Présidence de l'UE : "On a eu un discours d'Emmanuel Macron assez vide" déclare Carole Delga
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– Et bonjour Carole Delga, merci beaucoup d'être notre invitée politique ce matin, présidente socialiste de la région Occitanie, présidente de Région de France. Et on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la Presse quotidienne régionale, représentée par Julien Lécuyer de La Voix du Nord. Bonjour Julien.
– Bonjour Auriane, bonjour Madame Delga.
– Bonjour. Carole Delga, on va commencer en parlant de cette nouvelle grève. Aujourd'hui, dans l'éducation nationale à l'appel des syndicats, elle s'annonce toutefois moins suivie que celle de jeudi dernier. Mais quand même, est-ce que pour vous, c'est le bon moyen d'action de la part des enseignants ? C'est que la période actuelle est compliquée pour les enseignants, mais aussi pour les élèves et leurs parents.
– La période, en effet, elle est compliquée, mais quand même, je voudrais rappeler que les enseignants, depuis deux ans, font quand même des efforts très importants. Nous sommes un des seuls pays dans le monde qui avons réussi à maintenir l'école ouverte au maximum. Et c'est grâce à la mobilisation de nos enseignants. Et c'est vrai qu'il y a une exaspération, il y a une fatigue, l'assitude qui est très très forte, avec ce protocole sanitaire qui a été changé tous les 48 heures. Et leur seul moyen, aujourd'hui, d'être entendue, c'est la grève.
– L'ouverture des écoles, est-ce que c'est pas à mettre au bénéfice aussi du gouvernement ?
– C'est à mettre au bénéfice, bien sûr, du gouvernement, mais quand même, avant tout, de l'implication des enseignants. Parce que moi, je suis toujours en contact avec le terrain. Et je peux vous assurer que quand il y a eu le confinement complet, les enseignants qui amenaient eux-mêmes des cours aux élèves, qui faisaient vraiment un suivi individualisé pour ceux qui étaient le plus en difficulté, il faut quand même savoir le rappeler. Donc arrêtons de désespérer les enseignants, donnons-leur des consignes claires. – Et le gouvernement, il désespère les enseignants aujourd'hui ?
– Avec ce protocole qui était très complexe, qui a été envoyé le dimanche soir pour le lendemain, pour les parents, je pense aussi aux parents d'élèves, c'est incroyable cette cacophonie. Et on a besoin, dans un pays, d'avoir une éducation nationale qui soit forte. Parce que c'est ce qui permet de lutter contre cette crainte du déclassement qui existe dans notre pays.
– Cette valse hésitation du gouvernement sur le protocole dans les établissements scolaires, est-ce que c'est à mettre au déficit de Jean-Michel Blanquer ? Et celui-ci doit-il démissionner aujourd'hui ?
– Écoutez, je pense que là, nous sommes dans une situation qui est très complexe, avec encore un niveau de contamination très fort. On doit être tous mobilisés, il faut arrêter les attaques personnelles, il faut demander aux ministres de faire leur travail, de faire leur travail, et c'est-à-dire que Jean-Michel Blanquer soit concentré sur sa mission, et qu'il soit à l'écoute des enseignants, des parents d'élèves et des élèves. C'est ce qu'il faut mettre vraiment en œuvre, et arrêtons d'être…
– Il peut encore le faire, il a encore la confiance des enseignants aujourd'hui pour vous ?
– Écoutez, aujourd'hui, nous sommes à 80 jours d'une échéance présidentielle, donc pensons à l'intérêt des élèves. L'éducation nationale, c'est un pilier de la République. Aujourd'hui, c'est quoi le problème dans ce pays ? C'est que quand on est enfant d'un milieu modeste, on n'a pas les mêmes chances d'accéder à des études universitaires. Il y a quatre fois plus d'enfants de cadre que d'enfants d'ouvriers dans l'université. L'orientation scolaire, c'est un magma, c'est une jungle, et c'est cela qu'il faut mettre en œuvre, c'est l'escalier de la réussite.
