Cyril Chabanier : pourquoi la CFTC descend dans la rue le 18 septembre
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A quoi sert-il d'aller manifester demain sachant que le gouvernement n'est pas nommé ?
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Mais souvent la CFTC a un positionnement plus modéré que d'autres syndicats. Ça peut étonner que vous souhaitiez faire pression ?
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Quel est l'objectif d'ailleurs demain ? C'est le million de personnes dans la rue ?
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Cyril Chabanier, vous avez été reçu lundi par Sébastien Lecornu. Quelles ont été vos premières impressions ?
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C'est Cyril Chabagné, vous avez donc trouvé un Premier ministre lundi à l'écoute. Pour autant, vous commencez à être habitué au bal des Premiers Ministres.
- 5:55OuverteRéponse directe
On se rappelle que c'était une proposition de François Bayrou. Comment avez-vous reçu cette décision à la CFTC ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On demande une grande journée de mobilisation au départ suite à la présentation du budget de François Bayrou le 15 juillet qui demandait énormément d'efforts et beaucoup d'efforts qui ne pesaient quasi exclusivement que sur les salariés, les retraités, les fonctionnaires et les chômeurs. »
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« Donc un budget qu'on trouvait extrêmement injuste. Non pas qu'on conteste le principe de faire des efforts et de trouver des solutions pour cette dette qui est un véritable problème. »
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« Le budget est tombé. En même temps, la somme de 30 ou 40 milliards d'économies est toujours sur la table. »
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« qu'il ne peut pas faire ses économies uniquement sur le dos des travailleurs. »
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« Un Premier ministre qui est à l'écoute. Il a pris beaucoup de temps pour écouter l'ensemble de nos revendications. J'ai dû rester à peu près 1h45, ce qui n'est pas très habituel. »
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« Il a reconnu des erreurs. »
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« Et je crois en particulier qu'il semble avoir compris toute la problématique de l'injustice de ce budget, non pas le fait de faire des efforts. »
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« La dégradation, il y a encore quelques jours de la note Fitch pour les taux d'emprunt, évidemment, pose énormément de problèmes. »
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« Il était prévu d'avoir une grande réforme de l'assurance chômage extrêmement dure. Vraiment, ça tapait très fort contre les chômeurs. »
- 5:42PrésentateurFait
« Le Premier ministre, pour lui, ce n'est pas une priorité d'avoir une énième réforme, alors qu'on en est déjà à la cinquième en six ans. »
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« Et que la dernière, on l'a fait en décembre 2024 avec déjà un milliard d'économies. »
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« Donc je pense que la lettre de cadrage qu'on avait reçue sur ce sujet va être fortement modifiée. »
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« Ça a mis le pays très en colère pendant tout l'été pour aller chercher 3-4 milliards d'euros. »
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« mais sur les 211 milliards d'aides publiques accordées aux entreprises, »
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« On a un gros problème de rémunération dans notre pays. »
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« Je rappelle que pour la première fois, on va bientôt arriver à une personne sur cinq dans ce pays qui touche juste le SMIC. »
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« Toutes les exonérations aux entreprises étaient concentrées au salaire du SMIC. »
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« C'est ce qu'on a appelé, et Gabriel Attal en avait parlé quand il est arrivé le Premier ministre, cette fameuse trappe à bas salaire. »
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« Vous avez des seuils à 1,6 mig, à 2,5. »
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« une entreprise a beaucoup d'exonérations de cotisations en dessous de 1,6 mig. »
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« Donc, c'est complètement aberrant. »
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« La CFTC était favorable à la première réflexion sur la réforme des retraites d'Emmanuel Macron en 2017, qui était de construire un modèle universel par points, dont on estime que c'est la seule chance d'avoir un modèle juste. »
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« Je rappelle qu'aujourd'hui, en France, on a quand même 42 régimes de retraite différents. »
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« Elle est de plus en plus dure à faire émerger, et ça me navre. »
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« nous avons quand même signé en 5 ans 7 accords nationaux interprofessionnels, ce qui est du jamais vu dans l'histoire. »
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Bonjour Cyril Chabannier. Bonjour et merci d'avoir accepté notre invitation deux jours après votre rencontre avec Sébastien Lecornu et à la veille d'une grande journée de mobilisation à laquelle vous participerez avec la CFTC. A quoi sert-il d'aller manifester demain sachant que le gouvernement n'est pas nommé donc il est difficile de juger de son action et donc vous demandez quand même une grande journée de mobilisation. Pourquoi ?
