Grand entretien : Assa Traoré | #Amfis2024
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Donc bonjour à toutes et à tous. Merci d'être aussi nombreux et nombreuses et merci pour l'accueil très chaleureux que vous venez de faire à Assa Traoré. Et je voudrais commencer par dire à Assa Traoré à quel point nous sommes honorés collectivement que Assa Traoré vienne ici à nos universités d'été. C'est la première fois qu'on la reçoit. Alors on avait déjà reçu le comité justice pour Adama à plusieurs reprises, mais nous sommes très fiers de t'avoir aujourd'hui à nos côtés. Donc soit la bienvenue ici à Valence, tu es ici chez toi. Et puis on a aussi la chance d'avoir Dania avec nous.
Dania qui est donc venue avec Assa Traoré, qui est une professionnelle de la santé mentale et qui fait partie de Génération Leader, dont nous vous parlerons juste après, qui est une fondation qui a été lancée. Pour poser des questions à Assa pour qu'elle puisse développer sur le combat qu'elle porte depuis maintenant plusieurs années. Et puis ensuite, on fera un système de questions réponses où vous aussi, vous pourrez poser des questions à Assa, à Dania, sur évidemment le présent et puis la suite du combat à venir. Donc Assa, merci encore d'être là. Donc tu es une figure, si ce n'est la figure des luttes antiracistes, des luttes des quartiers populaires ces dernières années.
Tu disais toujours, notamment au début du combat, que tu voulais faire connaître le nom d'Adama partout en France et dans le monde, qu'il devienne un symbole pour lui et puis pour l'ensemble des victimes des violences policières. Je crois qu'Adama est devenu aujourd'hui ce symbole, notamment grâce à ton combat, au combat de ta famille et au combat de millions de gens qui se sont joints à ce combat. Donc il faut d'abord rappeler que l'entrée pour toi dans le militantisme a été extrêmement douloureuse et brutale, puisqu'elle arrive par la mort de ton frère Adama Traoré dans une gendarmerie à Persan dans le Val d'Oise.
Et c'est d'abord un combat pour toi, pour ta famille, pour l'ensemble des victimes, comme tu le disais, pour la vérité et la justice qui t'a conduit sur ce long chemin depuis maintenant 8 ans. Alors peut-être pour commencer à ça, comment est-ce que d'un drame aussi terrible, aussi douloureux que la mort d'un frère, on passe au militantisme et à la politique ?
Bonjour à tous. Avant de répondre à ta question, Mathilde, je suis très heureuse d'être ici aujourd'hui. Comme tu l'as dit, c'est la première. On est sur 8 ans de combat. Sur les 8 années, le comité Adama a pu assister sur des universités d'été de partis politiques de gauche. Et on en a fait une avec vous, c'était en 2017 à Marseille. Et moi, j'ai choisi en tout cas pour ma première de la faire ici, à vos côtés, à la France Insoumise, et pas avec n'importe qui. Et j'ai doublement accepté que ce débat se fasse avec Mathilde Depanneau. Mathilde Depanneau, qui est députée de Mastirco, je suis très contente et même très heureuse.
C'est une personne aujourd'hui qui nous représente très bien, qui n'a pas peur d'aller au front, qui porte la question des violences policières et qui ne recule pas. Et ça, je tiens à le souligner. À chaque fois qu'on fait appel à elle, à chaque fois qu'on est sur une mobilisation, elle est là. Et ça, ce n'est pas tous les députés qui le font. Donc j'en suis très, très, très fière et je suis très contente qu'on puisse représenter le 9-4 ici avec notre député. Et avant de commencer ce débat-là, c'est de rappeler le soutien qu'on a eu de la France Insoumise depuis le début. Il y a des noms que je vais citer, comme celui d'Éric Coquerel, dès le début, qui était présent.
On a Sébastien Deloglu qui est venu et que vous avez vu à Pers-en-Beaumont sur la marche il y a quelques mois. Mais il faut savoir qu'il nous avait accueillis il y a 5 ans à Marseille, dans les quartiers nord. Donc on est plus ou moins proches des parties de la France Insoumise. Comme je dis, aujourd'hui, on peut être d'accord avec certaines choses ou pas. Mais ce qu'on met d'abord en avant, c'est la personne et l'humanité qui portent. Et aujourd'hui, c'est surtout de marcher auprès de personnes qui nous assument. Et donc aujourd'hui, si je suis là, c'est que je sais que la France Insoumise est prête à assumer ces questions-là.
et l'assume la question de la discrimination, des violences policières et de l'antiracisme. Et comme tu l'as dit, Mathilde, si je suis là aujourd'hui, c'est un drame qui m'a propulsé. Rien ne prévoyait que 8 ans après, un jour, je suis là avec vous. Il y a 8 ans, moi, j'étais juste une éducatrice en prévention spécialisée à Sarcelles, mère de 3 enfants, la sœur d'Adama Traoré et la sœur de mes autres frères et la sœur de mes autres sœurs aussi. Et aucune famille, aucune famille, que ce soit moi et n'importe quelle famille qui ont subi des violences policières, à aucun moment, on est préparé à ça. À aucun moment, on se dit, un jour, un de nos frères va mourir.
Parce qu'on va beaucoup parler des garçons, parce que la majorité de ceux qui se font tuer sont des hommes noirs et arabes, issus des quartiers populaires. Et pas une seule fois dans ma vie, du haut de mon âge, quand mon frère va mourir, je vais me construire en me disant qu'on va tuer un de nos petits frères et qu'on va porter un combat. Et quand on me pose la question à Sarcelles, comment tu fais ? Je lui dis, déjà, la question, c'est comment se fait-il qu'on a tué mon petit frère ? Je ne m'étais même jamais posé cette question-là. Et on décide d'aller au front, on décide d'aller au combat. Et la première motivation, c'était qu'on n'oublie pas mon petit frère.
J'avais peur qu'on oublie mon frère en septembre. Et j'avais peur que les gens reprennent leur quotidien en septembre et qu'on ait oublié à la Matraoré. Et je me suis dit, je ne veux pas que mon frère soit un fait divers. Et avant de rentrer dans mon quartier, parce que j'étais en déplacement professionnel, j'ai mis une demi-heure avant de rentrer. Et j'ai dit, si je rentre dans mon quartier, que tout le monde pose le regard. Parce que c'est une ligne droite, c'est que mon frère, il est vraiment mort. Et je sais que ma vie, elle est changée, que notre vie, à tous, elle est changée. Et qu'il fallait qu'on parte.
Et je me suis dit, je veux que le monde entier, je veux que le monde entier sache qu'on a tué mon petit frère. Et je ferai tout pour qu'on n'oublie pas Adama Traoré. Et ça, ça a été ma source de motivation dès le début. Chaque année, j'avais peur qu'on oublie mon frère. Et qu'Adama Traoré soit aux oubliettes et qu'on passe à autre chose, comme on a pu le voir avec certaines morts qu'il y a pu y avoir. Et le combat s'est développé. Et le combat s'est développé après, quand je vous parle et quand je suis là à ce moment-là, même aujourd'hui, avant d'être la militante antiraciste, activiste, je suis d'abord la sœur d'Adama Traoré, je suis d'abord une famille de victimes.
Comme je le dis, nous sommes une famille de victimes, mais nous ne serons jamais les victimes d'un système. On ne sera jamais leurs victimes. Et quand on parle, c'est d'abord dans ce sens-là. C'est de dire qu'on va porter le combat parce qu'on a tué mon petit frère. Et je veux que le monde entier puisse l'entendre et le reconnaître. Et on va comprendre que tout de suite, on va devoir se battre. On va être très bien entourés par des militants, des militants qui étaient là avant, des militants du MIB, d'autres militants comme Al-Mami, comme Youssef, qui étaient là, présents, qui vont tout de suite nous donner des bons conseils.
Mais ce combat va d'abord être porté par notre quartier, par les personnes de chez nous. Mais tout de suite, on a compris que c'est un combat qui ne devait pas rester dans notre quartier. C'est un combat qui doit être à l'image de notre famille. Je ne sais pas si vous avez lu les livres Lettres à Adama. Et ce combat doit être ouvert à tous. On ne peut pas demander. Je ne pouvais pas demander la vérité et la justice pour mon frère. Je ne pouvais pas dire que les hommes des quartiers populaires puissent marcher librement si d'autres subissent des oppressions. Ce n'était pas possible. C'est-à-dire qu'on renouvelait et on refaisait ce qu'on dénonçait du système.
Et tout de suite, on va partir dans ce combat. Et on va promettre à mon frère que son nom allait changer quelque chose. Et c'est ça, ma source de motivation. C'est de dire qu'à chaque fois qu'on s'enlève, le combat de mon frère fait partie de ma vie intégrante. Il n'y a pas de séparation entre ma vie, entre mes enfants, entre le combat de mon frère. Ça veut dire que je me lève, je me couche, je respire, je bois. Le combat Adama fait partie de ces moments à chaque instant.
Et ce combat Adama va devenir le combat de tous quand on va comprendre que c'est un système qui est en tout cas bien ficelé en France ou quand les personnes des quartiers noirs et arabes se font tuer dans la plus grande indifférence aujourd'hui. Ce dont il faut parler, c'est de ce racisme systémique qui voit ces hommes tomber un à un. Ce racisme systémique qui perdure dans l'espace, dans le temps et qui est là et qui s'accroche. Et que tout le monde voit, regardez de tout en haut, que ce soit les puissances. Et on ne peut pas laisser faire ça. Moi, mon frère, on a tué mon frère, mon frère ne reviendra plus. Mais le nom d'Adama changera quelque chose.
Et on va tout de suite, quand on va arriver, on va nous dire, il faut converger, il faut converger. Et nous, on arrive avec des mots très nouveaux, des mots très militants. Des mots qui ne nous parlent pas, qui ne nous parlent pas forcément. Et quand on arrive et qu'on dit, bon, on essaie de voir ce qui se passe. Et on voit que le mot convergence des luttes ne nous parle pas. Parce que j'avais l'impression que quand on arrivait avec ce mot, les personnes qui étaient là avaient l'impression qu'on venait dénaturer ce qu'ils faisaient, qu'on venait changer ce qu'ils faisaient. Et au contraire, les gens faisaient un pas en arrière. Et en fait, on perdait la première conviction qu'on voulait.
Et on a décidé avec le comité Adama dès le mois de septembre que nous, on n'allait pas utiliser le mot convergence des luttes, mais on allait utiliser le mot solidarité, des mots qu'on utilise dans nos quartiers, des mots qu'on utilise à tous. Parce que quand je vois, si je vais dans le 9.1 ou dans le 9.5 et que je vois quelqu'un, je ne vais pas lui dire, tu viens, on va converger. Je vais dire non, viens, on va créer des liens de solidarité. Les liens de solidarité créent de l'affect, les liens de solidarité créent de l'amitié. Les liens de solidarité peuvent créer de l'amour et les liens de solidarité finissent par créer des alliances. Et on finit par créer énormément de choses.
Et ça va marcher. On va créer ces alliances, ces liens de solidarité d'abord. Ce sont ces liens de solidarité qu'on va mettre en avant. Et je vais être solidaire de toi. Et cette solidarité qui va développer de l'affect, si tu as besoin dans ta lutte, que ce soit pour les femmes, que ce soit pour les personnes du domaine médical, les sans-papiers, on a fait des tournées de quartier, on continue à faire des tournées de quartier, on va dans les centres-villes. Et à chaque fois qu'on y va, on va tous avec ce même mot. Et c'est ces mots qui nous parlent à tous de manière générale. Parce que quand on arrive, on ne vient pas avec cette étiquette de militant.
Quand on me présente, on dit à sa Traoré militant, je leur dis, je suis d'abord la sœur d'Adama Traoré. Et je deviens militante après. Et voilà en tout cas comment on rentre dans ce combat. Mais ce combat, c'est d'abord pour Adama. C'est d'abord pour mon frère. Avant de juste te redonner la parole, moi, avant de partir en Croatie, mes petits frères, j'avais vu tous mes petits frères, mais ce jour-là, sauf Adama. Et j'ai attendu jusqu'à 17h. Je l'ai appelé, je lui ai dit, « Adama, t'es où ? Je t'attends, je dois voyager. » Et il m'a dit, « Ah, mais tu ne m'as pas dit, si tu veux, je reviens. » Je suis parti à Paris. Nous, on habite à 50 km de Paris.
Et je lui ai dit, « Non, non, t'inquiète pas, je voulais juste t'embrasser parce que je pars en voyage. » Et il me dit, « Est-ce que tu reviens à Beaumont ? » J'ai dit, « Oui, je reviens à Beaumont parce que j'ai laissé les enfants à la maison. » Et je lui ai dit, « Je t'ai commandé un cadeau. » Il avait vu une super tenue que j'avais commandée. Je lui ai dit, « Ça arrive mercredi. » Et j'ai dit, « Je te ramènerai ton cadeau parce que mon frère est mort le jour de son anniversaire. » Je prends l'avion le 18. Mon frère meurt le 19. Le 20. Je suis à Paris.