Moi, en Occitanie, je fournis l'ensemble des manuels scolaires, l'ensemble des ordinateurs, des ressources numériques, depuis maintenant quatre ans aux lycéens. C'est cela, on doit donner l'égalité des chances, et c'est ce que nous devons faire pour l'éducation nationale, qui est le meilleur moyen pour lutter contre la montée des populismes et pour permettre à chacun d'avoir son destin.
– On parle de la crise sanitaire, Madame Delica, mais pouvez-vous nous dire quelle est la situation dans votre région Occitanie ?
– Dans notre région Occitanie, nous allons avoir un pic sanitaire qui va être légèrement décalé par rapport à Paris, donc des contaminations qui vont être fortes encore pendant quelques jours, et puis ensuite, il va y avoir une décrue, mais moi je compte…
– Des hôpitaux qui arrivent à absorber la vague ?
– Aujourd'hui, ils y arrivent avec un effort remarquable, et là aussi je tiens à saluer l'engagement des professionnels de santé, avec un engagement remarquable des professionnels de santé, l'hôpital tient, mais l'hôpital est en grande souffrance, et moi je demande à mes concitoyens de se faire vacciner, de respecter les gestes barrières, c'est absolument indispensable, la bataille n'est pas à gagner, et on doit continuer à être tous mobilisés et vigilants.
– La bataille, est-ce qu'elle va consister aussi dans les prochains mois à revoir la façon dont est gérée la coordination sanitaire ? Est-ce que les régions de France vont plaider pour une décentralisation des compétences santé ?
– Oui, les régions de France plaident pour une décentralisation des compétences santé, mais aussi les départements, également les communes.
– Les maires aussi.
– On a vu en effet qu'au niveau de la gestion de la crise sanitaire, il y avait une trop grande centralisation, une déconnexion complète, c'est bien sûr l'illustration des masques, mais c'est encore un manque de réactivité du ministère de la Santé, et donc il faut repenser complètement l'action de l'État, l'État doit être concentré sur ses admissions régaliennes, et ensuite il faut donner plus de pouvoir aux régions dans le cadre… – Et qui doit être le chef ?
Vous savez que par exemple l'Association des maires de France, eux, plaident pour que ce soit le préfet qui mène la danse et que le fonctionnement des ARS soit complètement revu.
– Mais nous sur le fonctionnement des ARS, nous demandons… – Les agences régionales de santé. – Les agences régionales de santé, nous demandons ce qui est une coprésidence, et que les présidentes et les présidents de région puissent vraiment coprésider, que les régions puissent investir dans les hôpitaux locaux, parce qu'il y a un besoin fort d'investissement dans ces hôpitaux qui maillent le territoire, et puis également qu'on ait les régions la responsabilité des places de formation pour les professionnels de santé, et supprimer réellement le numerus clausus, et qu'ensuite ce soit les régions qui décident de nombre de places pour former les kinés, les aides-soignants, ainsi de suite.
Aujourd'hui, on est limité de façon très arbitraire par le ministère de la Santé, c'est beaucoup trop décentralisé.
– Ce sont vos mesures concrètes pour lutter contre la désertification médicale ?
– Concrètement en Occitanie, c'est la région qui va recruter des médecins. J'ai lancé cela… – Des médecins salariés du coup par la région. – Des médecins salariés, donc dès le mois de juillet, dès le lendemain de mon élection, nous avons mis en place cette mesure, et donc là sur l'année 2022, nous allons recruter 40 médecins, les premiers vont arriver en juillet sur le terrain, et ce sera donc 19 communes qui sont concernées, des communes où la démographie médicale est en grande souffrance, mais nous travaillons aussi avec des villes, dans des quartiers, où il est nécessaire également de mettre des médecins.
– Qu'est-ce que vous pensez de l'incitation, voire même de l'obligation pour les médecins d'aller dans des régions qui sont sous-dotées ?
