Après ses aveux, Cédric Jubillar peut-il écoper d'une peine moins lourde ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Mais d'abord l'affaire Jubilard, elle restera sans doute l'une des affaires criminelles les plus retentissantes de ce début de siècle. Après avoir avoué être l'auteur du meurtre de Delphine disparue il y a plus de 5 ans maintenant, Cédric Jubilard a mené les enquêteurs hier vers les restes de son épouse. Des ossements ont été retrouvés, enterrés hier à 10 km seulement du domicile familial. Les recherches d'ailleurs qui ont repris ce matin. En première instance, Cédric Jubilard avait été condamné à 30 ans de réclusion criminelle. Le procès en appel était prévu pour septembre. Mais au vu des derniers éléments, on imagine qu'il sera sans doute reporté à plus tard. Bonjour Jacques Dallès.
Bonjour. Et merci d'être avec nous ce matin sur Sud Radio. Magistre honoraire, consultant judiciaire, ancien procureur de la République à Marseille et auteur du livre « Sur les chemins du crime ». C'est aux éditions Mareuil. Jacques Dallès, dans votre carrière, vous avez vu passer un certain nombre d'affaires, des fémicides notamment, j'imagine. Qu'est-ce qui fait, selon vous, la singularité de cette affaire Delphine Jubilard ?
Il y a des affaires comme ça, des affaires criminelles qui marquent leur époque, alors qu'au départ, elles ne sont pas forcément exceptionnelles. On pense à l'affaire Jonathan Daval, vous savez. Là aussi, un crime conjugal qui a beaucoup fait parler d'elle. Je pense à la fois à l'idée que ça peut vous toucher. Le crime conjugal, finalement, ça nous concerne. Ça peut être dans son environnement. Ça se passe dans un village, ça se passe en ville. Et puis, dans cette affaire, il y a un aspect énigmatique, puisque Cédric Jubilard a, pendant des années, dit qu'il était étranger à la disparition de sa femme. Et tout ça, ça tient en haleine le public.
Et là, il y a ce rebondissement qui relance, encore une fois, le dossier.
Si j'étais cynique, c'est le feuilletonnage, finalement, de cette affaire, qui est beaucoup aussi dans son succès médiatique, d'une certaine manière, c'est ça ?
Oui, prenez l'affaire Dupont-de-Ligonnès. Voilà aussi une affaire qui marque les esprits, l'affaire du petit Émile. C'est la même chose. L'affaire n'est pas encore terminée. Et ça, évidemment, le public est friand de ce genre de show. Il y a un phénomène d'identification. Ça aurait pu m'arriver. C'est quelqu'un que j'aurais pu connaître. Et ça, effectivement, ça tient en haleine des téléspectateurs, les spectateurs, les lecteurs, le public.
Donc, Cédric Jubilard qui sera jugé en appel. Alors, c'était prévu en septembre. On imagine, au vu des éléments du dossier, que ce sera reporté. La donne, elle n'est pas la même qu'en première instance, puisque, voilà, Cédric Jubilard, il a avoué, il a collaboré avec les enquêteurs. Ça peut avoir des conséquences sur ce procès en appel, finalement ?
Alors, c'est une bonne chose pour les proches de Delphine Jubilard, en feint d'avoir des réponses depuis des années. C'est satisfaisant pour la recherche de la vérité, pour la justice en général. Alors, est-ce que c'est dû à une espèce de prise de conscience de sa part ? Besoin de soulager sa conscience, comme on dit. Il y a aussi, peut-être, mais il y a aussi certainement un côté utilitaire. Je pense que ces nouveaux avocats ont dû lui faire comprendre que s'il revenait en appel avec le même système de défense, il risquait d'avoir la même peine, peine lourde. S'il arrive en disant, effectivement, c'est bien moi, il y a eu une altercation, je me suis disputé, etc.