On demande une grande journée de mobilisation au départ suite à la présentation du budget de François Bayrou le 15 juillet qui demandait énormément d'efforts et beaucoup d'efforts qui ne pesaient quasi exclusivement que sur les salariés, les retraités, les fonctionnaires et les chômeurs. Donc un budget qu'on trouvait extrêmement injuste. Non pas qu'on conteste le principe de faire des efforts et de trouver des solutions pour cette dette qui est un véritable problème. On pouvait d'ailleurs être d'accord sur le constat mais pas d'accord sur les solutions. Aujourd'hui il est vrai que ce gouvernement est tombé, que nous avons un nouveau Premier ministre qui est issu de la même majorité.
Il y a un risque important qu'une grande partie de ce budget soit repris par M. Lecornu et donc on veut continuer à mettre une pression en disant ce n'est pas possible de partir de la copie de François Bayrou pour le budget. Il faut des changements forts. Certes il faut des efforts mais dans une justice, dans une équité. Et aujourd'hui aussi bien au niveau de l'effort de l'État, de l'efficience de la dépense publique qu'au niveau des entreprises, on n'est pas du tout dans une équité parce qu'encore une fois tout pèse sur le monde du travail et sur les travailleurs.
Mais souvent la CFTC a un positionnement plus modéré que d'autres syndicats. Ça peut étonner que vous souhaitiez, pour reprendre vos mots, faire pression. Il y a une urgence à faire pression ?
Alors c'est une demi-pression parce qu'encore une fois la base de cette mobilisation ce n'était pas pour faire pression. C'était vraiment sur un constat précis, sur une présentation d'un budget qui était extrêmement clair. Le budget est tombé. En même temps, la somme de 30 ou 40 milliards d'économies est toujours sur la table. Et certes on n'a pas encore les annonces mais on veut être persuadé et on veut en tout cas persuader le Premier ministre qu'il ne peut pas faire ses économies uniquement sur le dos des travailleurs. Donc comme il n'y a que deux semaines pour constituer ce budget, il doit être présenté début octobre. Et c'est important de le rappeler ?
C'est très important de le rappeler. Il y a souvent eu un peu une facilité quand même de repartir en grande partie du budget précédent. Et donc là on veut continuer à dire non, on s'est opposé à ce budget, on continue à s'opposer. Vous devez faire de fortes modifications sur ce budget. Et donc c'est important que demain, à la fois nos concitoyens et le monde du travail fassent passer ce message pour qu'il y ait de réels changements.
Quel est l'objectif d'ailleurs demain ? C'est le million de personnes dans la rue ?
Le million de personnes dans la rue, oui, je ne vais pas dire que c'est un objectif secret parce que je suis en train de le dire à la radio, mais ça serait le chiffre je crois qui montrerait la très très grande force. Alors on entend aujourd'hui au niveau du ministère de l'Intérieur qu'il y aurait au moins 800 000 personnes qui seraient prévues, ce qui serait déjà quand même un nombre très important. Donc on sera quand même sur une très grosse mobilisation dans énormément de secteurs, quasiment tous. Donc je crois que cette mobilisation permettra d'influer vraiment sur ce budget.
Cyril Chabani, vous avez été reçu lundi par Sébastien Lecornu. Quelles ont été vos premières impressions ?
Un Premier ministre qui est à l'écoute. Il a pris beaucoup de temps pour écouter l'ensemble de nos revendications. J'ai dû rester à peu près 1h45, ce qui n'est pas très habituel. On est plutôt sur une petite heure d'habitude. Quelqu'un je crois qui est attaché au dialogue social. Il y a eu un long moment sur ça pour nous dire qu'il y a eu peut-être des moments, des ratés, des loupés sur ce dialogue social. Il a reconnu des erreurs. En tout cas qu'il y a eu des périodes où peut-être le dialogue social n'était pas assez en avant et qu'il était très attaché, lui, à être dans le dialogue, dans l'écoute, dans l'échange. Et c'était plutôt positif.
