Il y a un énorme travail fait. Il y a de vrais héros, pas seulement du quotidien. S'il n'y a pas eu des centaines de victimes au Stade de France, c'est parce que les gardiens ont fermé la porte aux terroristes.
Il y a eu 1 mort et beaucoup de blessés, mais il y en a eu beaucoup moins par ce courage du moment: "Vous n'entrerez pas, non!" On ne le souligne pas assez. On se souvient de la femme à la gare de Lyon, de l'homme au scooter à Nice, de l'homme à la porte-cochère devant le Bataclan qui sauve des gens au risque de sa propre vie..." - C.Roux: On parlait de Sonia qui a permis d'identifier un terroriste. - A.Bauer: Ce documentaire est remarquable car il est très peu fictionné.
C'est au coeur d'une résilience et d'une résistance du quotidien avec de vrais résistants, peut-être pas des héros, mais des résistants. - C.Roux: Il faudrait en parler plus? - A.Bauer: Il y a tous ceux qu'on a oubliés et qui mériteraient d'être plus valorisés.
Les soldats du train et le Français grièvement blessé dans le TGV qui essayait de désarmer...
C'est aussi la réalité de ce moment particulier du petit courage qui sauve beaucoup de vie. - C.Roux: A.Dénouveaux dit qu'il préfère le mot de "résistance" à celui de "résilience".
La douleur demeure. La France se souvient. Ces quelques mots d'E.Macron dans un message pour débuter la journée d'hommage aux 132 victimes des attentats du 13-Novembre.
Il reste comme une cicatrice pour chaque Français. "La Marseillaise". - Une "Marseillaise" 10 ans plus tard là où tout a commencé, au Stade de France.
Première étape de cette journée de commémoration des attentats du 13 novembre 2015, là où M.Dias est mort, première victime d'une longue série. Sa fille prend la parole. - Depuis ce 13 novembre, il y a un vide qui ne se comble pas, une absence qui pèse chaque matin et chaque soir depuis 10 ans.
Le devoir de mémoire est précieux. Puissions-nous sensibiliser les jeunes générations, leur transmettre les valeurs de notre République, leur rappeler tous ces innocents tombés, comme mon papa, parti bien trop tôt, sans raison aucune. - Le président s'exprime sur les réseaux sociaux. 6 attaques ont eu lieu ce soir-là.
Le Stade de France, les terrasses des 10e et 11e arrondissements, le Bataclan. Retour sur une nuit d'horreur. 21h19, alors que le match France-Allemagne est en cours au Stade de France, la 1re explosion retentit, suivie d'une 2e.
Explosions. Le match continue. Les spectateurs ne savent pas ce qu'il se passe dans Paris. 21h24, un 2e commando ouvre le feu sur des terrasses bondées.
Sur ces images de la Casa Nostra, un terroriste, armé de sa kalachnikov, vise 2 jeunes femmes. Son arme semble s'enrayer. Les 2 femmes parviennent à s'enfuir, miraculeusement.
Des scènes de guerre en plein Paris. La panique sur cette autre terrasse, au Petit Cambodge. Les premiers soins sont donnés par des rescapés. 21h47, au Bataclan, le groupe Eagles of Death Metal joue quand des tirs de kalachnikov sèment la mort. 22h35, une 1re colonne de la BRI pénètre dans le Bataclan, évacue le public et découvre l'innommable.
Les premiers témoins racontent. - Il y avait du sang partout. Les gens sont tombés comme des mouches. - Ils ont tué, tué, tué.
J'étais entourée de morts. - 23h53, le président de la République F.Hollande prend la parole depuis l'Elysée. - F.Hollande: Mes chers compatriotes, au moment où je m'exprime, des attaques terroristes d'une ampleur sans précédent sont en cours dans l'agglomération parisienne.
Il y a plusieurs dizaines de tués. Il y a beaucoup de blessés. C'est une horreur. - 0h18, au Bataclan, alors que 2 des terroristes se sont retranchés avec des otages, l'assaut est lancé pour les libérer.
Tirs. Quelques minutes plus tard, une fois l'assaut terminé, les derniers spectateurs, apeurés, sont guidés vers la sortie par les policiers. - Ne regardez pas, madame! - Devant le Bataclan, cet après-midi, le silence du recueillement, en mémoire des 92 vies fauchées. - Stéphane Albertini... - Une journée particulière pour les rescapés. - Un sentiment étrange, celui d'être tellement proche de tout ça encore.
Il y a eu le traumatisme, évidemment j'ai vu plein de choses, le procès...
Je pensais que 10 ans après, il serait plus loin, mais ça ne l'est pas. - Une journée du souvenir pour tous les Français. Place de la République, de nombreuses fleurs et bougies ont été déposées. - J'ai besoin de sentir que collectivement, la République et la mairie, tout le monde est capable de réaffirmer ces valeurs de la tolérance contre la montée des fascismes, du racisme, la haine de toutes sortes. - Ces attentats ont fait 132 morts et des centaines de blessés. - C.Roux: C'est assez rare en ce moment, mais en ce moment d'images et de souvenirs, la nation fait bloc, qu'elle que soit l'appartenance politique, notamment.
C'est un moment où il y a...