Ça le met dans une situation plus favorable au moment des débats qui auront lieu en appel. Alors, je lis, j'entends beaucoup qu'on va refaire l'instruction. Non, la présidente de la Cour d'Assise a redonné un supplément d'information, qui évidemment se poursuit. Il faudra savoir de quoi est morte Delphine Jubilard, ce qui ne sera pas simple. Ça ne veut pas dire qu'on rouvre l'instruction. Ce sera peut-être difficile de le juger à partir du 21 septembre, mais on ne va pas refaire tout le dossier. C'est lui qui a eu ce système de défense, donc il doit assumer ses conséquences. Je crois qu'il est important de savoir maintenant comment Delphine est morte. Est-ce qu'on le saura ?
Six ans après, je pense que ce sera difficile. Et pourquoi a-t-il agi ? Parce que vous savez, dans une affaire criminelle, c'est qui, comment, pourquoi. On a le qui, on aura peut-être le comment, sans certitude, et le pourquoi, c'est lui qui pourra l'expliquer.
On verra, en tout cas, il a déjà... Voilà, il parle, il reconnaît avoir commis un acte abominable, Cédric Jubilard, qui a exprimé des regrets très forts. On imagine, alors si on est... Peut-être que je suis trop cynique, mais il y a un changement de stratégie de la part de la défense. À des fins, qui sont... De faire en sorte d'avoir une peine moins lourde en appel.
Oui, alors c'est assez fréquent que, lors d'un procès pour meurtre, la défense demande une requalification en coup mortel. Mon client n'avait pas eu l'intention de tuer. Ça s'appelle les coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ce qui fait que la peine, qui est normalement de la perpétuité, meurtre sur conjoint, passerait à 20 ans de réglison criminelle. Donc évidemment, pour lui, il y a un enjeu pénal lourd, fort. Et je pense que ses avocats vont le faire valoir.
Est-ce que le fait d'avoir avoué et d'avoir emmené les enquêteurs jusqu'au lieu où il avait caché le corps de Delphine, est-ce que ça peut lui permettre d'être condamné à une peine aussi moins lourde qu'en première instance ? De dire, ben voilà, il a avoué, il a fait un pas vers la vérité. Du coup, la peine sera moins lourde, moins sévère.
Oui, c'est toujours positif pour l'intéresser, pour un accusé, d'arriver en admettant les faits, en expliquant. En fait, ça le fait rentrer dans une forme d'humanité. Et les jurés sont assez sensibles à cette démarche, si elle est sincère. On lui reprochera néanmoins d'avoir attendu aussi longtemps, d'avoir égaré la justice, de s'être fait passer pour un innocent. Peut-être même d'interdire l'explication finale sur les causes exactes du décès, parce que lui, il va peut-être parler d'une dispute, mais est-ce que finalement, il n'y a pas une préméditation ? Est-ce qu'il n'y a pas un acte d'étranglement qui déterminerait clairement qu'on a affaire à un meurtre ?
Voilà, tout ça, ça va être mis sur la table, mais je pense que ça lui profitera certainement dans sa façon de présenter sa défense au moment du second procès.
C'est vrai que c'est compliqué à appréhender cela, de dire, ben voilà, il a avoué, ben potentiellement, il va pouvoir amoindrir sa peine grâce à cette stratégie-là. Alors, effectivement, j'ai envie de dire, tant mieux pour la famille, puisqu'elle connaît désormais davantage la vérité, pas toute la vérité, mais cette partie-là. Mais c'est difficile aussi à appréhender cela.
Oui, c'est pas simple. Il faut se mettre dans la peau de la famille, de la victime. Les avocats vont dire aussi toute leur souffrance. Je pense que malheureusement, vous savez, dans les procès criminels, même après une instruction précise longue, il y a toujours des choses inconnues, des choses qu'on n'a pas à savoir. Là, on ne saura pas ce qui s'est passé réellement. Il n'y a pas de témoin du crime. Donc, lui dira ce qu'il a envie de dire. Est-ce qu'on pourra lui opposer des éléments médicaux, légaux, incontestables ? C'est pas certain. Et donc ça, il en bénéficiera d'une certaine manière.
