Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLCP (sur YouTube)· 11 avril 2025 57 min

Ayda Hadizadeh, députée socialiste du Val-d'Oise | Politiques, à table !

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Générique Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans "Politiques, à table !", l'émission qui nous fait voyager depuis l'assiette de nos invités. Et cette semaine, on part en Iran grâce à la députée socialiste Ayda Hadizadeh.

Bonjour. -Bonjour. -Bonjour, Ayda. -Bonjour, Jean-Pierre. -Bonjour Valérie. -Ayda Hadizadeh, vous êtes née à Téhéran.

Mais très vite, vos parents ont dû fuir l'Iran pour se réfugier en France, plus précisément à Saint-Ouen-l'Aumône dans le Val-d'Oise. Un territoire qui vous élira députée cet été après la dissolution. Mais votre engagement en politique remonte à plus loin.

Dès 2007, vous rejoignez les rangs du Parti Socialiste et décidez de soutenir Vincent Peillon, ancien ministre de l'Education lors de la primaire du PS pour l'élection présidentielle de 2017. L'éducation nationale, un ministère pour lequel vous travaillerez plusieurs années au sein de la direction de l'enseignement scolaire. L'école, ce socle de la République qui vous a accueillis et pour lequel vous éprouvez toujours une profonde gratitude, une reconnaissance que vous avez portée à la tribune de l'hémicycle par ces mots, je vous cite : "Je n'ai pas une goutte de sang français et pourtant c'est toute la France qui coule dans mes veines." Et c'est donc tout naturellement qu'aujourd'hui, élue de la République, vous siégez dans la commission des affaires culturelles et de l'éducation ici, à l'Assemblée nationale.

Transmission des valeurs, partage de connaissances, assouvir notre soif de découvrir et d'apprendre, c'est un peu l'école à travers l'assiette que vous nous proposez aujourd'hui grâce à un menu totalement perse, n'est-ce pas, Jean-Pierre ? -Oui, et pas un menu, un festin, avec des brochettes de poulet, du ragoût accompagné de riz iranien et du fameux Tahdig, vous allez m'en dire des nouvelles. Et puis en dessert, on a un Sholeh Zard, c'est encore du riz, mais cette fois-ci c'est au lait et aux épices. -Très bien, hâte de goûter tout ça.

Dans "Le dessous des plats", on parlera de Sécurité sociale alimentaire. C'est l'idée d'un député écologiste, Charles Fournier en est convaincu, la santé commence dès le premier coup de fourchette. Il veut mettre en place une sorte de carte vitale alimentaire.

Alors, nous verrons dans quelques instants par quels procédés le système pourrait fonctionner et son modèle économique. -Dans "Les pieds dans le plat", on va déjeuner au Mazeh, un restaurant iranien très réputé de Paris, pour y découvrir les secrets de cette cuisine traditionnelle perse. -Voilà pour le menu.

Maintenant, je vous propose de passer à table et on va s'ouvrir l'appétit avec "Cuisine et confidences". Jingle -Ayda Hadizadeh, ici, il nous est souvent arrivé de déguster des cuisines exotiques avec des convives aux racines étrangères ou lointaines. Poulet au lait de coco de Mayotte, acra martiniquais, bougna kanak, couscous algérien, cannelloni corse, mafé togolais, bol renversé de Maurice, pastilla marocaine, bref.

A chaque fois avec Valérie, on se régalait à un détail près. On aurait tellement aimé partager ses plats sur place, en immersion. Sur les plages de Nouvelle-Calédonie, au pied des Aiguilles corses de Bavella, enveloppées par les odeurs d'épices de la Médina, de Casablanca, de bananes cuites, d'arachides sur les marchés de Mayotte ou de Lomé au Togo.

Mais aujourd'hui, Ayda, je suis désolé de vous le dire, pour déguster avec vous ces brochettes, Je suis soulagé d'être avec vous dans ce studio. Certes, je regrette l'énergie furieuse de Téhéran, la mélodie de la langue, le farci, le charme des restos de quartier où le yaourt et le sumac trônent sur la table, ces terrasses en escalier au pied des montagnes au nord de la ville. Mais vous auriez dû, sous la contrainte des mollahs porter le voile, vivre dans l'angoisse du passage d'une patrouille qui ne tolère pas qu'une femme partage un repas librement avec un inconnu.

Impossible non plus de trinquer avec cette bière de Cergy que les pasdarans, les gardiens de la Révolution, auraient repéré et immédiatement jeté, en nous tabassant. Alors, oublions vite ce cauchemar pour jouir d'un instant de liberté si précieux autour de ce repas typiquement iranien, des brochettes, du ragoût, du riz. Mais rassurez-moi, ce n'est pas tous les jours comme ça, cette abondance ? -Cette abondance sur les tables iraniennes, si.

En Iran, bien manger, c'est d'abord beaucoup manger. Je dois le dire. Et il y a ce truc quand même chez les familles iraniennes de toujours s'assurer que la table soit généreusement fournie.

Il faut qu'il y ait beaucoup et même beaucoup plus. -C'est une marque d'hospitalité. -Ah oui, il faut que la table déborde.

Et d'ailleurs, la conception de la table est très différente. Il n'y a pas entrée, plat, sortie. La première fois que ma mère a fait un repas en France, elle n'en revenait pas, c'était interminable. -Ca n'en finit pas. -Un vrai repas...

Le choc culturel était total. En Iran, on pose tout sur la table. Il n'y a pas tellement cette notion de dessert.

Le dessert, on le déguste avec le thé, soit un petit peu avant, soit beaucoup après. Tout sur la table, les plats principaux. -Il n'y a pas d'entrée ? -La salade, c'est souvent des herbes fraîches qu'on met et qu'on mange en même temps, qu'on mange avec le riz.

Le yaourt, il n'y a pas de fromage. Le yaourt, on le mange aussi en même temps en accompagnement en sauce. Et je dois dire qu'on mange assez vite en Iran.

C'est la grande différence avec la France, c'est qu'on met deux heures à cuisiner et c'est expédié toujours en 15 minutes. C'est toujours un peu...

En fait, il faut que quand la nappe, parce que traditionnellement on mange par terre, même si le pays s'est beaucoup occidentalisé de ce point de vue-là, mais on peut continuer à manger par terre assez facilement. Une tradition de pique-nique aussi. Les Iraniens adorent pique-niquer.

Ah oui, passion pique-nique. Et on met tout sur la table et on mange assez vite et après on boit le thé, les hommes ou les femmes peuvent aussi fumer le narguilé et surtout on danse. Quand vous êtes invité chez des Iraniens, ça se finit souvent en dansant.

Et par rapport à votre introduction. En fait, c'est vrai que l'Iran renvoie cette image-là. Et je déconseillerais à tous les occidentaux d'aller en ce moment en Iran, surtout que nous avons toujours deux compatriotes français détenus en otage pour lesquels on se bat.

Et tant qu'ils ne sont pas rentrés, il était très urgent que tous ceux qui souhaitent voyager dans ce merveilleux pays que j'adore n'y aillent pas. Mais en ce moment même en Iran, il y a eu le nouvel an iranien il y a quelques jours, moi j'ai vu sur internet, sur Instagram, des scènes de liesse dans la rue, des gens qui dansaient, des femmes dévoilées, depuis le mouvement Femmes, Vie et Liberté, depuis la révolte des femmes et des hommes suite à la mort de Masha Amini, les femmes ont abandonné le voile. C'est tout à fait saisissant.

Ca ne veut pas dire que le pays a changé, il y a encore énormément de corruption, il n'y a pas d'état de droit, la démocratie, j'en parle même pas, mais il y a une vitalité, une joie de vivre, maintenue à bout de bras par les Iraniens, qui est absolument stupéfiante. -Vous sentez ce vent monter, venir ? -On se disait avec ma famille que par rapport aux vidéos qu'on voyait avant, les vidéos de cette année étaient encore plus joyeuses, festives.

Vraiment, des scènes absolument incroyables, de gens réunis pour faire le décompte de la nouvelle année. Alors nous, en Iran, on est passé, enfin, en 1404, parce qu'on n'a pas tout à fait le même calendrier. Et le nouvel an, c'est le premier jour du printemps, le solstice de printemps.