Il y a beaucoup de brutalité dans le débat politique. Non? Vous ne diriez pas ça? - A.Bauer: J'aimerais être sûr que ce soit le cas.
Ces images ont un effet impressionnant. Ce ne sont que des images. J'ai le souvenir, 4 ou 5 ans après le Bataclan, les congrès de balistique-lésionnelle à Lyon...
Il n'y avait que des experts. Nous avons vu des meurtres, des cadavres, des horreurs multiples. Quelqu'un de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris est venu montrer les 1res images du Bataclan.
On les avait vues en petits morceaux, plus ou moins. Nous sommes des professionnels. Nous le voyons tout le temps.
Ces images ont eu un effet bouleversant. La moitié des collègues ont pleuré. L'autre moitié a pris l'air.
Personne n'a réussi à avaler quoi que ce soit. Il y a un effet de ces images. Je ne crois pas que c'est une unité politique.
C'est un effet humain. Je ne crois pas à l'effet politique des images du Bataclan car ce ne sera qu'un moment. Quand vous voyez les images et que vous entendez le son...
C'était ce qui était à la commission d'enquête parlementaire. Vous avez un sentiment. Après avoir vu les images ou entendu le son, personne ne peut parler.
On a la gorge nouée. En plus, j'étais pas loin du Bataclan. J'y suis allé.
J'ai dû annoncer la mort d'un jeune homme, le neveu d'un ami. Tous ces souvenirs reviennent brutalement. Chez les politiques aussi, il y a ce moment de saisissement par rapport...
C'est comme le dit F.Hollande, de façon très émue, "l'horreur du moment". Ca n'a pas grand-chose à voir, hélas, avec la politique. - C.Roux: C'est indépassable, ce qu'on a ressenti collectivement et qu'on a dû gérer. - N.Schulz: J'ajouterais le récit de ceux qui ont raconté cette nuit d'horreur au son et aux images.
Il y a eu 5 semaines d'audience et même une 6e à la fin du procès. Tous les jours, de midi à 20h, les victimes se succédaient à la barre. C'était extrêmement éprouvant, d'abord pour les victimes.
Tout le monde n'est pas venu témoigner. Des centaines ont quand même pris la parole. Ca a permis d'avoir ce récit à la fois individuel, puisque chaque victime a vécu dans sa chair, de façon intime cette nuit, mais aussi un récit collectif.
Concernant la soirée au Bataclan, beaucoup de gens racontaient cette même chose qu'on aperçoit dans le reportage. D'abord, ce que tout le monde identifie comme des pétards et les corps qui tombent comme un champ de blé qui se plie sous l'effet du vent. Plusieurs victimes ont utilisé cette image.
Il faut imaginer ce que c'est que des centaines de corps tombés les uns après les autres, qui se sont empilés les uns sur les autres. Même sans avoir les images, puisqu'on n'était pas obligés de voir les photos pour se représenter ce qui s'est passé ce soir-là...
On est quand même hanté par ce qui s'est passé. - C.Roux: Question.
On le sait? - D.Delseny: Les spécialistes disent qu'il y a toujours une faille derrière un attentat réussi.
Ce qui s'est passé le 13 novembre, c'est le résultat d'une forme d'aveuglement qui a commencé quelques années plus tôt quand beaucoup de jeunes Français ont quitté la France pour se battre en Syrie. On n'a pas tout de suite compris, dans le secteur de l'antiterrorisme, ce que ça voulait dire exactement. On pensait que c'était des gens qui ne reviendraient jamais, qui allaient se battre à l'étranger.
On a compris un peu tard qu'on était le plus gros contingent européen à avoir des Français nationaux qui étaient partis là-bas. Et ensuite, que ces Français se battaient sur place et surtout, qu'ils se formaient et s'entraînaient au maniement des armes et des explosifs. Ils apprenaient à faire la guerre, non pas pour faire la guerre là-bas, mais pour l'emporter chez nous.
Il y a eu quelques trous dans la raquette du renseignement. C'est un an de préparation avec des gens qu'on projette en profitant de l'afflux de migrants. On met une partie du commando dans des bateaux qui passent par la Grèce.
Ensuite, on les fait transiter par l'Autriche et l'Allemagne pour les mettre ensuite en Belgique, qui avait le 2e plus gros contingent de personnes parties en Syrie. Tout ça s'est constitué sur le long terme, à l'aveugle des services de renseignements. Il faut reconnaître une chose terrible.
Cette organisation a été parfaite. C'est ce qui est terrible. Il y a eu des failles dans le service de renseignements, mais l'organisation des attentats, et c'est pour ça que c'est difficilement reproductible aujourd'hui, c'est que ça a répondu à une organisation quasi militaire avec des gens entraînés, qui savaient où ils allaient, des logisticiens qui savaient gérer des planques, des voitures, des allers-retours...
Tout ça a été très bien organisé. Quand vous avez une opération coordonnée, qui, ce soir-là aurait dû frapper autre chose que la France...
Il y a eu un aller-retour à Amsterdam le même soir d'une partie du commando. Les ceintures n'ont peut-être pas fonctionné. Sinon, il y aurait peut-être eu une frappe à Amsterdam ce soir-là.