– Je soutiens la proposition de loi de Guillaume Garraud, on doit avoir en fait un conventionnement qui est incitatif pour aller dans des territoires qui sont sous-dotés. On ne peut pas continuer à fonctionner comme cela, parce que quand on voit qu'il faut 10 jours pour avoir un rendez-vous avec un médecin généraliste dans certains territoires, c'est un sentiment vraiment de déclassement pour la population, c'est une inquiétude, et on doit savoir répondre de façon concrète. Et les régions, elles ont ces missions de pouvoir recruter des médecins, comme ça il n'y a pas de concurrence entre les territoires, et on amène un service à la population.
– Et il y a aussi des difficultés à recruter des soignants, il y a des postes qui ont du mal à être pour vous, est-ce que là la région peut faire quelque chose ? Est-ce que vous pouvez aussi recruter des soignants ?
On peut recruter bien sûr des soignants, mais ce que nous devons vraiment augmenter, c'est le nombre de places de formation. Je le dis moi, j'ai encore demandé l'année dernière, en 2021, d'augmenter les places de formation et de les financer, et ça m'a été refusé par le gouvernement. On marche sur la tête.
– Donc on est encore dans une gestion trop peu décentralisée, il n'y a pas de leçons de la crise qui ont été tirées. Est-ce qu'aujourd'hui dans la vague épidémique qu'on connaît, vous dites que les choses se passent bien entre l'État et les régions, ou c'est encore très compliqué ? – Non, mais c'est encore très compliqué.
Ce qui est très préoccupant, c'est qu'on voit bien dans cette échéance présidentielle, on ne parle pas assez des vrais problèmes des Français, et la décentralisation, c'est plus de pouvoir localement, c'est un des moyens de répondre à la problématique des Français, c'est-à-dire d'avoir des décisions plus rapides. Les Françaises et les Français sont excédés des délais, des complexités administratives, et des réponses aussi différenciées.
Donc il faut qu'il y ait vraiment une nouvelle décentralisation, ce n'est pas une nouvelle étape, c'est une nouvelle conception de la décentralisation, où les régions doivent avoir beaucoup plus de pouvoir sur la question de l'orientation scolaire, sur les questions de santé, et aussi avoir vraiment une aide aux entreprises qui soient beaucoup mieux coordonnées. Les régions, nous sommes sur le terrain, nous sommes à portée d'engueulade, et surtout on sait faire du sur-mesure.
– Allez, on va parler de l'actualité. Hier, c'était le discours d'Emmanuel Macron devant le Parlement européen.
– Oui, discours qui a montré un débat très franco-français. Qu'est-ce que vous avez pensé vous-même du discours du président de la République devant le Parlement européen ?
– Tout d'abord, ce que je voudrais dire, c'est l'image qu'a donnée la France hier était terrible. Moi, j'aime quand la France, elle est grande. Et là, on a eu un discours du président de la République qui était assez vide, mais surtout, on a eu un débat, un pré-débat présidentiel. Ce n'était pas le lieu. – Mais la faute à qui aux oppositions, aux députés européens français ? – Tout d'abord, Emmanuel Macron, il aurait dû demander le report de la présidence française. On ne prend pas une présidence aussi importante pour l'avenir d'Europe en pleine échéance présidentielle. Parce qu'en termes clairs, sur les six mois, Emmanuel Macron, il aura au maximum deux mois de plein pouvoir.
C'est-à-dire, on rate une chance historique de transformer l'Europe, de pouvoir lui donner les moyens d'aller vers une Europe qui s'occupe vraiment et qui a une vraie politique sanitaire, en particulier sur la question de la recherche et des vaccins. Une Europe aussi qui a des vraies actions par rapport à la question migratoire. Et puis une Europe du progrès, c'est-à-dire avec beaucoup plus d'investissements dans la recherche, dans l'innovation et aussi dans les grands travaux. Nous devons relancer cette politique des grands travaux, que ce soit sur les infrastructures de transport, que ce soit aussi sur la question du numérique.