Des scènes de joie, de danse. Les Iraniens adorent danser, adorent la musique. Les mollahs n'ont jamais réussi à enlever.

Ils ont essayé de l'interdire en disant...

Mais c'est impossible. C'est vraiment quelque chose qui est profondément ancré. Quand on est un bon Iranien, on aime la musique et on aime danser. -Et on aime manger aussi. -On adore manger. -Vous avez raison.

Je faisais référence à un voyage... -Bien sûr. -...en 1999 ou 2000, ou manger dans des lieux publics était vraiment très compliqué.

Moi, j'ai vu prendre des bouteilles de vin, les jeter et les casser. Mais Valérie a raison. Goûtons se riz.

Goûtons parce qu'il y a plein de choses. -Je vous commente ou pas ? -Alors, c'est l'idée.

On va vous demander ce que vous en pensez. Vous allez peut-être nous dire un mot aussi du restaurant où vous nous avez conseillé d'aller chercher ce plat iranien. Alors, dites-nous d'abord, est-ce que c'est bon ? -C'est très bon. -Il y a un ordre ? -Non, ça c'est bien. -En Iran, il y a beaucoup de liberté.

La seule contrainte, c'est que vous devez manger. Vous devez montrer que vous mangez et que vous avez envie de vous resservir. Si vous vous resservez, vous faites honneur à votre hôte. -C'est pas mal poli. -Ah non, non, non.

Les codes sont tout à fait différents. D'ailleurs, on vous conseille, si vous ne voulez pas trop manger, de peu vous servir d'abord, pour vous resservir ensuite. -D'accord. -Ma tante, on peut être à table, en train de manger, elle dit : "Vous ne mangez rien, vous n'aimez pas." Il y a un côté un peu juif, une mère juive. -Ou italien aussi, que je connais un peu mieux. -Mais c'est ça, c'est ce rapport-là à la nourriture.

Et c'est...

La comparaison avec la France, c'est que les Iraniens aiment beaucoup le produit aussi. Peut-être moins que les Français, où il y a vraiment cette culture du produit poussé à l'extrême mais quand même... -Le terroir en France, dans chaque région... -Mais il y a une... -Donc il n'y a pas d'ordre, on mange un peu tout... -Le seul ordre qu'il peut y avoir, c'est que quand vous avez du Tahdig, là il est particulier... -Expliquez-nous, c'est quoi ?

Il est où là ? C'est ça, hein ? -C'est la demi-lune en gâteau de riz. -Oui, là, il est un peu sophistiqué. -Exactement. -Il ne se présente pas toujours comme ça ? -Non.

Là, ils ont fait, le restaurant en question qui est à Paris, dans le IXe arrondissement, qui s'appelle Namak. Qui veut dire "sel" en iranien. C'est un restaurant qui a été monté par deux jeunes, deux trentenaires, un français, un iranien, et figurez-vous que c'est le français qui est en cuisine et l'iranien qui est en salle.

Et je trouve que leur histoire est trop mignonne, parce que le français, c'est des amis d'enfance, lui était tout le temps fourré chez son ami iranien à manger iranien, et il a bien raison, parce que franchement, la nourriture de tous les jours chez les Iraniens...

Pardon les Français, mais elle est bien meilleure parce que les femmes iraniennes qui souvent cuisinent passent énormément de temps à cuisiner. C'est une nourriture qui mijote. Les Français, quand ils sortent la grande cuisine, c'est très, très bon.

Mais la nourriture de tous les jours, des fois, quand on cuisine vite... -Moins sophistiquée, bien sûr. -Voilà.

Vraiment, on mange très bien tous les jours en Iran. Même trop bien, parce que des fois...

Je pense qu'il a fait des études de cuisine. Et il a donné l'idée à son ami : "Viens, on ouvre un resto iranien où on revisite sans trop revisiter." -Oui, parce que ça reste iranien. -Voilà, tout à fait.

Et donc là, ils expliquaient ce de mini gâteau de riz. C'est un tahtchine, donc c'est un plat iranien particulier où le riz est cuit d'une certaine façon. C'est un riz un peu plus collant que le riz traditionnel iranien qui doit être désamidonné pour être très léger.

Celui-là, il est très collant, mais au fond, en fait, le Tahdig, c'est quand vous cuisez le riz, vous le cuisez d'une certaine manière. Vous le cuisez d'abord al dente, vous le rincez pour enlever l'amidon. D'abord, avant de le cuire, vous l'avez rincé plusieurs fois pour bien enlever l'amidon.

Vous le cuisez une première fois pour enlever l'amidon. Ensuite, vous le mettez à cuire dans un faitout avec un revêtement qui permet... -Je raconterai tout ça tout à l'heure, mais on peut... -Parce que vous, vous savez, alors ça, c'est extraordinaire.

J'ai appris, avant de rentrer sur le plateau, que vous saviez faire le Tahdig. -Il nous l'expliquera dans quelques instants. -Et donc, cette croûte de riz gratinée voilà, c'est l'or de l'assiette iranienne. -Génial. -Et comme il n'y en a pas à profusion, parce que c'est le fond de la poêle, il y a souvent une petite bagarre. -Oui, c'est ça. -Toutes les femmes iraniennes ont ce souvenir de "tu en as donné plus à mon frère ou à ma soeur, c'est que tu l'aimes plus". -Pour gratter le fond de la casserole. -Ou alors ma mère qui nous en donne mais qui en a mangé un peu avant.

Donc il en reste un peu moins pour les enfants. -On y reviendra un peu plus tard parce qu'on aura plein de choses à apprendre et à savoir sur cette spécialité iranienne. La viande, elle est importante en Iran ?

On en mange beaucoup, pas beaucoup ? -Alors, dans les restaurants, vous avez beaucoup de brochettes. Le chelow kabab, c'est le plat traditionnel où vous faites des brochettes au feu de bois.

C'est très bon. Mais dans la cuisine de tous les jours, vous avez beaucoup de ragoût, de khorech, et le khorech, ce qui est intéressant, c'est que vous pouvez doser la viande, et quand vous avez peu de moyens, et en ce moment il y a beaucoup d'inflation en Iran, on réduit la viande qu'il y a. Vous avez quand même le ragoût, c'est comme dans les nourritures françaises, les ragoûts qu'il y avait, c'était des nourritures un peu de pauvres, qu'on a un peu remis au goût du jour, mais dont on pouvait adapter le niveau de viande.

C'est quand même goûteux. -On prenait aussi des viandes moins nobles car elles cuisaient très lentement. -Ca se mélange dans la sauce. -Elles cuisent longtemps donc elles finissent par être tendres.

C'est ce que font les Iraniens. -Donc vous avez ces brochettes-là, qu'on peut faire les jours de fête dans les pique-niques ou qu'on mange beaucoup dans les restaurants en Iran, mais la nourriture de tous les jours, c'est souvent ces ragoûts marinés. Beaucoup de viande de mouton, pas beaucoup de vache, beaucoup de poulet aussi.

Et selon les moyens qu'on a, on peut adapter le nombre de viandes. Et quand les prix augmentent avec l'inflation, les Iraniens se plaignent beaucoup de l'explosion du prix du poulet ou du prix de la viande de mouton. -Si je vous pose la question, c'est aussi pour nous amener à connaître votre réflexion à vous sur la consommation de viande.

Là, en tant que députée française, comment vous regardez les choses ? Est-ce que vous vous dites : "Je viens de cette culture où on connaît le prix de la viande, on fait attention", mais est-ce qu'il faut en manger moins ? Pas du tout ? -Moi, je suis devenue très facilement, ce que j'ai compris être flexitarienne.

C'est-à-dire que je ne suis pas végétarienne, encore moins végane, mais que je peux très facilement me passer de la viande. Alors, la grande différence avec la cuisine française est qu'on ne cuisine pas du tout des viandes, vous savez, entrecôtes, faux filets, filets mignons. Ca n'existe pas.

Et surtout, comme dans beaucoup de cultures, parce que je pense que nous, la viande principale, c'est de la viande de mouton, il faut une viande très cuite. La viande saignante, c'est impossible. Les réactions...