Et ça, ça nourrira aussi les interrogations des jurés qui diront, est-ce qu'on n'a pas à faire à quelqu'un finalement d'assez dangereux, qui a une capacité de dissimulation ? Parce que la plupart des crimes conjugaux sont reconnus. L'auteur en l'a tout de suite. Là, il a fait disparaître le corps et il a cherché à égarer la justice. Et ça, je pense que je serai avocat général, je lui opposerai cet argument au moment de mon réquisitoire.
Vous avez parlé des jurés. Ils vont avoir un rôle important, bien évidemment. Enfin, ça va de soi. Il y aura une pression, en tout cas, très importante qui va peser sur leurs épaules.
Oui, vous avez neuf personnes, puisqu'il y a neuf jurés en appel qui vont être tirés au sort dans quelques temps. Ces personnes ne savent pas au moment où nous parlons qu'elles seront appelées pendant un certain nombre de jours et de semaines. C'est une sacrée mission. C'est une mission exceptionnelle, citoyenne, et on ne peut pas refuser de siéger comme juré sauf au réseau médical. Et là, tout sera mis à plat. C'est le grand moment, le grand déballage, parce que l'audience est publique. Tout ce qui s'est passé pendant l'instruction, ça reste un peu confidentiel. Il y a eu un premier procès. Il y aura de nouvelles explications. Et ça, les jurés devront trancher, puisqu'ils sont majoritaires.
Il y aura 12 personnes avec les trois juges. Ils auront à délibérer sur sa culpabilité et pour quels crimes, meurtres ou coups mortels.
Effectivement. En tout cas, on va suivre cela de très près. Merci pour votre regard, votre expertise sur cette affaire. Jacques Dallais, je rappelle, vous êtes magistrat honoraire, consultant judiciaire, ancien procureur de la République à Marseille, auteur du livre sur les chemins du crime aux éditions Marreuil. Et puis un nouveau livre à apparaître, c'est ça le mois prochain ?
Oui, une forme de dictionnaire un peu intime, personnel du crime ou à la faveur d'une réflexion acquise de mon expérience assez longue. J'aborde un certain nombre de thèmes, dont celui de la dissimulation du cadavre à la lettre OD parce que, vous le voyez bien, malheureusement, les criminels ont tendance à une certaine tentation de faire disparaître le corps de leurs victimes, ce qui peut finalement les faire bénéficier d'une impunité. Et en fait, plus le temps passe, plus ça les sert. J'explique au lecteur, c'est un livre pour le grand public, comment ça se passe et les réflexions que ça peut susciter pour celui ou celle qui va lire le livre. Voilà, ce sera apparaître
le mois prochain. Mémoires criminelles, les confidences d'un magistrat toujours chez Marreuil. Merci beaucoup, Jacques Dallès et bonne journée à vous. Il est 9h17 sur Sud Radio, on file, on revient dans un instant. Alors, avec un tout autre sujet, week-end de grand départ, grand départ en vacances, à partir de demain, mis en futée qui voit rouge dans le sens des départs, vous serez nombreux sur la route, mais peut-être que vous-même, vous n'avez pas l'occasion de partir en vacances parce que vous n'avez pas les moyens. Vous nous appelez 0826 300 300, c'est Manu qui est en train de décrocher le combiné pour vous mettre à l'antenne dans quelques petits instants.
Alors, peut-être que vous n'avez pas les moyens, peut-être que vous avez des moyens limités mais que vous avez décidé d'économiser toute l'année pour vous offrir vos vacances parce que pour vous, ça reste important. En tout cas, 0826 300 300, je suis avec vous juste après ça. Merci.
Merci. Merci.