Parce qu'à travers la politique des grands travaux, ça a bien sûr un effet économique, on élève le PIB, mais on élève aussi la fierté des Françaises et des Français et des Européens. Parce qu'aujourd'hui, on voit bien, nous avons une population, un peuple, qui est dans la crainte. Et c'est pourquoi il y a une montée des populistes. Et moi, je suis vraiment très déçue de voir que ce rendez-vous entre la France et l'Europe ne va pas pouvoir se dérouler. Et hier, on a assisté à un moment qui était lamentable pour l'image de la France, pour son leadership en Europe.
– Excusez-moi, vous visez qui ? Vous visez Yannick Jadot, Manon Aubry, qui se sont opposés ?
– Tout d'abord, le mélange des genres, ça aboutit à la confusion. Quand on est à quelques semaines d'une échéance présidentielle, on ne prend pas la présidence au niveau européen. Donc tout d'abord, Emmanuel Macron aurait dû demander un décalage de six mois de cette prise de fonction. Et après, bien entendu…
– Il n'y a pas que la France qui est en jeu. Parce que le problème de ce qu'on les décale, c'est qu'il y a un autre pays aussi qui doit décaler.
– Oui, mais ça s'est déjà fait. Non, mais ça, ça s'est déjà fait. Je m'excuse de vous le rappeler. D'autres pays ont demandé le décalage. Parce que quand vous faites le mélange des genres d'une action pour l'Europe et d'une campagne présidentielle, vous arrivez à cette cacophonie où le président de la République n'est plus président de la République, n'est plus président pour cette fonction européenne et où il devient le candidat attaqué par d'autres candidats. Et là, je peux vous assurer, c'est mauvais pour la France.
Moi, je suis attachée à mon pays, à sa grandeur et surtout à ce qu'elle soit un moteur, la France, pour la construction européenne et pour qu'on ait une Europe qui soit plus protectrice et qui soit aussi plus audacieuse.
– Une dernière question sur ce sujet.
– Oui, vous avez publié vous-même une tribune dimanche dans le journal du dimanche sur Strasbourg, cœur battant de l'Europe. Est-ce qu'Emmanuel Macron défend suffisamment ce siège du Parlement ?
– Si nous l'avons fait avec Jean Rottner, président de la région Grand Est et avec Renaud Muselier, président de la région Sud-Paca, c'est que nous avons jugé que le président de la République n'en faisait pas assez. Et donc nous lui demandons d'être beaucoup plus impliqués sur le fait que Strasbourg continue à être reconnu comme un moteur de la construction européenne.
– Il y a un sujet qui inquiète les Français, c'est la hausse des prix, et notamment la hausse des prix du carburant. Comment on y répond, selon vous, à cette hausse des prix ?
– Ma proposition, comme celle d'ailleurs d'Anne Hidalgo, c'est bien sûr de baisser la TVA sur la question de l'essence et du diesel. Sur le terrain, moi ce week-end, tout le monde me parlait de la problématique du plein. C'est ça le vrai sujet des Françaises et des Français. Aujourd'hui, il reste de moins en moins d'argent pour vivre aux Françaises et aux Français, avec l'explosion des dépenses d'énergie, avec cette question du prix de l'essence qui augmente. Vous vous rendez compte que nous sommes sur des tarifs, en particulier sur, par exemple, la région parisienne ou dans les grandes villes, qui avoisinent les 2 euros. Qui sait qui peut avoir cet argent-là ?
La problématique de la fin du mois, elle devient prégnante.
– On parle du plein, mais on parle aussi du prix du gaz.
– Oui, je l'ai indiqué avec le prix de l'énergie.
– Exactement, prix de l'énergie. Alors, le gouvernement a-t-il raison de mettre pression sur EDF pour contenir la hausse des prix ?