Cette opération a impliqué des dizaines de personnes. Ne pas voir plusieurs dizaines de personnes qui se préparent à une telle action, il y a forcément eu un problème. - N.Schulz: Il y a eu des ratés.
Abaaoud avait été identifié. La police était à 2 doigts de l'arrêter en Grèce et il y a eu une opération en Belgiqu avec le démantèlement de la cellule de Verviers. Abaaoud comprend que l'étau se resserre.
Il veut prendre la fuite. Les frères Abdeslam sont contrôlés par la police belge. Les policiers arrivent à la conclusion qu'ils n'ont pas l'air bien méchants.
C'est facile, a posteriori, de dire où on a échoué. Un djihadiste, quelques semaines avant, dit que la cible est une salle de concert. On avait des indices, des éléments.
On savait que la menace était très forte mais on n'a pas été capables d'empêcher ces attentats. - C.Roux: Et la menace reste très forte.
Le procureur national antiterroriste dit ceci. - A.Bauer: Ca n'a pas changé.
Il y a eu un désastre dans l'affaire Coulibaly et "Charlie Hebdo"...
Ne rien comprendre, c'est au-delà de la faille. C'est un désastre. Dans l'affaire du 13-Novembre, le désastre est belge, tout ce qu'on veut, mais relativement peu lié au renseignement français, qui a essayé essayer d'éliminer à plusieurs reprises les perpétrateurs mais les a loupés à une minute ou 15 secondes près.
La France reste une cible. C'est rappelé par l'EI...
Un Afghan a été interpellé. Ce n'est pas un opérateur mais un manager d'opération. C'est le coeur de l'organisation logistique d'une éventuelle opération.
Un recruteur, aussi. Le procureur et d'autres ont souligné l'ampleur des risques terroristes qui se sont élargis. Il n'y a quasiment plus de profilage du terrorisme traditionnel comme avant, qui est devenu possible puisque tout arrive et tout arrive très vite. - C.Roux: La menace est principalement djihadiste? - A.Bauer: Oui.
Ils ont encore des supports territoriaux importants pour la préparation et l'organisation. On exporte de moins en moins d'opérateurs. On en a de plus en plus qui sont des opérateurs locaux.
Leur rajeunisation et leur tiktokisation sont telles que la diversité des profils est très importante. - C.Roux: L.Nunez a dit qu'il y a de grandes centrales terroristes, l'EI et Al Qaïda, qui diffusent une propagande puissante avec les réseaux sociaux avec des formats très courts et des radicalisations qui se font de manière passive sur les réseaux sociaux... - A.Rosencher: C'est assez documenté.
Sur TikTok, un simple mot-clé assez neutre, comme "islam", vous emmène très vite et en quantité illimitée à du contenu très radicalisé ou salafiste. TikTok, 1er prédicateur salafiste de France, il faut le regarder de front. Certains jeunes passent 7 à 8 heures par jour dessus.
Quand on dit que l'école doit faire face...
L'école ne peut pas faire grand-chose face à ça. Qu'est-ce qu'on va ajouter? Une heure d'instruction civique face à 8 heures devant un algorithme qui va pousser le contenu le plus extrême possible, parce que ça retient l'attention...
Il y a un 2e effet des réseaux sociaux là-dedans. C'est l'enseignement et la terreur liés à la façon dont s'est déroulée la question S.Paty...
Tout se passe en ligne. A partir du moment où un cours est donné, diffamé par une élève absente...
Elle en parle à son père, qui la croit. Il commence à faire de l'agit-prop sur les réseaux sociaux. Il est soutenu par un imam islamiste qui lui prête main-forte.
Leurs vidéos sont vues, commentées, relayées, etc. Ca finit dans les mains de quelqu'un qui décide de décapiter S.Paty.
Ca, en termes de degrés de terreur, on franchit un cap. Donc, le terrorisme, qui a pour but de terrifier, d'où son nom, et d'un coup, ça terrifie tout le monde...
L'effet immédiat parmi les professeurs est de se demander si on peut faire l'objet d'un bad buzz qui, en 10 ou 15 jours, fait de nous une cible. - C.Roux: Question.
Ce profil et ce contexte des réseaux sociaux, ça rend les choses plus difficiles dans la lutte contre les réseaux terroristes? - N.Schulz: Il faut l'avoir identifié comme étant radicalisé.
Si la personne n'a pas échangé, s'il n'y a pas des messages en lien avec des personnes appartenant à un groupe terroriste, c'est difficile de l'identifier. On est plus sur une menace de combattants formés à l'étranger et projetés sur le sol français. On parle d'une menace endogène, avec des personnes qui sont déjà en France et qui peuvent se radicaliser seules, avec des passages à l'acte et des modes opératoires plus simplifiés.
On n'est plus sur des kalachnikovs et des ceintures explosives et des commandos par groupe de... "Je prends une voiture, un couteau..." - D.Delseny: L'EI a compris avant le 13 novembre qu'il y avait une communication à faire.
Ils avaient un organe de communication avec lequel ils publiaient des vidéos pour faire passer ce poison partout dans le monde. Ils ont gagné la guerre de communication avant le 13-Novembre. Pour eux, c'était un chef-d'oeuvre terroriste.
