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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 26 mai 2020 7 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesNumériqueEnvironnement & énergie

Flavien Neuvy : "Les Français n'ont pas envie de retrouver leur niveau de consommation d'avant la crise"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 100 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Dites-moi, les Français ont-ils recommencé à acheter des voitures depuis le déconfinement ?

  • 1:05OuverteRéponse directe

    ça n'a pas nourri des besoins, des envies, des frustrations qui feraient qu'on va dans les boutiques en ce moment ?

  • 1:55OuverteRéponse directe

    Est-ce que, par exemple, on regarde plus la provenance, on l'a dit pour l'alimentaire, qu'il y avait davantage de produits français ?

  • 3:05OuverteRéponse directe

    Le grand gagnant, c'est Amazon, malgré ses déboires en France. Est-ce que d'autres ont pu émerger ?

  • 4:24OuverteRéponse directe

    Si on balaye les différents secteurs, quels sont les secteurs où la consommation est repartie et ceux qui sont à la peine aujourd'hui ?

  • 5:33OuverteRéponse directe

    Pour en revenir à l'automobile et à ce plan qui va être dévoilé avec normalement des aides, est-ce que ça peut avoir un effet incitatif réel ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:25InvitéFait
    « les Français ont mis de l'argent de côté pendant ces deux mois de confinement »
  • 0:30InvitéFait
    « C'est une épargne un peu forcée puisqu'ils ne pouvaient plus consommer comme ils le font d'habitude »
  • 0:45InvitéFait
    « La première préoccupation aujourd'hui des Français, c'est l'avenir économique du pays »
  • 0:57InvitéFait
    « les Français, qui sont déjà traditionnellement de gros épargnants, préfèrent garder leur épargne de précaution plutôt que de se précipiter pour aller dépenser leur argent »
  • 1:36InvitéChiffre
    « vous en avez quasiment la moitié, qui nous disent que globalement, cette période de confinement leur a permis de moins consommer, qu'ils n'ont pas forcément envie de retrouver leur niveau de consommation d'avant crise »
  • 2:21InvitéFait
    « le Made in France, en particulier dans l'agroalimentaire avec le localisme, mais le Made in France est porteur »
  • 2:31InvitéFait
    « acheter français, c'est défendre les emplois, c'est défendre l'activité économique »
  • 6:03InvitéFait
    « tout l'enjeu de ce plan d'aide et tout l'enjeu des constructeurs, c'est de mettre en place des promotions et de mettre en place un plan d'aide national qui donne envie ou qui incite les Français à changer de voiture pour acheter en priorité des voitures moins polluantes »
  • 6:22InvitéFait
    « l'histoire nous l'a montré, l'histoire récente, que quand il y a un plan d'aide incitatif, ça marche assez bien »

Temps de parole

  • Invité79 %
  • Présentateur21 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Emmanuel Macron dévoile aujourd'hui son plan de relance pour l'automobile. La production repart, mais les achats suivent-ils ? Et en dehors de la voiture, quels sont les produits les plus consommés en ce moment ? Vous avez les réponses. Flavien Nevy, bonjour. Bonjour. Vous êtes économiste, directeur de l'Observatoire CTLM. Dites-moi, les Français ont-ils recommencé à acheter des voitures depuis le déconfinement ?

0:21
Invité

Non, ça reste relativement faible. Ce n'est pas tellement une surprise au fond, parce qu'on sait que d'une part, les Français ont mis de l'argent de côté pendant ces deux mois de confinement. C'est une épargne un peu forcée puisqu'ils ne pouvaient plus consommer comme ils le font d'habitude. Ça, c'est le premier élément. Mais que cette épargne forcée n'allait pas se précipiter à la sortie du confinement pour aller la dépenser, que ce soit dans les concessions automobiles ou dans les commerces d'une façon générale. Parce qu'il y a beaucoup de stress économique, si vous voulez. La première préoccupation aujourd'hui des Français, c'est l'avenir économique du pays.