Parce qu'il faut une viande de très bonne qualité pour qu'elle soit peu cuite. -Oui et on a pas... -Et des conditions sanitaires très vives, très sourcilleuses, ce qui n'est pas toujours le cas dans ces pays. -Moi, dans un resto, je ne prends jamais une entrecôte.

Mon mari est français, c'est la grande différence. Aller au resto, lui, c'est la bonne viande. Et il rêve de ses entrecôtes.

Moi, pas du tout. Parce que je pense, et je me faisais la réflexion, que j'ai été élevée...

Nous, à la maison, on ne mangeait qu'iranien. Et c'est marrant, quand j'étais demi-pensionnaire toute ma vie, j'allais à la cantine, et nous, à la cantine, c'était comme aller au resto. Des haricots verts, des paupiettes.

La première fois que j'en ai vu, c'était extraordinaire. Ou les tomates farcies. On a l'impression d'avoir une nourriture de restaurant.

Un truc que j'ai jamais apprécié, c'est les quenelles de la cantine. Ca m'a dégoûté des quenelles à vie. Parce que c'était pas bon. -Allez à Lyon et vous mangez des bonnes quenelles. -Mais du coup, voilà.

C'était toujours un peu exotique pour nous, la cantine. Pendant très longtemps. Et à la cantine, on ne servait pas des entrecôtes, donc j'ai pas ce rapport-là à la viande, la bonne viande, tout ça, mais, du coup, quand j'achète de la viande, j'achète de la viande de très bonne qualité parce que, et c'est ma mère qui nous a élevés là-dedans, la nourriture peut être un médicament.

Et les Iraniens ont cette espèce de... de croyance.

Ce n'est pas une croyance, ça a été démontré scientifiquement. -Maintenant, on le sait de plus en plus. -Feu mon grand-père, que je n'ai pas du tout connu, mais ma mère nous en parle beaucoup, disait qu'il n'aimait pas les médecins ni les médicaments, mais quand ses enfants étaient malades, il allait acheter des cageots d'abricots ou de fruits frais.

C'était vraiment la culture du "on peut guérir par l'alimentation". Et même la cuisine iranienne est fondée sur... un concept de chaud et de froid, ce n'est pas des aliments chauds et des froids en température.

Par exemple, le poisson est considéré comme un aliment froid. Pour l'équilibrer dans votre corps, pour que tout ça s'ambiance bien, il faut le combiner avec des aliments chauds, mais pas trop. Sinon, ça fait un cache.

Par exemple, des aliments trop vinaigrés, c'est trop chaud, donc, il ne faut pas les manger... -Donc, il y a des règles comme ça à suivre si on veut manger sainement et aider notre corps.

Et cette histoire, ce concept de manger sainement pour vivre en bonne santé, il faut manger sainement. Moi, j'ai grandi avec ça. Quand on était malade, ma mère, il fallait qu'on mange.

La diète, elle ne connaissait pas. C'est toujours le même problème. Elle nous pressait des jus d'orange, le thé.

Le thé en Iran. Ah, le thé. -C'est prouvé. -Ce n'est peut-être pas un hasard, Ayda, si dans ces fameux ragoûts, on trouve souvent des noix et des grenades qui sont des aliments très bons pour la santé. -Evidemment. -Antioxydants, bon gras. -Bien sûr. -Parce qu'on ne met pas de vin dans les ragoûts iraniens.

On met des noix, des grenades, des épines-vinettes... -Beaucoup d'épices.

La nourriture iranienne... -Pas de piment !

Attention, parce que les Français mélangent piment et épices. C'est une cuisine très épicée mais sans piment. -Oui, j'allais le dire, On sent qu'il y a une forme d'épice. -L'épice star, c'est le safran.

Le safran et le curcuma. -C'est ce qui donne cette couleur un peu jaune. -Ce jaune-là ?

Il doit y avoir du safran. -Je pense. -Oui, on sent le safran.

Le curcuma, effectivement, ça se sent. Justement, parlez-nous de ce safran, c'est vraiment l'or iranien. C'est là qu'il est né.

C'est incroyable à prélever. On en fait beaucoup en France, maintenant. Vous le savez, ça ? -Oui, j'ai vu en Baie-de-Somme, d'ailleurs. -Oui, en Baie-de-Somme, en Corse. -Je pensais qu'il fallait beaucoup de soleil, mais non. -Est-ce que vous arrivez à cuisiner avec votre emploi du temps ? -Alors non, surtout pas de la cuisine iranienne.

Ca...

Il faut que je me dégage du temps pour apprendre les recettes que ma mère nous fait. Ma mère est le pilier de notre organisation familiale. J'habite toujours à côté d'elle, à cinq minutes à pied.

Hier soir, elle gardait mes enfants. Et mes enfants adorent la cuisine de ma mère. Il faut absolument que je m'y mette, mais je n'ai pas le temps car la cuisine iranienne demande beaucoup de temps.

Mais là, depuis que je suis députée, vraiment, la chose la plus dure dans ce métier, c'est le temps. J'ai souvent les enfants...

Quand je fais visiter, c'est marrant, les questions des adultes et des enfants diffèrent, mais les enfants demandent : "C'est dur d'être députée ?". Je dis non, par rapport à d'autres métiers, il y a des métiers bien plus difficiles, physiquement, en termes de charge mentale.

Nous, c'est le temps. Donc, je cuisine encore, mais... je suis beaucoup des vidéos de recettes et je suis fascinée par la cuisine italienne, à quel point ils arrivent en dix minutes à sortir des plats absolument succulents avec trois, quatre ingrédients.

J'aime bien ce qui est simple et rapide et sain. Je me suis inventé un nouveau concept. -Ce que vous dites, Les Français savent le faire, mais les Italiens sont bons en marketing, ils font croire qu'ils savent très bien faire.

C'est vrai. -Il y a beaucoup de sauces. Une fois, je me suis lancée dans une blanquette de veau.

Ca m'a pris un temps monstrueux. Une fois, j'ai voulu préparer des artichauts. Et je me suis dit, mais quelle est cette nourriture du diable ?

Je m'en souviens encore. J'avais du foie plein les mains. Mais qui fait ça ?

Non, il y a une élaboration. Je veux dire, la gastronomie française, je ne fais pas de classement, mais c'est sans doute l'une des plus élaborées, les plus sophistiquées. Il y a un art de la table.

Et ce que j'adore chez les Français, ma double culture me fait souvent avoir des comparaisons, les Français sont passionnés de nourriture. Ils sont capables...

Il y a une grande différence avec mon mari. Les conversations qu'il a avec ses parents qui n'habitent pas ici, c'est : "Qu'est-ce que vous avez mangé à Noël ?".

Et ils peuvent passer 15 minutes là-dessus. En Iran, on ne fait pas ça. Est-ce que c'était bon ?

Il faut qu'il y ait beaucoup sur la table, puis après, on n'en parle pas pendant 107 ans. -Nous, on déjeune, on dîne et on parle tout le temps de la nourriture. -Exactement, on en reparle. -Moi, j'adore ça. -C'est aussi l'objet de cette émission. -Exactement. -Et dans une société où on se pose souvent cette question : la société est plus polarisée, qu'est-ce qui nous lie les uns aux autres ?

La table, c'est... fondamental.

Quand on prend du plaisir en mangeant ensemble, je pense qu'on peut plus parler de la même manière. On peut se parler de plein de choses. Il y a quelque chose qui se passe à table. -Le débat. -Les Iraniens gagneraient à passer un peu plus de temps à table.

Danser, c'est bien, mais 15 minutes, des fois, je me dis que c'est exagéré. Il faudrait trouver un... -Souvent, on dit, pour renforcer ça, c'est que les grands conflits se sont réglés à la table, avec la diplomatie de la table.

On arrive à faire passer quelque chose. On a peut-être intérêt à inviter Trump pour lui faire passer... -On pourrait, on va réfléchir. -Dans la vie de tous les jours, les repas d'affaires en France, on règle des choses à table.

Et aussi les repas politiques. -Bien sûr. On va y revenir, évidemment, c'est tout l'objet de cette émission.

Vous êtes la bonne la bonne cliente de notre restaurant du jour et on va revenir, justement, à ce fabuleux riz croustillant. Alors est-ce qu'on peut le faire à la maison ? C'est possible, mais il faut qu'on suive vos conseils. -Alors, mes conseils, bien sûr, sous la haute surveillance.