Ils ont montré qu'on pouvait frapper un pays de manière militaire...
Ce terrorisme low cost...
Vous prenez un couteau dans la cuisine. Vous poignardez 3 personnes dehors et vous avez commis votre attentat. Ca a une résonance. "Vous le faites au nom de..." Ils ont donné un mode d'emploi simple, à la portée de n'importe quel ado en difficulté. - C.Roux: Qu'est-ce qui a changé depuis le 7-Octobre?
Un attentat a été déjoué en Allemagne avec des membres présumés du Hamas. Les attentats étaient en baisse jusqu'en 2023. Il y aurait une remontée statistique depuis.
Il y a un effet de ce qui s'est passé au Proche-Orient sur le climat et l'état de la menace? - A.Bauer: En France comme en Europe, on a largement importé le conflit israélo-arabo-palestinien, et vous utilisez le mot que vous voulez, comme des éléments permettant par des opérations projetées, en général, mais aussi par des opérations locales...
Ce qui s'est produit pendant la tragédie post-7-Octobre...
Il y a la tragédie du 7-Octobre et ce qui s'est passé à Gaza qui a entraîné une multiplication des passages à l'acte de toute nature. Statistiquement, c'est important et très sensible. Mais sur le fond, l'important, c'est plutôt la capacité des services de renseignements à anticiper les attentats plutôt qu'à arrêter les auteurs des attentats.
Arrêter les auteurs d'un attentat, c'est bien, mais c'est déjà un échec car l'attentat a eu lieu. On est passé à une douzaine d'opérations préventives avant l'attaque de Nice...
On est arrivé à une soixantaine d'opérations et d'opérateurs interpellés avant de commettre des attentats. On est dans des micro-attentats avec de vrais problèmes entre la radicalisation du djihad version G.Kepel, et la djihadisation de la radicalité version Olivier Roy...
N'importe qui se pare du djihad mais serait passé à l'acte pour n'importe quelle raison. Il y a la psychiatrisation du passage à l'acte. Ca devient compliqué avec ces profils alcoolisés, drogués et ayant des problèmes de maladie mentale.
On ne sait plus très bien ce qui est terroriste et ce qui ne l'est pas. - C.Roux: Comme à Oléron. - A.Bauer: On a plein de sujets.
Je prends la statistique avec beaucoup de mesure. Ce qu'on enregistre comme attentat ou pré-attentat terroriste ne se fait pas dans les mêmes conditions dans toute l'UE. Europol a le plus grand mal à traiter de ces questions dans son rapport annuel. - C.Roux: Il n'y a pas d'effet mesuré depuis le 7-Octobre? - A.Bauer: Il y a une augmentation des violences antisémites, islamophobes...
Il y a une augmentation des violences, homicides ou tentatives. - C.Roux: Lui dînait avec son épouse place Beauvau lorsque le président de la République F.Hollande l'a appelé alors que lui-même assistait au match de foot France-Allemagne au Stade de France.
Le ministre de l'Intérieur de l'époque, B.Cazeneuve, revient sur cette nuit dehors où il fallait montrer que dans la panique, la République ne tremblait pas. - Il y a des soirées qui marquent à jamais.
Le 13 novembre 2015, B.Cazeneuve était ministre de l'Intérieur. - B.Cazeneuve: Il est à peu près 20h20.
Je suis à l'hôtel de Beauvau. Je reçois un coup de fil de F.Hollande.
Il a entendu l'explosion à l'extérieur du Stade de France. Immédiatement après qu'il a raccroché, le préfet de police m'appelle pour m'indiquer qu'il y a aussi des fusillades sur certains axes du 11e arrondissement. Je comprends à ce moment-là qu'on est confrontés à ce que nous redoutons depuis des mois, une attaque terroriste massive. - Très vite, une cellule de crise au ministère de l'Intérieur est montée.
L'état d'urgence est déclaré. Il est plus de 1h du matin quand B.Cazeneuve arrive devant le Bataclan. - B.Cazeneuve: C'est quasiment une scène de guerre à laquelle on assiste à ce moment-là.
A l'esprit, j'ai l'image d'une jeune femme qui a des traces de sang sur les vêtements. Elle était vraisemblablement dans la fosse à proximité de personnes qui ont été blessées ou tuées. Son regard est vide de toute expression, comme si la vie lui avait été temporairement retirée par la violence du choc.
Vous êtes investi d'une responsabilité publique dans un contexte difficile. Vous n'en êtes pas pour autant autre chose qu'un homme qui a ses sentiments, sa sensibilité. La seule différence, c'est que vous ne pouvez pas en témoigner.
Lorsque vous apparaissez publiquement, si vous donnez le sentiment d'avoir été envahi par le choc, vous envoyez le signal que le pays pourrait ne pas y résister. Vous n'avez pas le droit de le faire. - Derrière le choc et l'émotion, des défaillances sont vite pointées du doigt. - B.Cazeneuve: Quand j'arrive à Beauvau en 2014, la loi sur le renseignement date de 1991.
A l'époque, il n'y avait ni portable ni Internet. Les terroristes communiquent entre eux avec des moyens cryptés. Vous voyez le décalage entre ce que la loi sur le renseignement permet de mobiliser d'instruments et de moyens et ce que les terroristes utilisent sans demander l'autorisation à personne. - Face à ce constat, B.Cazeneuve renforce les services de renseignements et crée 9000 emplois de policiers supplémentaires.