Il y a des inquiétudes aussi pour l'évolution du pouvoir d'achat. Et on sait bien que lorsqu'on est dans cette période-là, les Français, qui sont déjà traditionnellement de gros épargnants, préfèrent garder leur épargne de précaution plutôt que de se précipiter pour aller dépenser leur argent.

1:01
Présentateur

Mais ces deux mois durant lesquels les magasins ont été fermés, ça n'a pas nourri des besoins, des envies, des frustrations qui feraient qu'on va dans les boutiques en ce moment ?

1:11
Invité

Non, on ne le constate pas. Alors bien sûr, il y a des achats qui se font parce que, si on prend par exemple le secteur du textile, ce qui marche actuellement, c'est plutôt les vêtements pour enfants. Parce que les enfants ont grandi, qu'il faut changer un petit peu leur garde-robe à l'approche de l'été. Mais c'est vrai qu'en dehors de ces quelques points ponctuels qu'il peut y avoir, on a aussi assisté à une première semaine plutôt positive du côté des librairies. Globalement, ça reste assez à tône.

Et d'ailleurs, c'est ce que disent aussi les Français, c'est-à-dire que vous en avez quasiment la moitié, qui nous disent que globalement, cette période de confinement leur a permis de moins consommer, qu'ils n'ont pas forcément envie de retrouver leur niveau de consommation d'avant crise. Donc il y a aussi peut-être des changements qui sont peut-être plus durables dans la façon de consommer des Français.

1:49
Présentateur

Il y a nos habitudes de consommation qui pourraient être modifiées avec cette crise. Est-ce que, par exemple, on regarde plus la provenance, on l'a dit pour l'alimentaire, qu'il y avait davantage de produits français. Est-ce que ça aussi, ou peut-être que c'est trop tôt, est-ce qu'on le constate ? Est-ce qu'on regarde plus les étiquettes ?

2:04
Invité

Oui, absolument. En fait, ce qui se passe, ce qui est intéressant, si je puis dire, dans cette crise, c'est que les tendances que l'on voyait avant crise s'accélèrent. Et c'est vrai dans beaucoup de domaines. Alors, évidemment, le Made in France, en particulier dans l'agroalimentaire avec le localisme, mais le Made in France est porteur. Les gens ont compris que c'était important d'être autosuffisant sur certains secteurs, qu'il y a des secteurs stratégiques, et qu'acheter français, c'est défendre les emplois, c'est défendre l'activité économique. Ça, c'est le premier élément. Et puis, il y a aussi d'autres nouveaux modes de consommation qui sont apparus.

Le drive a beaucoup progressé, par exemple. Et puis, les supermarchés de proximité, qui étaient déjà plutôt en bonne position, si je puis dire, face aux grands hypermarchés, lui aussi, le supermarché sort renforcé de cette crise. C'est-à-dire que tous les phénomènes que l'on voyait avant crise sortent renforcés. C'est un accélérateur de mutation, en quelque sorte, cette crise.

3:00
Présentateur

On a beaucoup utilisé Internet, évidemment, aussi pour faire nos achats pendant le confinement. Le grand gagnant, c'est Amazon, malgré ses déboires en France. Est-ce que d'autres ont pu émerger ?

3:12
Invité

Pas de grands géants comme ça, qui d'un seul coup seraient sortis de nulle part. Non, encore une fois, ceux qui étaient forts avant la crise ressortent plus fort. Après, il y a beaucoup de producteurs locaux, on reste dans le domaine de l'agroalimentaire, mais qui ont aussi utilisé Internet pendant cette crise pour pouvoir écouler leurs produits. Donc, il y a de nouveaux acteurs qui se sont organisés, en quelque sorte, pour pouvoir profiter de la puissance de l'outil Internet, tout simplement. Et c'est vrai que la consommation à distance, on parle beaucoup de garder les distances physiques, mais la consommation à distance, elle aussi, elle a pris de nouvelles habitudes, si je puis dire.