Et sur ces derniers mots, en tout cas, et sur cette journée du 17, quand je sors de mon quartier, au stop de la sortie de Boyenne-Valle, il y a les gendarmes qui rentrent. Le premier réflexe que j'ai, et comme beaucoup, j'appelle chez moi, je dis à ma mère, je dis, « Les gendarmes sont rentrés dans le quartier. » Il y avait deux de mes petits frères. Et je dis à Samba, « Va chercher les petits, s'il te plaît. » Les gendarmes sont dans le quartier. On avait peur de la police. On avait peur des gendarmes. Et 15 minutes après, ma mère m'appelle. Elle me dit, « Tout le monde est à la maison. » Et je m'en vais à l'aéroport. Je prends l'avion.
Et je ne me dis pas qu'une seule fois, que je vais revenir et que mon frère va se faire tuer. Et notre vie a basculé depuis ce jour-là. Et on est dans ce combat. Et aujourd'hui, ce combat qui a voyagé, Adama est devenu un symbole des violences policières. Et quand on nous dit, « Est-ce que vous avez fait le deuil ? » Je dis, « Mais on ne peut pas faire le deuil. » Mais je sais que là, j'étais au Maroc ou quand je vais ailleurs, on ne dit pas « Sain Traoré », on dit « La soeur d'Adama Traoré ». Et j'en suis tellement fier et tellement ému. Et je me dis que le nom de mon frère, on a tué mon frère. Les services d'ordre, la police française, les gendarmes français ont tué mon frère.
Mais le nom d'Adama restera dans l'histoire de France, quoi qu'il arrive. Que ce soit dans 30 ans, dans 50 ans, dans 60 ans. Le nom de mon frère a voyagé à travers le monde. Que ce soit aux Etats-Unis, en France, en Asie ou en Europe. Où on a marqué, où on a tiré ce rideau sur la question des violences policières, des discriminations et du racisme. Et aujourd'hui, ce combat, bien évidemment, c'est pour mon frère. Mais mon frère ne reviendra plus. Mais c'est pour tous les Adama Traoré, pour toutes les personnes qui sont là. Et surtout, que l'égalité, on doit faire en sorte que l'idéalité ne soit pas un rêve pour nos enfants, mais une réalité.
Et ça, on peut le faire seulement si on est ensemble. main dans la main.
Merci infiniment à ça. Peut-être pour continuer, il y a des choses qui sont très similaires dans beaucoup de ce que vivent les familles des victimes des violences policières. Notamment la question de la criminalisation des personnes. Donc tu dis, moi, mon frère, d'un coup, juste après sa mort, on l'a transformé en drogué, on l'a transformé en délinquant. On a menti sur l'autopsie, notamment sur la question d'abord d'une insuffisance cardiaque. Puis ensuite, on a inventé d'autres choses. Donc il y a des choses comme ça, à la fois de criminalisation et de mensonges, qu'on retrouve beaucoup. Et tu dis, mais en fait, en oubliant que mon frère, c'est la victime.
Et la famille, c'est la famille de la victime. Et notamment, j'aimerais que tu développes un peu sur le long parcours judiciaire que vous avez fait pour nous expliquer où est-ce que ça en est judiciairement. Donc là, en mai dernier, la cour d'appel s'est prononcée pour un non-lieu pour les gendarmes qui sont responsables de la mort de ton frère. Tu avais annoncé, via ta défense, à cette époque-là, un pourvoi en cassation et même l'ouverture d'une procédure auprès de la Cour européenne des droits de l'homme. Donc est-ce que tu peux nous dire où ça en est et à quel point ça a fait écho à beaucoup des familles ? Parce que je sais que tu as aussi beaucoup de liens.
Vous avez des liens de solidarité forts entre familles pour faire avancer des choses. Et juste sur ce que tu disais, pour rebondir juste sur un petit point, tu disais je ne voulais pas que la mort de mon frère Adama soit un fait divers, mais devienne un fait politique. Et non seulement tu as réussi à faire du nom d'Adama Traoré un symbole des violences policières, mais le jour où, par exemple, il y aura une loi pour l'interdition du plaquage ventral, le jour où il y aura des lois pour interdire les méthodes qui tuent, qui sont responsables de la mort, eh bien ces lois porteront aussi le nom d'Adama Traoré.
Merci Mathilde. C'est toujours avec... Bon, c'est beaucoup d'émotions, mais comme je dis, on est obligé de parler de l'histoire à chaque fois pour la faire exister. Et j'espère qu'un jour, en tout cas, une loi portera le nom d'Adama Traoré. Et je me souviendrai de tes mots, Mathilde, aujourd'hui, sur cette université d'été à Valence. Et oui, ce combat, quand on le mène, on le mène avec toutes les autres familles de victimes. C'est un combat qu'on construit. Oui, ma famille a subi un acharnement. Un acharnement...
On en parlait avec des militants qui disaient que d'habitude, l'État s'adapte aux militants, et c'est la première fois qu'il y a un acharnement aussi fort sur une famille, parce qu'on a décidé de se lever, mais pas seulement ça, on a décidé que les hommes de nos quartiers populaires allaient prendre la parole et se mettre debout. Et tout de suite, le système va se mettre en face. Ils ont créé en nous... Nous sommes des simples citoyens qui demandons juste à vivre le plus librement possible. Ils ont créé en nous... Nous sommes devenus des soldats malgré nous, parce que nous devons nous défendre.
Nous devons nous défendre face à un système, un système répressif, un système fort, un système qui peut être violent, un système qui a la prison, un système qui a l'argent, et un système qui peut tuer. Et quand on reprend le fil de l'histoire de mon frère, si on avait fait confiance en la justice, parce qu'on a envie de faire confiance en la justice, on n'arrive pas tout de suite en disant on ne vous fait pas confiance. On n'est pas... On a envie, et on se fait trahir. C'est une trahison, parce qu'aujourd'hui, la justice est garant de notre droit. Et on va dire qu'Adama Traoré est mort de cause caractère, infection très grave. Ensuite, on va dire alcool et de drogue.
À chaque fois, on va aller dans la rue. On va dire... On va même inventer une maladie. On va dire que mon frère est mort de drépanocytose. On va repartir dans la rue. On part en juin 2020, quand on va dire qu'Adama Traoré est mort de chaleur. C'est à ce moment-là qu'on sort et qu'on est plus de 80 000, 120 000. Quand le peuple français sort, ce n'est pas nous qui sortons, c'est le peuple français sort. Et ça, c'est important de le dire. Quand aujourd'hui, on parle de racisme pesant en France, ce n'est pas les Français qui sont racistes. Parce que le peuple français, quand on sort dans la rue, nous sommes nombreux. C'est un système qui est raciste. C'est ce système-là qu'il faut dénoncer.
Et c'est un parcours qu'on inscrit dans la frise chronologique de l'histoire française et qui restera et qui va changer les choses. Et on va dire que l'histoire d'Adama Traoré va partir, la France va dire que la Belgique va statuer, va faire une expertise. Parce qu'il faut savoir que pendant les cinq années, on va porter plainte à chaque fois sur les experts. En fait, ce que je suis en train de vous raconter là, c'est comme si on était en train de construire le contre-manuel. Ils ont construit un manuel sur des décennies, sur des années, depuis la colonisation, de comment tout a été ficelé. Ils ouvrent ce manuel. Ils ont des réponses, ils ont des questions, ils ont des réponses.
Tout, chacun a un rôle. Tout est très partagé. Nous aussi, à travers ça, on écrit notre contre-manuel. Dans ce contre-manuel, on porte plainte aussi. On attaque aussi les experts qui se partagent, les experts, les juges, les policiers. Je vais faire une lettre d'accuse. Je vais revenir sur cette lettre d'accuse qui va me valoir un procès. Donc, l'affaire Adama Traoré va partir en Belgique. Et nous, en parallèle, avec notre avocat, Maître Yassine Bouzrou, nous allons faire une expertise internationale qui sera sous le collège de l'expert de George Floyd.
On va prendre un japonais, on va prendre un brésilien, on va prendre un italien, on va prendre un allemand, on va prendre quatre Français qu'on va financer à hauteur de presque 30 000 euros. Et ça, seulement grâce aux dons des gens qui nous ont fait des dons au vent des t-shirts. Quand je vois des gens qui nous mettent des 1 euro, 2 euros, ça me touche énormément. J'ai envie de dire que ce combat, je sais qu'il est porté par tout le monde, je sais que tout le monde veut en tout cas y participer. Cette expertise, on va la faire. Ça va durer deux ans, elle va sortir très rapidement. La France va refuser la première expertise qui dit que les gendarmes sont responsables. L'expertise va repartir.
Et c'est en février 2023, 2024. Déjà, on a une première victoire. En 7 ans, ils vont reconnaître qu'Adama est bien mort suite aux violences faites ce jour-là. Pendant 7 ans, ils vont dire que les gendarmes n'ont jamais violenté. Pendant 7 années, ils vont dire que les gendarmes n'ont jamais violenté Adama Traoré. Il faut savoir que tout ce qu'on est en train de dire, on le dit dès la première déposition des gendarmes, mais les gendarmes vont mentir, mais c'est le système, c'est ça qu'il faut dénoncer. Parce qu'on ne peut pas seulement attaquer les gendarmes, on ne peut pas seulement attaquer les policiers, il faut attaquer tout le système qui va avec et qui les pousse à mentir.
Parce que les gendarmes ne vont pas mentir lors de leurs premières dépositions. Ils vont dire qu'Adama va porter le poids de nos trois corps, qu'Adama va leur dire, je n'arrive plus à respirer. Ils vont dire qu'ils vont porter mon frère jusqu'au véhicule. Ils vont dire que dans ce véhicule, mon frère va uriner sur lui, il va piquer la tête et qu'ils vont le mettre dans cette cour de gendarmerie, les menottes dans le dos. Et le système va venir juste derrière et va les aider à monter une histoire et à mentir et à transformer cette histoire. Et seulement en février 2024, quand l'expertise va sortir, ils vont dire oui, les gendarmes sont bien responsables de la mort d'Adama Traoré.
Et là, ils vont réouvrir leur manuel. Ils vont aller chercher la partie encore raciste qu'on va imposer au corps noir, au corps arabe. On va dire que oui, Adama Traoré a bien subi ces violences-là, que s'ils n'avaient pas croisé les gendarmes, ils ne seraient pas morts. Mais malheureusement, Adama était grand et costaud. Donc ils ont dû user de la force nécessaire. Et ça, c'est des phrases qu'on utilise seulement sur les personnes de couleur, sur les personnes où on part du principe qu'ils peuvent supporter n'importe quelle violence. Mais nous, aujourd'hui, c'est nous qui avons des questions. C'est pas à moi de répondre aux questions.
C'est à eux, c'est à l'État, c'est à ceux qui sont garants de nos droits de répondre à nos questions. Ces questions sont là. Pourquoi, ce jour-là, mon frère se fait contrôler ? Ce jour-là, le jour de ses 24 ans, mon frère, ce jour-là, la mairie avait appelé pour qu'il vienne chercher sa pièce d'identité. Adama Hyper n'a pas eu le temps d'aller chercher sa pièce d'identité. Pourquoi le corps de mon frère prend le poids de ces trois gendarmes ? Pourquoi, quand mon frère leur dit « je n'arrive plus à respirer », ils ne se lèvent pas de lui ? Pourquoi, ce jour-là, on n'emmène pas mon frère à l'hôpital alors qu'il passe devant l'hôpital ?
Pourquoi, dans cette cour de gendarmerie, il a les menottes dans le dos, ventre contre le sol, et qu'on ne lui apporte pas les premiers secours ? Pourquoi on a un regard déshumanisant ? Cette déshumanisation est construite autour de nous, autour de ces corps, et que ça nous emmène à la mort. Là, on est en train de dire qu'un contrôle d'identité, pour un contrôle d'identité, on a le droit de mutiler, pour un contrôle d'identité, on a le droit de frapper, pour un contrôle d'identité, on a le droit d'humilier, pour un contrôle d'identité, on a le droit de violenter, et pour un contrôle d'identité, on a le droit de tuer quelqu'un. Et ça se passe en France.
Aujourd'hui, on doit tous exhorter ensemble à ce que les violences policières doivent cesser, et que c'est ce qui fait une honte à la démocratie française. C'est une honte pour notre démocratie. On ne peut pas parler de sauver la France. On ne peut pas parler d'un changement pour la France si on ne sauve pas les humains qu'il y a dans ce pays. On ne sauve pas ces hommes qui sortent dans la rue et qui peuvent se faire contrôler à chaque fois. Comment on peut... La question qu'il faut se poser aussi, pourquoi, juste en croisant la police ou les gendarmes, on peut mourir ?