Le fait, par exemple, de nous recevoir, de nous entendre avant même de nommer son propre gouvernement est déjà un acte fort. Et je crois en particulier qu'il semble avoir compris toute la problématique de l'injustice de ce budget, non pas le fait de faire des efforts. Je crois que tout le monde a conscience aujourd'hui que la situation économique de notre pays est quand même très problématique. La dégradation, il y a encore quelques jours de la note Fitch pour les taux d'emprunt, évidemment, pose énormément de problèmes. Mais personne ne peut faire un effort s'il a l'impression qu'il est le seul à faire ça et que ça ne sert pas à grand-chose.
Donc il faut extrêmement bien flécher le moindre euro d'effort vers quoi ça va aller de façon précise. Et surtout avoir l'impression que tout le monde participe, tout le monde participe selon ses besoins et que les plus précaires, les personnes en plus en difficulté, soient épargnées.
C'est Cyril Chabagné, vous avez donc trouvé un Premier ministre lundi à l'écoute. Pour autant, vous commencez à être habitué au bal des Premiers Ministres, tout comme nos concitoyens. Ils sont toujours à l'écoute lors d'une première rencontre.
Oui, ils sont toujours à l'écoute. Qu'est-ce qui avait différent là ? Après, encore une fois, il y a les paroles et les actes. Donc nous jugeons que les actes et non pas les paroles. Quelques signes positifs. Il était prévu d'avoir une grande réforme de l'assurance chômage extrêmement dure. Vraiment, ça tapait très fort contre les chômeurs. Le Premier ministre, pour lui, ce n'est pas une priorité d'avoir une énième réforme, alors qu'on en est déjà à la cinquième en six ans. Et que la dernière, on l'a fait en décembre 2024 avec déjà un milliard d'économies.
On se rappelle que c'était une proposition de France à Bayrou, effectivement.
Oui, et on sent, alors il y a quelques sujets sur l'assurance chômage, comme les ruptures conventionnelles, sur lesquelles c'est un sujet où beaucoup de ministres voulaient revenir dessus. Donc il n'a pas tout mis de côté, mais il n'est pas sur un grand chamboulement comme c'était prévu. Donc je pense que la lettre de cadrage qu'on avait reçue sur ce sujet va être fortement modifiée. Je crois qu'il a conscience que dans le budget précédent, les entreprises n'étaient pas mis, n'avaient pas de participation vraiment importante, même quasiment nulle, sur l'effort budgétaire.
Je crois qu'il a compris que ce n'est pas possible de demander un effort aux travailleurs s'il n'y a pas aussi un effort du côté des entreprises et de l'État. Donc ce sont des signes, les taxes, par exemple, sur les plus hauts patrimoines, sur les dividendes, qui étaient un sujet un petit peu tabou parfois avec les précédents en gouvernement. Il est ouvert à cette discussion-là. Donc évidemment, il y a aussi des signes qui sont donnés à des partis politiques pour trouver une coalition et pour ne pas tomber. Il rencontre aujourd'hui le Parti Socialiste. Mais voilà, il y a ce sentiment d'essayer de construire un budget plus juste et plus équilibré.
C'est une première impression plutôt positive. Des impressions positives, parfois j'en ai eu et j'ai été extrêmement déçu. C'est comme un amour, il y a les mots et puis il y a les preuves. Donc j'attendrai les preuves, je ne sais pas d'amour, mais les preuves d'un budget juste en tout cas.
Parmi les preuves, tout de même, il y a le retrait de cette mesure qui était très impopulaire souhaitée par François Bayrou, les deux jours fériés, leur suppression. Sébastien Lecornu est déjà revenu dessus. Comment avez-vous reçu cette décision à la CFTC ?