En tout cas, les Français ont pris de nouvelles habitudes. Et là, par contre, on peut penser qu'effectivement, ce sont des habitudes qui resteront après la crise. On sait que dans ce type de comportement, le plus dur, c'est le premier pas. C'est de faire le premier achat à distance, d'aller pour la première fois au drive, d'utiliser un site Internet pour la première fois. Et une fois qu'on l'a fait, une fois que ça s'est bien passé, on y revient assez facilement. Donc là aussi, c'est certainement des évolutions qui, elles, seront durables, même après la crise sanitaire.

4:14
Présentateur

Vous nous avez parlé des vêtements pour enfants, puisque ça, c'était un indispensable. Les enfants, ils n'ont pas arrêté de grandir pendant le confinement. Si on balaye les différents secteurs, quels sont les secteurs où la consommation est repartie et ceux qui sont à la peine aujourd'hui ?

4:31
Invité

Alors, les secteurs qui sont plutôt à la peine, si vous voulez, sont les secteurs sur lesquels il n'y a pas de besoin immédiat de changement de matériel. Et il y en a beaucoup comme ça, parce que comme on est un pays développé, si vous voulez, les ménages français ont un taux d'équipement bien très élevé, que ce soit pour l'ameublement, l'électronique grand public, l'électroménager. On a déjà tout ce qu'il faut à la maison. Donc, les produits, on les a, on n'est pas obligé de les changer tout de suite. Et donc, sur ces secteurs-là, la reprise est plutôt lente. Il faudra surveiller, si ça se confirme au cours des prochaines semaines, le déconfinement dans l'hôtel et la restauration.

Parce qu'il y a bien une chose quand même qui est restée dans l'esprit des Français, c'est quand même l'envie aussi de se faire plaisir. Et on verra si les Français retrouvent le chemin assez vite, des salles de spectacle quand ce sera possible, des salles de cinéma, des restaurants, bref, tout ce qui est lié à la notion de plaisir, à la consommation plaisir, parce que cette envie-là, cette dimension plaisir, elle reste quand même très forte. C'est un besoin essentiel chez les Français, de pouvoir se faire plaisir. Et à la mer, encore une fois, les produits de grande consommation dont on est déjà équipé, cela, la reprise, sera forcément très progressive.

5:33
Présentateur

Pour en revenir à l'automobile et à ce plan qui va être dévoilé avec normalement des aides, est-ce que ça peut avoir un effet incitatif réel ?

5:41
Invité

Ah, bonne question. On verra quel est le périmètre de cette aide. Typiquement, je parlais de biens où il n'a pas besoin de se précipiter pour changer, parce que les gens qui en ont besoin sont déjà équipés, c'est la voiture. Tous ceux qui achètent une voiture neuve, ce sont des Français qui ont déjà une voiture. Et leur voiture marche, ils n'ont pas besoin de la changer impérativement demain matin, donc ils peuvent décaler l'achat.

Donc tout l'enjeu de ce plan d'aide et tout l'enjeu des constructeurs, c'est de mettre en place des promotions et de mettre en place un plan d'aide national qui donne envie ou qui incite les Français à changer de voiture pour acheter en priorité des voitures moins polluantes. Donc on verra ce qui ressort de ce plan d'aide, mais on sait, parce que l'histoire nous l'a montré, l'histoire récente, que quand il y a un plan d'aide incitatif, ça marche assez bien, c'est-à-dire que les automobilistes se disent « Ah tiens, il y a une bonne affaire à réaliser, il faut en profiter ».

Les consommateurs restent aussi opportunistes, ils comparent beaucoup les prix et quand ils ont le sentiment qu'il y a une vraie bonne affaire à réaliser, ils n'hésitent pas à passer à l'acte d'achat ce sera certainement le cas pour l'automobile si le plan d'aide est très important. Juste un dernier point sur ce sujet, c'est que s'il y a un plan d'aide et que ça permet à des automobilistes d'acheter une voiture, on aura de toute façon un contre-coup quelques années plus tard ou quelques mois plus tard parce que c'est ponctuel et que ça fait des achats par anticipation donc il y a aussi, si je puis dire, des externalités négatives.

6:56
Présentateur

Merci Flavien Neuvi, merci beaucoup. Directeur de l'Observatoire CTLM, vous étiez l'invité du 5-7.