Pourquoi on peut recevoir un coup de téléphone chez nous en disant, monsieur, madame, votre fils, il est à l'hôpital, votre fils, il est mort. Pourquoi on vient frapper à nos portes chez nous pour dire, votre enfant, il est mort ? Pourquoi ? Pourquoi on doit subir cette maltraitance-là ? Pourquoi on doit subir cette santé mentale qui va, en tout cas, elle va être néfaste dans le développement de la vie dans notre quotidien et dans la procédure ? Parce que notre procédure dans l'affaire Adam Atraoré sur 8 ans est très longue. Il faut savoir qu'on a mis tous mes petits frères en prison, dont Bagui Atraoré, Bagui Atraoré qui va faire 5 ans de prison, qui va être acquitté à la barre.
Mon frère va faire 5 ans de prison. Et en fait, l'histoire de mon frère, elle ressemble aux jeunes de Clichy-sous-Bois quand il y aura les révoltes et qu'on va mettre en prison dans le plus grand silence et que ces jeunes-là vont faire des 10 ans, des 15 ans, des 18 ans de prison. L'affaire de mon frère, elle ressemble aux frères Kamara qui vont faire des 10 ans, des 13 ans de mon frère. L'histoire de mon frère, elle ressemble aux jeunes de Viri-Châtillon où des dossiers vont être montés, des faux dossiers, des mensonges et que des jeunes vont prendre des 16 et 17 ans. Ça, c'est exactement l'histoire de Bagui Atraoré.
Sauf que on va faire en sorte, moi, j'ai fait en sorte avec ma famille de me battre pour mon frère. Mon frère va être acquitté, va sortir librement à la barre avec les excuses du procureur. Mais c'est 5 ans. Mais ça veut dire que des Bagui Atraoré, il y en a énormément. Et ça, on va devoir essuyer ça pendant 5 ans. Et quand ils vont comprendre qu'on met tous les frères d'Adama Atraoré, on va se dire qu'on va attaquer la sœur d'Adama Atraoré quand je vais sortir la lettre « J'accuse » à Saat Atraoré en référence d'Émile Zola et où je vais être mise en examen où la sœur d'Adama Atraoré va être assise sur le banc des victimes face aux avocats des gendarmes qui ont tué mon frère.
Ça se passe en France. Ça ne se passe pas ailleurs. Ça ne se passe pas dans un autre pays. On tue mon frère mais c'est moi qui me retrouve sur le banc des accusés pendant 48 heures pour me défendre parce que j'ai dit que les gendarmes avaient tué mon petit frère. Et en 2024, on confirme qu'ils ont bien tué mon petit frère. Mais c'est de l'acharnement qu'on continue. Bien évidemment, on va continuer. On va gagner le procès. Et comme je suis le coupable à ce moment-là, on va me dire à Saat Atraoré « Quel est votre dernier mot ? » Je vais leur dire grâce à vous au même titre que celle d'Émile Zola. Des siècles après, vous avez rendu sa lettre célèbre.
Vous avez rendu aujourd'hui la lettre « J'accuse à Saat Atraoré célèbre. » Peut-être que dans 200 ans, il y aura aussi un film et ça sera peut-être repris. Mais maintenant, vous faites le choix parce que je continuerai à donner tous les noms de toutes les personnes qui ont entravé la manifestation dans la vérité, dans la mort de mon petit frère. Et je fais aujourd'hui, vous avez le choix de voir votre nom ajouté à cette liste-là. Donc vous pouvez me condamner si vous ne voulez pas. Je continuerai à dénoncer. On va gagner le procès d'Adama Traoré. Et on va gagner ce procès en disant que c'est un procès d'utilité publique et qu'on avait le droit de donner le nom des gendarmes.
Oui, le combat Adama est un... Et le combat Adama appartient à la société française. Le combat Adama doit participer à un changement et à la survie de tous, à la survie d'une population. Elle doit participer à créer des liens de solidarité pour pouvoir aller, en tout cas, accompagner, aider, soutenir et créer des alliances avec d'autres personnes et ça, c'est un combat qu'on va continuer à porter. Aujourd'hui, nous allons en cassation. Une cassation, encore, il faut savoir que dans ces combats, c'est très difficile aussi. C'est le nerf de la guerre, c'est l'argent. C'est que les familles payent tout. On paye tout.
Par exemple, pour aller en cassation, on doit prendre deux avocats que nous payons, 6 000 euros par avocat. Donc nous sommes à 12 000 euros. Ça, ce sont les familles qui le payent. Et il y a des familles qui n'y arrivent pas. Il y a des familles, c'est très difficile. On essaie d'y arriver comme on peut. Et ça, c'est le système. Et ça, c'est ce qu'on écrit. C'est ce qu'il faut déconstruire dans ce contre-manuel. C'est comment la victime devient aussi victime d'un système. C'est pour ça que j'ai dit au début, nous sommes des familles des victimes et nous ne serons jamais leurs victimes. Et aujourd'hui, voilà où on est, en tout cas juridiquement, le combat à Dama.
Mais aujourd'hui, c'est un combat aussi qui a dépassé la France où on est rentré dans les instances de l'ONU où l'ONU, elle a le poids que ça, mais c'est la première fois qu'elle dénonce la France sur les questions des violences policières et qui parle de racisme et des discriminations en France. Le comité Dama a également participé à un premier rapport. C'est le premier rapport de l'ONU pour les personnes africaines, noires et étrangères dans le monde où on participe à ce rapport pour le dénoncer. Et depuis l'année dernière, on participe à une stratégie à Harvard sur la question des discriminations et des violences policières.
Donc c'est un combat aujourd'hui qui a dépassé la France mais où la France doit prendre ses responsabilités où nous aussi nous devons prendre nos responsabilités et à continuer à le dénoncer. Je vous le redis, on doit le faire ensemble parce que si on ne le fait pas ensemble, on n'y arrivera pas.
Merci à ça. Tu as dit tout à l'heure le combat à Dama, il appartient à toute la société française et ça, c'est des choses que tu as dites régulièrement. Ça n'appartient pas qu'à notre famille mais c'est un combat qui est un combat d'intérêt général. et peut-être pour avoir d'abord ton regard avant d'ailleurs de parler, de commencer à parler de la fondation et de l'avenir, mais peut-être pour avoir ton regard donc ces huit années de lutte, tu l'as dit tout à l'heure avec énormément de choses qui ont été faites jusqu'à les plus hautes instances. Tu parlais de l'ONU tout à l'heure.
Quel est ton regard sur ce qui a bougé en France sur la question des violences policières, que ce soit dans la société en général, que ce soit dans les programmes des partis, que ce soit dans les institutions. Est-ce que tu considères qu'on progresse ? Est-ce qu'on régresse ? Est-ce qu'on progresse sur certaines choses et qu'on régresse sur d'autres ? Bref, quel est ton regard sur comment est-ce que à travers, y compris ton combat et aussi d'autres combats qui se sont faits, mais notamment le tien avec des manifestations énormes qui ont eu lieu. Qu'est-ce qui a changé en France en 8 ans ?
Déjà, on est sur une université de la France Insoumise. Je tiens à dire que vous avez évolué sur la question des violences policières et de l'antiracisme. On n'est pas là que pour se lancer des fleurs. Mais notamment grâce à vous. Voilà. On n'est pas là que pour se lancer des fleurs, mais on est là, comme je le dis. Moi, je marche... Hein ? Oui, il n'y a pas que ça. Mais en tout cas, moi, comme je le dis, je marche seulement avec les personnes qui nous assument clairement et qui peuvent porter ces questions-là. Et ça, c'est une avancée qu'on a pu imposer dans les partis politiques. On a aussi imposé... Il y a aussi d'autres luttes qu'il y a eu bien eu avant.
On est dans cette continuité, bien évidemment. On a imposé cette question des violences policières. Il faut savoir qu'on n'avait pas le droit. Moi, j'ai un procès parce que je le dis. Je dis qu'il y a des violences policières. Et je dis qu'on a tué mon frère et je n'ai pas le droit de le dire à ce moment-là. Donc ça veut dire qu'on porte plainte contre moi en 2018. Je passe en procès en 2021. Mais à ce moment-là, en France, on n'a pas le droit de le dire mais on continue à l'assumer. Et ça, c'est important. Et c'est surtout qu'il ne faut pas avoir peur de dire qu'il y a du racisme en France. Il ne faut pas avoir peur de dire qu'il y a du racisme systémique. Ce racisme...
Il faut assumer les mots. Et si on n'assume pas les mots, on ne peut pas avancer. Et assumer les mots, c'est les assumer pleinement. C'est assumer le mot noir. C'est assumer le mot arabe. C'est assumer les violences policières. C'est assumer le racisme. On ne peut pas dire... La France ne peut pas arrêter. Il faut qu'elle arrête de se cacher juste derrière les causes sociales. Mais le racisme existe réellement. Il n'existe pas qu'au niveau des violences policières. C'est très tôt. On arrive dans les écoles aussi. Quand on est dans les écoles, il faut savoir qu'on a un doigt.
Ce doigt qui se pointe sur certaines personnes, une fois que ce doigt est pointé sur toi, pour que ce doigt se retire, c'est compliqué. Ce doigt va orienter ta destination. Ce doigt va orienter dans quel quartier tu vas aller, où tu dois te déplacer, qu'est-ce que tu peux faire, quel travail tu vas faire, dans quelle école tu vas faire, quel logement tu auras. En fait, ce racisme, il est quotidien, il est tout le temps, mais il est sur des choses qu'on a l'impression qui sont invisibles et qui sont complètement visibles. Et ce racisme-là va orienter et définir son parcours de vie, va définir la personne que tu peux être et va casser en tout cas les rêves de ce que tu veux être.
Et aujourd'hui, je pense que ce qu'on a apporté, parce que c'est important de le dire, on apporte de l'espoir, on apporte du rêve, parce qu'on ne peut pas emmener dans un combat si on n'a pas de l'espoir et du rêve. Et l'espoir et ce rêve, on est obligé de le porter, de le transmettre à toute cette génération qui arrive, à la génération aussi actuelle qui est là. On n'est pas dans un pays de déficit, on n'est pas des personnes qui avons peur, on est des personnes qui allons avancer, on est des personnes qui allons changer les choses et on doit le faire. On va le changer parce qu'on va aussi prendre... Ça se passe aussi au sein des pouvoirs.
Le racisme, on l'a vu aussi au sein des partis politiques. Il y avait de moins en moins de personnes de couleur et c'est important aujourd'hui quand on voit des personnes des quartiers populaires, des personnes qui connaissent au mieux les questions que d'autres personnes et ça, c'est important. Donc, bien évidemment, nous avons changé les choses. Mais ce n'est pas encore assez.
Ce n'est pas encore assez et il faut continuer dans cette lancée, il faut continuer dans cette lancée, il faut qu'on ait de plus en plus de députés, députés européens, ministres, ce qu'on veut, présidents de personnes aussi, ici des quartiers populaires qui peuvent représenter et qui peuvent en tout cas avoir la parole et la parole juste. Donc oui, on ne va pas dire qu'aujourd'hui, on a changé toutes les choses, mais c'est surtout ce qu'on peut dire, c'est qu'on fait peur parce qu'aujourd'hui, quand on voit le racisme en train de monter et le racisme, il est réel, la montée de l'extrême droite, elle est réelle, elle est de plus en plus violente, mais elle répond à ce qu'elle voit en face.
En fait, on a un système qui a peur, qui a peur de nous. On est dans un tournant de l'histoire de France qu'il faut continuer à prendre un virage serré. C'est nous de ne pas reculer de la pression qu'ils nous mettent avant. Effectivement, plus on avance, plus ils sont violents, plus il y a de violences policières. Mais en vérité, ce changement-là, on le verra parce qu'en fait, ce qu'il y a en face, aujourd'hui, on a une jeunesse qui est en effervescence, qui bouillonne, qui est intelligente, qui n'a pas peur, qui va dans la rue, qui prend la parole, qui ose et qui, en tout cas, occupe l'espace. Et en cet espace, il faut continuer à l'occuper.
Et ce tournant, il faut qu'on puisse continuer à le prendre encore ensemble. C'est un virage très important. Je ne sais pas combien de temps ce virage va continuer, mais il faut qu'on soit encore plus serrés dans ce virage-là et on verra que les choses vont changer encore plus fort. Après, nous sommes déjà dans le changement. Déjà, quand on voit qu'il y a certains députés comme celle de Ali Diora que je salue aujourd'hui. Mais il en faut d'autres. Il en faut d'autres. Il en faut beaucoup. On espère que Bali sera notre future maire à Saint-Denis. On viendra te soutenir comme beaucoup de personnes qui sont là. Mais aujourd'hui, le combat, il doit continuer.
Et il continuera seulement quand moi, mes enfants, quand nos enfants pourront sortir dans la rue et qu'on n'aura pas peur et qu'on n'ira pas les chercher dans la rue et que nos enfants pourront jouer dehors à la corde à sauter dans la plus grande sécurité et que l'égalité ne soit pas un rêve mais une réalité. Là, on aura changé quelque chose.
Alors, tu m'as fait une magnifique transition à ça. Tu disais, pour faire avancer l'égalité, il faut occuper l'espace.