A l'Assemblée, la cohésion nationale est déchirée par les clivages politiques. - B.Cazeneuve: J'ai entendu la droite me demander de mettre en rétention tous les fichés S.
C'était absurde. Si on s'était mis à signaler tous ceux qui étaient fichés S, ils se seraient dissimulés davantage pour commettre leurs actes. Les outrances commençaient à gronder, déjà, au Parlement et dans l'opinion publique. - L'ancien ministre de l'Intérieur regrette qu'aujourd'hui la simple évocation des dangers de l'islamisme enflamme les débats. - B.Cazeneuve: Une partie de la gauche s'est placée dans un angle mort sur ce sujet.
Dire que tous ceux qui luttent contre l'islamisme sont des islamophobes alors que les 1res victimes du totalitarisme islamisme ont été les musulmans eux-mêmes, ça repose sur une méconnaissance de l'histoire, une manipulation d'un cynisme total...
Amener les musulmans à voter de telle manière ou d'une autre...
C'est très peu protecteur de la République. C'est d'une naïveté considérable pour ceux qui racontent ça parce qu'ils le croient. Ils n'ont pas compris la nature de ce qui se produit. - Des débats houleux alors que le risque d'attentat reste élevé en France. - C.Roux: Pour faire écho à ce témoignage de B.Cazeneuve, depuis, la France a rattrapé son retard, notamment en ce qui concerne les moyens donnés aux renseignements. - D.Delseny: Des moyens juridiques.
Il y avait une loi obsolète à l'époque qui ne permettait pas de faire des surveillances sur les réseaux, qui ne permettait pas toujours de faire des écoutes téléphoniques, pas au bon moment. La difficulté, c'est qu'il faut s'adapter en permanence. Les terroristes, comme le font les membres du grand banditisme, ont toujours ce petit temps technologique d'avance.
Les lois ont été modifiées plusieurs fois depuis. A chaque fois, on a l'impression que c'est extrêmement lent. Le processus législatif est compliqué à modifier.
Il y a toujours des oppositions politiques avec des postures qui font que les textes mettent parfois du temps entre le moment où on décide qu'il faut résoudre le problème et le moment où il est résolu. Ca prend des mois. - C.Roux: Qu'est-ce qu'on a appris en 10 ans?
Qu'est-ce qu'on fait de mieux? - A.Bauer: A peu près tout.
L'infiltration, on le faisait déjà pas si mal. C'est un des éléments les plus intéressants. Tout ne passe pas par les réseaux.
Je parle sur le corps central des organisations criminelles, narco et terro. Ils ne font pas la même chose mais ont des méthodes, des fournisseurs et des techniques qui se ressemblent. L'infiltration est très forte.
La coopération interservices aussi. Ca a beaucoup progressé notamment grâce à l'outil technique de la DGSE et à la transformation de la DST en DGSI. Il y a eu des moments difficiles mais ça s'est amélioré.
Le renseignement humain est redevenu un moment important. La capacité d'allier le préventif, le proactif, intervenir avant et après...
On intervenait très bien après mais très peu avant. J'étais dans l'équipe de M.Rocard quand on a fait la loi de 90 qui était la 1re loi depuis 1958.
A chaque fois, ça prend beaucoup de temps. Ce n'est pas toujours un temps inutile. L'équilibre dans une démocratie entre la préservation des libertés, le mauvais usage de ces textes pour des raisons politiques...
C'est un problème de dénomination et l'incapacité de dire les choses... - C.Roux: Il y a des mots qui ont disparu dans la bouche des spécialistes, comme "déradicalisation".
Question. M.Valls s'exprimait ce matin et a dit qu'il n'avait jamais cru à la déradicalisation. - N.Schulz: On a créé ces quartiers d'évaluation.
On constate que l'on craignait beaucoup que les personnes incarcérées pour des faits en lien avec du terrorisme et qui sortent de prison, qu'il y ait une recrudescence des attentats. On constate que ça n'a pas forcément été le cas. Ils sont très surveillés.
Ce qui a changé en 10 ans, c'est la création d'un Parquet national antiterroriste qui n'existait pas à l'époque. Le procureur de la République de Paris avait la casquette en charge de la lutte contre le terrorisme. On s'est doté de magistrats ultra expérimentés.
C'est un outil qui a fait ses preuves. On le décline en ce moment pour la lutte contre la criminalité. - C.Roux: Des terroristes condamnés sortent parfois de prison.
On écoute un extrait de l'interview d'O.Christen, le procureur national antiterroriste. - Tous les ans, il y a 40 à 50 personnes condamnées pour des faits de terrorisme islamisme qui sortent de détention.
Notre travail est d'assurer la continuité qui va assurer le suivi une fois que les personnes sont hors les murs. Ce suivi est efficace puisque dès lors que la DGSI ou les différents services en charge de la surveillance de ces personnes vont détecter un comportement en infraction avec les obligations auxquelles ces personnes sont soumises, elles pourront être réincarcérées. Il y en a eu 6 qui ont été réincarcérées sur cette base. - C.Roux: Ils sont évidemment suivis. - A.Bauer: Plus de 25 000 si on cumule l'ensemble des fichiers et qu'on essaie de faire le tri...