Alors, on l'a dit, c'est vrai que les Iraniens en raffolent, littéralement, ça signifie fond du pot, fond de la marmite. Le Tahdig, c'est donc ce riz qui va s'accrocher à la casserole, qui va faire une croûte de riz croustillante, grillée. Et c'est ça que tout le monde veut, alors que le reste du riz est moelleux. -On n'utilise qu'une casserole pour ça, puis après c'est terminé ? -Non, justement, soit vous avez une casserole dédiée à ça.

Moi, ce que je vous conseille, c'est de mettre un papier sulfurisé au fond de votre casserole. Vous protégez votre casserole. Parce si vous faites un Tahdig à l'iranienne, ça fait une 1 h 30 de cuisson, mais 3 h 00 pour laver la casserole.

C'est pas bon. Vous commencez par faire cuire, comme on l'a dit, du riz basmati à l'eau, après l'avoir bien égoutté. Et puis ensuite, on va tapisser le fond de la casserole de ce papier sulfurisé.

Et puis on va mettre un peu de beurre, un peu de safran, parfois un peu de yaourt. Et on va le faire cuire assez vif au début. Et après, on va le faire cuire à feu moyen pendant très longtemps.

Donc avec la vapeur, ce qui est pas mal, c'est de mettre un torchon entre la casserole et le couvercle, si vous le faites chez vous. -Vous le faites comme ça ? -Tout à fait.

Un torchon propre. -Bien sûr ! Pas le torchon des mains.

Et ensuite, vous le faites cuir 1 h 30. Vous allez voir, votre riz va gonfler, s'il a bien été rincé, grain par grain. Et quand vous allez le retourner, vous allez voir cette croûte.

C'est très beau. Et puis, c'est assez marrant de faire ça. J'aime bien essayer les histoires des autres. -Ca impressionne toujours quand on retourne le gâteau.

Je fais beaucoup d'effets à mes invités français. Retournement de gâteau et on dévoile ce gâteau de riz. -Le problème c'est que parfois, on le dévoile et... -C'est l'instant de vérité. -Tout le monde est stressé. -Surtout la cuisinière, c'est vraiment l'instant de vérité.

Est-ce que mes ancêtres vont m'en vouloir ? Je dis "tadig", mais comment vous dites ? -Non, pas "tar", "tah", "tah-dig".

Tahdig, tout simplement. -OK. -C'est fini. -J'ai tout noté. -Vous le ferez, vous me direz. -Exactement, je vous montrerai.

Je me filmerai et je vous enverrai la vidéo. -Il y a un peu d'entraînement. J'ai pas réussi du premier coup. -Très bien. -Et on dit qu'une femme est bonne à marier quand elle réussit le Tahdig.

On dit aussi ça en France, quand elle ne brûle pas le... -Très bien.

Et pour accompagner tout ça, ces différents plats iraniens, vous nous avez apporté une bière. Alors cette fois, on quitte l'Iran, direction Cergy, dans votre circonscription. Expliquez-nous, pourquoi ce choix ? -Ca, c'est une bière qui est brassé par Colin Smith, qui a créé sa marque, sa brasserie artisanale, qui s'appelle Hake Brew. "Hake", c'est colin en anglais.

Il s'appelle Colin. "Brew", c'est la brasserie. Et c'est un type adorable, un Gallois qui s'est installée à Cergy pour brasser sa propre bière.

Et j'ai ramené celle-ci, alors il a plusieurs sortes. Celle-ci, c'est l'Utopiale. Et c'est une bière qu'il a faite en collaboration avec le cinéma Utopia. -Utopia, c'est un cinéma basé à Saint-Ouen-l'Aumône, un cinéma indépendant d'art et d'essai, avec lequel j'ai un lien très particulier.

Ce n'est pas seulement le cinéma de ma ville, c'est un cinéma qui diffuse tous ses films étrangers en VO et qui diffuse des films étrangers du monde entier. Et moi, j'ai grandi à Saint-Ouen-l'Aumône, j'y suis encore. Et on allait au cinéma Utopia dans ma ville voir des films iraniens sous-titrés.

Et ma mère, à l'époque, faisait des grandes salles, elle faisait venir des Iraniens de tout le Val-d'Oise, Elle remplissait la salle d'Iraniens qui pouvaient voir en France des films dans leur langue maternelle, à l'époque où ce n'était pas aussi simple, parce qu'on n'avait pas Netflix, etc., il n'y avait pas Internet. Et je me souviens de ces séances avec des éclats de rire d'Iraniens.

D'ailleurs, c'était marrant parce que les Français disaient : "C'est pas drôle, là, pourquoi ?". Les différences culturelles, vous allez choper des trucs.

Et je me dis, mais voilà, c'est un cinéma qui a fait une passerelle entre la France et mon pays d'origine et qui a aussi permis à ces exilés de retrouver un peu de leur pays. Et puis cette formidable production cinématographique, parce qu'il n'y a pas que des films de Kiarostami, même si c'est... l'immense Kiarostami est au-dessus, c'est un maître.

Il y a aussi une autre cinématographie. Il y a une production très vivante encore aujourd'hui et qu'on a pu voir très jeune, nous, à Utopia. Gros clin d'oeil à Utopia.

Il faut aller au cinéma. Il faut aller dans les salles obscures. La fréquentation s'est écroulée après le COVID.

Ils arrivent à regagner un petit peu, mais ce n'est pas revenu au niveau d'avant. Je suis très proche d'eux, donc je leur pose la question, et c'est encore loin d'être le cas. Que serait la France sans ces cinémas ? -Et allons voir ces films iraniens, qui sont tellement forts, qu'on a pu voir dernièrement. -"Les Graines du figuier sauvage". -Ce huis clos qui raconte, effectivement, toutes les contradictions de cette société.

Tatami... -Oui, le cinéma iranien. -Le cinéma iranien qu'on voit en France. -Alors, quand vous avez accepté notre invitation, Ayda Hadizadeh... -Avec joie ! -...on a beaucoup réfléchi avec Jean-Pierre et vous l'avez compris, on a voulu concevoir cette émission comme un dialogue, un pont entre la France et l'Iran.

C'est pourquoi, après avoir parlé de la bière de Cergy, on retourne. On retourne où ? En Iran, bien sûr, avec les quiz.

Jingle -C'est bon ? -C'est délicieux, c'est juste que je parle beaucoup alors j'ai jamais le temps de manger. -Ayda, comment avoir du sang iranien et ne pas se prosterner devant le caviar ?

C'est impossible, je ne sais pas pour vous. Alors sauriez-vous nous dire si ces affirmations sont vraies ou fausses ? Ce sont les Grecs qui se sont intéressés les premiers au caviar, ces petits oeufs noirs d'esturgeon.

Vrai ou faux ? -Je dirais vrai, peut-être avec Alexandre ? -Non, non, non.

Ce sont vos aînés, ce sont les perses anciens qui les ont découverts, même si ensuite les Grecs en étaient très friands, notamment Aristote qui se tapait la cloche avec du caviar. Au XVe siècle, en Anatolie, là on bouge un petit peu, le caviar se mange alors accompagné d'huile d'olive. Vrai ou faux ? -Vrai. -Vrai, vrai.

Avec un peu de pain et d'huile d'olive. Et à cette époque, le caviar n'est pas encore le produit de grand luxe qu'il était. C'était des oeufs de poisson qu'on mangeait comme ça, à la louche. -Très bien. -Le tsar Russe, Yvan le Terrible, impose au XVIe siècle un monopole d'Etat sur le caviar en Russie.

Est-ce que c'est vrai ou est-ce que c'est faux ? Compliquée cette question. Là, c'est plus l'Iran, c'est plutôt la Russie. -Un monopole d'Etat ? -Oui. -D'accord.

C'est vrai. -Non, ce n'est pas Ivan le Terrible qui était pourtant terrible. C'est le tsar Mikhaïlovitch qui l'a décidé plus tard en 1675.

Voilà. Et c'est en protégeant ce caviar, en le rendant plus rare, donc plus cher. C'est le début de cette période qui fait que le caviar est un mets de luxe réservé à l'aristocratie.