– Oui, il a bien sûr raison, mais c'est un sujet qu'il va falloir quand même fortement anticiper. On ne peut pas continuer à être avec des mesurettes, avec des chèques énergie, qui, quand ils sont versés, ne compensent même pas le tiers de l'augmentation du coût de l'énergie. Il faut avoir une action sociale forte sur les salaires, il faut augmenter les salaires, parce que nous sentons une vraie désespérance pour celles et ceux qui travaillent et qui n'arrivent pas à finir la fin de mois. Le travail, il doit être rémunérateur, et ça, c'est un sujet qui est fondamental.
– Il y a le chef de l'État, en début de semaine, a vanté l'attractivité de la France et son bilan en matière de réindustrialisation. Il y a un dossier qui est symbolique dans votre région, c'est celui de la SAM, dans l'Aveyron, cette entreprise qui a été placée en liquidation judiciaire, lâchée par Renault, il y a plus de 300 salariés qui y sont concernés. Aujourd'hui, où en êtes-vous sur ce dossier ? Est-ce que vous travaillez avec l'État ? Est-ce que vous êtes encore en discussion ?
– Oui, je travaille avec l'État, et nous y avons encore travaillé mardi soir avec Jean Castex. Alors, tout d'abord, pour trouver un avenir industriel sur le site de la SAM, parce que, je le rappelle, c'est une fonderie, nous avons besoin pour notre souveraineté industrielle française d'avoir une fonderie. Donc là, je travaille pour trouver un repreneur sur ce secteur de la fonderie. Et puis, également, travailler… – C'est encore possible, ça veut dire ? – C'est encore possible, c'est encore possible. Je ne dis pas que c'est fait, parce que c'est un dossier complexe.
C'est, en fait, une activité qui est très capitalistique, la fonderie, donc qui demande de lourds investissements avec des marges assez faibles. Mais c'est possible, et surtout, c'est indispensable pour la souveraineté industrielle française. Et puis, je travaille également pour qu'il y ait un développement d'autres entreprises sur le secteur de Casseville, donc sur ce qu'on appelle le bassin, avec le développement du recyclage de batteries électriques, c'est avec la SNAM, où la région est actionnaire, parce que moi, je crois au volontarisme politique et à l'action, c'est-à-dire la région est actionnaire de cette entreprise pour le recyclage de batteries électriques.
C'est bon pour l'emploi, c'est bon pour l'environnement. Et puis, bien sûr, soutenir la filière aéronautique qui est à proximité, à une trentaine de kilomètres, parce qu'il y a une reprise. Et nous faisons en sorte vraiment de soutenir aussi l'embauche.
– Juste au-delà des déclarations d'Emmanuel Macron, est-ce que l'État est suffisamment à vos côtés sur ce sujet, sur ce dossier ?
– Oui, mais il a fallu que j'alerte en direct le Premier ministre pour qu'il y ait une meilleure mobilisation que ces dernières semaines, parce que je sentais l'État qui était juste sur les questions de reclassement et qui a abandonné la question, le projet industriel, et je l'ai sensibilisé. – Madame Delgare. – Et Jean Castex m'a donné en effet des indicateurs. – Donc ça veut dire qu'aujourd'hui, il y a des garanties ? – Aujourd'hui, il y a des encouragements de la part du Premier ministre sur ce sujet, et je vous le dis.
– Mais une question très factuelle, est-ce qu'il faut continuer de perfuser ces filières-là ? Parce que ça pose une question autour de la révolution électrique qui est attendue dans le domaine de l'automobile, et beaucoup de fonderies vont se retrouver dans la même situation que Sam. Est-ce qu'il ne faut pas surtout travailler à la reconstruction de nouvelles filières et de préparer cela ?
– Il faut faire les deux. C'est-à-dire d'un côté, il faut faire en sorte qu'on ait une souveraineté industrielle et qu'on ait encore des fonderies, parce qu'en effet, la fonderie se sert pour la filière automobile, mais pas que. Et ensuite, ce n'est pas de la perfusion que je propose pour le projet de reprise industrielle de la Sam. C'est-à-dire, c'est un projet qui demande les deux premières années de pouvoir être aidé, mais après qui trouve son équilibre économique. Moi, je ne suis pas là pour gaspiller de l'argent public, pour des chimères. Moi, je suis là pour aider dans un moment difficile une entreprise et lui permettre de se rétablir et après, d'avoir un modèle économique rentable.