Ça fait partie des signes positifs. Ça a mis le pays très en colère pendant tout l'été pour aller chercher 3-4 milliards d'euros. Je vous rappelle, et ça me fait revenir à la question précédente, mais sur les 211 milliards d'aides publiques accordées aux entreprises, je ne suis pas là pour les retirer. Il y en a qui sont extrêmement utiles. Mais enfin, on est quand même dans un pays où on n'est même pas capable d'évaluer l'efficacité de ces aides publiques avec notre argent, avec l'argent de l'impôt. Je pense que si c'était évalué, on trouverait quelques milliards à récupérer là.
Je pense que si demain, on ne donne plus que 200 ou 205 milliards aux entreprises et pas 211, ce n'est pas une révolution. Surtout que parfois, ce n'est pas celles qui ont vraiment besoin qui le perçoivent. C'est aussi une véritable question. Et par exemple, ça aurait permis de ne pas mettre cette colère dans le pays pendant toutes les vacances d'été.
Est-ce qu'avec Sébastien Lecornu, vous avez évoqué la mobilisation de demain ? Ce que vous en entendiez ? Quel pouvait être les débouchés ?
On ne l'a pas beaucoup évoqué. Il était bien au courant qu'il y avait cette mobilisation et bien au courant du but de cette mobilisation. Et donc, encore une fois, il a bien compris que ce budget est peut-être sa survie à Matignon passée par de la justice sociale et de la justice fiscale.
La justice sociale et fiscale, parlons-en des points clés de ce budget. C'est la rémunération du travail. Certains salariés s'y mettent toujours pris au portefeuille pour financer un modèle social dont ils ne bénéficieraient pas ou peu. François Bayrou a même opposé les retraités boomers avec le reste de la population. Quel regard vous portez-vous sur la rémunération du travail ? Sur le point de vue des salariés dont certains se disent lésés ?
On a un gros problème de rémunération dans notre pays. Je rappelle que pour la première fois, on va bientôt arriver à une personne sur cinq dans ce pays qui touche juste le SMIC. Et aujourd'hui, avec l'inflation qu'il y a eu ces dernières années, vivre, remplir son frigo, se loger avec un SMIC, ça devient un exploit. Donc, c'est le salaire le plus payé. Et non seulement il est toujours le plus payé, mais il continue à croître. Enfin, le nombre de personnes qui sont au SMIC. En fait, on a eu depuis 10, 15 ans une politique qui était une politique d'embauche, une politique pour l'emploi. Donc, l'objectif, c'était uniquement de faire baisser le chômage.
Donc, la priorité était d'embaucher des personnes à des salaires bas au SMIC. Ce qui, dans un contexte de fort chômage, est tout de même une perspective intéressante. Ce qui est dans un contexte de fort chômage pouvait se comprendre. Et donc, toutes les exonérations aux entreprises étaient concentrées au salaire du SMIC. C'est ce qu'on a appelé, et Gabriel Attal en avait parlé quand il est arrivé le Premier ministre, cette fameuse trappe à bas salaire. Aujourd'hui, il y a des propositions, et ça fait partie aussi des propositions de la CFTC, de dire que le chômage a quand même bien baissé. D'ailleurs, les précédents gouvernements mettaient ça très en avant.
Donc, aujourd'hui, il faut peut-être un peu moins aider, donc exonérer un peu moins au niveau du SMIC. Et par contre, encourager l'entreprise à augmenter les salaires, en exonérant un peu plus, au-delà du SMIC. Vous voyez, inverser cette tendance, il y a des rapports qui ont été fournis sur ça, le fameux rapport Bosio-Vesmer, et nous, on est parfaitement en adéquation avec ça. Il y a aussi des effets de seuil qui sont terribles. Vous avez des seuils à 1,6 mig, à 2,5. 1,6 mig, c'est le salaire médian français.
Vous pouvez expliquer en un mot ces effets de seuil, parce que ce n'est pas forcément clair et c'est très intéressant.
Oui, l'effet de seuil, c'est que vous avez en fait, une entreprise a beaucoup d'exonérations de cotisations en dessous de 1,6 mig. Dès que vous passez 1,6 mig, vous perdez plus de la moitié ou les trois quarts des exonérations. Et donc, elle n'a aucun intérêt, parce que du point de vue de l'entreprise... Donc, ça coûte extrêmement cher de donner une augmentation de salaire. Donc, toutes les personnes qui sont au salaire médian, on parle des personnes qui sont entre 1.800 et 1.900 euros, qui est quasiment aussi un des salaires les plus versés dans notre pays.