Enfin, en 1979, on revient en Iran, l'ayatollah Khomeini, porté au pouvoir par la révolution islamique, nationalise le caviar iranien qui s'impose alors comme le "must", notamment en Europe. C'est vrai ou c'est faux ? -C'est vrai. -Non, c'est faux.

Le cartel soviéto-iranien pour commercialiser ce caviar de la Mer Caspienne est brisé bien plus tôt, en 1953. Et c'est la date à laquelle le caviar iranien va dans les esprits pour les gastronomes, supplanter le caviar russe jugé trop salé. -Alors aujourd'hui, on trouve encore du caviar iranien ? -Il y a eu un moratoire sur la Mer Caspienne qui, après le démantèlement de l'Union soviétique, est devenu une espèce de bazar où tout le monde pêchait à tort et à travers.

Aujourd'hui, c'est très contingenté. Il existe un peu de caviar d'élevage, mais je ne sais pas...

Moi, j'ai réussi à acheter sous le manteau du caviar iranien soi-disant sauvage. Est-ce qu'il était sauvage ou pas ? C'est assez compliqué.

Peut-être que vous le savez davantage. -Vous en mangez ? -Non, non. -La diaspora a toujours ses filières. -Oui, mais ce n'est pas un mets qu'on va retrouver très facilement sur la table.

Le safran, tout le temps, c'est vraiment la base. Le caviar, non. Moi, j'en ai mangé, quand j'étais assez âgée, j'avais dépassé la vingtaine, peut-être même à 30 ans, en France.

Je pense que ma mère, peut-être, n'en a jamais mangé. -Donc ce n'est pas non plus très répandu. -Je pense que c'est sans doute lié à l'histoire que vous expliquiez, à ce monopole d'Etat dès 1953, qui fait qu'on l'a raréfié et qu'on l'a réservé aussi peut-être à l'export. -Oui car il était très prisé. -Et très luxueux. -Et aujourd'hui, si vous voulez acheter du caviar, vous n'allez pas trouver de l'Iranien, pas du tout, ni du Russe.

Vous trouverez du bulgare, du chinois et du français. -Ca vaut le coup de préciser que l'Iran, en fait, quand on dit que c'est Perse, ce n'est pas tout à fait vrai parce que c'est...

Enfin là, on mange iranien, c'est un truc qu'on mange partout. L'Iran, c'est un pays qui est composé de plusieurs minorités. La minorité majoritaire, ce sont les Persans.

Mais vous avez des Kurdes, des Baloutches, des Turcs, des turcophones, des Azéris, voilà. Enfin, plein de... -Toute une mosaïque. -Mahsa Amini était de la minorité kurde.

Et sans doute que la minorité, je ne veux pas dire de bêtises, qui est proche de la Mer Caspienne et qui cultive le caviar, eux, peut-être, l'incorporent plus facilement à leur nourriture. Parce que c'est comme en France, selon les régions, vous avez différentes spécialités, comme dans tout pays assez grand avec une gastronomie riche, vous avez différentes spécialités. Le riz, c'est la base, après le reste... -En fonction des régions On passe au second quiz avec le yaourt.

Le yaourt, pour le coup, c'est un peu partout sur le territoire iranien. Un incontournable dans la cuisine iranienne. Sauriez-vous nous dire si ces affirmations sont vraies ou fausses ?

L'existence du yaourt remonte à 8 500 ans av. J.-C. -Oui. -C'est vrai, bravo !

C'est vrai, les tribus nomades consommaient déjà du lait fermenté. -Non, c'est 7000 ! -C'est ça !

Non, non, c'est vrai. Et ils consommaient déjà du lait fermenté, facile, donc, à transporter. Le Russe Metchnikoff, Prix Nobel de médecine en 1908, pour ses travaux sur l'immunité, doit sa consécration au yaourt bulgare. -C'est vrai. -Oui, vous avez raison.

Ce professeur à l'Institut Pasteur a travaillé sur un bacille récupéré sur un échantillon de yaourt bulgare et ainsi démontré les bienfaits des yaourts et des ferments lactiques sur la santé. Le lien entre alimentation et santé, on en parlait tout à l'heure. Les premiers yaourts de la société Danone sont vendus en pharmacie.

C'est vrai ou c'est faux ? -C'est faux. -Ah non, c'est vrai. -Ah, c'est vrai aussi. -Dans les années 20... -J'avais ça pour le Coca-cola, moi. -C'est vrai aussi.

Isaac Carasso, fondateur de Danone, installé à Barcelone, lance la production de yaourts dans son petit atelier fabriqué avec du lait frais et distribué le lendemain. Ces yaourts sont vendus sur recommandation des médecins. Et enfin, les Français sont les plus gros consommateurs de yaourts au monde. -Ca, c'est vrai. -Non, c'est faux. -Ah bon ? -Ce sont les Néerlandais. -Ah oui, c'est vrai. -Mais je pense que vous aviez une bonne intuition puisque les Français avalent quand même 21 kilos de yaourt par an. -Je crois qu'en France, c'est nous qui avons la gamme de yaourt la plus diversifiée. -C'est bien possible. -Dans les grandes surfaces, les rayons de produit lacté, c'est en France qu'on domine. -On continue nos allées et venues dans l'espace et dans le temps.

Cette fois, retour en France tout de suite avec "La brève de comptoir". Jingle Alors, pour préparer cette émission, on vous a demandé d'aller fouiller dans vos souvenirs pour nous raconter un moment, une anecdote qui mêle cuisine et politique. Et vous nous emmenez à l'Elysée avec un certain François Hollande. -C'est ça.

Alors, il se trouve que je suis sa voisine de banc dans l'hémicycle. -Ca, c'est une question de nom de famille. -Non. -Même pas ? -Non, vous savez que... -Le H, non ? -En termes de nom de famille, il y a d'autres personnes qui s'intercalent entre nous parce qu'il y a Céline Hervieu, il y a Florence Hérouin-Léautey, donc il y en aurait deux.

Il se trouve que...

On m'a assigné. Ce sont les groupes qui assignent les places et ma place, c'était celle à côté du président. Ca m'arrange mes affaires parce que je passe souvent à la télé.

C'est très bien. Quand il vient s'asseoir, je vais passer à la télé et j'y ai droit à chaque fois. Mais j'étais assise à côté de lui au cours d'un repas à l'Elysée, un déjeuner.

Il se trouve que j'ai une amie, Constance Rivière, qui était directrice de cabinet adjointe du président entre 2012 et 2017, et, à un moment dans le quinquennat, je pense que le président l'avait chargé de lui présenter des personnes, des jeunes avec des idées. Et à Constance, j'avais déjà parlé d'une de mes idées que j'avais à l'époque, je me demandais pourquoi on ne développait pas davantage les voyages en train sur des lignes qui ne sont pas les TER, mais c'est les autres lignes, les fameux trains Corail. Et je me disais, les voyages forment la jeunesse.

Si on avait une carte de voyage illimitée pour ce type de réseau qui, en plus, est en déshérence, ça inciterait sans doute les jeunes et peut-être les familles aussi à prendre le train pour se déplacer, pour leur déplacement de loisirs. Et j'avais vu que dans le Nord, ils avaient inventé ce type de pass. -Un Pass rail.

Et en Allemagne, je crois, ils commençaient à le développer. En plus, c'était en 2016 et c'était à l'occasion aussi de l'anniversaire du Front populaire. Moi, je pense que cette idée m'est venue aussi parce que j'adore voyager en France, en fait.

Je me dis toujours, c'est...

Ce qui est bien quand on est dans une double culture, c'est qu'on a toujours cette possibilité de regarder avec un décalage. Et sans avoir honte, c'est quand même un merveilleux pays, la France. C'est d'une beauté, d'une diversité, d'une richesse.

On ne s'en lasse pas. Et une petite anecdote aussi, quand on faisait des voyages avec ma mère, enfants, qu'on conduisait dans un très beau paysage, elle disait : "C'est magnifique, ça me fait penser à l'Iran." Je suis allée en Iran une fois, je ne sais pas ce qui lui faisait penser à l'Iran, mais je pense que c'est la beauté...

Il y a des très beaux paysages en Iran, mais c'est très différent. Mais la beauté, le sentiment de... "mon Dieu, c'est beau !", c'était ça qui lui faisait penser à l'Iran.