On est dans le racisme systémique qui a d'ailleurs été pointé par des instances internationales à l'intérieur de la police et notamment, c'est ce qui est décrit très bien par des sociologues, par toi, par beaucoup d'autres, qui, dès le plus jeune âge, souvent pour les garçons, tu l'as dit, notamment par le contrôle au faciès, fait en quelque sorte la démonstration, non seulement du contrôle sur les vies, sur les corps, sur l'espace public, mais aussi renvoie un signal à beaucoup des jeunes enfants, des jeunes gens de ce pays qu'ils seraient en quelque sorte des étrangers chez eux.
Et on voit par ailleurs, en delà de ça, d'autant plus avec une montée de l'extrême droite, des actes et des paroles racistes qui ont été complètement libérés, notamment dans la période des législatives, de plus en plus de jeunes Français qui sont nés en France, qui ont grandi en France et qui pensent à partir de la France, lassés d'être sans cesse, suspectés, contrôlés, d'avoir peur pour leurs enfants, d'avoir peur eux-mêmes de sortir de chez eux. Et donc, dans ce moment-là, toi, tu as décidé de créer une fondation.
J'aimerais que, alors je ne sais pas si c'est Dania ou toi qui commence à ça, mais que tu nous expliques pourquoi cette fondation existe, en quoi ça aide justement sur le changement des choses qu'il faut faire et en quoi ça fait avancer l'égalité réelle que tu as appelée de tes voeux et sur lequel nous te rejoignons.
Je prends la parole et je passe la parole après à Dania. Donc avec le comité Adama, à un moment donné, on se pose et on s'assoit, on se dit, bon, le combat, il est là. Cette réflexion, elle arrive après juin 2020 quand on voit qu'il y a énormément de monde et que la jeunesse, elle est là et que quand on fait des tournées de quartier, que ce soit dans les quartiers, dans les centres-villes, on se dit, bon, il faut que le combat, ils prennent aussi un chemin, mais un chemin qui perdure et où on sera dans la transmission. Moi, j'ai eu la chance dans ces huit années, comme je vous l'ai dit dès le début, quand j'arrive, la question du militantisme, je ne la connais pas.
Je suis juste la soeur d'Adama Traoré. Pendant ces huit ans, je vais être soutenue, je vais être aidée, je vais être accompagnée, que ce soit par des militants, par des personnes lambda, par des partis politiques, par des artistes, par d'autres. Et tout ça, je l'ai pris. Et c'est de dire, tout ce que moi, on m'a apporté et tout ce qu'on a apporté au comité Adama et toutes les connexions que nous avons pu faire en France et à travers le monde, on ne peut pas le garder pour nous. Ce n'est pas possible. Et aujourd'hui, on a une jeunesse qui est... Ce que je disais tout à l'heure, on a une jeunesse qui est en effervescence.
Il faut savoir qu'on a une jeunesse aujourd'hui qui a un niveau extrêmement haut, mais qui n'est pas du tout regardé, qui est sous-qualifié. On a énormément de gens... Je vais prendre des exemples dans les quartiers populaires. On a des jeunes qui ont des niveaux d'études qui sont élevés, mais qui ne vont pas avoir un travail à leur juste valeur, qui vont être sous-payés parce qu'ils ne vont pas rencontrer les bonnes personnes. Et ça, c'est important. Et ça, c'est... Parce qu'en France, on va beaucoup aider. On va dire, voilà, on va beaucoup aider les personnes qui sont en difficulté, qui ont du mal, qui ont arrêté l'école très tôt.
Mais on a une partie aussi de cette partie en France qui est beaucoup laissée à l'abandon. C'est ceux qui ont fait des hautes études. Qu'est-ce qu'on en fait de ceux-là ? Où ils sont ? Ceux-là, c'est de dire, ceux-là, ils font aussi partie de notre champ de vision parce qu'ils seront l'avenir de demain, ils seront les penseurs de demain, ils vont construire les choses de demain, ils vont être l'avenir de demain, ils vont être les futurs ministres de demain, les futurs présidents de demain, ils vont peut-être être la voie entre la France et l'étranger de demain.
Et c'est de dire, cette jeunesse-là, cette jeunesse-là qui est là, qui répond aux appels du comité à l'Ama, qu'est-ce qu'on en fait ? Et c'est de déconstruire aussi. Et moi, j'en veux pas aux gens qui ont des idées, qui sont pas forcément des bonnes idées parce que moi, peut-être que moi aussi, j'avais des fausses idées. Et je le vois quand on voyage, quand on voyage, on arrive et qu'on arrive dans un certain pays, on voit qu'on a des fausses idées, que ce qu'on nous a appris, c'est complètement faux. Et tout de suite, on se nourrit de ça et on a envie d'apprendre.
C'est de dire, de déconstruire des fausses idées que certaines personnes peuvent avoir et de dire, bon ben, on va essayer en tout cas d'apporter, de déconstruire et reconstruire ensemble des idées qui sont réalistes, des idées qui sont antiracistes et déconstruire certaines choses. Et ça, c'est vrai. Moi, ce que je dis, bon ben, les gens demandent qu'à apprendre et à travers cette formation de Génération Leader, quand on crée cette formation, c'est là. Et c'est de dire que, surtout, quand on dit, quand t'as commencé tout à l'heure, t'as dit à Sa Traoré tes portes-paroles des violences policières, moi, je suis pas porte-parole.
Moi, je suis juste la sœur d'Adama Traoré qui porte un combat et à travers le nom de mon petit frère, si on doit faire renverser un système et changer quelque chose, et en fait, on va pas reproduire ce que l'État a fait et enfermer une seule voie dans une personne parce qu'en vérité, je peux pas être partout.
Aujourd'hui, je suis à Valence, je peux pas être à Marseille, je peux pas être à Paris, je peux pas être à Créteil, je peux pas être à Lyon, mais si on arrive à former des personnes et créer des portes-paroles partout, c'est là qu'on va être puissant, c'est là qu'on va être fort parce que chaque voix va se lever, chaque voix va pouvoir parler et on aura des portes-paroles partout qui vont pouvoir, en tout cas, porter la question, peu importe que ce soit du militantisme, de l'antiracisme, de l'écologie, de la place de la femme, de la place de l'enfant, de comment on a construit un combat.
Donc, on décide de créer, en tout cas, avec le comité Adama, de dire on va créer cette formation qui s'appelle Génération Leader. Aujourd'hui, nous sommes à la troisième promo de Génération Leader, Dania. Je fais le choix de pas venir avec un membre du comité Adama, mais de venir avec Dania qui fait partie de la deuxième promo Génération Leader. La première promo, on l'a fait à Verdragon où il y a Fatima Ouassa qui vont nous accueillir dans leurs locaux. On va faire la première année là-bas. La deuxième année, on le fait à Columbia, à l'Université Columbia, à l'école américaine qui va nous ouvrir les portes et qui vont nous dire on accueille Génération Leader.
Et aujourd'hui, les jeunes de Génération Leader, ils ont un même statut qu'un étudiant de Columbia qui est une des plus grandes universités américaines. Ils ont les cartes. Au mois de décembre, on aura un diplôme qui leur seront remis. Et c'est de dire qu'à travers Génération Leader, c'est d'ouvrir le réseau qu'on a pu acquérir en huit ans des personnes que moi, si j'avais rencontrées plus jeunes, peut-être que nos parcours de vie, peut-être que nos parcours de vie, les personnes qu'on leur présente aujourd'hui, si on les avait rencontrées, nous, dans nos quartiers ou ailleurs, peut-être que nos parcours de vie auraient été autrement.
Leur ouvrir un réseau, leur ouvrir ce réseau déjà qui est à l'école. Aussi, pouvoir voyager, pouvoir partir parce qu'il faut pouvoir partir aussi pour mieux reconstruire la France parce qu'il faut savoir évoluer en même temps que sa population. Moi, je trouve qu'il y a un très gros problème en France, c'est que le système français n'évolue pas en même temps que son peuple. On peut critiquer les Etats-Unis, on peut dire ce qu'on veut, mais ils essaient d'évoluer en même temps que leur peuple. Pour pouvoir évoluer, il faut pouvoir partir et revenir avec des idées fraîches, avec plein de choses. Et Génération Leader fait partie de ça. Aujourd'hui, on a une promo de 17 personnes, je crois.
On a des intervenants extraordinaires qui viennent à Columbia. Eric Coquerel nous a ouvert l'Assemblée nationale il n'y a pas longtemps. Il a reçu Génération Leader. et c'est une formation, je vais laisser parler d'Anya, qui est extraordinaire où les gens, en tout cas, où ces intervenants viennent de partout parce qu'on a aussi des Français, mais on a des intervenants qui viennent d'ailleurs, qui ont les fait voyager aussi. Donc voilà, voilà en tout cas ce qu'on veut parce que notre combat, c'est la France.
On aime notre pays, on veut sauver la France, mais il faut aussi qu'on puisse en tout cas grandir, se former et créer des portes-paroles pour notre pays en France et que tout le monde ne porte pas parce que sinon, on ne pourra pas sauver notre démocratie.
Alors, bonjour à tous. Merci beaucoup Mathilde de me donner la parole et merci à Assa de m'avoir emmenée avec toi aujourd'hui. C'est la première fois que je fais les universités d'été et c'est la première fois que je m'adresse à autant de monde. donc je vous prie de m'excuser d'avance si je bégaye un petit peu. Alors moi, j'ai intégré Génération Leader en janvier 2024 et en vue d'intégrer cette formation, j'ai rencontré Assa parce que bien sûr, Assa vous fait passer un entretien pour savoir finalement qu'est-ce qu'elle peut vous apporter et qu'est-ce que vous, également, vous avez besoin d'acquérir.
Et je me suis raconté un petit peu mon histoire et elle m'a demandé mais qu'est-ce que je peux t'apporter ? Il faut savoir que moi je suis diplômée, j'ai fait une école d'ingénieur, j'ai repris des études il y a deux ans pour être praticienne en santé mentale donc si je cumule j'en suis déjà à Bac plus 7 et pourtant, il y a des sujets que je n'ose pas aborder et je lui ai dit mais Assa, je sais qu'il y a des choses que toi tu sais que moi je ne sais pas et en tout cas je ne sais pas les dire.
Aujourd'hui, je me rends compte que ça y est, je commence à pouvoir exprimer mes idées et mes pensées de manière beaucoup plus structurée quand il s'agit de parler justement d'oppression, de discrimination, de violence policière et de violence institutionnelle. Comme je vous l'ai dit, aujourd'hui je suis praticienne en santé mentale et en tant que femme noire issue d'une famille modeste et en gros dans un quartier populaire, je sais qu'on ne peut pas parler de santé mentale aujourd'hui en France sans parler de justice sociale, on ne peut pas parler de santé mentale sans parler de violence policière comme Assa l'a bien rappelé.
Aujourd'hui, les corps des jeunes hommes noirs, arabes ou habitants dans les quartiers populaires sont des cibles que ce soit au niveau des institutions comme l'école qui sont censées être des institutions qui les protègent, parfois elles sont attaquées et on ne peut pas aujourd'hui dire qu'on met des moyens pour la santé mentale sans tenir compte de ces réalités. On ne peut pas parler de santé mentale non plus sans parler de racisme systémique, sans parler de cette population qui ne pourrait peut-être pas accéder à ses rêves parce que finalement la santé mentale c'est avoir en soi les ressources nécessaires pour pouvoir s'épanouir et développer une croissance personnelle.
Et donc si aujourd'hui je suis capable de mettre en lien mes idées profondes et mes compétences, c'est parce que j'ai les bons mots, j'ai la bonne approche et j'ai aussi beaucoup plus confiance en moi. J'ai moins peur grâce aux rencontres que j'ai pu faire avec des militants aguerris, des militants expérimentés, avec également la formation que nous transmet à ça à travers les échanges, à travers les interventions.
Je n'ai plus peur d'être marginalisée ou jugée pour mes idées que pourtant je porte et je pense que de nombreuses personnes portent mais aujourd'hui avoir des idées c'est parfois risqué et on l'a vu quand Assa écrit la lettre j'accuse, c'est elle qui se retrouve devant le tribunal et non les responsables de la mort de son frère. Et c'est vrai que on se rend compte à travers son combat, mener un combat, avoir des idées en rupture avec le système ou vouloir simplement la justice pour tous, c'est prendre un risque et ce risque-là je n'étais pas capable de le prendre sans avoir les armes ou en tout cas les idées assez claires et un système de soutien assez fort pour pouvoir les mener.
Donc déjà Assa, merci parce que je pense que tu vas voir que j'ai pas mal évolué dans mon discours. Donc ce que tu fais a du sens et je pense que c'est important et ça fait du bien de pouvoir rencontrer des personnes qui partagent des idées de militantisme, des personnes qui partagent de la solidarité, de la bienveillance, d'avoir des espaces où on peut s'exprimer et également bénéficier de l'expérience d'autres militants et d'autres activistes. J'ai été ravie de rencontrer Éric Coquerel et de visiter l'Assemblée nationale à 34 ans. Je n'avais toujours pas compris comment fonctionnaient ces institutions. Pourtant, j'ai été longtemps, longtemps et je suis encore à l'école.