Ces personnes-là n'ont quasiment jamais d'augmentation de salaire, parce que non seulement ça coûte le prix de l'augmentation, mais l'entreprise perd la moitié de ses exonérations. Donc, c'est complètement aberrant. Et la CFTC propose que plutôt que d'avoir des seuils très durs, on ait des exonérations qui soient faites de manière beaucoup plus linéaire, beaucoup plus douce, pour ne pas qu'il y ait quasiment cette impossibilité d'augmenter son salaire quand on est à 1.800 ou 1.900 euros.
Et ça donne l'impression qu'on entend tout le temps de dire, moi, je gagne suffisamment, entre guillemets, pour avoir droit à rien, je paye tout plein pot, et je passe toujours à la trappe sur les augmentations de salaire. Ça crée une colère, une révolte énorme, et aussi d'ailleurs beaucoup de votes vers les extrêmes.
Demain, vous mobiliserez la CFTC aux côtés d'autres syndicats, sur lesquels vous n'avez pas forcément les mêmes visions, sur une éventuelle réforme des retraites. Est-ce que ça, c'est un point de division dans l'unité de l'intersyndicale qui s'affiche aujourd'hui ?
Ce n'est pas une division. Depuis, on a manifesté ensemble 14 fois il y a deux ans contre la réforme des abbés de Borne, qui n'était pas, qu'on ne trouvait pas juste. Donc, on était d'accord pour dire qu'on était contre cette réforme. Maintenant, si demain, on nous mettait autour de la table en disant quel modèle de réforme de retraite vous souhaitez, on serait parfaitement en désaccord. La CFTC était favorable à la première réflexion sur la réforme des retraites d'Emmanuel Macron en 2017, qui était de construire un modèle universel par points, dont on estime que c'est la seule chance d'avoir un modèle juste.
Je rappelle qu'aujourd'hui, en France, on a quand même 42 régimes de retraite différents. Comment voulez-vous, serait-ce que d'un point de vue mathématique, avoir un modèle juste quand vous avez 42 régimes différents, qui reposent parfois sur des choses d'il y a 30, 40, 50 ans,
qui n'ont plus aucun sens aujourd'hui ? Et donc, la proposition de la CFTC, c'est retraite par points et même statut pour tout le monde ? C'est un seul régime ?
C'est un régime universel par points, qui voudra dire aussi que chaque centime qui est collectée procure du droit à la retraite, mais on sait qu'une grande réforme des retraites, on ne pourra la mettre sur la table qu'au moment de la présidentielle. On ne va pas faire une grande réforme aujourd'hui dans les 18 mois.
Est-ce que vous pensez que Sébastien Lecornu peut s'attaquer à ce sujet des retraites ?
Non, pas du tout, mais d'ailleurs, il en a parfaitement conscience. Vu la situation au politique, dans notre échange, on voit bien qu'il n'est pas possible, durant ces 18 mois, de faire de grandes réformes. Par contre, il est impossible aussi de ne rien faire pendant 18 mois.
Il se projette sur 18 mois tout de même, dans les propos que vous avez, dans les échanges que vous avez vus ?
Dans les échanges, en tout cas, on a parlé, y compris de sujets qu'on pourrait mettre sur la table début 2026. Donc, en tout cas, il ne se projette pas sur quelques jours, mais heureusement, il faut quand même un peu de stabilité ne ferait pas de mal. Et je crois que c'est ça aussi qui est important. Il veut être efficace, concret, sur des petits sujets qui ont de l'impact au quotidien. Mais c'est Ubuès qui donne la conscience, et ça, il le met de côté, de faire des grandes, grandes réformes. Les très grandes réformes seront l'enjeu de la campagne présidentielle 2027.