Et cette phrase m'avait marquée. Bref. Elle a réuni cinq ou six jeunes qui avaient chacun leur idée, et moi je me retrouve à côté du président Hollande à l'Elysée, je ne sais plus ce qu'on a mangé, parce que c'était stressant. -Bien sûr ! -C'était sans doute très bon, mais je ne me souviens pas, j'étais très attentive, à bien parler, je n'étais jamais à l'Elysée. -Vous avez présenté votre idée, à table. -Et le président a... -Sans vraiment vous souvenir de ce que vous avez mangé. -Je ne saurais pas vous dire.

Certains gardent les menus, moi, c'est pas mon...

Mon mari l'aurait fait, parce que c'est très important de savoir ce qu'on mange, de pouvoir le raconter aux uns aux autres. Moi, j'étais tellement dans le moment d'essayer de vendre mon idée du Pass rail. Il m'a écoutée attentivement, il a écouté les autres attentivement.

Le président Hollande, il est quelqu'un de très agréable, très gentil. Il ne nous a absolument pas cassés. Il a trouvé toutes les idées très valables.

On l'a remercié, il est parti. Donc on se disait que peut-être il y avait une idée qu'il allait prendre, qui allait émerger. J'avais fait continuer mon petit bonhomme de chemin.

J'avais présenté cette idée au "Parisien" qui en avaient fait sa une. J'avais fait un passage sur LCI, à l'époque. -On retrouve encore aujourd'hui des articles vous concernant sur cette idée. -Alors qu'elle ne fut pas un petit peu mon regret de voir que quelques années plus tard, le président Macron avait adapté cette idée en la rendant un peu moins généreuse.

C'est pour ça que je pense qu'elle ne marche pas aussi bien. Si on veut que ça marche, il faut que ça soit généreux dès le départ. Il faut... -Vous proposiez un euro, si je ne me trompe pas. -Non, non, ce n'était pas l'idée. -Je disais : "Fixons un tarif Mais pas un tarif démentiel.

Peut-être, de 80 euros." -Ah oui, non, c'était 100 euros, pardon. -C'était ça. 100 euros, voilà.

J'avais rencontré même le ministre des Transports de l'époque, puis le directeur de ce réseau-là, Corail, Jean Ghédira, je crois. Ils avaient écouté mais ils disaient : "Ca coûte de l'argent votre idée." Je suis d'accord, mais bon, vous allez relancer... -Le retour sur investissement. -Les vacances, les familles populaires qui partent en vacances, et puis les jeunes aussi.

Dans une époque où on se pose la question de réduire notre empreinte carbone, montrer qu'on peut aller partout en France en utilisant le train, je pense que c'était...

Je continue à penser que c'est une bonne idée. Et pas si mauvaise que ça, puisque le président Macron l'a repris dans un pass réservé aux jeunes qui vivote. Mais bon, je pense qu'on peut toujours la relancer en la développant. -On pourra encore l'améliorer.

Je vous propose maintenant de prendre le train, toujours, et de descendre ensemble en Indre-et-Loire à la rencontre de Charles Fournier. Cet élu écologiste a imaginé une expérimentation pour mettre en place une Sécurité sociale alimentaire, pour défendre notre droit à une alimentation saine comme nous protégeons notre santé avec un système de sécurité collective. Le député propose plusieurs mesures qu'on va détailler ensemble tout de suite dans "Le dessous des plats".

Jingle Créer un accès universel à une alimentation saine et de qualité, c'est le principe défendu par l'élu écologiste Charles Fournier. Avec une carte vitale alimentaire créditée de 150 euros par mois, le député estime que les économies générées à long terme sur la santé des Françaises et des Français pourraient largement compenser cet investissement. Alors comment mettre en place ces dispositions et avec quels moyens ?

Eh bien, toutes les réponses sont dans le reportage à suivre réalisé par Hélène Bonduelle. Elle avait rencontré Charles Fournier il y a quelques mois sur son territoire. Regardez. -C'est par kilo, ça ? -Exactement. -OK. -Il y a encore cinq mois, Francis Massamba, sans emploi et père de quatre enfants, n'aurait jamais pu fréquenter ce magasin bio. -Je prends des oranges.

Je vais prendre des avocats aussi. Ca coûte cher, mais je peux me le permettre avec ce que j'ai dans mon budget. -S'il peut se le permettre, c'est grâce à la caisse alimentaire du VIIIe arrondissement de Lyon.

Cent dix foyers, dont la moitié de précaires comme Francis, ont été sélectionnés. Francis cotise 15 euros par mois et reçoit 450 euros pour lui et ses quatre enfants. Et ça a changé ses habitudes alimentaires. -Contrairement à ce que les gens peuvent aller prendre dans les Restos du coeur, ils prennent parfois ce qu'ils ne veulent pas prendre.

Ils n'ont pas de choix, mais ici j'ai le choix de prendre ce que je veux et je sens que j'ai quand même de l'importance dans la société. -Et au moment de passer en caisse, il ne débourse rien. -Vous réglez comment ? -Je le règle par l'appli Calim. -Ca marche. -Le montant est directement déduit des 450 euros mensuels de son compte Calim 8.

C'est le principe de cette caisse alimentaire. Chacun cotise en fonction de ses revenus et tout le monde reçoit la même somme. C'est exactement ce que le député écologiste, Charles Fournier, voudrait mettre en place.

Une Sécurité sociale de l'alimentation. -On est très proche des trois principes qui étaient inscrits dans l'article 1 de la proposition de loi qui était le principe d'universalité, le principe de conventionnement et le fonctionnement démocratique des caisses. -Cette épicerie fait partie des 19 magasins sélectionnés par les bénéficiaires eux-mêmes.

Et pouvoir choisir son alimentation, c'est une question de santé publique. -Là, il y a tout ce qu'il faut pour que ses enfants, sa famille, mangent de manière qualitative et qu'ils ne mettent pas en danger leur propre santé. En France, vous savez, les dépenses de santé liées à la malbouffe, c'est à peu près 19 milliards d'euros par an qui sont dépensés dans notre pays pour ça. -Pour le moment, c'est la métropole de Lyon qui finance plus de la moitié de cette caisse alimentaire.

Le concept est déjà testé dans une trentaine de communes en France. -Est-ce que vous étiez dans l'hémicycle quand le député a défendu son texte ? Et au-delà, qu'est-ce que vous pensez de cette initiative ? -Non, malheureusement, je n'étais pas dans l'hémicycle, mais je trouve que c'est une excellente initiative.

Toute initiative qui, partant d'une expérimentation locale, peut amener les citoyens parmi les plus pauvres et les plus précaires à mieux manger, à mieux s'alimenter et donc à être en meilleure santé, va dans le bon sens. -Vous savez, ça coûterait des milliards. Alors, quand bien même ce serait compensé par une meilleure santé et donc moins de frais de santé, on trouve où cet argent ?

Comment on fait pour la financer, cette caisse ? -Je pense que c'est les mêmes objections qu'on pouvait opposer à la Sécurité sociale au moment où on l'a lancée. Donc, tout ramener à une question d'argent ou du manque d'argent, ce n'est pas la bonne équation.

Que veut-on pour notre société ? Et je pense que la grandeur d'une société, c'est sa capacité à prendre soin des plus fragiles. C'est ce qui fonde aussi le développement de notre civilisation.

Donc, c'est ces questions-là qu'on doit se poser et je trouve que les expérimentations sur des idées aussi audacieuses pour l'époque vont dans le bon sens. Je crois que ça rejoint aussi les expérimentations type "territoire zéro chômeur". On change de logique, on travaille à partir du local, on fait confiance aux acteurs locaux pour trouver des solutions et on regarde comment on peut passer à l'échelle.

Peut-être pas tout de suite, ou dans les mêmes cadres, peut-être qu'il faut regarder comment ce financement se fait de manière plus viable, mais le balayer tout de suite en disant : "Ca coûte trop cher, c'est utopique, ça ne marchera pas", je pense que c'est une réflexion de bien portant et de bien nourri. Partons de ceux qui...

La malbouffe, c'est monstrueux. Quand on regarde les chiffres de l'obésité infantile et qu'on regarde qui sont ceux qui sont atteints de ce mal-là, c'est souvent les plus pauvres de notre société. Souvent on dit qu'ils n'ont qu'à faire d'autres choix alimentaires.

