Avec sa visite en Inde, Emmanuel Macron veut créer "des ponts vers le Sud global", estime la chercheuse Sylvia Malinbaum
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« L'Inde qui refuse de condamner l'invasion russe en Ukraine. »
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« Le sujet doit être abordé, notamment sur l'Ukraine, puisque aujourd'hui on sait que l'Inde n'a pas condamné l'agression russe en Ukraine. »
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« Depuis 2022, l'Inde a importé massivement du pétrole russe. »
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Il est 6h21, que va chercher Emmanuel Macron en Inde ? Le partenariat peut-il être gagnant-gagnant avec ce pays de plus d'un milliard d'habitants, cinquième puissance mondiale ? Le président français s'y trouve pour trois jours, un voyage aux enjeux économiques et géopolitiques. Bonjour Sylvia Malimbaume. Bonjour. Vous êtes chercheuse, responsable de la recherche sur l'Inde et l'Asie du Sud à l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. Vous avez vous-même vécu en Inde. Il y a deux mois, le Premier ministre indien, Narendra Modi, déroulait le tapis rouge à Vladimir Poutine. L'Inde qui continue d'acheter du pétrole russe, malgré les sanctions occidentales.
L'Inde qui refuse de condamner l'invasion russe en Ukraine. On peut faire du business avec l'ami de Poutine ?
Ce qu'on peut dire déjà, c'est que ce partenariat France-Inde, il est assez ancien. Il n'est pas récent. Et tous les présidents de la Ve République, depuis François Mitterrand, ont cherché à renforcer ce partenariat avec l'Inde. Et de même, pour le partenariat avec la Russie, c'est un partenariat là aussi qui est historique. C'est des relations qui sont anciennes sur le plan politique, sur le plan militaire. La Russie reste aujourd'hui effectivement le premier fournisseur d'armement de l'Inde.
Même s'il y a une vraie volonté côté indien de diversifier ces armements, mais qui reste sur les derniers chiffres, sur les quatre dernières années, à 36% de l'importation d'armement indienne sont d'origine russe. Donc c'est effectivement un sujet, c'est un sujet de vigilance. Mais je dirais qu'en dépit de cette relation, de cette proximité entre l'Inde et la Russie, effectivement le partenariat avec la France continue de son côté à se renforcer. Est-ce qu'on sait si au moins le sujet va être abordé ?
Ou si on met tout sous le tapis parce que l'argent n'a pas d'odeur ?
Alors je pense que ce qui est effectivement apprécié par les Indiens, c'est que la France se montre assez discrète sur ce sujet. Il n'y a en tout cas une volonté d'être relativement compréhensif et de respecter ce qu'on appelle le multi-alignement indien. C'est cette volonté d'aller parler à différents partenaires, y compris la Russie. Pour autant, je pense que le dialogue sur le sujet est quand même nécessaire. Et je pense qu'il va y avoir effectivement, le sujet doit être abordé, notamment sur l'Ukraine, puisque aujourd'hui on sait que l'Inde n'a pas condamné l'agression russe en Ukraine. Et puis, vous l'avez mentionné, il y a quand même cette question maintenant du pétrole.
Alors on sait que depuis 2022, l'Inde a importé massivement du pétrole russe, qu'elle a raffiné et qu'elle a ensuite exporté en partie d'ailleurs en Europe, ses flux quand même commencent à baisser depuis quelques mois. D'abord parce qu'il y a eu des pressions américaines très fortes. Donald Trump a sanctionné en mettant des droits de douane de 25% ses achats de pétrole russe. Et puis désormais, il y a aussi des sanctions européennes qui s'appliquent. C'est-à-dire que le pétrole qui arrive en Europe d'origine russe et qui transite par ce qu'on appelle les pays tiers, et notamment l'Inde, subit des sanctions.
Donc là aussi, à un moment, il y a un dialogue qui va être nécessaire, à minima, pour coopérer autour de ces sanctions européennes.
Alors ce voyage, revenons-y, le voyage d'Emmanuel Macron en Inde. Son but affiché, c'est d'approfondir les liens commerciaux entre les deux pays. Quels sont-ils aujourd'hui ?
Alors, pour reprendre l'image qui a été par notre ambassadeur Adélie, finalement, cette relation France-Inde, c'est un peu l'image de l'extraterrestre. C'est-à-dire qu'il y a une tête qui est très grosse, et il y a un corps qui est plus petit, tête très grosse. C'est-à-dire ? Parce qu'on a une relation, effectivement, stratégique, avec des dimensions militaires, défense, et un partenariat politique de haut niveau très solide. Mais le corps, c'est-à-dire les autres champs de coopération, et notamment économique, les échanges culturels, etc., est beaucoup plus petit, est beaucoup plus mince. Et donc, un des objectifs, effectivement, ça va être de renforcer cette coopération économique.