Cyril Chabagné, vous êtes président de la CFTC, syndicat de travailleurs chrétiens. Quel regard vous portez sur la violence politique, la violence sociale en ce moment dans le pays ? On sent un pays très fracturé, très divisé, là où les chrétiens tentent de porter une parole de paix, de solidarité. Et on sent que cette parole, elle est très dure à faire émerger aujourd'hui.
Elle est de plus en plus dure à faire émerger, et ça me navre. Et c'est d'ailleurs cette pensée sociale chrétienne qui guide notre action dans le syndicalisme. C'est ça aussi d'ailleurs qui a guidé le fait de ne pas aller le dit, se manifester, sur parfois des types d'actions qui étaient soit de tout bloquer, soit de violence, soit de dégrader, qui n'est pas notre philosophie sociale chrétienne. Moi je suis très inquiet en fait qu'on n'arrive plus à discuter dans ce pays. Et on le voit de plus en plus, que ce soit en politique, dans la rue, mais même parfois dans des repas entre amis ou dans sa propre famille, où les débats s'enveniment très très rapidement.
On a perdu ce plaisir de débattre et de respecter des opinions différentes. Donc je continue à me battre sur ça. Je continue avec la CFTC de croire que, vous savez, dans un débat, c'est rarement tout blanc, tout noir. Et c'est très important. Et je suis navré de voir qu'aujourd'hui, l'important c'est le buzz, l'important c'est d'aller attaquer parfois personnellement les autres personnes.
Et vous savez, quand je parle de la façon de faire du syndicalisme et que je parle que nous essayons de trouver des compromis, les compromis les plus intelligents possibles, les compromis qui soient des gagnants-gagnants, moi je suis catastrophé qu'on pense que dans une négociation, il faut toujours qu'il y ait un gagnant et donc un perdant, qu'il faut écraser l'autre. Il y a des tas de choses qu'on peut discuter, des tas de sujets où les deux côtés de la table peuvent être gagnants à la fin. Enfin c'est quand même dingue de ne plus imaginer ça. Et quand je parle de compromis, aujourd'hui ça devient presque un gros mot. Trouver un compromis, c'est être dans la compromission.
Vous vous rendez compte de la dérive ? Qui vous accuse de ça ? Mais c'est quelque chose de global. Parfois d'autres collègues syndicats, parfois simplement des salariés ou des travailleurs que je rencontre. Alors évidemment, il y en a encore beaucoup qui nous suivent. D'ailleurs on a un syndicat qui progresse, donc heureusement, je crois qu'on a des idées qui se répandent. Mais c'est un vrai travail de faire comprendre qu'on peut faire avancer les choses dans le compromis et que parfois d'ailleurs on fait plus avancer dans un compromis que dans une lutte violente.
Et pourtant il y a eu des tentatives, je pense au conclave des retraites. Il y a eu une tentative de mettre tout le monde autour de la table. Ça ne marche pas ?
Alors ça a quand même marché souvent. Moi je tiens quand même à rappeler que par exemple avec le patronat, nous avons quand même signé en 5 ans 7 accords nationaux interprofessionnels, ce qui est du jamais vu dans l'histoire. Et des accords importants sur le partage de la valeur, sur l'écologie, sur le télétravail. Enfin, pas que des petits accords. Donc le dialogue marche et je crois que les forces syndicales et patronales ont souvent montré qu'ils étaient plus enclins à trouver des compromis que des forces politiques. Sur les retraites, ça n'a pas marché. Je crois que le patronat n'avait pas très envie de faire quelques efforts.
Puis quand vous démarrez une négociation en vous disant si on n'arrive pas à trouver un compromis, ce n'est pas grave, on garde la réforme précédente qui pour eux leur allait très bien, ce n'était pas très encourageant. Voilà. Mais je pense qu'on avait quand même trouvé quelques points dans ce conclave qui pourrait être quand même retranscrit dans la prochaine loi du budget, par exemple l'amélioration des pensions des femmes avec enfants.
Merci beaucoup Cyril Sabanier d'avoir été sur RCF et Radio Notre-Dame ce matin. Je rappelle que vous êtes le président de la CFTC. Cette interview est à réécouter sur rcf.fr. Sous-titrage ST' 501