On ramène ça à une question individuelle. Non, c'est une question sociétale. Ils ne sont pas gros parce qu'ils ont décidé d'être gros, parce qu'ils n'ont pas su être assez disciplinés pour ne pas l'être. -Souvent, l'industrie agroalimentaire est pointée du doigt pour alimenter cette malbouffe.

Vous trouvez que les pouvoirs publics, sont trop indulgents vis-à-vis de cette industrie agroalimentaire ? Il faut taper du poing sur la table ? -J'étais dans l'hémicycle lors des débats dans le cadre du PLF sur des taxes qu'on appelle comportementales.

Des taxes sur des produits qui sont mauvais pour la santé. Je crois que c'est la deuxième fois que j'ai pris la parole. Je ne l'ai pas beaucoup prise.

Mais là, j'ai tenu à prendre la parole pour dire : "Attendez, vous êtes en train de défendre...".

Les arguments c'était : "Vous allez enlever de la liberté, il faut que les gens puissent se nourrir comme ils veulent." En fait c'est la liberté d'être en mauvaise santé, c'est une liberté ça ? Et j'étais fascinée d'entendre de mes propres oreilles dans l'hémicycle le discours de ces lobbys extrêmement bien organisés, très puissants, véhiculés par des députés sous couvert de liberté de choisir son alimentation et qu'il fallait développer la prévention.

Alors, dès qu'on veut durcir des lois sur la publicité pour les produits mauvais pour la santé, notamment dans les programmes pour enfants, il y a toujours des gens pour dire : "Vous vous êtes liberticides." Je pense qu'on a mis énormément de temps à mettre en place des législations plus dures sur la cigarette pour éviter que les jeunes fument très tôt et de plus en plus. -Ca fonctionne ? -Et ça fonctionne.

Et c'est bien de le dire. Ca fonctionne en termes, déjà, de personnes...

Il y a de moins en moins de fumeurs. Et surtout, on a moins de maladies liées au tabac. C'est quand même ça.

Donc, la question, c'est que veut-on pour notre société ? -Ne serait-ce que de rendre le Nutri-score indispensable. -Pareil, on n'y arrive pas.

Et quand j'ai entendu un débat à la radio où il y a une députée européenne de droite, française qui défendait avec une rage beaucoup trop excessive ce Nutri-score qui serait limite un outil dictatorial, je me dis, mais vraiment, c'est relayé. Ce qui m'a beaucoup frappée en tant que députée, c'est à quel point dans l'hémicycle on retrouve quasiment mot pour mot des discours de lobbyistes, vous voyez ? Pour moi, lobby, ce n'est pas un gros mot.

Je l'explique à mes visiteurs, quand les fondations pour lutter contre le mal-logement viennent nous voir, ils font aussi du lobby. -On a besoin d'aller voir des experts. -Voilà.

Mais, il y a certains lobbys qui ont des intérêts financiers, qui veulent seulement gagner plus d'argent et qui sont contre toute forme de régulation. -On continue nos va-et-vient entre l'Hexagone et l'Iran. On a trouvé au coeur de la capitale française un bout de Téhéran.

Vous connaissez sûrement, mais pour nos amis téléspectateurs, nous sommes allés dans le XVe arrondissement de Paris, très précisément dans la rue des Entrepreneurs rebaptisés Le petit Téhéran, où "Little Perse" tant les épiceries et restaurants iraniens y sont nombreux. L'un des premiers à s'y installer il y a plus de 30 ans s'appelle Mazeh, véritable ambassade culinaire de l'Iran qui nous a ouvert ses portes, en tout cas les portes de sa cuisine. C'est tout de suite dans "Les pieds dans le plat".

Jingle -Et nos journalistes Mathéo Stéphan et Marion Devauchelle ont bien de la chance. Ils ont donc arpenté ce "Little Téhéran", nom donné à ce petit quartier dans le XVe arrondissement, truffé, vous l'avez dit, de tables iraniennes, histoire de découvrir les saveurs de cette cuisine qui combine à merveille, on l'a un peu dit déjà, épices, herbes, fruits frais ou fruits secs. Ils ont poussé la porte de l'une de ces institutions, le restaurant Le Mazeh, qui veut dire goût en iranien, pour percer les secrets du chef.

On regarde ? -Bien sûr ! Musique -Dans la cuisine de son restaurant, Sam Tavasoli manie l'art des flammes à la perfection. -Tout Iranien sait maîtriser la grillade.

Ca, c'est depuis petit. N'importe qui, en Iran, dans les jardins, on fait des petites brochettes. On est habitué à ça, il n'y a aucun souci. -Ces petites brochettes ou chelow kabab de leur vrai nom sont composées de coquelets au citron safran ou d'agneaux hachés aux épices.

Ce sont les spécialités du restaurant. -Les Iraniens viennent au restaurant pour manger des brochettes. Surtout les anciennes générations.

Les nouvelles générations qui n'ont plus trop leurs parents, qui sont en France, eux aussi aiment manger les plats maison parce qu'ils sont habitués à ça. -Autre pilier de la nourriture persane, le riz basmati avec des grains de grenade et surtout l'incontournable safran. On le retrouve dans toutes les assiettes et même dans les bières. -C'est la première fois que je bois une bière aromatisée au safran et c'est très bon.

C'est moins amer qu'une bière plutôt régulière, normale. C'est pas comme les bières IPA que moi je trouve trop florales. -L'or rouge, une épice et surtout une saveur inimitable qui fait toute l'identité de la cuisine iranienne. -Epicée sans être piquante.

Il y a beaucoup de finesse, c'est très représentatif, je trouve de la culture, tout en douceur, même la langue, ça ressemble beaucoup. -Pour accompagner les plats, le taftun, pain typique iranien, ici on le prépare à la minute directement dans un four traditionnel. -On a voulu faire ça pour que les gens puissent avoir ce goût de pain frais comme on a en Iran.

Parce qu'en Iran, c'est souvent comme ça. Ce qui est marrant en Iran, c'est que les boulangers n'ont pas plusieurs variétés de pain. Il va y avoir chaque boulanger, un pain.

Et tous les quarts d'heure, il y a une tournée qui sort Et d'un coup, il y a du monde qui arrive pour prendre de la tournée. Et après, ça se vide. -Dans ce restaurant, près de la moitié des clients sont d'origine iranienne.

Pour beaucoup, ces odeurs et ces goûts sont aussi un souvenir de leur pays. -Alors, on a déjà un peu évoqué cette cuisine iranienne quand on parlait des exploits de Ayda en cuisine. Revenons sur ce restaurant.

Ce qui m'a intrigué, c'est ce pain. Je suis déjà allé au Mazeh, le pain, c'est une dinguerie. On a envie d'y aller juste pour manger du pain.

Alors, qu'est-ce qui fait ce pain ? Les boulangeries françaises ont plein de pains, en Iran, il y a un seul pain. -Il n'y a pas qu'un seul pain. -Non, mais il y en a beaucoup moins. -Oui, c'est sûr. -Mais ce fameux pain taftun cuit dans ce four tannour...

Alors, c'est du pain sans levain qu'on cuit et qu'on colle sur les parois. Enfin, il y en a de différentes sortes. Il y a le lavosh, il y a le...

Les noms m'échappent. Enfin, il y a trois grandes sortes. Les Iraniens, on achète beaucoup.

Moi, je suis allée une fois en Iran et puis j'ai dit à ma tante...

Malheureusement, je n'ai pas pu y aller plus d'une fois, mais j'étais surprise, ils achètent des quantités de pain. "Pourquoi vous en achetez autant ?" Il m'a dit : "Il faut avoir toujours du pain." Il est très fin.

Il se mange...

Alors, on ne mange pas à table comme ça, comme les Français. Mais les Iraniens sont très chauvins, très, très fiers de leur pays, mais ils doivent reconnaître que la baguette française... -C'est quand même autre chose. -Ah, c'est quand même autre chose.

C'est vrai. C'est le pain traditionnel. Voilà, il a le goût qu'on a quand on aime...