Il y a 5 condamnés du 13-Novembre sortis de prison. Le problème est moins les sortants que les rentrants. Les enfants et les femmes de terroristes qui sont rentrés ou qui vont rentrer un jour de Syrie...
Le problème, c'est la radicalisation expresse de parfaits inconnus, de jeunes, avec une proportion de jeunes filles ou femmes beaucoup plus importante que d'habitude. C'est la nouveauté. - C.Roux: M.Barnier a interpellé le Premier ministre. "Avons-nous pris la bonne mesure de l'entrisme des Frères musulmans et de la façon dont ils dévoyaient au quotidien nos valeurs démocratiques et républicaines?" La question de l'entrisme se retrouve au coeur du débat politique après la loi sur le séparatisme.
Le président de la République avait envisagé de légiférer sur l'entrisme après un rapport sur l'entrisme des Frères musulmans. Ca n'a pas avancé faute de majorité. C'est l'entrisme qui est au coeur des préoccupations? - A.Rosencher: Ca en fait partie.
Il y a une commission sur ses liens avec les mouvements extrêmes et politiques, ou l'infiltration. Un député LFI...
Un élu à la région a quitté LFI en disant qu'il avait alerté sur un entrisme... "Soyons vigilants"...
Il avait été traité d'islamophobe. Ca fait partie des choses à regarder. Il faut les regarder hors période d'émotion.
A chaque fois, et c'est ce que rappelait B.Cazeneuve, on ouvre ces débats dans des périodes où les attentats frappent, où on est dans une émotion, une commémoration...
Il faut faire sortir ces questions de l'émotion et les mettre dans le champ du politique et du débat national politique. - C.Roux: Ils y sont déjà. - A.Rosencher: A gauche, il est difficile d'en débattre.
C'est ce que disait B.Cazeneuve. Il y a cette idée, peut-être de mauvaise foi, à mon avis, qu'il y aurait un amalgame systématiquement fait entre l'islamisme et les musulmans et qu'il y aurait un risque de stigmatiser l'ensemble des Français musulmans.
Dans la grande majorité des cas, cet amalgame n'est pas fait. Il y a toujours des gens qui essayent de le faire et de surfer dessus. Cette interdiction parfois du débat à gauche et cette intimidation qu'il peut y avoir parce que je suis sûre qu'à gauche les gens se posent ces questions aussi...
Les électeurs les posent. Généralement, ils sont plus clairs que leurs propres élus. Ca doit avoir lieu dans tous les champs.
C'est une question politique. Il faut que ce soit dans le débat avec toutes les nuances, les propositions et les sensibilités politiques des uns et des autres. - C.Roux: Que ce soit dans le débat de manière apaisée.
Ce n'est pas facile sur ce genre de sujets. - A.Rosencher: La politique, c'est de retrancher la violence, c'est d'empêcher la violence dans la société civile parce qu'elle prend sur elle des sujets parfois de graves tensions ou de graves différends.
S'il y a un refus d'obstacle, c'est un problème. - C.Roux: Le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas attendu de légiférer.
Il a fait de la lutte contre l'entrisme sa priorité. Il a fermé une association culturelle et un institut de langue. Il a dit ceci. - D.Delseny: C'est un sujet très abrasif, très inflammable.
Il est difficile de l'aborder avec une forme de neutralité et de raison. On est dans une période politique plutôt clivée, c'est encore plus difficile. Je me souviens qu'il y a 11 ans, avant les attentats de 2015, j'avais lu une note des renseignements territoriaux qui listaient tout un nombre d'associations sportives où il se passait des choses plutôt curieuses avec des horaires réservés aux hommes, aux femmes, des refus, des gens qui faisaient la prière avant les matchs de foot...
C'était pris sur le ton de l'anecdote. C'était juste des renseignements qui remontaient des informations. Le problème, c'est qu'il faut toujours faire très attention.
Les frontières sont très poreuses entre ce qui peut être du communautarisme, de l'entrisme, une menace terroriste...
On peut faire du communautarisme sans être une menace terroriste. On a un monde politique qui tend à mélanger tout ça. Vous allez parler de problèmes sociétaux mais qui vont devenir quelque chose...
C'est de plus en plus difficile d'aborder ces sujets sans qu'ils soient récupérés par un camp ou un autre. Ils sont en match nul total. Ce qui remonte de certains secteurs en banlieue, parce que c'est surtout dans les banlieues d'agglomération qu'il est difficile d'aborder dans un moment de calme parce qu'on n'en a pas beaucoup, de poser tout ça et de réfléchir collectivement à quels sont les signes inquiétants et quels sont les signes moins inquiétants... - A.Bauer: L'Etat s'est tiré une balle dans le pied au moment où il a revisité le concept de laïcité.
Il a considéré que ce concept était une neutralité. Il évite les excès. Il sanctuarise l'Etat en tant que tel mais ne met pas les citoyens autour.