Aujourd'hui, il y a 700 entreprises françaises qui sont présentes en Inde. Combien d'Indiennes en France ? Assez peu, assez peu. Et d'ailleurs, c'est une des dimensions qu'on voudrait inverser. On aimerait qu'effectivement, il y ait davantage d'investisseurs indiens qui viennent investir en France. Aujourd'hui, le pays de prédilection pour investir en Europe, pour les Indiens, c'est plutôt l'Allemagne. Mais effectivement, on voudrait aussi rééquilibrer cette relation. Les exportations françaises vers l'Inde sont assez minces. C'est pour moitié de l'aéronautique, qui aujourd'hui, effectivement, est un marché assez prometteur sur l'Inde.
Et d'ailleurs, il va y avoir, lors de cette visite d'Emmanuel Macron, un certain nombre de séquences économiques pour essayer de stimuler ces relations. Et je crois que, notamment, il sera en Inde avec une trentaine d'entreprises, de chefs d'entreprises françaises.
Et il y a notamment aussi toute une dimension sur les nouvelles technologies, l'intelligence artificielle, avec 2026, qui doit être une année de l'innovation Inde-France. Ça consiste en quoi ?
Alors ça, c'est une grande initiative qui, effectivement, est portée, notamment, par l'ambassade de France. Donc, ça va être à peu près 70 événements répartis sur l'année. Alors, notamment des événements en Inde, il y en aura peut-être quelques-uns en France, pour valoriser un certain nombre d'initiatives, dont certaines sont déjà existantes, notamment sur le plan culturel, sur le plan économique, et montrer qu'effectivement, notre relation, encore une fois, ne se limite pas, ne se cantonne pas au tout militaire et à ses grands contrats d'armement.
Et notamment les 114 avions Rafale, possiblement, voilà, un nouvel accord qui va être signé. L'Inde est avancée en la matière plus fort que nous sur tout ce qui est technologie du futur ?
Alors, aujourd'hui, elle essaye, en tout cas, de développer un certain nombre de technologies. Le grand objectif de l'Inde, c'est de s'industrialiser, et y compris, effectivement, dans des secteurs à forte intensité technologique. Mais pour ce faire, elle a besoin, précisément, de partenaires, et c'est pour ça qu'elle se tourne vers l'Europe et vers la France pour essayer d'acquérir un certain nombre de technologies. Donc ça, c'est le grand défi de l'Inde pour les prochaines années. Et ça repose, effectivement, cette question de la Russie.
Compte tenu de cette proximité, jusqu'où, Français et Européens, on peut aller en matière de transfert de technologies avec ce risque, quand même, de fuite technologique qui peut aussi se poser.
Alors, ce voyage, on l'a rapidement évoqué, un volet diplomatique, évidemment. Pourquoi l'Inde est un partenaire géopolitiquement important pour la France ?
Alors, je disais, la relation France-Inde, elle est ancienne, elle est assez singulière, mais c'est vrai que, dans le contexte actuel, elle prend une résonance, elle trouve un écho un peu particulier. Et l'objectif, aujourd'hui, d'Emmanuel Macron, pour reprendre ces mots de janvier devant la conférence des ambassadeurs, c'est de bâtir, vraiment, dans cette relation France-Inde, un agenda international, puisque, cette année, l'Inde va avoir la présidence des BRICS, et nous, Français, nous avons la présidence du G7. Exactement. Donc, c'est d'utiliser aussi ce partenariat politique particulier pour en faire aussi un pont vers ces grands pays du Sud global, ces grands émergents.
Et pour échapper à la confrontation Chine-États-Unis ? Exactement. Et c'est d'ailleurs l'exemple de l'IA, du sommet de l'IA, c'est ce qu'on cherche à faire en montrant qu'il y a une autre voie alternative qui est possible, face, effectivement, aux entreprises américaines et chinoises, qui est de travailler sur des principes, sur une coalition d'acteurs qui refuse ce duopole. Et donc, ça, c'est une idée assez forte, je pense,
de la visite qui va aussi être mise en avant. Merci beaucoup pour votre éclairage, Sylvia Malimbaume, responsable de la recherche sur l'Inde et l'Asie du Sud, à l'IFRI, l'Institut français des relations internationales.