Et il faut en même temps, vous avez raison, aller vers la diversification. C'est pour ça que je vous parle de l'économie circulaire avec le recyclage. C'est pour ça que je vous parle de l'aéronautique avec l'avion plus vert, avec l'avion plus électrique. Et qu'on travaille aussi avec une autre ETI pour pouvoir développer l'électromobilité. Nous devons être sur les technologies d'avenir, mais nous ne devons pas abandonner l'industrie traditionnelle qui doit se reconfigurer. Mais nous en avons besoin, parce que sinon, nous allons avoir des pièces qui vont être fabriquées à l'autre bout de la planète. Et ça va être un problème de compétitivité et aussi d'environnement.
Et Carole Delga, quelques questions sur la présidentielle pour finir.
– Oui, alors qui a été très riche encore en événements du côté de la gauche avec une candidature de Christiane Taubira, un retrait, je parle de la gauche, je ne sais pas s'il faut le placer là, mais Arnaud Montebourg qui a annoncé son retrait hier. Qu'est-ce que vous pensez de cette dernière décision d'Arnaud Montebourg ? C'était légitime, c'était souhaitable ?
– C'était inéluctable, je lui avais dit, je suis amie avec Arnaud Montebourg. – Pourquoi inéluctable ? – Il y a beaucoup d'estime pour lui. Et quand il m'avait parlé de son projet de se présenter à la présidence de la République, cet été, je lui avais indiqué que malgré toute l'amitié que j'avais pour lui, je ne le soutiendrais pas et que je pensais que c'était une mauvaise idée. Donc arrive ce qui devait arriver, il se retire, c'est dommage parce que ça donne une impression terrible de cacophonie pour la gauche et on voit bien à travers les sondages que cela désespère notre électorat puisque le total gauche est inférieur à 25%.
Donc à un moment, la division, elle donne de la décrédibilisation au projet de la gauche.
– Christiane Taubira, elle favorise cette division ?
– Christiane Taubira, c'est une candidate de plus en effet et ça a été une grande ministre de la Justice. J'ai inauguré, j'ai réouvert avec elle le tribunal de grande instance du Cominge, mon territoire natal, mais pour autant là, elle n'apporte pas une capacité d'union et la seule qui a la stature d'être présidente de la République, c'est Anne Hidalgo et c'est pourquoi je la soutiens. – Vous y croyez encore ? – C'est ce qui se voit dans les sondages, je suis encore à Delga. – Tout à fait, mais je suis lucide sur ces sondages, mais je continue à dire qu'à gauche, la seule qui a la stature, l'expérience, la solidité morale et aussi la vision internationale…
– Donc l'union ne peut se faire que derrière Anne Hidalgo pour vous ? Si l'union, il y a ? – Si l'union, il y a, c'est derrière Anne Hidalgo.
– Est-ce que vous avez lu l'interview de Bernard Cazeneuve et qui dit, alors je le cite, pendant 5 ans, le travail de fond n'a pas été fait ? Est-ce que c'est vrai ? Les socialistes n'étaient-ils pas, finalement, pas assez prêts pour cette présidentielle ?
– En effet, nous n'avons pas été assez prêts, mais nous avons tous une responsabilité collective. Je ne m'en exonère pas, je n'en exonère pas non plus Bernard, je n'en exonère personne. – Ce n'est pas que la responsabilité d'Olivier Faure ? Non, ce n'est pas que la responsabilité d'Olivier Faure. Quand on est dans une équipe, on est là, présent, dans les bons et les mauvais moments. Ça n'empêche pas d'avoir la lucidité, et c'est pourquoi je partage l'analyse de Bernard Cazeneuve, que nous n'avons pas assez travaillé. Mais pour autant, je ne jette pas la vindicte, je ne rends pas responsable une seule personne.