Nos amis De l'Eglise catholique n'ont pas accueilli la laïcité à bras ouverts. Pourtant, ça s'est produit. Il y a une forme de laïcité d'atmosphère qui est là sans être là, qui ne fait rien et qui regarde.
Si vous ajoutez une forme de remords colonial, une partie de dilution de ce qu'ont été les éléments qui ont construit l'Etat en France...
L'Etat en France a construit la nation et pas l'inverse. L'Etat s'est dilué tout seul et trouve un peu choquant qu'il soit obligé de refaire ce qu'il avait fait dans le passé et que, désormais, il est interdit de faire. Les autres ont tous peur.
Tout le monde a peur d'aborder cette question, y compris dans les usages des termes. Je n'utilise pas le terme "islamisme" ni "Daech". Les musulmans sont des musulmans et ils croient à ce qu'ils veulent et tant mieux. 90 % sont les principales victimes du terrorisme djihadiste.
Il ne faut pas oublier qui est qui. Il faut commencer à reprendre la dénomination précise des termes pour éviter le contournement, le détournement et la pseudo-attaque de "islamophobe" dès qu'on aborde une question sur l'islam. B.Sansal, aux dernières nouvelles, n'est pas un catholique pratiquant et a voulu aborder les questions difficiles dans des conditions difficiles.
Heureusement, il a été libéré. - C.Roux: Des films et des séries se sont emparés de ce traumatisme collectif des attentats du 13-Novembre.
Un exercice indispensable mais une épreuve pour les rescapés, les familles de victimes qui se retrouvent replongées dans l'horreur. - Comment raconter l'horreur? Peut-on mettre en scène un traumatisme collectif? - S'il vous plaît!
Venez m'aider! - 10 ans après les attentats du 13-Novembre, J.-X.de Lestrade retrace l'histoire de 7 otages du Bataclan. - Tu es blessé?
Tu es blessé? - On est frontalement avec les faits du Bataclan, avec les otages du Bataclan. Tout est cité, nommé, tourné dans le Bataclan. - On assiste à une forme de miroir déformant.
On regarde notre histoire qui n'est pas la nôtre, c'est celle que Jean-Xavier a créée. - Aller bosser, ça me fait un bien fou. - Moi, ça m'angoisse. - L'histoire d'une amitié née entre ces ex-otages après avoir vécu l'horreur, de leur traumatisme.
Où est le réel, où est la fiction? Les rescapés ont assisté au tournage sur les lieux du drame. Echange entre Marie, ex-otage, et son interprète dans la série. - Ca m'a permis de retourner dans le vrai couloir du Bataclan.
J'ai pu être sur le plateau de tournage ce jour-là. - Mais bien sûr! - Je n'étais pas retournée dans le couloir alors que ça m'obsédait.
Ca m'a permis de retourner enfin dans le couloir. - De remettre une pièce du puzzle... - Quand tu sors et que tu vois tous ces gens qui se remettent en terrasse...
Ils sont complètement fous. - J'aimerais dormir plus de 2 heures. - Il y a le temps du recueillement, le temps de la justice.
Il fallait attendre que toutes les parties civiles aient la possibilité de venir à la barre déposer leur récit pour que leur récit soit sur la place publique et devienne public. Nous, auteurs de fiction, on pouvait s'en emparer et raconter cette histoire. - Pour certains rescapés du Bataclan, les souvenirs ne doivent pas être altérés. - Ces images sont importantes.
J'y suis très attaché. Je ne veux pas qu'elles soient polluées par la fiction. Je ne regarde pas les fictions.
Les quelques images que j'ai gardées, je veux rester fidèle à cette souffrance. Elle fait partie de moi. - La culture s'est emparée de l'histoire collective pour la raconter à la télévision, au cinéma.
Au moins 9 films et séries sur le 13-Novembre en 10 ans. des images que tout le monde a vues et il arrive que la fiction s'entrechoque avec le réel, comme sur le tournage de "Revoir Paris". - L'expérience du film n'a pas été amusante, de tourner dans Paris, au moment des procès...
Il y a une sorte de hasard que le film sorte au moment du procès de Nice. Quand on est au restaurant et qu'on avait les bougies...
Les gens s'arrêtaient. On a dû mettre un carton avec écrit "tournage de film en cours". - La fiction prend des libertés avec la réalité quelquefois.
C'est aussi le début de la traque des terroristes par la BRI. 5 jours retracés dans le film "Novembre". - Je ne savais pas qu'elle était contre le voile.
On a choisi de changer tous les personnages du film. Aucun personnage n'est exactement ce qu'il est dans la réalité. Il faut les protéger.
Je ne le savais pas. J'ai montré le film au mois de juin. Elle ne voulait pas porter le voile dans le film.
Elle m'a demandé si je pouvais le mentionner à la fin du film. On a tout de suite accepté. - Pour certains, la fiction permet de réparer le réel.
Le 13 novembre 2015, l'ancien chef de la BRI découvrait le corps de l'un de ses amis assassiné au Bataclan. Il raconte son histoire dans un roman en faisant de lui un survivant. - C.Roux: La série "Des vivants" est disponible en intégralité sur la plateforme france.tv.
Les 3 derniers épisodes seront diffusés sur France 2 le 17 novembre. La fiction, ça répare? On a commencé l'émission par là, par le souvenir, les hommages. - A.Bauer: Ca dépend.