Donc pour vous dire, à un moment donné, je pense que l'institution qui est l'école ne nous apprend pas à militer et ne nous apprend pas non plus à porter nos idées. Et c'est en ce sens que Génération Leader aujourd'hui, ça a un sens et c'est nécessaire. Je dirais, si on veut plus de justice sociale dans la société, si on veut que les choses changent et qu'elles s'améliorent. Je pense que j'ai à peu près tout dit. Donc je voudrais dire encore une fois merci à Assa d'avoir créé cette fondation parce que c'est vrai que j'ai erré pendant de nombreuses années à essayer de chercher des endroits où je pourrais prendre de la valeur et apporter également.
Et aujourd'hui, c'est chose faite et c'est vraiment quelque chose qui me soulage et qui apporte beaucoup en tout cas à mon bien-être. et également, le fait de voir le soutien de la France insoumise, ça me réconforte à l'idée que tout n'est pas perdu en France. Savoir que j'avais plus d'espoir et aujourd'hui, j'en ai de plus en plus. Donc voilà. Merci Mathilde et merci Assa pour cette journée.
Pour compléter rapidement, parce que là, Dania vous a parlé d'un profil, je crois qu'ils sont 17, mais il y a des profils qui sont complètement différents on ne cherche pas un profil type. Par exemple, on va chercher un profil qui est un producteur de quartier. On va dire mais c'est quoi le rapport avec Génération Leader ? Dans nos quartiers, dans le quartier populaire, il y a beaucoup de jeunes qui veulent faire de la musique, qui veulent être rappeurs, qui vont essayer de rentrer dans la musique, mais en fait, qui ne sont pas forcément bien accompagnés, qui ne sont pas forcément bien formés.
Nous, on va prendre Hidi, on va accompagner Hidi qu'on va emmener à New York avec moi quand il va venir pour lui faire rencontrer l'Eve Nation là-bas qui vont le prendre pour que quand il revient, là, il va partir en Côte d'Ivoire pour se former encore, mais en fait, pour que quand il revienne, qu'il ait une structure qui soit bien cadrée, bien accompagnée et qu'il ait la formation pure, que ce ne soit pas juste un producteur de quartier qui va essayer de s'en sortir parce qu'il veut s'en sortir, mais qui n'a pas rencontré les bonnes personnes, qui n'a pas la bonne formation, qui n'a pas les bons moyens. Ça veut dire que les jeunes que lui, il touche, moi, je ne les touche peut-être pas.
Et ça veut dire que quand le form, lui, a touché ces jeunes qui veulent faire de la musique dans les quartiers populaires, qui veulent être des rappeurs, lui, avec la formation qu'il a pu acquérir en tant que producteur dans le combat Adama et dans l'antiracisme, il va pouvoir les accompagner. Comme j'ai dit, on ne peut pas être des porte-parole partout, mais en tout cas, lui, dans son domaine, il sera un leader, un producteur leader, et en tout cas, il pourra accompagner et me orienter les personnes qui pourra.
On a par exemple aussi une femme qui va être architecte d'intérieur, donc on l'accompagne pour qu'elle monte sa boîte, mais tout en ayant cette question derrière de sa place de femme, de femme noire. On a aussi des personnes qui viennent un peu partout de Clermont-Ferrand, de Strasbourg, de Lille. Dans cette formation, c'est ouvert à tout le monde. Il n'y a pas d'âge. La personne la plus jeune doit avoir 24 ans et la personne la plus âgée a 49 ans. C'est une formation qui est ouverte à tout le monde. On est dans un très beau cadre, donc ça, c'est très bien aussi.
C'est important que dans leur CV, ils puissent mettre qu'aujourd'hui, ils ont intégré, ils sont passés par une école américaine, Columbia, qui est très, très, très, très chère. Par exemple, dans l'école où ils sont, il y a la fille de la princesse de Monaco qui est là-bas. Donc pour moi, c'est important que les gens de nos quartiers et les personnes en tout cas qui sont aussi des centres-villes qui n'ont pas forcément les moyens ou qui ne peuvent pas accéder à certaines choses, qu'on puisse les faciliter et les accompagner dans ce domaine-là. Et le prochain recrutement se fait en septembre pour janvier parce que Dania finisse en décembre.
Merci beaucoup, Dania. Et puis si vous avez des questions pour Dania après, n'hésitez pas. Moi, je voulais te poser deux dernières questions à ça. La première, c'est évidemment sur les révoltes urbaines qui ont fait suite au meurtre de Naël qui, ensuite, dans les révoltes urbaines, a commencé à l'évoquer, ont donné lieu à une répression absolument terrible et une criminalisation des jeunes des quartiers populaires avec, on se rappelle, par exemple, un jeune qui a pris dix mois de prison ferme pour le vol d'une canette de Red Bull, par exemple.
et en plus de cela, un mouvement massif de grèves de policiers à Marseille suite à ce qui s'était passé pour Edi, dont ils ont dû quand même enlever une partie d'un bout de crâne à Edi, vous vous rappelez, terrifiant de la manière dont ils peuvent aller jusqu'à une impunité de défigurer quelqu'un et des policiers qui se mettaient en grève, enfin, en arrêt maladie puisqu'ils n'ont pas le droit à la grève pour protester contre le fait qu'un de leurs collègues était, du coup, en détention provisoire pour les coups qu'il avait portés à Edi et dont il a été démontré depuis que c'était bien ça qui avait causé l'ablation d'une partie de son crâne.
Donc, comment est-ce que toi, tu as vécu ce mouvement de révolte dans les quartiers et qui, d'ailleurs, s'étendait un peu partout dans toute la France, y compris dans des petites villes, dans plein de départements différents, dans le Loiré, dans plein d'endroits et comment est-ce que tu vois la nécessité de changer pour qu'il n'y ait plus jamais de Naël parce qu'on sait que la France a malheureusement le record d'Europe du nombre de morts pour refus d'obtempérer comme ils disent. Ce ne sont pas toujours des refus d'obtempérer. Donc, comment est-ce que tu as vécu ça et comment est-ce que tu vois la suite sur cette question à ça ?
Nous, on l'a vécu de l'intérieur. Parce que quand il y a eu la mort de Naël, dès le premier soir, on était à Nanterre dans le quartier jusqu'à... tôt dans la matinée. Et en fait, dans un point... de l'intérieur, on voit beaucoup de souffrance. En fait, c'est de la souffrance qu'on voit, c'est de la colère à ce moment-là, qu'on voit, c'est de la peine, c'est de la tristesse. On avait des jeunes qui étaient là, qui couraient, qui allaient, mais qui pleuraient en même temps, mais qui pleuraient de rage et de haine. Et à ce moment-là, quand ils se lèvent et quand ils vont se faire ces révoltes, c'est que du courage. C'est du courage. On a en fait une... Ils sont courageux. Ils n'ont pas peur.
Ils sont courageux. Et en fait, quand ils se lèvent, ils ne se lèvent pas parce qu'ils veulent tout détruire. Ils se lèvent parce qu'en fait, ils veulent juste sauver dans le pays dans lequel ils vivent. Et parce qu'à ce moment-là, quand on tue Naël, en vérité, ils pensent à tous les autres qu'on a tués. Tous les autres, nous, on ressorte. Et c'est ça qui fait mal. Et c'est ça qui... Et quand tu les vois, c'est pas... C'est de la tristesse. C'est de la tristesse. C'est de la colère. C'est des larmes qui coulent. Et on voit qu'ils ont de la peine. On a tous de la peine. Mais malheureusement, en France, on a appris à cette jeunesse à ne pas aimer la France. On leur a appris à ne pas l'aimer.
On leur a appris dès l'école. On leur a appris au travail. On leur a appris dans les institutions. On leur a appris quand ils vont demander chercher du travail, un logement. On leur a appris à chaque moment de leur vie, même dans les démarches administratives, que tu ailles à la sécurité sociale, que tu ailles faire ta fiche d'imposition. Ce rejet est systématique. On leur apprend à ne pas les aimer. Et du jour au lendemain, quand cette jeunesse se lève parce qu'on nous tue et que ça va trop loin, on leur envoie comme s'ils étaient les méchants de l'histoire. Mais en fait, il faut remettre l'histoire dans le contexte.
Aujourd'hui, quand ils font ça, ils font ça pour pouvoir, en tout cas dire stop, pour voir qu'on arrête. Et quand on voit la répression qu'il y a pu y avoir, en fait, pour moi, je trouve que cette répression, quand elle a été faite et que tout le monde... Pour moi, il y a eu un abandon. Il y a eu un abandon. Les gens, ils ont regardé. On a regardé. On les a tous regardés à aller en prison. Quand je dis tous, je parle de manière générale. On les a laissés en prison. Personne n'était là dans les procès pour aller les aider. Les avocats, il y en a qui n'avaient pas d'avocats. On a des familles qui se sont retrouvées dehors, qui ont été expulsées parce que leurs enfants...
Là, on parle, c'est autant de la colonisation qu'il se passait ça où on sortait les gens de chez eux. On parle de Gaza où on va sortir les gens de chez eux. Ça se fait en France, ça se fait sous les yeux de tout le monde parce que des enfants, parce que des jeunes se sont levés parce qu'on a mis une balle à bout portant dans le cœur d'un autre gamin et parce qu'on s'est révoltés. Je trouve que la France les a laissés tomber, ne les a pas assez soutenus. Et c'est des gamins qu'on a retrouvés en prison. C'est des gamins où ce doigt va se pointer sur eux et que ce doigt va les faire entrer en prison. Ce doigt va orienter et mettre leur système, en tout cas, de vie pendant 10 et 15 ans.
Et pour enlever ce doigt-là, ça va être le parcours du combattant. Peut-être qu'il y en a qui sont encore en prison aujourd'hui, mais qu'est-ce qu'on en fait ? Aujourd'hui, on a le monde entier qui a été choqué parce qu'on a tué un enfant à bout portant d'une balle dans le cœur. Tout le monde est sorti dans la rue. Il y a eu des révoltes. Et s'il n'y avait pas eu des révoltes, la mort de Naël serait restée dans le silence. Et ça, c'est une réalité. Personne n'aurait rien dit du tout. Et quand ces jeunes-là vont en prison et qu'ils prennent des peines assez lourdes, on ne voit pas. Je n'ai pas vu d'indignation au niveau dans lequel ça devrait être. Je n'ai pas vu des personnes se mobiliser.
Et effectivement, on peut se voir ici, on peut se revoir l'année prochaine, on peut se revoir 10 fois dans l'année, mais si on ne se mobilise pas, si on ne va pas ensemble, main dans la main, on ne peut pas y arriver tout seul. En fait, ce racisme systémique, pour qu'on puisse l'éradiquer, on doit demander à ce qu'il soit exhorté tous ensemble. Et pour le demander à ce qu'il soit exhorté auprès de la France, ce n'est pas que moi qui dois le demander aux générations leaders ou certains, c'est tout le monde. Quand il y a ces enfants ou ces familles qui se retrouvent dehors parce que des jeunes se sont levés parce qu'on a tué quelqu'un, moi, je trouve qu'il y a eu...
Je trouve qu'on n'a pas été à la hauteur de ce qu'on aurait pu faire. On a même eu des gens qui ont critiqué, qui ont dit que... Mais quand on a la France qui renvoie systématiquement à cette jeunesse et on leur apprend à ne pas aimer la France, pourquoi ces gens-là ne se lèvent pas tout de suite, se mobilisent en disant stop, il faut arrêter les traités ? Quand on a... Aujourd'hui, on a une génération, on peut partir sur première et deuxième génération. Aujourd'hui, on va faire plus attention à l'enfant à l'école.
Mais à l'époque, quand on avait des enfants qui étaient sourds, des enfants qui ne voyaient pas bien, des enfants qui étaient hyperactifs, des enfants qui étaient dyslexiques, c'est des enfants où on disait que c'était des enfants qui étaient turbulents ou des enfants qui ne dormaient pas chez eux ou des enfants dont les parents ne s'occupaient pas. Alors ces enfants avaient juste soit un handicap, soit une maladie. C'était des enfants qui étaient mis de côté, c'est des enfants qui subissaient des brimades, c'est des enfants qui subissaient des frustrations, c'est des enfants qui sortaient du système scolaire parce qu'ils n'arrivaient pas à se suivre.
Et c'est des enfants qu'on retrouvait soit dans les CER, soit dans la rue, soit dans des groupes dans lesquels on dit mais pourquoi ils sont dedans ? Mais en fait, ils allaient juste dans les endroits où ils trouvaient des places. Aujourd'hui, ces jeunes-là, ce n'est pas qui voulaient, ce n'est pas des jeunes-là, ce n'est pas ces jeunes-là qui voulaient... Je vais juste répondre à une dame qui me dit qu'elle n'est pas d'accord avec moi.
C'est encore le cas.