Mais quand même, la baguette qui sort du four, qui est croustillante à l'extérieur, molle à l'intérieur... -Il y a des boulangeries françaises qui font de la baguette à Téhéran ? -Je pense, oui.

Mais comme partout dans le monde, pour faire chic, vous mettez un nom français. -"French baguette". -C'est ça.

Mais oui, les pâtisseries françaises. Il n'y a pas aussi du tout cette tradition de pâtisserie. Moi, ce qui me fascine, c'est la beauté des boulangeries françaises.

C'est vrai, dans n'importe quelle boulangerie, les présentoirs, on dirait des petits bijoux. Il n'y a pas ça en Iran. Il n'y a pas ce rapport à la pâtisserie et aux desserts.

Il n'y a pas cette notion de dessert quand on mange à table. On mange beaucoup de fruits. Beaucoup de fruits.

Toutes les maisons iraniennes, vous avez un...

J'ai appris le nom récemment, un compotier, on dirait un saladier avec des fruits dedans. Et quand vous venez, avant même de passer à table, avant que la nourriture soit servie, vous pouvez manger un fruit, faire une assiette de fruits, comme ça qui est posée, vous prenez une pomme, une banane, vous la mangez, puis après vous passez à table. Ce n'est pas le même rapport. -On continue sur le sucré, je vous propose de continuer justement sur le sucré, tout de suite, avec "Le péché mignon".

Jingle -Alors, il faut aller vite, je crois. Donc, le dessert, c'est du riz. Il est tout jaune.

Vous allez le goûter et me dire ce que vous en pensez. C'est un riz au safran. -D'accord. -Et ça s'appelle le Sholeh Zard. -Sholeh Zard. -On ne le dit en français. -"Zard", ça veut dire jaune. "Sholeh", ça veut dire un truc un peu... -c'est une espèce de gâteau de riz.

C'est très bon et ça sent le safran. Je pense que vous pouvez aimer ça. -C'est délicieux. -Oui.

Et dedans, il y a des pistaches. -Alors, vous expliquez qu'il n'y a pas vraiment de dessert. A quel moment on mange ça ?

Pour les fêtes ? -Exactement, pour un repas de fête, on peut le manger un peu, peut-être, l'équivalent du goûter. On boit beaucoup de thé en Iran.

En continue. Vraiment, à la Russe, vous savez, dans les samovars, d'ailleurs vous aurez pu faire un quiz là-dessus. Le thé, c'est la boisson nationale.

On vous en propose d'office, d'entrée. Pour faire chic, maintenant, on boit du café dans des cafés à Téhéran. C'est aussi la globalisation de notre monde.

Mais le thé, ça reste un invariable. C'est du thé noir coupé à l'eau. Le thé cuit au-dessus du samovar et on le coupe avec de l'eau pour l'éclaircir.

C'est un thé... -Donc assez puissant. -Voilà.

Et par exemple, quand on vous sert du thé, on peut vous servir ça en accompagnement du thé. -D'accord. -Oui, le thé est assez puissant.

C'est du Earl Grey. Mais ça se spécifie vraiment, c'est qu'on le met à infuser, donc quasiment à cuire, dans une petite théière au-dessus d'un samovar. Vous en avez déjà vu un ? -Oui, bien sûr. -Et il va être réchauffé ou il va être cuit, il va être infusé avec la chaleur du samovar.

Vous en versez un petit fond très, très coloré et puis vous le coupez à l'eau pour l'éclaircir. Si vous l'aimez plus ou moins clair. Et quand vous êtes malade, on vous donne du thé très clair avec beaucoup de sucre candi parce que ça guérit des maux de ventre, des maux de tête, le thé guérit de tout. -Est-ce que la table, c'est aussi un moment, on l'a évoqué un peu tout au long de cette émission, est-ce que c'est aussi un moment pour les Iraniens de parler de politique ? -Comme j'ai dit, on ne parle pas à table, on mange.

On mange vite et on parle ensuite. -Donc plutôt au moment du thé, justement ? -C'est ça.

Le thé, oui, on parle. Dans les maisons de café, dans lesquelles on ne boit pas de café, on boit du thé, c'est des cafés à l'iranienne, mais on boit principalement du thé, là, on parle politique. Les Iraniens parlent beaucoup politique, même à l'heure actuelle, avec le renforcement du régime.

Je pense que tout voyageur qui a été en Iran est frappé par la facilité avec laquelle les Iraniens parlent de politique et sont extrêmement critiques par rapport au régime iranien. -Vous y retournez parfois ? -J'y suis allée qu'en 2006, dans des conditions un peu particulières.

Bon, ça va nous emmener très loin, je n'ai pas de passeport iranien. L'Iran ne reconnaît pas le changement de nationalité, ne reconnaît pas la double nationalité. Donc, vous êtes né Iranien, vous mourrez Iranien.

Donc, j'ai eu le consul de l'Iran qui nous a fait une petite exception parce qu'ils avaient, à ce moment-là, envie de montrer qu'ils accueillaient tout le monde, qu'il y avait une politique d'ouverture. Mais je n'y suis pas retournée, même si j'ai très, très envie d'y retourner et surtout d'emmener mes enfants pour qu'ils voient le pays de leur mère, mais surtout de leur grand-mère. -Vous parlez iranien ? -Je parle iranien, malheureusement, avec un accent français.

Je ne parle pas aussi bien que je voudrais. -Est-ce que vos enfants parlent iranien ? -Non, malheureusement. -Il faut dire à votre maman de leur parler iranien. -Je comptais sur elle, sauf qu'elle a élevé des enfants en France.

Elle a été assistante maternelle à domicile, puis Atsem, Je pense que sa langue naturelle, désormais, pour s'adresser aux tout-petits, c'est le français. Peut-être que ça viendra, qu'eux voudront l'apprendre, mais bon, moi j'étais trop complexée par rapport à ma maîtrise de la langue pour être assez à l'aise pour leur parler persan. -Et si je vous parle de vos enfants, c'est parce que vous avez choisi une chanson qui parle de la filiation, de la parentalité, on l'écoute tout de suite. -A l'aube de l'an 200 Pour les jeunes c'est plus le même deal Pour celui qui traine, comme pour celui qui file Tout droit, de tout façon y a plus de boulot La boucle est bouclée, le système a la tête sous l'eau Et les jeunes sont saoulés, salis sous le silence Seule issue la rue même quand elle est en sang -NTM, "Laisse pas traîner ton fils", 1998.

Pourquoi ? -Quand on écoute les paroles du refrain, moi, je les trouve saisissantes. Je me dis que mais même eux avaient compris, en fait.

Deux gars de banlieue avaient compris que, en fait... l'autorité, ça n'aide pas un enfant à se construire.

On entend beaucoup, surtout venant de la droite, que le problème dans notre société, c'est une crise de l'autorité. Il faut être plus ferme, il faut être plus dur. Je pense que tout vient de l'enfance, vraiment.

C'est une conviction profonde, intime, viscérale que j'ai. Si on guérit l'enfance, si on soigne l'enfance, si on protège l'enfance, on rendra notre société meilleure. Quand on regarde le passé, l'enfance des délinquants, c'est des enfances misérables, où ils n'ont pas manqué d'autorité, ils ont avant tout manqué d'amour.

Ne laisse pas traîner ton fils, ne le laisse pas aller chercher ailleurs l'amour qu'il devrait voir dans tes yeux. Et cette notion d'amour, je pense qu'il faut absolument refaire une notion politique. L'amour, c'est avoir conscience de ce qu'il faut apporter à soi-même et à l'autre pour permettre son développement, son épanouissement.

Et je pense qu'avec leurs mots, ils ont tout dit, avec leur vécu aussi, parce que Joey Star a une enfance, voilà, de gamin délaissé, je crois, même violenté. -Cabossé. -Cabossé.

Et moi qui suis beaucoup les questions d'éducation et surtout de protection de l'enfance, ça m'apparaît comme une évidence. Je ne comprends pas pourquoi ce n'est pas une plus grande évidence politique. -On terminera sur cette évidence-là, justement.

Merci infiniment d'avoir partagé ce repas iranien. -Merci. Je reviendrai. -Avec plaisir.

Merci beaucoup. Et on se retrouve très vite pour un nouveau numéro de "Politiques, à table !". "Laisse pas traîner ton fils" de NTM