Je me suis coltiné à la fiction avec des réalisateurs... "C'est de la fiction, on a tous les droits." Je me suis coltiné dans le cadre du documentaire où on est dans la précision exceptionnelle.
Le documentaire un peu fictionnel, ce qui est le cas de "Le Choix de Sonia", franchement, sur ces questions, le vrai drame, c'est quand on fait passer la fiction pour la réalité. On induit pour des tas de bonnes ou de mauvaises raisons le téléspectateur dans l'erreur de ce qu'est la réalité, de ce qui s'est vraiment passé. Il vaut mieux le documentaire peu fictionnel comme celui... "Le Choix de Sonia".
Il faut pas s'éloigner des faits. - N.Schulz: Il fallait du temps pour que les victimes acceptent que ce soit mis en images et que ça devienne un film.
Il fallait que le procès passe pour qu'ils puissent faire eux-mêmes le récit de ce qu'il s'est passé. J.-X.de Lestrade à l'origine de la série "Sambre"...
Les otages étaient venus raconter comment ils se sont aidés les uns les autres. Ca ne pouvait pas être fait dans les 2, 3 ou 4 années qui ont suivi les attentats. - D.Delseny: Malheureusement, je pense aussi que le nombre important de victimes a créé un nombre important de témoignages et des témoignages de très grande qualité.
Ceux qui ont suivi au jour le jour le procès ont d'abord dit que les témoignages étaient émouvants et d'un très gros niveau intellectuel. Ca joue aussi. Ce sont des gens qui avaient des histoires à raconter, des témoignages très précis qui n'étaient pas des témoignages de haine ou de vengeance, qui auraient rendu la chose un peu noire ou blanche.
Il n'y avait pas besoin de fictionner beaucoup. Quand on a une matière comme celle-là, c'est presque insultant de vouloir en rajouter. Il s'est passé tellement de choses incroyables cette nuit, le dossier se suffit à lui-même. - C.Roux: C'est l'heure de retrouver vos questions.
Question. On est tous d'accord. Question. - N.Schulz: Non.
C'est ce que dit A.Dénouveaux. A l'époque, il pensait que dans 10 ans ça lui semblerait beaucoup plus lointain et ce n'est pas le cas. - C.Roux: Question. - D.Delseny: Le Bataclan était une cible précise parce que c'était une salle de concert qui avait été pensée en amont.
Les terrasses étaient aussi des cibles. Est-ce que c'était ces terrasses précisément...
On ne saura jamais vraiment. Il y avait un commando terrasses de prévu. Il y avait un autre commando métro de prévu.
On a toujours pensé que c'était le rôle de S.Abdeslam de se faire sauter dans une rame de métro parce qu'il y avait des traces écrites parlant d'un commando métro et qu'il a pris le métro cette nuit-là. - N.Schulz: Il était prévu d'aller dans un autre restaurant et il dit qu'il a renoncé. - A.Bauer: Il y a toujours un objectif... - D.Delseny: Il a dit qu'il n'avait pas voulu, qu'il n'avait pas osé le faire.
On ne saura jamais si c'est la ceinture qui n'a pas marché ou lui qui a reculé. C'était extraordinairement préparé, que ce soit l'arrivée des voitures, l'arrivée des terroristes, les planques... - C.Roux: Question. - N.Schulz: C'est un choix très personnel.
C'était aussi marquant pendant le procès. Vous aviez des gens qui vous disaient qu'ils n'avaient jamais vu personne et dont on se disait que ce n'était peut-être pas une très bonne idée...
Il y a des gens qui étaient suivis, qui avaient tout essayé, les psychothérapies, l'EMDR, qui avaient fait plein de choses et on avait le sentiment que rien n'allait pouvoir les réparer...
C'est impossible de répondre à cette question. - C.Roux: Les familles des victimes ont été indemnisées? - N.Schulz: Oui.
C'était un sujet au procès. Ce sont des démarches auprès du fonds d'indemnisation des victimes du terrorisme. C'est compliqué.
Ca prend du temps. Il y a encore quelques dossiers en suspens. - C.Roux: Question. - A.Rosencher: Les jours d'émotion, ce n'est jamais très bien venu de lancer des polémiques et des choses clivantes.
Néanmoins, je pense que les politiques doivent se saisir de la question. Il n'y a pas que les attentats. Il y a ce qu'il se passe entre les attentats. - C.Roux: Question.
C'est le moment de le faire. - A.Bauer: Les agents de sécurité du Stade de France et les médecins.
Et les pompiers. On voit le film de l'entrée des pompiers quand ça tire encore...
Le commissaire de police et son chauffeur ont mis fin, contre toute les règles doctrinales de l'époque, et sont rentrés dans le Bataclan pour tirer et ont mis fin au massacre. - C.Roux: Merci à vous tous.
Fin de cette émission. Il est l'heure de retrouver A.-E.Lemoine et "C à vous". - A.-E.Lemoine: Ce soir, le témoignage de Sonia, témoin-clé qui a permis de neutraliser le chef du commando des attentats du 13-Novembre.
Son avocate sera notre invitée. La suspension de la réforme des retraites, victoire
Emmanuel Macron