Ah, c'est encore le cas, oui, mais moins qu'avant. Aujourd'hui, on pose des mots. Avant, on ne posait pas des mots. Moi, par exemple, j'ai appris à 25 ans, à mon frère quand il avait 25 ans, Guy, quand il était dans ses 5 ans de prison, que c'était un grand dyslexique. Quand mon frère... Eh bien, tout de suite, je m'en suis même voulu, mais j'avais que 14 ans. Je me suis dit « Waouh, je n'ai pas pu sauver mon frère. » En fait, mon frère, c'est le seul de chez nous qui est sorti de l'école très rapidement, qui a eu un décrochant scolaire très rapidement, qui a été dans des CER très rapidement, qui a été mis... En tout cas, on l'a envoyé au Mali. Après, il est parti en prison.
Mais en fait, mon frère a grandi avec cet handicap. Et je m'en veux parce qu'on ne l'a pas aidé, parce qu'on n'a pas pu l'aider, on n'a pas pu l'accompagner. Et aujourd'hui, c'est un grand dyslexique. Et à l'âge de 32 ans, pour pouvoir accompagner un dyslexique, on peut le faire. Mais ça veut dire que toute cette génération, c'est une génération qui a été gâchée, qui a été touchée par le racisme systémique.
Bon, et je rappelle qu'évidemment, en plus de réformer la police de la cave au Grenier, nous, à la France Insoumise, nous continuons de dire que nous abrogerons la loi Cazeneuve permis de tuer, qui a fait exploser le nombre de morts pour refus d'obtempérer. Une dernière question avant de vous laisser la parole. Une dernière question à ça, quand même, sur la Palestine. Tout à l'heure, tu as brièvement évoqué Gaza. Tu as été très présente avec le mouvement pour Adama, justice pour Adama, mais aussi le mouvement antiraciste français dans son ensemble, dans les mobilisations de soutien au peuple palestinien. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi c'est important pour toi ?
Quelle est la place, justement, de la cause palestinienne dans le militantisme antiraciste en France ?
Que ce soit au Congo, que ce soit en Palestine, en fait, on doit tous se poser la question, c'est comment, dans un monde, sur notre terre, des enfants peuvent mourir parce que des hommes se battent des terres ? Comment des enfants peuvent mourir parce qu'ils se trouvent dans le mauvais pays ? Comment des enfants peuvent mourir parce que des gens ont décidé qu'ils allaient avoir cette terre-là ? Ça se passe, c'est réel. En fait, je me dis que ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible de dire aujourd'hui, si on meurt, si on vit, si on est dans le mauvais pays, ta vie va prendre un parcours qui sera complètement prédéfini, que tu peux mourir.
On ne peut pas vivre aujourd'hui dans un monde où des femmes et des Palestiniens qui sont des femmes et qui sont des hommes, qui sont des gens qui vont dans la rue pour jouer, pour travailler, pour aller faire des courses, pour aller voir leur famille, se font bombarder, se font tuer. On ne peut pas banaliser cette mort-là. On ne peut pas banaliser ces mort-là, on ne peut pas les normaliser. Ça ne peut pas devenir un quotidien dans nos vies et qu'on fasse comme si de rien n'était et qu'on passe outre. Donc, bien évidemment, on est obligé de le dénoncer. On est obligé parce que déjà, on n'est pas un peuple de victimes.
Et si on ne le dénonce pas, c'est que nous sommes un peuple de victimes et je ne me mettrai jamais dans un rand de peuples de victimes. Donc, il faut continuer à dénoncer et que ce soit pour la Palestine, pour le Soudan, pour les Ouïghours, pour le Congo, chacun dans son niveau. Comme je dis, on ne peut pas être tous au même endroit, on ne peut pas tous être partout, mais si on arrive à être chacun au bon endroit et à la bonne place pour certaines causes, on peut changer beaucoup de choses. Certains seront pour la Palestine, certains pour le Congo, il y en a pour les Ouïghours, il y en a pour le Soudan, il y en a pour autre chose, il y en a, ça sera...
Mais aujourd'hui, on ne peut pas vivre, nous, dans un pays et se dire que des gens sont nés dans un pays, dans le mauvais pays et rester spectateurs parce qu'ils sont nés dans le mauvais pays, parce que des autres hommes se battent pour des terres et que nous, on ne fasse rien. On, bien évidemment, et je pense qu'on l'a assez prouvé, que le peuple français n'est pas un peuple de victimes et qu'on continuera à soutenir jusqu'au bout.
Merci infiniment à ça. Et comme je le rappelais tout à l'heure dans la conférence qu'on a organisée notamment avec Salah Amoury et d'autres sur la question de la colonisation, de la situation à Gaza, comme je le rappelais tout à l'heure, eh bien, ce n'est pas seulement le nouveau front populaire qui a gagné les élections législatives le 7 juillet, c'est aussi la revendication qui est écrite noir sur blanc dans le programme, aux côtés du cessez-le-feu, aux côtés de l'embargo sur les armes, de la reconnaissance immédiate de l'État de Palestine par la France pour lequel le peuple a majoritairement voté.
Je vais faire passer les micros pour poser des questions, essayer de ne pas être trop long dans vos questions si c'est possible pour qu'on puisse faire en sorte d'en avoir le maximum possible. On va en prendre plusieurs à la suite. Et puis, si on peut alterner femmes-hommes, ça serait merveilleux. Merci beaucoup. Bonjour.
Bonjour. Moi, c'est une question qui s'adresse aux deux, Assa et Dania. Vous avez parlé de travailler sur les questions mentales dans le cadre de la fondation. Et moi, je voulais connaître un petit peu votre contenu. Si vous partiez aussi de l'histoire, et je prends un exemple qui me parle beaucoup. François Manon, quand il arrive à Lyon, il commence ses études et il rencontre des gens qui sont malades et ils sont d'origine algérienne dans le quartier de 3e arrondissement. Et ses collègues médecins psychiatres lui disent c'est le syndrome nord-africain. Mais eux, ils étaient abîmés par le bâtiment, ils étaient abîmés par l'usine. Et donc, François Manon, à un moment donné, il sait tout.
Enfin, je veux dire, pour lui, pour un futur médecin psychiatre, il dit non, parce que leur corps est en souffrance. Et c'est ça qui fait qu'à un moment donné, dans son histoire, il se retrouve dans cette révolution algérienne et il devient ce qu'il est, enfin, ce qu'il sera, François Manon. Est-ce que vous travaillez aussi sur cette question historique concernant une référence comme François Manon ?
Moi, j'aimerais savoir à qui s'adresse la formation pour des leaders et si c'est pour toute la France ou qu'est-ce qu'il faut faire pour être sélectionné et puis faire partie de ces cours, profiter de ces cours,
d'être formation ?
Bonjour. Moi, j'aimerais poser une question. En fait, depuis qu'on est enfant dans nos quartiers, nos mamans nous répètent quand on va sortir, fais attention, la police, elle va pouvoir te tuer. Moi, je veux revoir mon enfant quand il va rentrer. Comment ça se fait qu'en 2024, des mamans aient encore besoin de demander ça ? Comment ça se fait que, alors que la loi est censée nous protéger, que les procureurs sont censés prouver que la personne accusée est coupable ? Comment ça se fait que ce soit à nous de prouver que nous sommes innocents ? Il y a un double standard dans nos lois.
Nous, les Noirs et les Arabes, on est là à nous demander de voter, à nous sortir des quartiers quand il y a besoin de combattre le FN. Par contre, on est encore là à nous pointer du doigt quand on n'a rien fait et à nous demander de prouver notre innocence. Comment ça se fait qu'en 2024, quand il y a des problèmes comme ça sur la table, notamment avec tous les problèmes qu'on a pu évoquer jusqu'à présent, qu'il y ait encore des regards suspicieux parce qu'au juste, on est en train de marcher dans la rue ? Et surtout, comment ça se fait qu'on nous pose encore la question pourquoi est-ce que vous ne vous sentez pas français ?
Comment ça se fait, et je vais vraiment finir là-dessus, que quand on évoque ce problème, on se dit qu'il faut des lois mais en fait, il n'y a aucune loi qui leur permet de nous tuer. Il n'y a aucune loi qui nous permet de leur abaisser. Il n'y a aucune loi qui leur permet de fouiller nos parties génitales alors que c'est des policiers municipaux. Pourquoi est-ce que c'est encore à nous de prouver qu'ils ont fauté ? Pourquoi c'est encore à nous de prouver que nous n'avons rien fait ? Et pourquoi il n'y a aucun dispositif pour les contrôler ? Parce qu'en fait, on parle de lois, de mettre des nouvelles lois en place mais les lois, elles sont déjà là.
Par contre, les dispositifs de contrôle, ils n'ont nulle part.
Bonjour. Moi, j'ai une petite question en fait. C'est par exemple, comment réagir justement face à ce racisme ? Parce que, en fait, moi, j'ai un quartier qui est en rénovation et du coup, de temps en temps, on a des permanences de notre adjointe. Et quand on a une adjointe à la cohésion sociale en discutant avec elle qui me répond « Mais moi, je comprends, les gens, quand ils pètent un câble, ils prennent un fusil et ils tirent sur ces jeunes. » Comment on lui répond ? Il y a cette chose-là, d'accord, mais ça, c'était en privé. Et il y a une autre chose aussi.
Quand on remet en question en fait, comme si on était sale, comme si les Noirs, les Arabes aussi étaient sales et qu'on fasse des articles sur nous en dénonçant justement nos manquements alors que ce n'était pas forcément le cas, alors qu'ils ne s'organisaient pas pour gérer justement la gestion des déchets parce qu'ils faisaient des économies et que l'argent n'est pas réinjecté dans notre ville. Comment on fait justement pour ne pas agir négativement et pour encore avoir la force et de ne pas tout laisser tomber face à ça ? Une dernière question avant les salves de réponses. Une dernière question, une dernière question, un homme de renonceur. Une dernière question. Deux secondes, j'arrive.
Ne vous fâchez pas, j'arrive. Pour la dame, pour la dame, pour la dame.
Bonsoir. Déjà, je voudrais dire tout mon soutien à Satraoré. Malheureusement, moi aussi, je connais la perte d'un petit frère et le combat dans l'enquête contre la police, c'est vraiment compliqué. Je vais essayer d'être synthétique. Je voulais étendre le sujet par rapport à la discrimination dans le domaine médical, le syndrome méditerranéen. C'est-à-dire que moi, par exemple, j'ai un de mes cousins qui a eu une opération et il était en train de se vider de son sang littéralement. On appelle le médecin pour lui dire « Mais en fait, il se vide de son sang » et le médecin lui dit « Vous reviendrez à 18h » sauf qu'il était 9h du matin et on n'allait pas laisser mon cousin se vider de son sang.
Et c'est aussi beaucoup d'enquêtes et d'aidements journalistiques qui ont révélé qu'il y a beaucoup de personnes racisées qui ont été confrontées à des appels aux hôpitaux qui ont été refusés. Et pas plus tard qu'il y a 3 ou 4 mois, une petite fille de 10 ans elle se plaignait de douleur et elle est morte parce que les pompiers ont dit qu'elle faisait semblant. Voilà, c'est ça ma question.
Vous pouvez répondre ? Vous pouvez répondre
et après on fait une deuxième salle de questions. Alors, comme toi c'est la dernière question après on va me donner les questions pour te répondre à cette question. On va faire une salle après. Pour revenir, je l'ai dit tout à l'heure déjà sur la mort d'Adama Traoré où 7 ans après on reconnaît la mort d'Adama que les gendarmes sont bien responsables mais on va mettre en avant son corps. On va dire qu'Adama Traoré était grand et costaud donc les gendarmes ont dû user de la force. Ça veut dire que quand c'est des corps de couleur ça a forcément mais en fait c'est pas quelque chose qui sort de nulle part.