Parce que dans les moments difficiles, on reste unis, on reste sur le bateau, et ensuite on tire avec lucidité les conclusions de nos erreurs, et nous allons devoir prendre des décisions douloureuses, mais qui seront courageuses, et qui seront possibles pour permettre l'avenir de la gauche. – C'est la dernière question, je vais réaliser.
– Oui, est-ce que vous pouvez peut-être réagir par rapport à une vidéo qui a émergé dans des porte-parole de la primaire populaire, qui montre son souhait d'influer sur le cours des élections, sous forme de pression sur les réseaux sociaux, pour empêcher des financements, voire des parrainages ? Est-ce que vous regrettez ? Est-ce que ça vous choque, cette vidéo ?
– Oui, elle me choque, et surtout c'est la déception, parce que moi, cette primaire populaire, il y a de ça un mois et demi, j'avais signé une tribune, comme quoi j'y étais favorable à ce qu'il y ait une primaire populaire. Mais aujourd'hui, ce n'est plus une primaire. Il n'y a pas de présentation de projet, c'est un vote juste sur des personnalités, et c'est un classement exactement. Donc cet espoir qui est né, et cet espoir a demandé une forte mobilisation, a permis une forte mobilisation, et bien, en fait, il débouche sur un projet qui n'est pas sérieux, avec une vidéo qui est complètement décrédibilisante pour la primaire.
Donc c'est un regret, et je comprends tout à fait qu'Anne Hidalgo et d'autres disent, mais nous ne pouvons pas participer, et nous ne pouvons pas valider ce process qui n'est pas sérieux.
– Donc vous ne reconnaîtrez pas le résultat de cette primaire ?
– Mais parce que ce n'est pas une primaire, il n'y a pas de projet, on va voter sur des personnalités dont je ne connais pas du tout, je ne les ai jamais vues, et en plus, surtout, on ne connaît pas le projet. On parle de la présidence de la République française, c'est-à-dire on va voter pour des visages sans connaître le projet de société pour les Françaises et les Français. Tout cela n'est pas sérieux, et cette vidéo a été terrible, elle est terrible pour la démocratie, parce qu'elle décrédibilise un phénomène citoyen qui aurait pu être tout à fait qualitatif et tout à fait respectable.
– Juste un dernier mot pour revenir sur ce que vous avez dit sur le PS, il va falloir remettre les choses à plat à l'issue de cette présidentielle, prendre des décisions, lesquelles pour vous ?
– Il va falloir prendre des décisions sur un travail beaucoup plus collectif, sur un projet de société qui soit clairement défini. Chacun et chacune connaît mon projet de société, c'est une République forte, avec aucun compromis par rapport au communautarisme, c'est concilier économie et écologie, et surtout, c'est faire de l'éducation l'absolue priorité pour la lutte contre le déterminisme social, mais aussi pour les entreprises. Aujourd'hui, nos entreprises, leurs premiers besoins, ce n'est pas la baisse des impôts, c'est la question des compétences.
– On a l'impression que vous actez déjà l'échec de la gauche ?
– Non, je n'acte jamais l'échec, mais je suis une combattante et je suis lucide. Nous avons un gros travail pour pouvoir redonner confiance aux électeurs, à la gauche, avoir une visibilité. Je continue à travailler derrière Anne Hidalgo, mais je le dis très clairement, nous devrons être beaucoup plus lucides, et je serai lucide, je serai force de proposition, dans tous les cas, fidèle aux valeurs socialistes, mais pour cette social-démocratie, cette sociale écologique est absolument indispensable pour réduire les inégalités et répondre à l'urgence climatique.
– Et rendez-vous en 2027.
– Merci beaucoup ! – Ah ! – Non, non, non, Michel !
– Merci Carole Delga d'avoir été notre invitée.
Carole Delga