C'est quelque chose qui sort de l'histoire de la colonisation depuis toujours où le rapport au corps il est très violent. Par exemple l'histoire de la pièce d'identité en France le premier document officiel il est fait pour les esclaves noirs et quand un esclave noir sortait dans la rue s'il n'avait pas sa pièce d'identité on pouvait la battre on pouvait toucher à son corps et aujourd'hui on est encore en 2024 où ce rapport il arrive. Là je vais te parler d'une expérience personnelle que moi j'ai eue.
je vais en Côte d'Ivoire il y a trois ans j'aime beaucoup la Côte d'Ivoire donc j'allais j'y suis allé en Côte d'Ivoire et le jour où je suis rentrée je me sentais pas bien je me sentais pas bien on sortait du Covid je crois que c'était en 2021 quand je pars en Côte d'Ivoire je me sens pas bien je sens plus mes membres je demande à mes enfants de me masser et j'arrive dans l'avion je m'allonge tout de suite et quand on arrive en France on va tout de suite à l'hôpital du Kremlin Bicep on reste toute la journée et j'étais avec donc ma copine avec qui j'étais et nos enfants elle se sentait pas très bien aussi donc ils nous font aussi des prélèvements d'urine et ils disent à ma copine c'est pas à moi ils disent mais vous êtes partie faire quoi en Côte d'Ivoire en fait ils sous-entendaient qu'on était partie se prostituer et elle dit mais qu'est-ce que vous racontez elle dit ouais mais c'est bizarre vos urines sanguins sont presque les mêmes elle dit mais vous voyez pas qu'elle est pas bien et qu'elle est en train de monter ils disent de toute façon vous avez pas le palud vous avez rien rentrez chez vous donc je reste peut-être 12h à l'hôpital je rentre chez moi mais je me sens pas bien j'appelle mon ami Mame Siafa qui lui lutte contre le palud je lui dis écoute Mame je rentre de la Côte d'Ivoire je me sens pas bien ma température elle fait que d'augmenter on a été à la salle pétrière c'est fermé le service infectiologie il appelle le professeur et il dit écoutez j'ai une amie qui sort de Côte d'Ivoire elle sent pas bien sa température fait que d'augmenter exceptionnellement parce que c'est son ami donc il me prend j'arrive j'étais à 40 42 43 et là ils pensaient que je faisais une mélingite ils essaient de me piquer je suis pas de mélingite et là le médecin il dit stop on arrête tout de suite il y a quelque chose qu'on n'a pas fait qu'on aurait dû faire en premier déjà il dit Madame vous avez aucune infection runaire donc ce que Kremlin avait dit avant et ils disent peut-être que vous avez la dengue ou chikungunya ou je ne sais pas quoi on envoie à Avicenne et le lendemain il s'avère que j'avais la dengue ça veut dire que si j'étais restée sur la première version de l'hôpital Kremlin Bicep on était parti se prostituer en Côte d'Ivoire et qu'en fait qu'on avait rien du tout qu'on avait juste chopé une maladie là-bas donc rentrer chez vous je serais peut-être rentrer chez moi sauf que la dengue est une maladie qui bouffe les organes et comme je n'ai pas lâché moi je suis parti on m'a pris en charge mais voilà ça c'est le rapport en tout cas qu'on a au corps et qu'il ne faut surtout pas se laisser faire ça c'est un problème qui est réel en France mais ce problème il ne pourra pas se rétablir tant qu'on n'aura pas une reconnaissance dans l'histoire de la colonisation et de ce qu'ils ont pu faire sur les corps humains et tant qu'ils ne reconnaîtront pas quand on dit les arabes à la scène ce n'est pas un mythe c'est une vraie histoire et tant qu'on ne reconnaîtra pas officiellement tous les sévismes et tout ce qu'on a fait subir sur des corps on va continuer à subir ça parce que pour eux c'est normal c'est comme dans le racisme et dans la discrimination c'est comme quand je disais la France n'évolue pas en même temps que sa population quand elle n'évolue pas en même temps que sa population ça aussi ça en fait partie parce qu'un État est obligé d'évoluer et de se construire en même temps que sa population aujourd'hui on est encore dans une phase où cette histoire de la colonisation de l'esclavagisme et tous les sévices qu'on a fait subir sur des corps humains ne sont pas reconnus de manière officielle regardez dans l'histoire qu'on nous raconte les histoires des Amérindians n'est pas partie de notre histoire on n'en parle pas mais parce qu'on a fait subir une extermination d'une population et on n'en parle pas et tant qu'on n'aura pas assumé tout ça on continuera à subir en tout cas ces violences là et tout ça après je ne sais plus c'est quoi les autres questions alors pour répondre à la question sur la santé mentale en France on a un très très gros retard sur la prise en charge la santé mentale et la réparation parce qu'on n'a pas de statut de victime donc déjà on se bat pour que notre statut de victime soit reconnu alors que pour que la santé mentale pour que les réparations soient prises en compte il faut d'abord qu'on arrive à reconnaître la place de victime ça veut dire ce qui est assez avancé soit au Canada ou en France n'est pas du tout en France là on va bientôt préparer une conférence sur ça mais aujourd'hui on est très très loin de ça on a les familles qui subissent des violences du racisme c'est des personnes qui restent avec un état un état mental et une santé mentale à ce niveau là ce que vous disiez sur France Fanon bien évidemment encore une fois on ne peut pas construire on ne peut pas avancer si on ne va pas sur l'histoire et sur ce qui a été dit et sur ce qui a été fait avant et il faut que ce soit reconnu de manière officielle donc déjà on est déjà dans la reconnaissance d'un statut de victime ce qui est très difficile en France les victimes sont souvent les forces de l'ordre on renverse toujours la situation donc aujourd'hui on se bat pour ça et bien évidemment la santé mentale arrive avec ensuite
comment réagir
par rapport à ce que vous disiez madame sur les phrases sur c'est normal qu'on tue il faut dire à cette personne il ne faut pas avoir peur des mots quand je le disais tout à l'heure il faut dire à cette personne qu'elle est raciste il ne faut pas vous éluder il ne faut pas voilà il faut dire à cette personne en fait votre racisme il se définit ce qu'on est dans un pays en France où il n'y a pas que des noirs et des arabes et que le radio ne se font pas que par des noirs et des arabes et des quartiers populaires comme le refus de tempérer mais ça veut dire qu'on ne tue pas les autres pourquoi le choix de pouvoir les tuer eux serait beaucoup légitime aujourd'hui moi quand on grandit à la campagne il y a beaucoup de personnes blanches quand on dit des noirs et des arabes on parle aussi des personnes des gens du voyage des personnes asiatiques ça regroupe vraiment toutes les personnes ici d'ailleurs comme ils le disent mais en fait quand c'est orienté et que c'est choisi on vit dans un pays où il n'y a pas que des noirs et des arabes c'est à dire que les rodéos se font aussi par d'autres personnes et on ne vient pas mettre une balle dans la tête à une personne blanche parce qu'elle a fait un rodéo on ne vient pas mettre une balle dans le dos à une personne blanche parce qu'elle a fait un refus d'obtempérer on ne vient pas porter le poids de trois corps on ne fait pas un plaquage ventral à une personne blanche parce qu'elle n'a pas sa pièce d'identité donc il faut juste dire à cette personne et en fait ça ça va lui faire beaucoup beaucoup de mal parce qu'elle pense qu'elle est dans un rôle de sauveuse et de paternalisme mais qu'elle est raciste alors la question pourquoi on ne se sent pas français en fait ils ont été très très très forts dans la construction de l'histoire de France ils ont été très très très très très très forts ça veut dire qu'ils ont ils pensent 50 ans 20 ans avant ça veut dire qu'on est dans la construction de la France dans la construction de la France on s'est battu aujourd'hui il faut bien regarder qu'on a quand même omis plusieurs déjà on va parler des Amérindiens qui n'existent même pas dans l'histoire de la France parce qu'ils ont quand même eu un rôle quand Christophe Colomb part ça ne sort pas de nulle part ça on ne parle pas de cette extermination donc ça ça ne fait plus partie de la frise chronologique quand on parle de l'histoire de l'esclavagisme ça en fait partie mais un tout petit peu donc c'est pas assumé aussi quand on parle de la guerre 39-45 des tirailleurs africains qui sont venus qu'on les efface de l'histoire en fait c'est très simple pourquoi on ne se sent pas français moi mes grands-parents ils ont fait la guerre 39-45 un de mes grands-parents il y en a qui s'appelait Mara Traoré il y en a qui s'appelait Bagui Traoré Bagui Traoré est mort à Marseille pendant la guerre 39-45 Mara Traoré qui est le il est reparti avec une jambe en moins au Mali eux ils ne font pas partie de l'histoire de la France mais si pourquoi quand ces colons vont s'asseoir pourquoi on les enlève de l'histoire de la France ben si on ne les avait pas retirés de l'histoire de la France on leur avait donné leur statut de soldat ils auraient été considérés comme des héros ben moi aujourd'hui je ne serais pas Assa Traoré je serais la petite fille d'un héros et on ne tue pas les enfants de héros on n'aurait pas tué Adama Traoré ça veut dire que si ils avaient mis dans l'histoire de France ils avaient mis dans la construction de France dans la chronologie de France le rôle de chacun est attribué on serait tous des petits enfants de héros et on n'aurait jamais tué le petit enfant de héros on n'aurait jamais tué Adama Traoré on n'aurait jamais tué Naël on n'aurait jamais mis une balle dans la tête de Rayana on n'aurait jamais tué les frères Kamara on n'aurait jamais tué Gaï Kamara on n'aurait jamais tué ces personnes là parce qu'un héros est quelque chose de fort est quelque chose de puissant qui représente on le voit lors des commémorations aujourd'hui ils le font maintenant mais on le voit lors des commémorations pour ceux qui ne sont pas là on dit le fils de tel héros le petit fils de tel lieutenant de tel héros on en prend soin on le valorise mais si on dit si tous ces petits railleurs là toutes ces personnes là qui ont combattu pour l'histoire de la France même avant ça si on leur donne un statut héroïque donc leurs enfants prendront du pouvoir en France et sur les colonies que nous avons prises ils seront forcément considérés comme des enfants de héros donc oui pourquoi on ne se sent pas français parce que déjà ceux qui étaient avant nous on ne les a pas sentis comme des français on les a enlevés de l'histoire donc on va renverser l'histoire et en fait de dire et c'est de dire moi quand je leur dis je me dis vous savez à qui vous parlez vous parlez à la petite fille de héros qui ont fait la guerre pour la France je dis mais est-ce que tu sais à qui tu parles j'ai dit tu ne m'arrives même pas à la cheville ça veut dire que même un propos raciste ne m'attends même pas et en fait c'est comme ça qu'il faut leur répondre et moi quand on fait des tournées de quartier parce qu'on va dans les tournées de quartier et je dis aux enfants à ces jeunes-là mais est-ce que vous savez comment vous êtes arrivés comment vos familles sont arrivées en France c'est quoi votre histoire c'est quoi votre nom de famille parce que pour ça pour te sentir ce que tu as envie d'être il faut que tu te connaisses ton histoire par exemple je leur dis Traoré ça veut dire guerrier et je leur dis je suis descendante d'une famille de guerriers moi et je sais en fait quand quelqu'un vient me parler ça ne m'atteint pas parce que je connais ma place je connais ma valeur je sais d'où je viens et ça c'est cette restitution-là qu'il faut refaire et c'est de reconstruire à l'envers notre identité et notre place et bien quand tu vas rechercher quand tu sais que tu as un oncle une tante quelqu'un qui a participé à un combat à la construction de la France tu te rends compte que tu fais partie d'une lignée d'une famille de héros ça change la construction de quelqu'un il faut commencer par là
juste sur l'intervention que tu avais faite tout à l'heure pour continuer un peu et je crois que ici tout le monde partage la colère dont tu parlais en pointant en 2024 à quel point tu as raison il n'y a aucune loi qui permet de légitimer de tuer quelqu'un dans ce pays mais quand même sur un point que tu as dit qui me paraît important à un moment tu as dit les lois existent et tu parlais du contrôle alors le contrôle 100% d'accord parce qu'une loi c'est un bout de papier si derrière il n'y a pas des moyens pour les faire contrôler si derrière il n'y a pas de sanctions et qu'il y a une impunité policière et c'est pourquoi nous par exemple on se bat sur la réforme de l'IGGN l'IGPN pour avoir des institutions indépendantes qui puissent contrôler l'action de la police et des gendarmes et qui ne soient pas composées de policiers et de gendarmes et qu'il y ait des citoyens des associations des chercheurs bon ça c'est un point très important mais quand même je vous alerte quand même sur le fait que combattre pour la loi ce n'est pas inutile pourquoi ?
parce que sinon c'est la police qui fait sa loi tout à l'heure en discutant avec Assa juste avant de faire cet échange avec vous on se rappelait que Castaner qui est l'éborgneur des gilets jaunes etc etc mais n'empêche que Castaner juste quand il a commencé juste à évoquer peut-être le fait qu'il fallait interdire des pratiques notamment le plaquage ventral responsable de la mort d'Adama et d'autres qu'il fallait interdire certaines pratiques létales et bien il a directement été dégagé de sa fonction de ministre de l'intérieur si vous ne comprenez pas qu'aujourd'hui vous avez des corps policiers qui en fait font leur propre loi justement parce qu'il n'y a pas de règle commune qu'on s'est donné pour dire dans notre pays la police ne fera pas ça dans notre pays la police aura interdiction d'avoir des armes qui tuent en manifestation dans notre pays la police aura interdiction de faire du plaquage ventral dans notre pays on va faire le récipicé du contrôle au faciès parce que quand on contrôle quelqu'un il faut avoir une raison objective et on veut qu'on nous la donne la raison pas juste la couleur de peau pas juste qu'il avait l'air je ne sais quoi alors ça ne réglera pas tout mais il n'empêche que sinon on ne comprend pas pourquoi est-ce que par exemple suite aux révoltes des quartiers populaires pour Naël dont tu as très bien dit tout à l'heure que c'était des jeunes gens qui comprenaient très bien que s'il n'y avait pas une expression de colère parce que ça aurait pu être chacun d'entre eux et bien ce système continuait et bien si on ne comprend pas pourquoi par exemple il n'y a aucune réaction à deux syndicats de police majoritaires qui disent dans un communier qu'ils rentrent en guerre contre des nuisibles en parlant des jeunes des quartiers populaires qu'il n'y a même pas ce n'est même pas aucune réaction mais des réactions de soutien des pouvoirs politiques lorsque les policiers qui se mettent en arrêt maladie pour défendre leur collègue qui a défiguré Edi et qu'on les soutient derrière alors qu'ils n'ont pas le droit de faire ça donc en fait faire la loi abroger la loi Cazeneuve la loi d'Ama Traoré dont je parlais tout à l'heure sur l'interdiction de méthode qui tue revenir à des codes de déontologie de la police comme en 1986 où vous aviez le préfet Grimaud de l'époque le préfet de Paris qui disait et c'était un code de déontologie qui était très strict pour les policiers qui disait à l'époque un policier qui tape un homme à terre est un policier qui se déshonore et bien ça si on arrive à faire avancer ces règles là changer le code de déontologie mettre des lois et bien ce n'est plus la police et l'impunité policière qui feront foi mais ça sera bien la police qui devra être au service du peuple parce que normalement la police doit être un corps républicain et en république on doit respecter l'égale dignité des êtres humains et l'égalité des êtres entre eux
on fait on fait deux trois questions et après on va devoir libérer le
oui pour participer j'ai pas ce pouvoir là c'est Émilie qui fait les recrutements alors sur la page Instagram génération leader donc là je pense qu'en septembre ils vont mettre l'inscription alors les inscriptions en tout cas elles peuvent se faire voilà ça peut être un CV une lettre il y en a ils font une lettre il y en a ils font une vidéo les gens se présentent de manière comme ils veulent c'est Émilie qui fait le premier recrutement et nous on fait la deuxième phase de recrutement
non c'est réservé à tout le monde génération leader on fait juste deux trois questions après on évoque l'attente parce qu'il y a une conférence après
bonjour juste pour répondre à votre question on tient à ce que cette formation soit gratuite parce que si on dit qu'on accompagne et qu'on veut qu'on donc on cherche en tout cas des financements d'ailleurs pour qu'on continue à ce que cette formation ne soit pas payante et qu'elle soit gratuite
bonjour déjà je voulais vous remercier parce que vous avez vous avez dit juste avant que les gens des quartiers ne sont pas forcément des gens racisés je pense que c'est important de le dire parce que à la fois dans l'inconscient des policiers ou dans l'inconscient des gens qui valident l'action des policiers on est persuadé que lorsqu'on intervient dans les quartiers on intervient contre des gens qui sont issus de l'immigration ou contre des musulmans et forcément ça passe toujours bien je pense que dire que dans les quartiers il n'y a pas que des gens de couleur je crois que c'est important dans un deuxième temps on parle de racisme et j'aurais aimé aussi qu'on parle de racisme au sein de la politique puisqu'on est entre nous et je pense qu'on peut se dire les choses la promesse républicaine c'est de permettre à n'importe qui d'accéder à n'importe quelle responsabilité or on se rend compte que lorsque vous avez des gens qui sont issus de l'immigration ou qui sont des musulmans d'apparence ou je ne sais même pas comment les qualifier ces gens-là essaient de pousser l'engagement politique et bien ou on leur dit que ce n'est pas possible parce qu'on ne peut pas voter pour des gens de couleur ou des gens avec une origine ou une religion supposée parce qu'en France on vote beaucoup au Rassemblement National ou alors on leur dit on les suspecte d'entrises mais sont des sont des qualificatifs ou des accusations dont on ne peut même pas se défendre alors j'aurais aimé savoir quelle était la position de la France Insoumise sur la question j'aurais aimé savoir quel était le combat que pouvait mener le comité de Traoré sur cette question-là et voilà je voulais finir par cette petite citation et je ne vais pas citer des grands auteurs en tout cas un grand auteur pour moi qui disait je veux devenir ce que j'aurais dû être et je crois que c'est c'est une des volontés des personnes qui me ressemblent un peu et qui veulent aller jusqu'au bout des choses et obliger la promesse républicaine on veut devenir ce qu'on aurait dû être alors est-ce qu'il est possible de devenir ce que l'on aurait dû être
je laisserai Mathilde répondre plus profondément dans la question mais en tout cas notre rôle c'est que comme je l'ai dit dès le début si aujourd'hui je suis là moi je marche seulement avec ceux qui nous assument mais le travail doit être encore beaucoup plus renforcé et que les personnes des quartiers doivent faire partie encore de plus en plus des partis politiques des gouvernements et des rôles à décision des rôles de pouvoir et on l'a vu il y en a qui ont on l'a vu sur les dernières députations mais il faut que ce soit encore beaucoup plus renforcé et beaucoup plus fort et pour répondre au monsieur qu'on ne soit pas juste des garants et des cautions de personnes qui viennent voter parce qu'aujourd'hui la démocratie c'est pas ça la démocratie c'est d'être de faire des choix libres et d'être libre d'aller où on veut on espère en tout cas que la France insoumise continuera dans ce sens là mais encore plus fort et qu'il y en aura encore plus les prochaines fois
je te donne la parole juste après excuse nous du coup mais juste pour répondre à cette question parce que c'est une question très très importante c'est une question très importante dont je dirais que aujourd'hui la France insoumise n'est pas encore au niveau où elle devrait être mais la France insoumise progresse sur ces questions là de manière très forte et je le dis d'autant plus que quand on regarde la représentativité de l'Assemblée nationale aujourd'hui c'est une catastrophe sur beaucoup des aspects et donc le fait d'avoir en tout cas nous dans mon groupe parlementaire à la France insoumise des gens qui viennent de quartiers populaires tout à l'heure Ali il est plus là parce que ça serait intéressant qu'il soit là il est où ?
Voilà qui vient d'être élu député bon par exemple pour nous c'est une fierté que Ali soit député du groupe parlementaire peut-être Ali tu veux dire un petit mot là dessus
alors Mathilde a dit quelque chose de très fort elle a dit c'est une fierté que Ali fasse du groupe parlementaire nous on va se battre pour que des Ali ça devienne une normalité
bonsoir j'allais dire je suis ému mais non en fait je plaisante merci merci beaucoup merci pour votre accueil merci Mathilde merci Assa merci Dalia génération leader LFI Sun Sun Yoker Sergi au coeur peut-être le frère de Sergi merci tout le monde je ne sais pas quoi vous dire si ce n'est que je suis très heureux d'être là pour moi c'est la première fois j'espère revenir encore encore et encore avec beaucoup d'autres mondes des gens des quartiers populaires puisque hier on parlait beaucoup de d'éducation populaire je pense que la place des quartiers populaires est ici à Valence et ailleurs on se doit d'être présent on se doit de reprendre la main sans mauvais ordre avec Fabien Roussel parce que c'est pas trop mon truc mais c'est pas très grave mais en tout cas on se doit de reprendre la main en tout cas moi je suis très heureux très heureux d'être nouvellement élu député et je remercie également la France Insoumise puisque sans eux ça aurait été un peu plus compliqué puisqu'en 2022 j'ai été candidat on a réussi un bon score mais voilà rester candidat toujours en indépendant du coup on reste un peu à la marge des lieux où les choses se décident donc merci à eux d'avoir fait la passe décisive on va dire et puis on va continuer j'espère qu'il y en aura beaucoup d'autres des comme moi des Ali des Abdoulaye des Fatoumata des Kajidja des Fatima des Clément des Jérôme et plein de personnes qui vivent aussi dans nos quartiers populaires qui ne sont pas forcément racisés mais qui ont les mêmes difficultés sociales que tout le monde rencontre il faut bien avoir ça en tête puisqu'il n'y a pas de frontières par rapport à ça et j'espère qu'on pourra apporter très haut les combats contre le racisme contre l'islamophobie contre la négrophobie contre l'arabophobie contre tous les mots en i à la fin et en is donc battons-nous et puis merci encore et je vous redonne la parole et je vais rejoindre mes camarades on avait une bonne discussion franche merci
merci Ali et juste dire que donc je disais évidemment il faut continuer de progresser et que t'as raison qu'il va falloir que ça devienne de plus en plus normalisé si on peut le dire comme ça et qu'il y ait des représentants du peuple qui soient justement à l'image du peuple et je voulais saluer bon il y a comme j'avais vu Ali je vais parler d'Ali mais il y en a beaucoup d'autres qui sont aussi Abdelkader Idir Carlos beaucoup d'autres qui sont issus des quartiers populaires et qui sont des acteurs des quartiers populaires et qui ont ici été élus avec cette expertise alors il y a juste une question qui était juste là
on prend juste une dernière question après on va devoir évacuer l'attente merci à vous
merci déjà pour cette conférence
qui était très intéressante et vraiment instructive tu as parlé du collectif Adama parce que tu milites et que c'était ton combat d'abord mais tu as aussi parlé des solidarités et du lien que vous avez avec les autres victimes de violences policières et je voulais que tu puisses revenir sur la manière dont vous travaillez en collectif avec d'autres victimes de violences policières et de quelle manière vous travaillez ensemble en commun
moi ce qui est important dans le soutien en tout cas des familles de victimes c'est qu'ils soient leurs propres porte-parole et qu'ils aient surtout pas peur de parler parce que c'est important qu'on mette une image un visage sur la famille de victimes parce que des combats il y en a tellement qu'on passe vite on passe vite à un autre combat et c'est de dire que comment les accompagner à prendre la parole à ce qu'ils aient pas peur à prendre le bon chemin rapidement comment organiser les premières manifestations les conseillers sur les avocats ce qu'il faut faire sur les autopsies ça c'est vraiment le premier conseil mais vraiment qu'il soit vraiment le porte-parole nous on vient à côté mais on peut pas en fait ce qui est important c'est qu'on peut pas être le porte-parole de tout le monde partout à chaque moment et c'est de dire comment on les aide en tout cas à ce qu'un membre de la famille devienne en tout cas le leader de ça et comment il peut comment en parler et pas se faire voler la parole pour pas qu'il y ait de récupération politique aussi tous ces conseils là sont très importants comment il faut s'entourer comment majoritairement malheureusement ça se passe dans les quartiers comment impliquer le quartier parce que le combat il doit rester local si le combat il est pas local bah sur plusieurs années tu te retrouves tout seul si le quartier t'accompagne pas et ça c'est une des premières choses qu'on dit c'est que le combat il est local c'est le quartier qui le porte et après on va au national et les gens viendront après comment aussi on soutient comment le quartier peut soutenir aussi les familles qui sont là la mère les frères les soeurs comment chacun peut avoir un rôle voilà en tout cas la première aide qu'on peut en tout cas apporter dans l'accompagnement et dans le conseil des familles là on arrive sur la fin rapidement moi je voulais juste dire quelque chose c'est quelque chose qu'on a pas forcément abordé j'essaie de le faire en deux minutes c'est vraiment la place de la femme aujourd'hui je pense que c'est très très important en France de parler de la place de la femme on a l'impression d'avancer mais en même temps on a l'impression de régresser et en fait la femme aujourd'hui elle est puissante et plus elle est puissante et plus on a des hommes puissants qui vont oppresser aussi et c'est surtout l'image et l'espoir qu'on va donner aussi à ces futures générations ces petites filles ces jeunes filles ces adolescentes qui sont là de dire qu'elles ont le droit qu'elles aient confiance en elles qu'elles sont belles qu'elles peuvent réussir que leur vie ne dépendent pas d'une autre personne sur l'état et sur l'avenir qu'elles peuvent avoir et qu'aujourd'hui elles doivent prendre en tout cas il y a tous les moyens sont là pour qu'elles puissent en tout cas être l'avenir pour moi elles sont l'avenir d'aujourd'hui et de demain et je pense qu'on n'a pas assez mis en avant la place des femmes l'intelligence des femmes le rôle et ce qu'elles peuvent apporter et ça c'est super important parce qu'on n'en a pas beaucoup parlé mais je pense que ça c'est important de le remettre au centre parce qu'elles peuvent aussi on a Mathilde Panneau qui est là à côté qui est une femme qui est une femme aussi de pouvoir qui arrive à dire les choses qui les expriment et c'est important que toutes ces femmes là aussi ceux qui n'arrivent pas ceux qui ont du mal ceux qui n'ont pas forcément confiance en elles puissent y arriver parce que ce combat là on ne peut pas le faire sans elles moi je suis une femme qui porte le combat de mon frère mais il peut se faire aussi qu'avec des femmes et le combat des hommes se fait aussi avec les femmes même si on parle beaucoup des violences faites aux hommes mais il ne se fait pas l'un sans l'autre mais il faut juste remettre au pouvoir la place de la femme
Merci Merci Dania d'avoir été là Merci infiniment à Sathraoré pour le temps passé cet échange et je comprends que ça soit un peu frustrant parfois parce qu'on aurait aimé le poursuivre mais les échanges comme les combats sont à poursuivre Merci infiniment tout notre soutien dans la lutte qui continue on sera là dans les prochaines échéances et on va y arriver Merci beaucoup